Le P. Arcliauge, p. i
dépôt et l'enveloppe ' . Les âmes pieuses pouvaient se rappeler alors les paroles du Sage, quand il dit que la mémoire du juste est comme un parfum admirable. « Cette senteur si merveilleuse, » dit l'écrivain que nous venons de citer, « servit beaucoup à consoler les pauvres et tout le peuple de la perte qu'il venait de faire. Cette odeur céleste charmait doucement son ennui et arrêtait le triste cours de ses larmes et de ses regrets, par l'assurance qu'il recevait de ce gage miraculeux, que, quoique la Sainte fût morte, elle serait encore, plus que lorsqu'elle était vivante, la mère charitable des pauvres, le refuge assuré des affligés, et que le parfum sacré de ses prières montant sans cesse jusqu'au trône de la Majesté divine, il répandrait à tout moment sa force et sa vertu sur tous ceux qui l'invoqueraient en leurs besoins. »
Le quatrième jour après sa mort, ses obsèques furent célébrées avec la plus grande solennité. Ce baume pur et précieux fut concentré dans un étroit cercueil; ce riche et resplendissant bijou fut caché sous une humble pierre ^, dans la cha-
1. Quoaiam fuit divinorum apotheca charismatum, virtutum gratiarum alabastrum... miriâca suavissimi odoris jucunditas prodiit, quœ mentes reficeret, sensum delectaret. Ibid.
2. Post celebrata devotissime ac solemnissime missarum officia purissimurn illud balsamum suo vasculo conceptum sepuiturae tradiderunt, gemmam pretiosissimam sub despectabili lapide reponentes. Theod., VIII, 6.
DE SAINTE ÉLISAliETH DE HONGRIE 205
pelle même de son hospice \ en présence des abbés et des religieux de plusieurs monastères voisins, et d'une multitude immense que les prudents eirorts du clerg-é pouvaient seuls contenir et rég-ler. La douleur de cette foule de chrétiens fut violente et bruyante. C'était certes le plus éclatant hommag-e que recevait en ce moment la Sainte défunte. Mais à leurs larmes abondantes et à leurs gémissements venait se mêler en même temps l'expression de sentiments plus féconds et plus dignes encore d'elle; car tous élevaient au ciel les accents d'une dévotion fervente, et de la pieuse reconnaissance qu'ils éprouvaient d'avoir reçu de Dieu un exemple aussi glorieux et d'aussi admirables avertissements -.
Mais le Seigneur réservait à son amie un autre doux et touchant hommage. La nuit précédente, pendant qu'on chantait les Vigiles des morts,
1. Cette chapelle n'avait que trente pieJs de long sur trente de large. I.lle servait aux malades. Une tradition constante y place la sépulture de notre Sainte, jusqu'à la cons(ruction de sa grande église. Mss. publié par Jusii. Vorzeit de 1838.
2. Iierum fiebat nriultarum elFusio uberrinia lacrymarum. Faclus est ploratus et ululalus. Infundebatur pectoribu-; cuinpunctio, accendebatur piis devotionis oratio. Eral(|ue omnibus in communi vox laudis et gratiarum actio. lôid. — Quelques auteurs modernes rapportent ici l'épitaphe bizarre mise sur sa tombe avant sa canonisation :
UlC .lACET KI.ISABETII. SI BENK FECIT, UABET.
PIVellérkorn, Geschichle Thuringen, p, liT. Nous ne l'avons trouvée dans aucune des anciennes sources.
l'abbesse de Wechere ', qui était venue prendre part à la cérémonie funèbre, entendit une harmonie extérieure qui l'étonna vivement : elle sortit, accompag"née de plusieurs personnes, pour s'en assurer, et vit sur le toit de l'église, quoique ce fût en hiver, un nombre infini d'oiseaux d'une espèce inconnue jusque-là aux hommes, et qui chantaient avec des modulations si suaves et si variées que tous les assistants en furent pénétrés d'admiration ^. Ils semblaient vouloir célébrer à leur façon ces g-lorieuses funérailles. C'étaient, disaient quelques-uns, des anges envoyés par Dieu pour convoyer l'âme de la chère Elisabeth au ciel, et qui étaient revenus pour honorer son corps par leurs chants de céleste allégresse ^. « Ces petits oiseaux, » dit saint Bonaventure, « ont rendu témoignage à sa pureté en lui parlant leur langage lors de sa
1. C'est probablement Wetter que les récits contemporains ont voulu désig-ner sous ce nom. Wetter était une abbaye du diocèse de Mayence, aujourd'hui petite ville de la Hesse électorale, au nord de Marbourg.
2. Audivit jucundissime decantare, et admirans ubi hoc esset, exivit ecclesiam... Dict. iv. Ancill., 1, c. — Visae sunt aves infinitœ alias numquam visse, hominibus cunctis incognitae... Petr. de NalaUbus, f. 263. Quœ tam suavi raodulatione cantabant, et tanta varietate modos cantandi formabant, ut cunctos in admirationem adducereut. God. Flor., p. 160.
3. Credimus fuisse angelos qui a Deo missi fuerunt, ut animam ejus in cœluni déferrent et corpus cœlestibusjubilatiouibus honorarent. Ibid.
sépulture, et en chantant avec cette merveilleuse douceur sur sa tombe. Celui qui a parlé par la bouche d'une ânesse pour réprimer la folie d'un prophète pouvait bien parler par celle des oiseaux pour proclamer l'innocence d'une Sainte *. »
1. lu signum puritatis, ei aviculae suo modo locutae suât in sepultura ejus canentes mira ilulcedine supra locum.. . qui enim locutus est in asina ad corripiendam prophetae vesaniam, loqui potuit in avibus, ad nianifestandam Sanctje inuocentiam.