‹ Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de ThuringeChapitre 47 sur 78 · H HISTOIRE · texte numérisé non relu

H HISTOIRE

ricorde du ciel, l'était aussi quelquefois pour la justice. Dans une de ses courses, Elisabeth, qu'on nommait ajuste titre la nourrice des pauvres, avait trouvé une pauvre femme en travail ' : elle la fit aussitôt transporter à son hôpital, et lui fit prodiguer tous les soins possibles. Elle voulut être marraine de Tenfant que cette femme mit au monde, et lui donna son doux nom d'Elisabeth. Chaque jour elle allait yisiter la mère et la bénissait, et lui apportait toute sorte de secours'. Après l'avoir gardée ainsi un mois, jusqu'à ce qu'elle fût entièrement rétablie, elle donna à la malheureuse des vivres et douze deniers de Cologne, avec un manteau et sa chaussure, qu'elle ôta de ses propres pieds; elle fit en outre envelopper la nouvelle-née dans une fourrure qu'elle ôta au manteau d'une de ses suivantes^. Mais cette mère dénaturée ne songea qu'à spéculer sur la prolongation de tant de générosité, au lieu d'en être touchée ; et, après aToir pris congé de la duchesse le soir, elle partit de grand matin avec son mari, en abandonnant son enfant^. Cependant Elisabeth, que la pensée de ses chers pauvres ne quittait ni jour ni nuit, dit en entrant à l'église, avant matines, à une suivante : « J'ai quelque argent dans ma bourse, cela peut servir à

' Alée estoit etbatre un jour

Loing de fton hospital trouva Une Came qui traviUa....

Rutebeuf, f. 37.

Nutrix pauperum Elisabeth... Theod. VU, 7.

* Benedicebat, pascens eam pie et dulciter. Ibid.

' Calceos quos de sanctis pedibus exuit, et pepla, lardnm et ftuinam et duodecim nummos coloniensium, et puenim maniclg, quas de pellicio famolc tolli JuBserat, inyolutum. U)id. — Tellement que du pelicbou de la chainbe* rière elle osta les manches, pour envelopper la peUte fillette. Ann. Hainaut, XLvi , 26.

^ Sero valefaciens dominœ beneticœ recessit mane cum marito , puero de> relie lo. Ibid.

« cette pauvre mère et à son enfant, va le lui porter*. » Mais la suivante revint lui dire qu'elle était partie en laissant son enfant : a Cours vite le chercher, et apporte-lemoi, » dit la bonne Elisabeth , a afin qu'il ne soit pas néc( gligé^. » Cependant la justice fit sentir ses droits à ce cœur si plein de pitié ; elle fit venir le juge de la ville, et lui ordonna d'envoyer des soldats à la recherche de la mère sur les difierentes routes. Ils revinrent sans l'avoir trouvée; alors Elisabeth se mit en prière, et une de ses suivantes, qui redoutait la sévérité de maître Conrad quand il apprendrait cette histoire, dit à sa maîtresse de prier pour que Dieu fit découvrir la mère ingrate. Mais Elisabeth lui répondit : <( Je ne sais rien demander à Dieu, si ce n'est que sa volonté <i se fasse ^. » Quelque temps après on vit arriver le mari et la femme, qui vinrent se jeter aux genoux de la duchesse et demander pardon de leur faute; ils déclarèrent en même temps qu'ils s'étaient sentis arrêtés dans leur marche par une force invisible qui les avait absolument empêchés de continuer, et les avait contraints de revenir sur leurs pas^. Personne ne douta que ce ne fût l'efiet des prières de la duchesse; on ôta à la mère coupable tout ce qui lui avait été donné, pour le distribuer à d'autres pauvres plus dignes : mais Elisabeth, chez qui la pitié avait rapidement repris tout son empire, lui fit rendre d'autres souliers et des peaux pour l'envelopper*.

* Maoe cum esset in ecclesia ante inceptionem matutinarum... Habeo species quaadam in marsupio , quibus illa paupercula cum poero uti poteat ad confortatioDem. Vade, et apporta illi. Dict. iv Anclll. 2026.

' Vade cito, apporta puerum, ne negligatur. Ibid.

* Neado aliud pet6re a Domino, nisi quod ejus fiât volnntas. Ibid.

^ Quod procedere nequaquam cum uxore sua poterat , unde quaai eoaetus rediit. Ibid.

* Miserta autem illius pauperculœ Jussit darl ei calceos alios et pelles.

Cependant, au milieu de tant de preuves éclatantes de sa puissance auprès de Dieu, son extrême humilité preaait quelquefois Tapparence d'une sorte de défiance de la miséricorde divine. Elle éprouvait quelquefois de ces moments de découragement et de ténèbres intérieures , où les âmes les plus aTancées dans la voie du del succombent sous le poids de leur vie mortelle ; et alors son cœur, toujours dévoré d'Amour, osait douter s*il trouverait en Dieu un amour proportionné à celui qu'elle avait concentré tout entier en lui. Son ancien confesseur, le P. Rodinger de Wurtzburg, étant venu lui rendre visite, elle alla se promener avec lui sur les bords de la Lahn, accompagnée de trois suivantes; dans ses épaiH chements avec ce vieil ami, qui sans doute lui inspirait moins de crainte que Conrad, elle lui dit : a II y a une chose « qui me tourmente plus que tout, révérend père, c'est que <c je doute un peu de Tafiection de mon Créateur envers « moi : non pas qu'il ne soit infiniment bon et toujours pro- K digue de son amour, mais à cause de mes nombreux dé- « mérites qui me repoussent loin de lui, quoique je sois (c tout enflammée d'amour pour lui'. » « Il n'y a là rien à a craindre, » lui répondit le père, « car la bonté divine est <x si grande, qu'il est impossible de douter que Dieu n'aime tt infiniment plus ceux qui l'aiment qu'il n'est aimé par a eux^. » a Comment donc, d reprit Elisabeth, » pennel-il a que la tristesse ou la langueur de l'âme viennent m'éloitt gner même pour un moment de lui, à qui je voudrais être

* Nihil adeo me torquel, rcligiose patcr, quam quod aliquanlulum difltdaui de Creatoris mei erga me beuevolentia : non quod eum summe boDuni et auî amoris profiisuin ignorem , sed quod mea démérita multa esie comperiani. propter quœ repellar , quantumvia ego illius amore eiardeicam. V^adding , Ann. Min. ii , 208, d'aprè« Marianus.

* Ut omiiino certum ait, eum plus satfs redamare amantem. Ibid.

« toujours et partout unie ' ? » Le religieux lui répondit que c'étaient là les indices d'une âme non pas délaissée, mais préférée, et les sûrs moyens d'accroître l'amour; puis, lui montrant un bel arbre qui s'élevait sur le bord opposé de la rivière, il lui dit que cet arbre viendrait plutôt de lui-même sur la rive où ils marchaient ensemble , que Dieu ne le céderait en amour à l'une de ses créatures ^. » A peine eutril prononcé ces mois, que les assistants stupéfaits virent l'arbre dont il avait parlé traverser la rivière et changer de rive'. A ce signe merveilleux de l'amour divin, Elisabeth reconnut la puissance et l'étemelle véracité de celui qui avait dit à ses disciples : Si vous aviez seulement de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi^ et va te planter au milieu de la mer^ et il vous obéirait*. Et aussitôt elle se jeta aux pieds du père Rodinger, pour lai confesser le péché de la défiance, et en obtenir le pardon ^.

Pour donner d'ailleurs à sa prière une force aussi invincible que celle dont nous l'avons vue revêtue, Elisabeth n'avait pas eu de meilleur moyen que l'exercice perpétuel de cette faculté suprême; et, malgré les nombreuses et fatigantes oeuvres de miséricorde qui auraient suffi pour remplir ses jours, elle trouvait de longues heures pour la méditation et la prière. Elle savait unir avec un rare bonheur la vie active et

A Vel ad momentum de velle, cui semper et ubique vellem inhaerere ? Ibid.

* Non derelictam, sed dilects hsc eue indicia... Prius arborein proceram, ad oppositam ripam plantatam , ad eam in qua coambulabant , transituram , quam Deus in amore reciproco cederet creaturœ. Ibid.

' Nonomnino dixit cum... tota arboris moles transplantala fait ad deambnlationis locnm. Ibid.

^ Si habueritis fidem sicut grauum sinapis, dicetis buic arbori moro : Eradieare et transplantare in mare, et obediet Yobis. Luc, xvii , 6.

* Ad religiosi viri pedes prostrata, veniam suœ exoravit diflldenii». Wadding, 1. c.

la vie contemplative. Après avoir, comme Marfhe, pourra avec une laborieuse sollicitude aux besoins de Jésus-Christ dans la personne de ses pauvres, elle venait s'asseoir oranme Marie aux pieds de son Seigneur, pour se perdre dans la contemplation de ses grâces et de sa miséricorde ^ « Je jare c( devant Dieu, » écrivait son sévère confesseur au souverain pontife, a que j'ai rarement vu une femme plus contemplac( tive ^. » Elle restait souvent pendant plusieurs heures de suite en prière, les yeux, les mains et le cœur élevés vers le ciel '. Elle passait souvent une partie des nuits dans l'égUse, malgré les prohibitions de Conrad, qui ne voulait point qu'elle se privai de son repos nécessaire. Comme elle ne se trouvait pas toujours assez seule ni assez libre dans les églises de Marbourg, elle aimait à aller faire ses prières dans les champs^ sous la voûte du ciel^ au milieu de cette nature dont chaque détail lui rappelait la grandeur et la clémence du Créateur. La tradition raconte que lorsqu'elle priait ainsi en plein air, et qu'il pleuvait, elle seule n'était pas mouillée^. Elle se réfugiait de préférence, dans ces courses pieuses, auprès d'une charmante fontaine, située dans un bouquet de bois au pied d'une montagne escarpée, peu éloignée du village de Schroeck, à deux lieues de Marbourg. Le chemin qui y conduisait était très-roide et dangereux; elle fit construire

1 Tainquain sollicita el laborlosa Martha... Theod. VIII.

Si konde beidei warten Wol gelich und ebene In eiuem heiligen lebene.

Cod. Arg. f. 201.

* Coram Deo dico, quod raro vidi muliereoi magis contemplaiiTun. Gonr. Marb. ad Papam.

* Oculis, manibus, cordeque ad Deum suspends... Tbeod.

^ Rebbabn. Hist. ecd. Isenac. Mss. — Herm. Fritz. Mss. Heid. La tradllioo rapporte le inCme miracle à saint Pierre d'Alcantara.

une chaussée pavée, et éleva auprès de cette source pure une petite chapelle. Bientôt ce lieu champêtre et solitaire prit le nom de Fontaine dÉlisabeth^ qu'il porte encore aujourd'hui ' . Les plus mauvais temps ne pouvaient l'empêcher de se rendre à cette retraite chérie. Elle priait toujours en marchant; mais pendant toute la durée du trajet de Marbourg à sa fontaine, elle ne récitait qu'un seul Pater ^ tant sa prière était mêlée de réflexion et de contemplation ^.

Elle assistait avec une dévotion et une exactitude exemplaires à tous les offices divins; elle avait pour les Saints de Dieu une affectueuse vénération ; elle écoutait les récits de leur vie avec un pieux intérêt, observait scrupuleusement leurs fêtes, et rendait à leurs reliques un culte plein de tendresse : sans cesse elle les honorait en faisant allumer des cierges et brûler de l'encens devant elles'. Après son ami spécial saint Jean TÉvangéliste, c'était pour sainte Marie-Madeleine qu'elle professait le plus d'affection ^. La sainte Vierge était naturel-

< Le rite est un des plus Jolis de cette belle contrée. Le Tillage de Schroeck est encore catholique, ayant appartenu jusqu'en 1802 à l'archevêché de Mayence. La fontaine existe encore ; mais au lieu de la chapelle d'Elisabeth, on n'y voit plus qu'une sorte de temple classique, d'ordre dorique et ionique, élevé en 1696 par un landgrave protestant, avec une inscription très-longue et des plus ridicules, en style classique. Elle commence ainri :

Si , vittor, quis sain , qaidve portem qiueris ?

Fous sum divc Elisabeth...

Ad me venit sspius

Deoque, nature et mihi grata^ etc.

Happel. Gonc. 11, 22. Koch's Wartburg, p. 87. Justi, p. 266.

* Justi, p. 263. 11 ajoute que, dans le pays de Marbourg, les paysans citaient i^e trait conmie exemple aux enfants qui bredouillaient en rédtant leurs prières.

' Sacras eorum reliquias condigno et dulci amplectens amore, consuevit (;hristiano more candelis ardenlibus et thure accenso dévote honorare. Theod. VU , 9.

^ Cod. Argent., f. 201.

(EttTres. VIII. — Sainte Elisabeth, il. ' 4

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lement Tobjet de sa fervente vénération ; elle ayait toajoan avec elle quatre images de cette Reine du ciel, qu'elle œnserva jusqu'à sa mort, et qu'elle légua à sa fille atnée Sophie^ £t cependant elle était loin d'attacher une trop grande importance à ces signes de dévotion extérieure, et savait parfaitement distinguer le prix purement matériel qu'on pouvait y trouver du sens intime et pur que la foi leur assigne. Ainsi, étant allée un jour visiter un monastère, comme les religieux réunis autour d'elle au nombre de vingt-quatre environ lui montraient avec une certaine complaisance des sculptures richement dorées qui ornaient leur église, elle leur dit : « En a vérité, l'argent que cela vous a coûté, vous auriez mieux tt fait de l'employer à vous vèlir et à vous nourrir qu'à or- « ner ces murs ; car vous devez porter toute cette sculpture tt dans vos cœurs ^. » Elle n'était pas moins sévère pour ellemême; car, comme on lui vantait un jour la beauté d'une image en l'engageant à l'acheter, elle dit : « Je n'ai nul besoin (( d'une telle image, car je la porte dans mon cœur'. » C'est le même sentiment qui régnait dans l'âme d'un de ses plus

> Wadding, Aun. 11, 324. Jusle Lipse, Diva Virgo Halleiuto. Sophie, depuis duchesse de Braliant, apporta ces quatre images avec elle en Belgique : Tune d'elles fût placée ù Vilvorde, et devint célèbre par ses miradea tous le nom de N.-D* de Consolation ; la seconde, à Gravesande ; la troisième, rhet les carmélites de Haarlem ; enfin la quatrième , dans la belle église gothique de Halle, près Bruxelles, où elle est encore aujourd'hui l'objet de U Yénéralion publique et le but de nombreux pèlerinages. Juste Lipse, qui était, comiBe Ton sait, un des plus illustres savants du xvi* siècle , ne dédaigna pas de consacrer un ouvrage spécial à Thistoire de cette image, sous le titre de Dwa Virgc HidieuêU : il lui légua sa plume après avoir cessé d'écrire.

* Ecce melius posuissetis liane expensam in vestibus veitris et victualibus quam in parietibus, quoiiiam banc sculpturam ymaginum io eorde vestro gerere deberetis. Dict. iv Aucill. 2031. Cette réponse a valu à notre Sainte le triste honneur d'être citée avec éloge par Luther dans ses TUchredau . * Non liabeo opus tali ymagine, quia eam hn corde meo porto. Ibid.

illustres contemporains, quoique d'un caractère bien diflTérent du sien, Simon, comte de Montfort, de qui saint Louis racontait avec admiration à Joinville que lorsqu'on vint lui dire « qu'il viensist veoir le corps de nostre Seigneur, lequel estoit <c devenu en char et en sang entre les mains du prebstre, dont a ils estoient fort émerveillez, le comte leur dist : Allez-y, «vous autres qui en doubtez. Car, quant à moy, je crois <c parfaitement et sans doubte... Pourquoy J'espère, pour le K croire ainsi, en avoir une couronne en paradis plus que les a anges, qui le voient face à face, pourquoy il faut bien qu'ils « le croyent * . »

L'image de Dieu était sans doute trop profondément gravée dans le cœur d'Elisabeth , trop perpétuellement présente à son amour, pour qu'elle eût besoin de ces secours que l'Église offre avec une généreuse pitié aux ftmes ordinaires. Ravie sans cesse par la contemplation jusque dans la présence de la Divinité et de ses plus augustes mystères, elle perdait de vue les imparfaites figures que l'imagination humaine pouvait lui ofiBrir des objets de sa foi. Plus elle avançait vers la fin de sa courte carrière, plus ses prières se transformaient en extases et en ravissements, et plus ces merveilleuses interruptions de la vie d'ici-bas se prolongeaient chez elle, comme pour lui préparer par une douce transition l'accès de la vie étemelle. Â la fin, ce fut chaque jour et pendant plusieurs heures qu'elle quittait ainsi ce monde de douleurs et d'ennuis pour goûter d'avance les jouissances du cieP. Le nombre des révélations, des visions, des entretiens surnaturels qu'elle eut à ces occasions fut immense; et quoiqu'elle s'attachât en général à

1 Joinville, p. 181, éd. Petitot.

* Rapiehttur enim in eicessum et extasim mentis, sed non erat in ejus raplu rara hora et breyis mora, yenim multa fVequentia et persistentia diuturna; siqiiidcin per aliquot horaB perduravit. Theod. vu, 10.

tenir cachées ces faveurs immortelles, elle ne pouvait les dissimuler entièrement à celles qui vivaient avec elle : sa joie et sa reconnaissance la trahirent maintes fois; et rexistence de ces communications miraculeuses fut toujours regardée par ses contemporains comme un fait incontestable ^ Les anges du Seigneur étaient les intermédiaires habituels entre le ciel et cette âme élue ^ : non-seulement ils lui donnaient des ayertissements et des instructions célestes, mais encore ils venaient la consoler de toutes ses épreuves et de tous les accidents même passagers de sa vie temporelle. Une fois entre autres qu'Elisabeth avait recueilli chez elle une pauvre femme malade, et Tavait soignée avec tendresse, celte malheureuse, étant rétablie, prit la fuite un jour de grand matin , en emportant avec elle tous les vêtements de sa bienfaitrice, qui, n'ayant plus rien pour se couvrir, fut obligée de rester nue au lit. Mais, loin de s'impatienter ou de se plaindre, elle se borna à dire : « Mon cher Seigneur, je vous remercie de a m'avoir rendue ainsi semblable à vous, car vous êtes venu a au monde nu et dépouillé de tout, et c'est ainsi que vous n avez été cloué à la croix ^. » Aussitôt, comme autrefob lorsqu'elle avait donné d'elle-même tous ses habits aux pauvres, elle vit paraître un ange avec un beau vêtement, qu'il lui remit en disant : a Je ne t'apporte plus de oouroDoe

1 Non discredas noc mlreris in hls, quœ audis, luce enim darius cuncU liatent. Ibid.

* Angelicas visitationes , visiones et allocutiones, multas revelationet laiu diebus quain noctibud habere meruit. Ibid. Le Mu. des Bollandistes à Bniiellei contient le discoure d*un ange h la Sainte, en forme d'Iiomélle, du reste assex peu remarquable.

* Dan sy bloss und nackent sass... und sprach mein lieber Herr du liist mich dir gclicliet in dem van du kamest auch nackent und bIo« in die welt and bingest auch nackent en den creuts , und danclLetunsem Hemi der genaden. Passion, f. 62. Rebbabn. Hist. Iseu. Ecd. Mas. p. 87.

ce comme autrefois; car c'est Dieu lui-même qui veut te « couronner bientôt dans sa gloire ' . r>

Mais souvent aussi le divin époux de son ftme, le maître unique de sa vie, Jésus lui-même, se montrait à elle face à face, accompagné d'une multitude de saints. Il la consolait par ses très^ouces paroles et la fortifiait par sa vue ^.

Au sortir de ces entretiens célestes, son visage, au dire du grave Ck)nrad, resplendissait d'une clarté merveilleuse, reflet ' de la splendeur divine qui avait rejailli sur elle, et ses beaux yeux lançaient des regards brillants comme les rayons du soleiP. Ceux-là seuls qui n'étaient point en péché mortel poui^aient la contempler sans être éblouis^. Si ces ravissements se prolongeaient pendant quelques heures, elle y puisait une si grande force, qu'elle n'avait plus ensuite besoin de nourriture, pas même la plus restreinte, pendant un trèslong espace de temps. La nourriture de l'âme qu'elle y avait reçue suffisait à sa subsistance ^. Elle ne vivait plus pendant le reste du jour qu'en celui en qui elle s'était transformée par l'amour*; elle n'avait, pour exprimer l'état où la lais-

> Ich bring dir kein kron mer aïs ich gethon habe, wann du leuchtest vor Got, der will dich selbst kronen mit seinen gœtllichen eern. Ibid. La légende Inouïe qu'elle envoya aussitôt ce vêtement au couvent d'Aldenberg, pour l'échanger contre des liaillons , dont elle se revêtit avec une grande joie.

' Ipsum quoque Domiuum Jesum facie ad faciem... vidit, se benlgnissinic alloquendo consolantem et apparendo confortantem. Theod. VII, 10.

' Frequentius viderunt faciem ejus mirabiliter fulgentem et quasi solis radios ex oculis ejus procedentes. Ep. Conr. Marb. ad Papam, p. 113. Splendida quippe Ûebat faciès ejus dum respiceret in eara Dominus. Theod.

« Pas8ioual, f. 61. Theod. Vil , 10.

' * Diutissime permansit quod nullo cibo corporali , sed modiciasimo pascebatur. Reflciebatur namque intus invisiblli mentis cil>o. Tiieod. VU, 10. Conrad. Epist.

* Jam tota die transformata et transformans in dileetum. Additions au Mss. latin de Theod. à la Bibl. de Caasel.

saicnt ses entretiens célestes, d'autres paroles que le texte sacré : Mon âme s'est fondue quand mon bien-^mé m'a parlé K

Ainsi devait se justifier Tinstinct prophétique qui lui atiit fait choisir, tout enfant, pour patron, pour ami et pour modèle, ce bienheureux évangéliste qui avait reçu le privilège de t amour ^ et qui en se reposant sur le cœur du Sauyeor y avait lu tous les secrets du ciel ^.

Une joie divine s'était donc répandue sur toute sa vie, tout son être : aucune tribulation, aucune épreuve ne pouYait eo troubler la paix et la douceur. On ne la vit jamais troublée ni irritée^ : elle redoublait au contraire de gaieté dans ses contrariétés. Ceux qui la voyaient de plus près ne purent jamais distinguer sur son visage l'expression d'une peine quelconque^, et cependant elle pleurait sans cesse, et le don des saintes larmes qu'elle avait reçu dès le berceau était devenu de plus en plus abondant à mesure qu'elle approchait de la tombe. Plus elle se sentait heureuse, et plus elle pleurait; mais ses pleurs coulaient comme d'une source tranquille et cachée, sans jamais rider son visage, sans altérer en rien ni la pure beauté ni la placidité de ses traits ^ : ils n'y ajoutaient qu'un charme de plus* : c'était le demi^

1 Ibid. Anima mea llquefacta est ut dilectua locutus est. GaDt. v, 6.

* Hic est beatissimus evangelista... qui privilégie amoris... meniit tiODoraii. Iste est Joannes qui supra pectus Domini recubuil, beatus Apostolua, cuf rêveiata sunt sécréta cœlestia. Bréviaire romain.

* Nunquam euim, sicut lego, invenitur irata, vel turl>ata. Serm. S. Bonav. ^ In tribulatione gaudens et Jocundissima et patientissima ita quod non-

quam visa est molestiam pati. Déposit. d'irmengarde, p. 20(M.

* Quandoque ipsa maxime Jocunda fuit maxime flevit, qià dicta mirabile ^detur, simul gaudere et flere et nunquam cum flebat faciem in nigas, id est deformitatem vertebat, sed lacrymœ quasi de fonte, valtu ejus terenisaimo et jDcundissimo exstante, fluebant. Ibid.

* Hsec quadam Tultus lœtitia venustaret. God. Florent. 153.

épanchement d*un cœur auquel nulle parole ne pouvait plus suffire*. Certes, comme autrefois les larmes d'angoisse qu'un amour humain ou de cruelles persécutions avaient arrachées de ses yeux, ainsi ces larmes de joie surnaturelle qu'elle laissait tomber dans le calice de sa vie étaient recueillies goutte à goulte par son céleste époux, et devenaient les perles de la couronne éternelle qui lui était réservée dans les cieux^.

' AÎDÇois cheoit la larme plaiane.

Com li ruissiiux de la fontaine Les larmes viennent ; c*est la fin Don cuer loiaul, et pur et fin.

Rutebeuf, Mss. p. 40.

* Théodoric résume ainsi toute cette partie de la vie de notre Sainte : Rcrulgebat in ea conversatio amabilis, aclio iiumilis, habitua contemplibilis, afFectio sancta, cogitatio sincera, mundum cor, conscientia bona, intellectus punis et simplex, fides non flcta, spes invicta, caritas perfecta, yita immaculata, contemplatio continuata. VU , 10. Il ajoute qu'il aurait encore une infinité de détails à raconter sur elle, mais que la crainte d'être trop prolixe lui Impose Bilenee.

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