‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 52 sur 63 · Dans sa lettre à la i-eiue Béatrice de Castille · texte numérisé non relu

Dans sa lettre à la i-eiue Béatrice de Castille

Charles IV, qui avait eu deux fois la vie sauve par son invocation.

Quant à sainte Elisabeth de Portug-al \ il faudrait presque un volume pour raconter tous les traits de sa touchante et g-lorieuse vie, et nous ne pouvons lui consacrer que quelques lignes. Née en 1271, de Pierre, roi d'Arag'on, et de Constance de Sicile, elle sembla comme prédestinée à la gloire céleste par le nom qui lui fut donné; car, au mépris de l'usage alors universellement suivi en Espagne, de nommer les princesses d'après leur mère ou leur grand'mère, elle fut appelée Elisabeth, d'après notre Elisabeth, qui était la tante maternelle de son père ^ Elle fut mariée à quinze ans à Denis, roi de Portugal ; mais, loin de trouver, comme sa sainte patronne, un époux tendre et digne d'elle, elle fut longtemps accablée

1. Nous devons à M. Ferdinand Déni?, si connu par ses belles études sur l'histoire et la littérature de l'Espagne et du Portugal, l'indication d'une vie spéciale de cette Sainte, dont voici le texte exact: Vie de sainte Elisabeth, royne de Portugal, canonisée par nostre S. Père le pape Urbain VIII, le 23 mai de l'an de jubilé 1623, recueillie et publiée eu latin par le R. P. Hilariou de Coste, prédicateur de l'ordre des Minimes de S. François-de-Paule, et mise en français par M. Jacques de Cougnée. A Paris, 162S, i vol. in-lS. L'original est cité par les Bollandistes dans le tome ii de leurs Actes de juillet.

2. Voj'ez pour cette descendance, comme pour toutes celles indiquées dans ce chapitre, les deux tables généalogiques, à l'Appendice n" u.

par ses mauvais traitements et désolée par ses infidélités. Elle n'en fut que plus fidèle à tous les devoirs de l'épouse chrétienne ; elle chercha à le ramener par un redoublement de tendresse et une patience inaltérable : « Faut-il, » répondaitelle aux dames qui lui reprochaient sa trop g"rande tolérance, « qu'à cause des péchés du roi je renonce à la vertu de la patience, et que j'ajoute ainsi mon péché aux siens ? J'aime mieux me borner à prendre Dieu et ses chers saints pour confidents de ma honte, et amollir le cœur de mon mari par ma propre douceur. » Elle poussa Tindulgence et la résignation jusqu'au point de sourire aux maîtresses du roi, et d'élever ses enfants naturels en môme temps que ceux nés de son mariage, avec la même sollicitude pour leur salut et leur bien-être. Cependant l'aîné de ses fils légitimes, indigné de la conduite de son père, se révolta contre lui : le roi voulut regarder Elisabeth comme complice de cette révolte, la dépouilla de sa dot et de tous ses biens, et la fit enfermer dans une forteresse. A peine eut-elle été délivrée de cette injuste captivité, qu'elle consacra toute son activité à réconcilier son mari avec son fils- Voyant tous ses ed'orts inutiles, elle choisit le moment où l'armée du roi et celle de l'infant, rangées en bataille, allaient en venir aux mains, pour monter à cheval et se jeter toute seule entre les deux lignes au milieu d'une grêle de fièches.

en conjurant les combattants de suspendre leurs coups. Les soldats, moins inexorables que leurs chefs, furent touchés par tant de dévouement; ils laissèrent tomber leurs armes, et forcèrent ainsi le père et le fils à faire la paix. Quelque temps après, elle vint à bout de rétablir l'union entre deux de ses fils qui se livraient une g-uerre cruelle, puis entre son frère le roi d'Aragon et son gendre le roi de Gastille, à la sollicitation des peuples de l'Espagne, qui l'imposèrent pour médiatrice à leurs souverains. G est ainsi qu'elle a mérité que l'Église universelle lui décernât le titre glorieux de mère de la paix et de la patrie ^ Son mari étant tombé mortellement malade, elle voulut être la seule à lui rendre les services les plus pénibles, et reçut son dernier soupir. Après quoi elle revêtit l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François, qu'elle tenait depuis longtemps enfermé dans sa cassette, et tout prêt pour le premier moment de son veuvage. Elle fit un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, pour l'âme de son époux, et y offrit à son intention la couronne de pierreries qu'elle avait portée le jour de ses noces. Elle passa le reste de sa vie dans la pratique de toutes les vertus, servant tous les jours trente pauvres dans un hôpital qu'elle avait fait bâtir près de son palais,

1. Elisabeth pacis et patrise mater, iu cœlo triumphans, dona nobis pacem. Antienne de Magnificat, pour la fête de sainte Elisabeth, au Bréviaire romain, 8 juillet.

SOUS le nom de sa sainte tante et patronne, qu'elle cherchait à imiter par sa charité, ses austérités et la fidèle observation de toutes les cérémonies de l'Église. Elle aimait avec passion les offices et les chants de l'Ég-lise, et assistait chaque jour à deux messes en musique, dont la première à l'intention de son défunt mari. Qn an avant sa mort, elle voulut retourner à Saint-Jacques de Gompostelle, mais à pied, dég^uisée en paysanne, et en mendiant son pain tout le long de son chemin, afin de n'être pas reconnue et importunée par la vénération du peuple.

Enfin, en 1336, son fils, le roi de Portugal, ayant déclaré la guerre à son gendre le roi de Castille, elle résolut, malgré son grand âge, d'employer le reste de ses forces à faire sept jours de marche pour essayer de les réconcilier : elle remporta cette dernière victoire ; mais les fatigues du voyage , entrepris dans les grandes chaleurs de l'été, la menèrent aux portes du tombeau. « Voyez, )) dit-elle la veille de sa mort, « voilà la sainte Vierge, vêtue d'une robe blanche, qui vient m'annoncer mon bonheur. » Elle mourut le 8 juillet. Troissièclesaprèssamort, le pape Urbain VIII la canonisa avec une très grande solennité, et composa lui-même un des plus beaux offices de la liturgie romaine en son honneur. C'est ainsi que se trouva deux fois consacré dans le ciel et sur la terre ce beau nom d'Elisabeth, qu'il nous a fallu

tant de fois répéter, et qu'il nous est si doux de nommer toujours ^

1. Sœpe fatae et semper dulciter nominaudœ bealœ Elisabeth. Die. IV Ancill., p, 2011. — Nous ne saurious terminer cette généalogie sacrée de la maisoa d'Elisabeth sans rappeler que saint Louis de Sicile, évêque de Toulouse, l'une des plus belles gloires de l'ordre séraphique, était son petit neveu, étant né de Charles le Boiteux, roi de Sicile, et de Marie de Hongrie, fille d'Etienne V, neveu d'Elisabeth. "Voir la table généalogique. Nous devons aussi ajouter que s'il nous arrive de donner dans ce chapitre le nom de saint ou de bienheureux à ceux que l'Eglise n'a point solennellement investis de ce caractère, c'est toujours dans l'esprit de la plus complète soumission à sou autorité souveraine; et notamment au décret d"Urbain VIII sur cette matière.

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