Bulle Sacji. Prœdicatorum, de
ment ceux de Saint-François, de Saint-Dominique, de Giteaux et de Prémontré, lui consacrèrent chacun un office spécial ' . Ces effusions de la foi et de la reconnaissance des générations contemporaines de sa g-loire avaient ce charme tout particulier de naïveté, de grâce et de tendre piété qui distingue les anciennes liturg-ies aujourd'hui si cruellement oubliées ; et ainsi se trouvait parcouru et accompli, pour cette Elisabeth que nous avons vue si pleine d'humilité et do mépris pour ellemême, tout le cycle de ces éclatants honneurs, de ces ineffables récompenses, de cette gloire sans rivale, que rÉglise a créée et réservée pour les saints. Oui, nous le disons sans crainte, saints et saintes de Dieu, quelle gloire est semblable à la vôtre? Quel souvenir humain est chéri, conservé, consacré comme votre souvenir? Quelle popularité y a-t-il qui puisse se comparer à la vôtre dans le cœur des peuples chrétiens? N'eussiez-vous recherché ([ue cette gloire humaine dont le mépris est votre plus beau titre, jamais vos plus ardents efforts n'auraient pu vous élever à celle que vous avez acquise en la foulant aux pieds! Les conquérants, les législateurs, les grands écrivains,
1. Dans l'Appendice n* jx, nous avons reproiuit tout ce que nous avons pu recueillir des anciens monuments liturgiques consacrés à sainte Elisabeth. Sa fêle fui introduite au Bréviaire romain avec le rang de double mineur par le pape Léon X. Doni Guéranger, Insl. Liturrj., t. Il, p. 133,
les hommes de génie sont oubliés, ou ne brillent qu'à de certains intervalles dans la vacillante mémoire des hommes : pour l'immense majorité ils demeurent à jamais indifférents et inconnus. Vous, au contraire, ô bienheureux enfants de la terre que vous glorifiez et du ciel que vous peuplez, vous êtes connus et aimés de tout chrétien, car tout chrétien a au moins l'un d'entre vous pour son ami, son patron, le confident de ses plus douces pensées, le dépositaire de ses espérances, le protecteur de son bonheur, le consolateur de Ses tristesses. Associés à l'éternelle durée de l'Ég-lise, vous êtes, comme elle, impassibles et inébranlables dans votre gloire. Chaque année, une fois au moins, le soleil se lève sous votre invocation ; et, sur tous les points de la terre, des milliers de chrétiens se saluent et se félicitent, par la seule raison qu'ils ont le bonheur de porter votre nom ; et ce nom sacré est célébré, chanté, proclamé dans tous les sanctuaires de la foi par des milliers de voix innocentes et pures, voix de vierges sans tache, voix d'héroïnes de la charité, voix de lévites et de prêtres ; enfin par toute la hiérarchie sacerdotale, depuis le pontife suprême jusqu'à l'humble religieux dans sa cellule, qui répondent ainsi tous ensemble, par le plus bel écho qui soit sur la terre, aux concerts des Anges dans les cieux. Encore une fois, saints et saintes de Dieu, quelle gloire est comparable à votre gloire?