‹ Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de ThuringeChapitre 46 sur 78 · K HISTOIRE · texte numérisé non relu

K HISTOIRE

Tait emmenée ayec lui dans son pays pour y jouir htcc eUe de sa dot et de ses richesses'. La jeunesse de la duchesse, qui n*aYait, comme nous Tavons dit, que TÎn^- deux ans lorsqu*elle se retira à Marbourg, pouvait donner une ombre de prétexte à ces calomnies. Elles parurent assez sérieuses au fidèle protecteur d'Elisabeth, au sire Rodolphe de Varila, pour motiver de sa part une démarche auprès d'elle. Le féal et prudent chevalier se rendit donc à Marbourg, et, s'approchant d*elle avec un grand respect, il lui dit : m Qu'il me soit (f permis, madame, de vous parler sans détour, et sauf Yotre a respect^. » Elisabeth lui répondit humblement qu'elle Toûlait tout entendre, a Je supplie donc, » dit-il alors, « ma tt chère dame de veiller à sa bonne renommée, parce que sa a familiarité avec maître Conrad a donné lieu, chez le tuI- « gaire stupide et ignoble, à des opinions perverse» et à des « propos inconvenants^. » Elisabeth, levant les yeux au ciel, et sans que son visage exprimât le moindre trouble, répondit : c( Béni soit en toutes choses notre très-«aint doux « Seigneur Jésus- Christ, mon unique ami, qui daigne a recevoir de mes mains cette chétive offrande : par amour « pour lui , et pour me donner à lui comme sa servante, a j*ai renié la noblesse de ma naissance, j'ai méprisé mes n richesses et mes possessbns, j'ai terni ma beauté et ma a jeunesse; j'ai renoncé à mon père, à mon pays, à mes <c enfants, à toutes les consolations de la vie ; je me suis faite

' Si tprachen das Ut meicter Conrad

Dy frawea Eli«abet entfubrt hit...

Das woilen ty mit einander terxereu.

ViU Rhyt. g luii.

* * Vir pradeoB... cum multa reverentia : Liceat mihi, domiua, salvagratia vedtra loqui cum vobis. Cui humiliter annoenti... Theod. 1. c.

* Curam igitur habeai domina mea de bono nomine... Vulgut liMHam et ignobiie opinatur perverse et loquitur invereounde. Ibkl.

(c mendiante. Je ne m*étais réserTé qu*un seul petit bien, « mon honneur et ma réputation de femme. Mais voici qu'il (( me le demande aussi, à ce que j'apprends, et je le lui a donne de bon cœur, puisqu'il daigne accepter comme un c< sacrifice spécial celui de ma bonne renommée, et me « rendre agréable à ses yeux par Tignominie. Je consens à (( ne plus vivre que comme une femme déshonorée'. Mais, « ô mon cher Sauveur ! mes pauvres enfants qui sont encore c( innocents, daignez les préserver de toute honte qui poura rait retomber sur eux à cause de moi ^. » Voulant toutefois rassurer le dévouement de son ancien ami, elle ajouta : « Pour vous au moins, sire échanson, n*ayez point de soup- « çon sur moi ; voyez mes épaules meurtries. » Elle lui montra alors des marques récentes des coups qu'elle avait reçus :

* Suspiclens in coelum dévote cum sereniUte respondit : « Benediotus per omnia Dorainus Deus noster Jésus Christus, qui hoc munuscuium a me recipere dignatus est. Ego nobilitatem generis mei abnegans pro amore ejus ancillam me sibi tribui ; mundi dlvilias contemnens pauperculam me feci. Juvénile decus parvipendens deformavt, solnm hoc muliebris honestatis ornamentum servare contenderam. Vérum hoc in sacriflcio suo , uit audio , a me dignatus est acceptare ianquam aliquid spéciale volens me sibi placitum per infamiam et honam famam. Theod. 1. c.

0 du suesser Herre Jesu Christ Hein liebhabtf dii aHeiii bist...

Yatter und nutler mand and kynt Uad aile dîag dy nur troBStlich tiod Land und ieut^, barge und ctaet«...

Eiu kieines batte ich mîr bebaldea. . .

Soll ich der ouch nicht haben mehir 9o iHll ieh dyr cy ouch gtbtfn.

Und aie ein Tcischineetc weib lebea.

YiU Rhyt. g auii.

'' Abir lieber Herre meine kyndt

Oy aoch unverleumbt tind Dy bebuete tor Mbanden oue Das ir inem tou mir nicht kommeu xu.

Ibid.

ti HISTOIRE

« Voilà, » dit-elle, <i Tamour dont œ saint prêtre est animé a envers moi : ou plutôt, voilà comme il m*anime à Tamour I» de Dieu '. d Union admirable, dit son historien, d*humilité , de patience et de pieuse prudence , qui , tout en rendant grâces à Dieu d'une ignominie non méritée, sait éloigner toul scandale du cœur du prochain^.

Cependant, ce n'était pas seulement par ces sévérités extérieures et corporelles que Conrad exerçait sur elle Tautorité illimitée qu'elle lui avait concédée; il s'appliquait encore plus à briser et à meurtrir son cœur, et en arracher jusqu'aux dernières racines de toute aiTeclion, de toute préoccupation humaine, aûn que laiiiour et la pensée de Dieu put l'envahir et le remplir tout entier. De toutes les jouissances de sa vie passée, Elisabeth n'avait conservé que la douœ et ancienne habitude de vivre avec les amies de sa jeunesse, qui avaient partagé les grandeurs de son existence de souveraine, en qualité de ses demoiselles d'honneur; qui avaient mangé avec elle le pain de la misère, lors de son expulsion de la Wartbourg ; et qui enfin , compagnes inséparables et fidèles, s'étaient associées à toutes les privations volontaires de sa vie religieuse, à toutes ses œuvres de misérioorde, à ses pénitences et à ses pratiques de piété. A son insu, peutêtre, les relations de tendre et intime sympathie qui unissaient Elisabeth à ses fidèles amies, avaient dû adoucir pour elle bien dos amertumes, alléger souvent le joug de tant de mortifications et d'épreuves; et ce jeune cœur, que nous avons toujours vu dévoré d'amour, et comme inondé d'une

^ Ne autem vos, domine pinceroa, aliquo suspicionig scrupolo laboreUit ostendens podica rœuiioa iividaa scapulas suas et crueotas : hic esl, inqult, amor quo circa me sacerdos sanclos afflcilur, vel potius me afflcii amoria Dei. Theod. 1. c.

' Tbeod. 1. c.

charité prête à déborder sur tous les hommes, avait dû se liyrer sans réserve à cette suave et pieuse consolation. 11 ne pouvait y avoir d'intimité plus complète ni plus affectueuse que celle qui régnait entre la princesse et ses suivantes, comme nous le voyons à chaque ligne de leurs récits sur elle^ C'est ce doux et dernier lien que Conrad résolut de briser, de peur que par leurs conversations elles ne fissent naître dans le cœur de la duchesse quelque souvenir ou quelque regret de sa splendeur passée^. Il avait déjà congédié successivement toutes les personnes de son ancienne maison qui étaient restées auprès d'elle, et elle n'avait pu les voir partir sans exprimer la plus vive douleur'. Puis il en vint à ses deux amies. Ce fut d'abord le tour d'Ysentrude, qui était celle qu'Elisabeth aimait le mieux, et pour qui elle n'avait rien de caché ; à qui elle avait toujours dévoilé toutes les secrètes pensées de son âme, avant comme djepuis sa retraite du monde ^. « Il lui fallut cependant, » raconte cette fidèle amie, a me voir chassée, moi, Ysentrude, qu'elle aimait par-dessus toutes les autres, et qu'elle ne laissa partir que le cœur accablé d'angoisse et avec des larmes infinies^. x> Enfin Guta, qui avait été la compagne de son enfance dès

' Dans les déposilions qu'elles furent appelées à faire devant les juges commis par le Pape pour examiner la sainteté d'Élisabelti. C^est la source la plus authentique et la plus féconde où nous ayons pu puiser, à l'instar de Théodoric et de tous les autres historiens de la Sainte.

* Quia timebal nos aliquid de aniehabila gloria seoum tractare, et e& hoc eam temptari vel dolere. Dicta iv Ancill. p. 2023.

' Omnem familiam pristinam in qua delectari vel solatiari consueverat paiH lalim ac sigillalim ab ipsa repulil quos singulos cum dolore gemiluque dimisit. Theod. IV, 6.

^ Ita familiaris quod fuit conscia omnium secretorum ejus. Dict. iv AucllL p. 2014.

* Et tandem me Ysenlrudem ei prœdilectam ab ipsa expulit, quœ cum muito cordis gravamine et inlinitis lacrymis me dimisit. Ibid. p. 2022.

i6 HISTOIRE

rage de cinq an», qui depuis lors ne Tavarit jamais quittée, et qu'elle aimait aussi avec la plus vive tendresse, fut roitoyée la dernière, au milieu des pleurs et des sanglob de la paurre Elisabeth ^ « Il lui sembla, » dit à ce propos un pieux historien que nous nous plaisons à citer, « il lui sembla que son cœur était déchiré en deux , et cette docile servante de Dieo en conserva la douleur jusqu'à sa mort. C'est œ que tout cœur fidèle comprendra facilement ; car enfin il n*y a pas sur la terre de plus grande peine que lorsque âes ooeun fidèles sont arrachés l'un à l'autre. 0 chère sainte Elisabeth! je rappelle à la mémoire cette séparation, et, au nom de cette cruelle douleur que tu as ressentie alors avec tes plus chères amies, obtiens-moi la grâce de connaître combien j'ai mal fait de m'étre tant de fois séparé de mon Dieu par Je péché^! »

La victime, restée ainsi seule avec le Dieu auquel elte s'était immolée', n'eut pas même la consolation de œtte solitude entière. Conrad remplaça ses compagnes chmes par deux femmes d'un genre fort différent. L'une était une fille du peuple, assez dévote, nommée Elisabeth, comme la duchesse elle-même, mais rude et grossière à l'excès, et si horriblement laide, qu'elle servait d'épouvantail aux enfants^.

> PMtremo Gotam... quam spedalidBime dlletit... cuin mulUs fleUbctt' ic Mispiriis derelinquit. Theod. 1. c.

* AU wann ilir Hertz mitten wacre entzwe> gerissen... Eê magg eln jedës tnue hertz leichtlich bey sich eraehten, weil Ja anf erden kein grtsfterw lejrd ist als wann treue Herzen sich von einandcr mUssen schelden. leh ertnaere dkh diesel traurigen seheidens, o leibe H. Elisabeth, und Mtte dich, etc... Kochem, p. 829.

> Remansit autem paupercula Eliëabcth ëola Deo wli derelictv... 'tbnod, VI, 7.

* Und zemaeb eyicblich gestalt

DUÈiman mit ir wol fleuhele dj kint.

Vit! Rhyt. g ziiTi.

L autre était une veuTe, âgée, sourde, d*un caractère acariâtre et revécbe, qui passait les jours et les nuits à se mettre en colère ^ Elisabeth se résigna à ce changement si pénible (fains ses habitudes avec une parfaite docilité, pour l'amour du Christ; et, toujours défiante d'elle-même, elle s'appliquait à avancer dans l'humilité par ses relations avec la grossière paysanne, et dans la patience, en subissant les invectives de la vieille femme colère^. Ces^ deux femmes la mettaient chaque jour à l'épreuve, et l'accablaient de mauvais traitements^. Loin de s'opposer à ce qu'elle se chargeât, par esprit de pénitence, des travaux et des soins domestiques qu'il leur appartenait d'accomplir, elles lui laissaient au contraire l'ouvrage le plus dur, comme de balayer la maison; et lorsque, en veillant au feu de la cuisine, la princesse, absorbée par ses contemplations religieuses, négligeait les cbétifs mets qui s'y trouvaient, au point de leur faire sentir le brûlé, ses servantes ne craignaient pas de la reprendre aigrement^ : et lui reprochaient de ne pas même savoir faire uae soupe : et cependant, comme remarque le biographe (pie nous citions plus haut, elk n'avait jamais dû apprendre d«) sa vie à faire la cuisine ^.

* Sy horte abir zemall kleine...

Sy MMriHt Uy uod Bishk..

Virgine religiosa valde despicabili et quadam nobili vidua surda et valde aufltera. Ep. Conr. ad Pap.

' Von der mayt wucht ir dy demut.. .

Und Ton den weiW der alten Lernet sy baldea dy gedult.

Ibid.

' Per quas multas sostinuit oppressiones et coercitationes. Theod. VII, 4. ^ Cam mifterabilis cibos eju» negleetu aduttionein aaperet , pro hoc aDcilliiom correptlonem cum gaudlo siHferebat. Theod. Vf, 7.

* Und ittpiten ihr fttr daM aie nicht einmahl elne suppe kochen kœnte...

Ces mêmes femmes la dénonçaient impitoyablement à Conrad, toutes les fois qu'elles lui voyaient transgresser cette prohibition de faire Taumônc^ que son âme compatissante avait tant de peine à subir, et lui attiraient ainsi de la part de son directeur des châtiments sévères'. Mais rien ne réussissait à la rendre infidèle, même pour un instant, même par un mouvement involontaire d*impatience, à Tinviolable soumission qu'elle avait jurée a celui qui lui semblait chargé de la conduire promptement et sûrement à la patrie éternelle. Sa docilité était si scrupuleuse, que lorsque ses anciennes et bien-aimées compagnes venaient quelquefois lui rendre visite, elle n'osait leur offrir quelque nourriture, ni même les saluer, sans en avoir demandé la permission à Conrad *.

Enfin une dernière épreuve était réservée à cette âme à la fois si tendre et si dure contre toutes ses tendresses; ce devait être pour elle l'objet d'un dernier triomphe. On a vu comment elle s'était séparée de ses enfants, pour lesquek elle ressentait une affection dont l'amour divin avait seul pu dompter la violence. Cependant, il parait que cette séparati<Mi n'avait été ni complète ni absolue, que le cœur maternel avait parlé trop haut ; que si elle n'avait pas conservé avec elle une de ses ûlles ou même son fils, comme on pourrait le croire d'après certaines expressions de ses biographes ', du

dan S. Elisabeth ihr lebtag nichi gekocht noch das kochen gelehmt hatte... Kochem, p. 830.

* Accusata sic ab illis inulta sspius verbera a magisiro pertulit. Theod. vu, 4.

* AniantiMimifl suis et intimis, dominœ Yseiitrudi et sorori Gute, ad em quandoque venientibus... Ibid.

' Selon la dépobition d'Irmeugarde, p. 2030, c'était puerum e/nt anni d dimidii habens : mais sou flls étant né en 1 233 , avait déjà quatre ans lonqu*elle devint veuve. Théodoric | VU , 7 ) dit : Parvuium uieri tut infantiUmm,

DE SAINTE ELISABETH DE HONGRIE. t9

moins elle faisait venir souvent un de ces chers enfants pour satisfaire, en le voyant, en le caressant, et en imprimant sur ce front innocent de nombreux baisers, aux exigences de sa tendresse de mère. Mais bientôt elle s*aperçut qu*il n*y avait plus de place dans son cœur pour deux amours ; qu'elle ne pouvait impunément le partager entre Dieu et une créature quelconque. Elle vit que ces caresses et ces baisers trop prodigués au fruit de son sein, Tempêchaient de se livrer avec son assiduité habituelle à la prière'; elle craignit de trop aimer un autre être que Dieu; et, soit à Tinstlgation de maître Conrad, soit de son propre mouvement, elle Gt éloigner pour toujours ce dernier vestige de bonheur terrestre ^. Tant de victoires surnaturelles de cette grâce divine qu'Elisabeth reconnaissait pour son unique et absolue souveraine, ne pouvaient être longtemps méconnues. Ce n'était pas seulement dans le ciel que les attendait un prix ineffable : les hommes eux-mêmes se préparaient enfin à rendre hommage à cette héroïne de la foi et de la charité, et à récompenser ces enfants délaissés pour l'amour de Dieu, en reportant sur eux la tendre vénération qu'un siècle fidèle ne pouvait refuser aux rejetons d'une Sainte. A peine quelques années se furent-elles écoulées, qu'à la cour plénière tenue à Saumur par le roi Louis IX de France, on vit paraître un jeune prince allemand, âgé de dix-huit ans; il servait, en même temps que les comtes de Saint-Pol et de Boulogne, à la table de la reine, de la reine de France, qui fut de tout temps,

oe qui peut s'appliquer à uue de ses filles. Waddiog , qui a puisé à d'autres sources, dit, au contraire, que c'était son fils aine : Filium uaiu majorenij ii, î. T.

> Rutrbeuf, p. 39.

* Jussit omnino elongari a se, ne nimis diligeret euui, et ne per eum impediretar in ser^itio Dei. Irmengarde, p. 2030. Theod. 1. c.

€BAP1TRE XXVlll

COMMEKT LE 0B1GNBUR FIT ÉCLATER SA PUISSANCE ET SA VISÉ- RICORDE PAR L*EI«TREM1SE DE LA CHÈRE SAINTE tUSABETB ; ET DE LA VERTU MER'\^1LLEU9E DE SES PRIÈRES.

Feclt mihi magna qui potens est.

Loc, 1.

Voluntatem timentium se faciet , et deprecationem eorum exaudiet.

Ps. CXLIV, 20.

Le terme c^procbait où Elisabeth allait trouver au sein de son Dieu rimmortelle récompense des épreuves de fia courte vie : mais avant de la rappeler à lui fpow Jui donner paît à sa gloire, il plut au Tout^Puifisaut de r«ataurer 4à$ ma vivan^t d*une auréole de céleste majesté, de rinvestîr, aux yeux des hommes qui TavaieiM persécutée etcatonaiée, d*«ne puissance émanée de la sienne, et de déposer entre les mains de cette faible femme, qui avait su tellement dompter en elle-même la nature déchue, la force surnaturelle de vaincre et d'extirper chez ses frères toutes les misères qui sont la suite du péché.

Ce ne sera plus seulement par sa profonde compassion, par son affectueuse sympathie, par sa générosité sans limite, par ses fatigues et son dévouement, qu'on la verra soulager les maux des malheureux et porter sa part de tous leurs fardeaux : cette divine charité, pour qui il n'y a rien d'invin-

32 HISTOIRK

dble, et qui est devenue toute sa yie, reœvra mainte fois d*en haut assez d*extension et de force pour qu'une seule parole, une seule prière échappée de sa bouche, dissipe et éloigne i jamais les souffrances qu'auparayant elle se bornait à partage et à adoucir. Désormais, lorsque la dévotion ou la charité la feront sortir de sa pauvre chaumière, ce sera pour faire resplendir non plus seulement sa propre pitié, mais souvent toute la puissance miséricordieuse que le Seigneur se plall à déléguer aux âmes de son choix ; et les nouveaux bienfaits qu'elle sèmera ainsi sur sa route, conservés avec des détails aussi touchants que précis dans la mémoire du peuple chrétien, seront pour nous le dernier et le plus éclatant témoignage de sa sainteté.

Il ne se passait pas de jour qu'elle n'allât deux fois visiter ses pauvres malades dans son hôpital, et leur porter les secours et les vivres qu'elle leur destinait '. Un matin, à l'entrée de cet hôpital, elle vit couché sur le seuil de la porte un jeune garçon estropié et diflbmie, étendu sans mouvement : c'était un pauvre enfant sourd-muet, et dont tous les membres avaient été tordus et contrefaits par une maladie cruelle, de sorte qu'il ne pouvait que se traîner sur ses pieds et ses mains, comme un animal ^. Sa mère, qui en rougissait, l'avait porté en ce lieu et l'y avait abandonné, dans l'espoir que la

Und uytnmer keineu tag verla;^

Sy gyng selbtt twir dareia

Und bracbte inen brud bier und wein.

Vita Rhyt. § xxxviii.

Es bat die giecbt al»o gar xebrucbenji Das ime sein glied und knocben Krumb stunden beyd aus und ein Er lag dae vor ir aU ein Khwein...

Ea krocb kaoïn auf allen vieren...

Ibid.

bonne duchesse aurait pitié de lui. En effet, dès qu*elle Taperçut, elle le regarda avec anxiété, et se sentit pénétrée de douleur; elle lui dit, en se baissant vers lui: a Dis-moi, a cher enfant, où sont donc tes parents? qui t'a amené ici'?» Mais comme l'enfant n'ayait pas l'air de l'entendre, elle répéta sa question d'une voix très-douce, en le caressant et en lui disant : a Mais de quoi souffres-tu donc? ne Teux-tu <c pas me parler ^? » L'enfant la regarda alors, mais sans répondre. Elisabeth, ne sachant pas qu'il était muet, se figura qu'il était possédé par quelque démon, et sentant redoubler sa pitié, elle lui dit à haute Toix : « Au nom de a Notre-Seigneur, je t'ordonne, à toi et à celui qui est en « toi, de me répondre, et de dire d'où tu viens*?» Aussitôt Tenfant se releva tout droit devant elle; la parole lui fut tout à coup rendue, et il lui dit : <c C'est ma mère qui m'a amené *. »

I Sant Elisabet sach das kint an. ..

Dy was ir voa hertzea leyt Und gprach « Sage inir, du liebes kint. . . •

Inclinata ad eum , dixit statim : u Quis te hue adduxil , dilecte puer 7 » Theod. VII , 6.

* Elisabeth Tero blandiens et pie responsum instantius requisivit. Ibid.

• Abir was ist dein Gebrech Wihu mir nicht zwprech. »

Yita Rbyt.

' Das kynt sy also ansacb. ..

Dae deuchte sy es were l>esessen. ..

Das erbarmet dy frawe car...

In der kraft unsers hem Jesu Christ So gebiete ich dir und was bey dir ist...

Yita Rhyt.

* Zu haut stund das kynt dae uff...

Ibid.

Tune apcrtum est os muti... et respondit, dicens : Mater mea me addaiil. Theod.

Œutrct. Tlll. — Sainte Elisabeth, il. 3

11 lui raconta ensuite qu*il n'avait januûs parlé ni entendu jusqu'alors; qu'il était né tel qu'elle l'avait tu, estropié el perclus de tout son corps : a Mais voilà, d dit-il en étendant ses membres l'un après l'autre, « voilà que Dieu m'a dcxiné a le mouvement, la parole et l'ouïe; je dis des mots que je « n'ai jamais appris ni entendus de personnel )» Puis il se mit à pleurer et à remercier Dieu : «Je ne connaissais pas Dieu,» disait-il|, « tous mes sens étaient morts; je ne savais pas ce a que c'était qu'un homme. Maintenant seulement, je sensque (( je ne suis plus comme une bête ; je sais maintenant parler « de Dieu. Bénie soit cette question de votre bouche qui m'a ce obtenu de Dieu la grâce de ne pas mourir comme j'ai vécu « jusqu'à présent '^ ! » A ces mots, qui peignaient si bien les premières émotions d'une âme qu'une parole toute-puissante venait de rendre au sentiment de Dieu et d'elle-même, Elisabeth vit bien que Dieu avait agi miraculeusement par son entremise ; mais, toute troublée et effrayée de ce redoutable ministère, elle tomba aussitôt à genoux, et mêla ses pleurs en abondance à ceux de l'enfant qu'elle avait sauvé '. Après

Seine gUeder es nach in einander richt l'nd sprach : • Gott bat mir gegebeon Das ich kangesprechen uad verneroen eben Dy wort...

Der ich vor nit gelernet han. •

Ibid.

L'nd huebe tor freuden an zewcinen Darnach cpracbs : c Icb wiute nicht umb Gott Wau aile myne syn waren todt... L'nd weyss nu ton Gotte le lageno...

Gebenedeyt sey ewen mondes frage... •

Ibid.

Sy erschrag und wuste nicbt was sy thet Und fiell danyder in ir gebet...

L'nd weynet mit dem kynde seer. .

Ibid

DE SAINTE ELISABETH DE HONGRIE. aS

aToir remercié Dieu avec lui de cette faveur, elle lai dit : « Retourne maintenant bien vite chez tes parents, et ne dis « pas ce qui t'est arrivé ; surtout ne parle de moi à personne ; a dis seulement que Dieu t'a secoum, et garde-toi bien nuit c( et jour de tout péché mortel ^ car autrement tu pourrais <c bien retomber dans ta maladie. Souviens-toi toujours de ce « que tu as souffert jusqu'ici, et prie Dieu toujours pour d moi, comme je le prierai pour toi ' . » Aussitôt elle s'échappa comme pour fuir cette gloire imprévue ; mais la mère de l'enfant survint à l'instant, et, toute stupéfaite de le voir debout et parlant, s'écria : <c Qui t'a rendu la parole? » A quoi l'enfant répondit : ce Une douce dame en robe grise m'a « ordonné de lui parler au nom de Jésus-Christ, et j'ai trouvé « la parole pour lui répondre ^. » La mère se mit à courir dans la direction qu'avait prise Elisabeth, et l'ayant aperçue qui fuyait de loin, elle la reconnut bien, et publia partout ce miracle'.

Aussi, malgré la modestie d'Elisabeth, le bruit de la puissance dont Dieu l'avait rendue dépositaire se propagea au loin, et lui attira les supplications de l'infortune et delà douleur. Son invincible compassion l'empêchait de se refuser jamais aux désirs des pauvres qui l'invoquaient; mais jamais non plus les grâces éclatantes que le Tout-Puissant répandait par ses mains ne la firent devenir infidèle à cette pro-

* Und sprach : • Nu gaog hinweg balde...

Du folt mich ouch den leuten nicht nennen. Dan das dis Got gebolffea bat...

Und bit oucb Gott allezeit fur nûcb. ..

Ibid.

' Quis tibi loqueUm concessit?... Intravit quœdam domina benigna qua ailoenta, etc... Tbeod. I. c. — Eine firawe in growen gewande. Paaaionai...

* Des iLindes muter lief ir balde nacb und sacli sie wol vor ir einweg fliehen. . . und erkante aie wol. Ibtd.

fonde et fervente humilité qui la rendait surtout agréable devant lui. Un jour un malade vint lui demander de le guérir, au nom du cher apôtre saint Jean, pour qui elle avait, comme nous Tavons vu, une dévotion toute spéciale. Après qu'elle eut prié pour lui, il se sentit guéri, et se jeta sui^le-champ à genoux devant elle pour la remercier; mais elle s'agenouilla aussitôt à côté de lui, et se mit à remercier ardemment Dieu de ce qu'il avait exaucé les prières de son cher apôtre saint Jean, ce Et cependant, dit l'écrivain à qui nous empruntons ce trait, c'étaient les siennes que Dieu avait exaucées tout aussi bien que celles de saint Jean '• »

Une autre fois, un malheureux estropié des mains et des pieds lui cria : a 0 brillant soleil de clarté parmi toutes les (( femmes, je suis de Reinhartsbrûnn, où ton mari repose: c< pour l'amour de son âme, viens à mon secours et guéris- (( moi. » Au nom de son mari, émue par le souvenir de son doux et saint amour, elle s'arrêta et regarda avec une infinie tendresse celui qui l'invoquait ainsi ; et au moment même par la vertu de ce seul regard, le pauvre estropié se trouva guéri. Elle en remercia aussitôt le Seigneur ^.

Quelque temps après, comme elle était en marche pour se rendre au couvent d'Altcnburg, un pauvre homme l'appela de loin, et lui dit : ce Voilà douze ans que je suis possédé

' Das leyste sie gerne und wilUglich

In des lieben sant Jobanus ehre...

Der tieche kniet tor ty nider Und dancket ir des : und sy hinwieder Knyte nieder uf die erdenn... Got der erfaorte sie beide scbire Beyd S. Johansen und Elisabet...

ViU Rbyt. § xxxir.

* Aller weiber ein klare sUnn liiir mir durch delnes mannes seel wan Icb bin von Reinhartobrunu da er ligt... Do sah sy inn gar guUgUchen ann do ward er lu hanndt gesundt des dancket sy unser Hernn J. G. Paasional, foL 62.

« d*un malin esprit : laisse-moi toucher le bord de ta robe, (c et il faudra alors qu'il me quitte. » Elle se détourna à l'instant, et alla se mettre à genoux à côté de lui au milieu de la route, et l'embrassa en le bénissant au nom de Jésus-Christ, et sur-le-champ le possédé se trouva délivré ' •

Enfin, un autre jour, elle s'était rendue à l'église qu'elle avait fait bâtir pour son hôpital, vers midi, qui était l'heure qu'elle préférait, parce que c'était celle où le soin des repas éloignait tous les fidèles, et où elle pouvait se livrer en toute liberté à sa dévotion^. Elle y vit un pauvre aveugle tout seul, qui marchait à tâtons autour de l'église : ses yeux étaient ouverts comme ceux de tout le monde, mais ses prunelles étaient flétries et vides ^. Elle alla aussitôt à lui, et lui demanda ce qu'il faisait là tout seul , et pourquoi il errait ainsi dans l'Église^. Il lui répondit : a Je voulais aller à (( cette chère dame qui console les pauvres gens, pour lui c< demander de me faire quelque aumône au nom de Dieu ; a mais je suis d'abord venu faire ma prière dans cette tt église, et j'en fais le tour afin de savoir comment elle est (c grande et large, puisque j'ai le malheur de ne pas pou-

^ LaM mich deinen saum berttren so muas der boess geisi weichen von mir. Do knyet gie nieder uff die strass and kusset das mensch... Ibid.

' Alt lie Tiel gerne umb die zeit thet

Wan es darinne gar gereumig wu.

Vita Rhyt. § xxxni.

On sait qo'aiijourd'hai encore, dans fonte l'Italie, en Belgique, et dans une partie de rAUemagne, les églises sont fermées depuis midi jusqu'à trois heures.

' Batte er seine ougen oiTen -weyt...

Und hatle dy ougen apffel Terlom Dy -waren ime rerwelcket alsogar.

ViU Rhyt.

^ Do Aragete sy en, wai er do tede alleyne, und also umme ginge... Kothe, Chr. Thur. p. 1736.

<jc Toir la voir de mes yeux ^ » « Aimerais-tu la voir, cette « église? » lui dit alors la compatissante Elisabeth'. « Si « Dieu le voulait, » répondit Taveugle, « j*aimeraîs bei»m coup la Toir; mais j'ai perdu la vue en naissant; je n'ai ce jamais vu la lumière du soleil , je suis devenu le pri- « sonnier de Dieu'. » Puis il se mit à raconter toutes ses misères : m J'aurais bien voulu pouvoir travailler comme un « autre, » disait-il, « car je ne sers de rien à pencmne, ni i c< moi-même : les heures les plus courtes me panÔMent c< bien longues; quand je suis avec les autres hommes qui a ont leurs yeux, je ne peux me défendre du péché de Teoa vie : si je reste tout seul, je pleure mon malheur; car je m ne peux prier toujours, et même en priant je ne puis a m*empêcher d'y songer sans cesse ^. i» « C'est pour fan «c bien, d répondit Elisabeth, a que Dieu t'a envoyé ce mala heur ; tu aurais peut-être été entraîné à des excès ; tu au- « rais plus péché qu'à présent^. » a Oh! non, » reprit l'a-

^ Ich woldfi seu ôer liebin firowin, der armin lutlie troeterjnne, gehio, ob mir dy etwaz dorch Got geben wolde... Daz ich gewisse wi wit und groi desse kerche sy, der ich leider nicht beschin kan. Ibid.

* Woldistu sy icht gerne besehin? Ibid.

> Were es Gottes welle gewest, etc. Ibid.

Und bin worden Gotts gerangenn.

Vi(a Rhyt.

* Dy kortzer stunden mir sere langean Wan ich mit bin under den leuten

So kan ich mit Tor suendeo nicht gehueten

Sitisieb dan ville alleine

So muss ich mein ungemach beweyne

Uud kan ouch zu meinem gebete

Ton den geduocken nicht bleil>en stete.

Ibid.

' Sy sprach : • Got der thuet es dir m guet

Ou wurdest lu wilde in deynem muete. »

Ibid.

veugle, <c je me serais bien gardé du péché ; je me serais et livré pour vivre à de durs travaux ; je n*aurais pas eu mes a tristes pensées d'aujourd'hui'. y> Elisabeth, vaincue par la pitié, lui dit alors : ce Prie Dieu de te rendre la lumière, et a moi je le prierai avec toi ^. » A ces mots, Taveugle comprit tout à coup que c'était la sainte duchesse Elisabeth qui lui parlait ; et tombant la face contre terre devant elle , il s'écria : a Ah ! noble et miséricordieuse dame, ayez pitié de « moi ^ ! D Mais elle lui enjoignit de nouveau de prier Dieu avec une entière confiance, et, s'agenouillant elle-même à quelque distance, se mit aussi à prier avec ferveur. Aussitôt la vue fut rendue à l'aveugle, et des yeux d'une beauté céleste vinrent remplir ses orbites creux et vides ^. Il se leva, regarda autour de lui, et s'empressa d'aller vers Elisabeth : (c Madame, r* lui dit-il, a Dieu soit loué! sa grâce m'a favo- « risé : je vois tout bien et clair : vos paroles sont vérifiées.» Mais la pieuse princesse, qui savait unir toujours la prudente sollicitude d'une mère chrétienne à sa charité, lui dit : ce Maintenant que la vue t'est rendue, songe à servir Dieu (( et à éviter le péché : travaille et sois honnête homme, « humble et loyal en tout^. »

' Er sdrach. Du woll ich nimmer gethu.. .

Und mich der sawem arbeit neren...

Ibid.

- Bethe Gott ôas her dich irluchto, ich will dir herflnn buten. Rothe, 1. c-. ^ Do duchte den blendin, daz er sente Elzebeth were, an dessin reden, unde sprach do : Âch gnedige fh)we, irwarmet uch obir mich. Ibid.

^ Daz eme... der nicht ougepphel hatte, scbone ougin werdio. Ibid.

Oy ougen kecher wurden ime toU.

Yita Rhyt. 1. c.

^ ... Er ftchœne umb sichsach...

Dae ttundt er auf alliehaudt Und ging xn ir...

iO HISTOIRE

La prière de celte huml)le servante du Seigneur, si puissante auprès de lui pour porter remède aux maux du oorps, ne devait pas l'être moins pour assurer le salut des âmes.

Madame Gertrude de Leinbach, femme d*un noble chetfrlier des environs, étant venue un jour rendre visite à la duchesse, avait amené avec elle son fils, nommé Berthold, jeune homme de douze à quatorze ans, qui était magnifiquement vêtu , et qui paraissait se complaire beaucoup dans la recherche et Télégance de ses habits'. Elisabeth, après s'être entretenue longtemps avec sa mère, se retourna vers lui, et lui dit ; c< Mon cher enfant, tu me parais t'habiller beaucoup « trop mondainement et trop somptueusement, tu tiens « trop à servir le monde. Poiutpioi ne songes-tu pas plutôt « à servir ton Créateur? Tu ne t'en trouveras que mieux « d'âme et de corps. Dis-moi, cher enfant, crois-tu que ton « Seigneur et le mien portât des habits de cette sorte quand (c il vint en toute humilité verser son sang pour nous'? i> Le jeune homme lui répondit : « 0 madame, je vous supplie de

Und irach : • Fraw Got sey gelobet... ... Nu arbeit und bis ein frommer knecht Und bis demutUg und gerecht. ■

Ibid.

* Er was gecleit nach der welt

Kurtxs und enge sein kleit gescbnitten Er dauchte sich (reudig und bieder.

Vita Rbyt. § nxv.

' Liebes kint...

Du kleidest dich viel zu werltUch

Uod heldest dich viel zu zartlicb

Und dynest der werlt alzu sere

Warumb dynest du uicht deynem scbœ(^ere ?

Es ginge dir allerzceid an leibe unde an sele deste baz. Sag mir, lieber jungling, trug mein Herr und der dein auch soliche klelder an... Rothe, p. 179S. ViU Rhyt. $ xuv. — Pa^., f. 69.

a prier le Seigneur pour qu'il m'accorde la grâce de le ser- « vir! » « Veux-tu Traiment, » lui dit-elle, « que je prie a pour toi? » « Oui, certainement. » « Alors il faut que tu a te disposes à recevoir cette grâce que tu désires, et je prie- « rai bien volontiers pour toi. Allons ensemble à l'église, et « demandons-la tous deux '. » 11 la suivit aussitôt à l'église, et se prosterna devant l'autel, ainsi que sa mère, à quelque distance du lieu où Elisabeth se mit à prier elle-même. Après que leur prière eut duré un certain temps, le jeune homme s'écria à haute voix : « 0 chère dame, cessez de « prier ^. » Mais Elisabeth n'en continuait pas moins à prier avec ferveur. Alors Berthold se mit à crier plus fort : « Ces- « sez, madame, de prier; car je n'en puis plus, tout mon a corps est enflammé^. » En- effet, une immense chaleur le pénétrait; la fumée semblait s'exhaler de son corps; sa mère et deux des suivantes de la duchesse, étant accourues à ses cris, trouvèrent ses vêtements tout baignés de sueur, et sa peau si brûlante, qu'elles pouvaient à peine la toucher^. Cependant Elisabeth priait toujours, jusqu'à ce que le jeune homme désespéré lui dit : a Au nom du Seigneur, je vous (c conjure de ne plus prier; car je suis consumé par le feu

^ 0 domina mea , supplico vobis , ut oretis pro me , nt Dominus det mihl gratiam suam serviendi ei. At illa : Vellesne, ait, quod ego orarem pro teî Et illc : Vellem utique... Oporlet ut te ad gratiam Dei liabililer similiter orando... Theod. Vil , 8.

Kom wir wollen in dy kirch gehen Und wolien darumb flehen .

Yita Rhyt. § xxxy.

* 0 domina, cessatc ab oratione. Theod. Liebe ft*aw... Vita Rhyt.

' Altiu8 vociferari cœpit... Quia jam delicio. Theod. — Ich bin ubir min gantzes Leib enlbrant. Vita Rhyl.

^ Sudabat et (Umabat... Invenerunt eum totum incaluisse Yestesqae nimio ladore madidas... Vix calorem manibus poterant tolerare. Theod. I. c.

c< intérieur, et mon cœur va se briser en moi^ » Alors elle cessa sa prière, et Berthold se refroidit graduellement; mais le feu de l'amour divin que cette ardente charité d'Elisabeth avait fait descendre dans son jeune cœur, ne s*y éteignit plus; et il entra aussitôt après dans Tordre de Saint- François^.

De pareils exemples attirèrent à Elisabeth la charge de prier pour une foule d'âmes souffrantes qui avaient recours à sa puissante intervention : elle se rendait avec une pieuse humilité à leurs désirs, et, à l'instar du jeune Berthold, plusieurs, éclairés et calmés par suite de ses prières, embrassèrent la vie religieuse ^ Cette douce et bienfaisante influence s'étendait même au delà des bornes de cette vie : ce secours si efficace était réclamé par les âmes qui n'avaient point encore expié toutes leurs fautes. Une nuit, elle vit en songe sa mère , la reine Gertrude , lâchement assassinée pluâeurs années auparavant, qui vint s'agenouiller devant elle et lui dit : tt Ma chère fille, bien-aimée de Dieu, je te supplie de tt prier pour moi : car j'ai encore à expier les négligences tt de ma vie. Souviens- toi de la douleur avec laquelle je t'ai c( mise au monde, et aie pitié de mes souffrances actuelles ; « demande à Dieu de les abréger, et d'envisager plutôt que c< mes péchés la mort ignominieuse que j'ai subie, quoique a innocente. Tu le peux si tu veux; car tu es pleine de « grâce à ses yeux^. » Elisabeth s'éveilla en pleurant, se

^ In nomine Doiuini oro... quia jam igné consumor. Theod. — Anders mir zerspringt mein herz in meinen Leib. Passional.

* Tous les auteurs fixent la date de ce trait à l'année qui précéda la mort de la Sainte. Didcite, dit Théodoric à ce sujet, quo caritatis ardore fervebat, quffi calore suo fluxum secularis concupiscentiœ siccat, et ad amorem etemilatis inflammat.

' Contigit hoc frequentius et aliis, pro quibus ipsa Dominum eiorahat. U>id.

^ Fleiis genibus dixit : Mi dilecta filia, ora pro dolorlbus meli que adhttc

leva de son lit, et se mit sur-le-champ en prière. Après avoir prié avec ferveur pour Tàme de sa mère, elle se recoucha et se rendormit ^ Sa mère lui apparut de nouveau, et lui dit : c( Bénis soient le jour et Theure oii je te donnai la vie ! ta « prière m*a délivrée : demain j'entrerai dans le bonheur a étemel. Mais prie toujours pour ceux que tu aimes; car « Dieu soulagera tous ceux qui t'invoqueront dans leurs a peines ^. » Elisabeth se réveilla encore, le cœur tout réjoui de cette vision, et en versa des larmes de joie : puis fatiguée elle se rendormit d'un si profond sommeil qu'elle n'entendit pas la cloche des matines des frères mineurs, où elle avait coutume de se rendre, et ne s'éveilla qu'à prime. Elle alla aussitôt confesser sa paresse, et demanda à son directeur de lui infliger une pénitence'.

Cette voix si pressante et si efficace pour obtenir la misé-

palior, quia negligenter vixi : potes enim. Theod. VI , 10. Du geminnete des almœchiigen Gottes... Gedaoke der arbeit und not do ich dich gebar. Cod. Heidclb. 11.

Du Termagst zu thun woll

Du bist «eyoer gntden uud liebe toU.

ViU Rhyt. § xxxit.

Voy. aussi Rothe, Chr. Thur., p. 1729.

^ Evigilans Elisabeth surgit cum fletu , oravil de?ote et iterum dormiTit. Theod. — Und gieng da wieder in ir bette. Vita Rhyt.

* Gebenedeyt si der (ag und die stunde dae ich dich ie gebar. Cod. Heid.

Ich «oll zu dem ewigen lel>en Noch kommen ehir es wird tag...

So TergitM Dynimer deiae freunde.

Vitâ Rhyt.

Dicens orationem ejus tunctis eam invocantibus profùturam. Theod.

* Do warl sie so herzeclichen tro das si ton Treuden wart innencliche weinen : and entsiief aber do von mOde. Und entslier der bruder mettenglocken weder ir gewonheit.... Cod. Heidelb. Quelques auteurs placent cette vision à l'époque même de la mort de Gertrude , quand Elisabeth n'avait que sept ans. Nous avons suivi la version la plus accréditée.

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