‹ Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de ThuringeChapitre 49 sur 78 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

COMMENT LA CHÈRE SAINTE ELISABETH FUT ENSEVELIE DANS LA CHAPELLE DE SON HOPITAL, ET COMMENT LES PETITS OISEAUX DU CIEL CÉLÉBRÈRENT SES OBSÈQUES.

Ecce quod concupivi , jam video : qaod speravi, jam teneo; ipsi sum juncla in ccbVi^t quem in terris posita, tola devotione dilexi.

Antienne de sainte Agnès, au Bréviaire romain.

A la di£réreDce de la plupart des gloires humaines, celle des élus de Dieu ne commence sur la terre, comme dans le ciel , qu'avec leur mort. Il semble que, dans sa paternelle sollicitude, le Seigneur ait voulu mettre toujours leur humilité sous la protection de Toubli ou des injures de ce monde, jusqu*à ce que leur dépouille mortelle reste seule exposée à ses dangereux hommages. Aussi à peine Tâme de notre Elisabeth fut-elle allée chercher le riche repos du ciel ', que son corps devint l'objet de la vénération qui lui avait été trop souvent refusée pendant sa vie; et nous allons voir cette pauvre jeune veuve si longtemps persécutée, méprisée, calomniée , désormais préoccuper la pensée des fidèles et remuer tous les esprits catholiques, depuis le chef suprême de TEglise jusqu'aux plus humbles pèlerins de la pieuse Germanie.

' Migrante anima ad requiem opulenlam. Ttieod. VIII , 6.

Après qu'elle eut rendu le dernier soupir, ses fidèles suivantes, et quelques autres femmes dévotes, lavèrent et ensevelirent son corps avec un grand respect pour tout œ qui restait de celle dont les derniers instants avûent si bien répondu à toutes les glorieuses victoires de sa vie antérieure. Elles lui donnèrent pour linceul cette pauvre robe déchirée qu'elle avait eue pour seule parure, et qu'elle-même avait désignée et désirée pour vêtement mortuaire*. Ce corps sacré fut ensuite transporté par les religieux Franciscains, accompagnés du clergé et du peuple, au milieu des chants funèbres et des larmes de tous, à Thumble chapelle de cet hôpital de Saint- François^, qui devait être le premier théâtre de sa gloire, après avoir été celui de ses héroïques luttes pour Tamour de Dieu et de ses pauvres. Cette chapelle était celle-là même où elle avait coutume de prier, et de se livrer à tous ses exercices de dévotion^.

Le bruit de sa mort s*étant bientôt répandu^ on vit accourir tous les prêtres et les religieux des environs, notamment les moines de Tordre de Citeaux, et une foule immense de fidèles, tant riches que pauvres, afin de rendre les derniers devoirs à celle qui venait de recueillir si jeune encore le fruit de ses labeurs. Animés par cet instinct populaire qui est si souvent le sûr présage de la vraie renommée, et pressentant les honneurs dont l'Église entourerait bientôt ces dépouilles précieuses, les plus ardents songèrent déjà à se procurer des reliques de la sainte future. On se jeta sur sa bière; les uns

1 Tunica, sicut deaideriverat , indueraot. . . Theod, VUI» 4. Id growen venmehten und bcesem rocke in dem aie ^t gedienet het. Da wiUe Bie ouch innen sterben und begraben werden. Cod. Heidelb. f. 82.

' A religiosit et a clero et populo in capellam cum canUcis et oratioiiibi» , et cum multii lacrymia deportatum est. Ibid.

* JubU, p. 189 et 320.

arrachèrent des morceaux de sa robe, les autres lui coupèrent les cheveux et les ongles ; quelques femmes allèrent même jusqu'à lui couper le bout des oreilles et des seins '. Cependant la douleur causée par cette perte était générale; des larmes coulaient de tous les yeux ; on entendait partout les gémissements et les lamentations des pauvres , des malades à qui ses tendres soins allaient à jamais manquer, et qui accouraient en foule pour voir une dernière fois leur bienfaitrice : ils la pleuraient tous ensemble, comme si chacun d'eux avait perdu sa mère^. Mais comment décrire l'angoisse et la désolation de tous ceux qui perdaient en elle un soutien ou un exemple '? Entre autres les religieux Franciscains, qui avaient en elle h la fois une soBur par la communauté d'habit et de règle^ et une mère par la constante et efficace protection qu'elle leur avait accordée, déploraient sa perte avec une violente affliction. « Quand j'y pense, » dit celui d entre eux qui nous a laissé la biographie de leur céleste amie, «quand j'y pense, j'ai bien plus envie de pleu- <c rer que d'écrire*. »

L'amour et la dévotion du peuple exigea et obtint que ces <lépouilles chéries restassent exposées pendant quatre jours entiers dans l'église, au milieu de la multitude des fidèles,

^ nnrinri deroUose aoeeDif, inrIlcuUB pannorum iacidebaot, aBi rumpe* bani, alii pilos capitis incidebaiit et ungjies. Qusedam aulem aurea illiua tniQcabat : etiam summitatem mamillarum ejus quidam prffcidebant , et pro reliquiis hujusmodi sibi servabant. Dict. ly Ancill. 3032.

' 0 quantus dolor pauperum concunentium I o quantua luclua omnium » quautaque praecipue lamenla inlirmorum et egentium sunt audita I Ibid. Tanquam si mater omnium exslilisset. Theod. VHl , 5.

' Difilcile esaet singulorum dolorem, querelas et mœroreni explicare.

* Daun was von ir aller klage und jamer ala gros das mich daa gelualet zu weinende ^en ich dar an gedenke deune ibtes Iht zu acliribende oder zu sagende. Cod. Heidelb. p. 32.

7i HISTOIRE

qui chantaient de pieux cantiques*. Le visage de la Sadote défunte était découvert, et offrait, aux regards avides de la contempler, le plus doux et le plus séduisant spectacle ^ Sa jeune beauté y avait reparu avec toute sa fraîcheur et tout son éclat : Tincarnat de la vie et de la jeunesse se retrouvait sur ses Joues'. Sa chair, au lieu d'être roidie par la mort, était tendre et flexible au toucher, comme si elle vivait encore^, a Avant de mourir, » dit un de ses historiens, « elle avait la figure comme Font ordinairement les personnes qui ont passé leur vie dans Tamertume et la douleur. Mais à peine eut-elle expiré, que son visage parut si poli, si vif, si majestueux et si beau, qu'on ne pouvait voir ce changement si subit qu'avec admiration, et qu'on eût dit que la mort, qui détruit tout dans les autres, n'était venue en elle que pour réparer non les ruines de la vieillesse et du temps, mais celles de la souffrance et de l'austérité, comme si la grâce, qui jusque-là avait animé son âme, eût voulu animer son corps à son tour. Il semblait qu'on y vît briller, à travers des ombres et des ténèbres de la mort, quelques-unes des beautés immortelles , ou que la gloire même eût répandu quelques rayons par avance sur une chair qu'elle devait toute couvrir un jour de lumière et de clarté *. »

Cette charmante tradition, qui veut que la beauté physique ait été rétablie et accrue dans le corps d'Elisabeth dès que son âme en fut délivrée, a été fidèlement suivie par Tar-

> Exigente autem devolione populi... in medio multitudinté et psalleoUum. Theod.

' Erat uon horror sed honor, non abominabile sed amabile, cernere niortuum corpus i^tud... Ibid.

' Sy bran under ircu augen recht aU ob sy lebt. Passional, f. 63.

^ Inerat carni quœdam, lanquani viveret, teneritudo, et in partem hint et inde ad libitum contractantium leniter flectebatur. Theod. 1. c.

* Le P. Archange, p. 478.

tiste inconnu qui a sculpté les principaux traits de sa vie sur les autels de Marbourg , et qui Ta représentée exposée siir sa bière, et bien autrement belle dans ce sommeil de la mort que dans tous les autres sujets.

Ce n'était pas seulement la Tue que réjouissait en ce moment douloureux le corps sacré et délicat ^ de la jeune défunte : il s*cn exhalait un suaye et délicieux parfum, comme un doux symbole de la grâce et des yertus divines dont il avait été le dépôt et Tenveloppe^. Les âmes pieuses pouvaient se rappeler alors les paroles du sage, quand il dit que la mémoire du juste est comme un parfum admirable'. i< Cette senteur si merveilleuse, » dit l'écrivain que nous venons de citer, a servit beaucoup à consoler les pauvres et tout le peuple de la perte qu'il venait de faire. Cette odeur céleste charmait doucement son ennui et arrêtait le triste cours de ses larmes et de ses regrets, par l'assurance qu'il recevait de ce gage miraculeux, que quoique la Sainte fût morte, elle serait encore, plus que lorsqu'elle était vivante, la mère charitable des pauvres, le refuge assuré des affligés, et que le sacré parfum de ses prières montant sans cesse jusqu'au trône de la majesté divine , il répandrait à tout moment sa force et sa vertu sur tous ceux qui l'invoqueraient en leurs besoins^. »

Le quatrième jour après sa mort, ses obsèques furent célébrées avec la plus grande solennité. Ce baume pur et précieux fut concentré dans un étroit cercueil ; ce riche et res-

^ Hoc sacrosanctum corpusculum. Theod. 1. c.

* QuoDiam fuit divinorum apotheca charismatiim virtutiim gratianim alart»aBtrum,... miriflca suavisaimi odoris jucundilas prodiit, qus mentes refloeret, sensum delectaret. Ibid.

* Eccli. xLix, 1.

* Le P. Archange, p. 47»-80.

plcndissant bijou fut caché sous une humble pierre % dam U chapelle même de son hospice^, en présence des abbés et da religieux de plusieurs monastères Yoisins, et d'une multiliiée immense que les prudents efforts du clergé pouvaient leidi contenir et régler'. La douleur de cette foule de chréUcos fut violente et bruyante. C'était certes le plus éclatant hommage que recevait en ce moment la Sainte défunte. Mais à leurs larmes abondantes et à leurs gémissements venait te mêler en même temps Texpression de sentiments plus Seconds et plus dignes encore d'elle ; car tous élevaient au del les accents d'une dévotion fervente, et de la pieuse reconnaissance qu'ils éprouvaient d'avoir reçu de Dieu un exemple aussi glorieux et d'aussi admirables avertissements^.

Mais le Seigneur réservait à son amie un autre doux et touchant hommage. La nuit précédeoie, pendant fn'oo chantait les Vigiles des morts , l'abbesse de Wechere \ qui

^ Post celebrata deToUMime ac «oleinaisâlnie mittarum offlda purUainiaiD illud balsamum suo vaiculo conceptum sepulturs IradideruQt^ gemmain pre- UoriBsiinaui sub despcctablli lapide reponentes. Tlieod. Vm , 6.

* Cette chapelle n'avait que 90 piHls de loiig et SO de large. EOa «nrail aux malades. Une tradiUon constante y place la aépuUure de aolrt Saillie, Jusqu'à la conslruction de sa grande église. Bfsi. publié par Juali , Vorxeit de 1838.

» Theod. VII! . 6.

^ Iterum flebat multarum effualo uberrkaa iaei^aianim. Fautni aat pkwmtus et ululatus. Infundebatur pectoribus compunctio, acceudebatur plia de^oUonit oratio. Eratquc omnibus in commuui tox laudis et gratiarum acUo. Ibid. — Quelques auteurs modernes rapportent ici l'épitaptie bizarre ndse aor sa tombe avant sa canonisation :

Hic jacet Elisabeth. Si bene fecit , habet.

Pffefferkom, Gescbichte ThUringaa, p. 147. Nom ut ravoBS Ironvéo dans ncune des anciennes sources.

* C'est probablement }VeUer que les récits oontemporains obI vovia 4éi&gner sous ce nom. Wetlcr était une abbaye du diocèse de MiQreaea, a^|oard'hui petite ville de la liesse électorale, au nord de Harbouiy.

était venue prendre part à la cérémonie funèbre, entendit une harmonie extérieure qui Tétonna vivement : elle sortit, accompagnée de plusieurs personnes, pour s'en assurer, et vit sur le toit de Téglise, quoique ce fût en hiver, un nombre infini d'oiseaux d'une espèce inconnue jusque-là aux hommes, et qui chantaient avec des modulations si suaves et si variées, que tous les assistants en furent pénétrés d'admiration*. Ils semblaient vouloir célébrer à leur façon ces glorieuses funérailles^. C'étaient, disaient quelques-uns, des anges envoyés par Dieu pour convoyer l'âme de la chère Elisabeth au ciel, et qui étaient revenus pour honorer son corps par leurs chants de céleste allégresse', a Ces petits oiseaux,» dit saint Bonaventure, « ont rendu témoignage à sa pureté en lui parlant leur langage lors de sa sépulture, et en chantant avec cette merveilleuse douceur sur sa tombe. Celui qui a parlé par la bouche d'une ânesse pour réprimer la folie d'un prophète, pouvait bien parler par celle des oiseaux pour proclamer l'innocence d'une Sainte^. »

^ Audivit jocundisaime decautare, et admiraos ubi hoc esset, exivit ecclesiam... Dict. ivAncill. I. c. — Visœ suntaves Inûnitœ alias, mmqaam yisœ, hominibus cunctis jflcog:Dits^.. Petr. de Nalalibiu, f. 263. Qu» tara suavi modulatione caDtabaot, et tauta varietale modos cantandi formabant, ut cuûctos in admirationem adducereut. Cod. Flor. p. 160.

* Eoque ejus exequiaB quodammodo agere viderentur. Cod. Flor.

' Credlmus fuisse augelos qui a Deo misai fuerunt, ut animam ejos in eœluoi defeireut et corpus cœlestibus jubilationibus iiooorarent. Ibid.

^ In signum puritatis, ei aviculœ suo modo locutœ sunt in sepultura eJus, canentes mira dulcedine supra locum... qui enim locutus est in asina ad corripiendam prophetœ vesaniam , loqui potuit lu aTlbus , ad manifestandam Sftocts innocentiam.

CIIAPITKI-: XXXI

DES BKAL'X MlllACLKS OltTLM'S DE I>1EU TâR L^INTEIICES^SIOX DE LA CIIÈUE SAIME LLISADEIII , ET COMMENT SON BEAU-FRÈRE, LE DUC COiNHAD, s'oCCUl'A DE LA FAIHE CANOMSEK.

lu \ila sua t'ecit nionâtra, et iu morte miral»ilia operatuA est.

KCCL. XLVill, 15.

Le Seigneur ne tarda pas à manifester la puissance miraculeuse qu*il voulait désormais attribuer à celle dout toute la vie mortelle n*avait été qu'un long acte d'humilité. A cet invincible amour qui avait préféré à tout sur la terre l'abjection et la misère, il se liâti de conférer, pour gage de sa victoire, le droit de disposer des richesses du ciel.

Dès le second jour après ses obsèques, un certain moine de l'ordre de Citeaux vint s'agenouiller auprès de sa tombe pour lui demander du secours. Il y avait plus de quarante années que cet infortuné languissait en proie à une douleur intérieure, et rongé par une plaie secrète du cœur qui avait triomphé pendant toute sa vie de tous les remèdes humains^; mais, après avoir invoqué avec une foi entière la zélée consolatrice de toutes les souffrances, il se sentit tout à coup guéri et délivré du joug sous lequel il gémissait, et en ren-

* Qui a plaga cordU, ac mentis morbo, quo per quadraginta aoDoa et ampUiu turbulentuë languerat. TheoU VUI , 6.

dit témoignage, sous la foi du serment, devant maître Conrad et le curé de Marbourg ' . Ce fut la première guérison opérée par son intercession; et ce n*est pas sans un doux intérêt que Ton voit cette âme si tendre et si aimante, qui avait tant souffert pendant sa vie par les émotions de son cœur, choisir, pour premier objet de sa miséricordieuse intervention dans le ciel , une de ces cruelles épreuves intérieures que la médecine de Thomme ne sait ni guérir ni plaindre.

Peu après il vint à sa tombe un prélat d'une très-illustre naissance, et pourvu d'une haute dignité ecclésiastique; l'histoire ne nous a pas conservé son nom, mais elle l'accuse de s'être livré à tous les excès de la débauche, que le caractère sacré dont il était revêtu rendait d'autant plus odieux^. Souvent, vaincu par le remords et la honte, il avait recours au tribunal de la pénitence, mais sans fruit : à la première tentation il succombait de nouveau, ses rechutes n'en étaient que plus scandaleuses et plus déplorables. Cependant il luttait toujours contre sa faiblesse, et, tout souillé qu'il était, il s'en vint chercher des forces auprès du tombeau de la pure et simple Elisabeth. Il s'y mit en prière, et invoqua sa protection et son intercession en versant des torrents de larmes, et il resta pendant de longues heures absorbé par une ferveur sincère et une intime contrition'. Il ne cessa ses ar-

' Invocans in beata Elisabeth plena ilde Dominum Jesum ChriBtum..., per mcerentium consolatricem liberatus est. Ibid. Hoc Juravit, me présente et Plebano de Marburch. Cour. Ep. ad Papam, p. 113.

* Vir nobilis dari sanguinls ac sublimis prœlationis, qui horrendis vitiis intricatus lubrico carnis miserabiliter et detestabiliter laborabat. 1. c.

* Ad confessionis prffisidium f^equentius veniebat. Verum... nirsus tempestate tentationis exorta, etc... Is poUutus et immundus et obscenis peeeatorum aordibus , tanquam sus in volutabro volutatus , ad tumbam amatrieis munditise, sanctœ Elisabeth, cum multa deTOtione recedens, lacrymarom fluvios

dentés supplications qu'après avoir acquis la oontidkm qu'elles étaient parvenues jusqu'aux oreilles divines, et que le Seigneur avait exaucé la prière que sa bien-aimée ÉK» beth lui présentait au nom d'une pauvre victime du pédié* : il se sentit, en effet, pénétré d'une force spirituelle, et supérieure à toutes les impulsions du vice ; et dès ce moment, ainsi qu'il le déclara en se confessant à maître Conrad, l'aiguillon de la chair fut tellement dompté en lui, qu'il n'eot plus à combattre que de légères tentations dont il se rendait facilement maître^.

Bien d'autres âmes souffrantes, et opprimées sous le joug du péché, apprenaient à le secouer auprès des restes de œUe jeune femme qui, vivante, avait su si noblement le briser : on nous cite surtout parmi ceux qui venaient ainsi Tinvoquer contre leurs propres faiblesses, et qui en furent guéris, des hommes dominés i>ar l'orgueil, l'avarice, la haine et la cslère'; et certes ils ne pouvaient suivre, pour sortir de lear servitude, un guide plus fidèle que celle qui s'était toujoufi humiliée au-dessous de tous , celle qui avait donné et son avoir et son être tout entier aux pauvres de Dieu, celle qui avait passé sa vie à aimer et à pardonner.

Mais ce n'étaient pas seulement les maux de TAoïe qui trouvaient en elle une compassion efficace : les souffrances et les infirmités physiques qu'elle avait mis tant de sollicitude et de courage à soulager pendant sa vie, tout en per-

cum intima cordis rundeni contriUone, orationl non perAuielorie, wd diulto- »\mii l'uui fervore valiUu assistebât. Ibid.

^ Nec deslitit donec totroiret clamor ciiue io aufet AltiHiml. Prerihiis dileetffi su» Elibabeth suscepil orationem tribalatl pauperl*. U)id.

* Sensit libi quamdam spiritualis consolattonii Mperlnftiikdl gnitiâm. . ei tune iltmulufl cai^nalis lultricitatis sic in ipM exsUnctui ftelt, etc. Ibid.

s Aliis itideoi ■piritu superbic inflatis, aut iraeuiidin, tel InvMis •tkmiiif agitatlB, aat arariUs vinculo ft'enatii... Ibid.

dant avec elle les soins affectueux ci empressés dont elle les avait entourés, gagnaient d*un autre côté à la nouvelle et plus abondante puissance dont Dieu l'avait investie, et possédaient désormais en elle un médecin céleste '. Un touchant récit montre combien elle fut rapidement appelée à exercer cette puissance bienfaisante , et comment son âme glorifiée restait fidèle à cette douce familiarité envers les humbles et les pauvres, qui avait répandu tant de charme sur ses relations d*ici-bas avec eux. Au monastère de Reinhartsbrunn, où reposait auprès de ses aïeux le duc Louis, il y avait uh frère convers qui exerçait l'office de meunier : il était d'une irès-fervente piété, et pratiquait de grandes austérités; entre autres il portait une cuirasse de fer contre sa chair pour mieux la dompter^. La duchesse, dans les fréquentes visites qu'elle faisait à cette abbaye pour prier sur la tombe de son époux bien-aimé, avait distingué ce pauvre frère, et lui portait, à cause de la sainteté de sa vie, une affection toute spéciale^. Un jour surtout, l'ayant rencontré conune elle se rendait auprès de son tombeau chéri, elle lui parla avec bcftucoup de tendresse, et exigea de lui la promesse qu'il y aurait entre elle et lui une communauté et une fraternité spirituelles ; en foi de quoi elle lui tendit la main et prit la sienne, malgré la résistance de l'humble religieux, qui rougissait danç sa simplicité de toucher la main d'une si illustre dame^. Quelque temps après, comme il était occupé à répa-

> Sunt nimirum et alia exlerioris hominis curalioni concessa , quibus coniscat nostra cœlestis niedica Elisabeth beatissima incessanter. Ibid.

' Arle et exercitio serviebat officio molendini... Ad carnem loricam ferream gestans, corpus proprium aflligebat. Ibid. c. 7.

' Hune pro sua sanctitale spécial! diligebat affectione. U)id.

^ Huic Dei famula devotisslme se eommendans , caritatlYiB fratemitatis ac communicalionis eiegit manualem, et accepil a viro renilente et humili ipon-

rer les instrumenta de son métier, une aile du moufink frappa inopinément, et lui fracassa tout le bras. Il ftonSA cruellement de cet accident , mais attendit avec patience qaH plut au Seigneur de le soulager ' . Dans la nuit du 19 novembre, pendant que sa sainte et noble sœur rendait à Dieu son âme prédestinée, le frère meunier Tciilait et priùt dans réglise de son abbaye, tout en gémissant de la douleur que lui causait son bras*. Tout à coup il vit apparaître, rerttue d*habits royaux et resplendissante d'une lumière inexprifnable, la duchesse Elisabeth, qui lui dit avec sa douceur habituelle : a Que fais-tu, mon bon frère Yolkmar, et ooma meut cela va-t-il'? » Quoique effrayé et ébloui d*abord par la clarté divine qui Tentourait, il la reconnut, et lui dit: (( Mais, Madame, comment, vous qui étiez ordinairement c( vêtue d'habits si misérables, avez-vous aujourd'hui des « robes si belles et si éclatantes^? » a Âhl » dit-elle, « c*est « que j'ai changé de condition^. » Et alors elle lui prit de nouveau la main droite, la même qu*il lui avait autrefms donnée en signe de fraternité et que le moulin avait brisée, et le guérit. Cet attouchement à la partie blessée lui ayant semblé douloureux, il s*éveilla comme d'un songe, et trouva sa main et son bras entièrement sains et rétablis. U en remer-

sionem. Ërubuit enim vir rusticus et justus, manum contingere exceUentUtimœ mulieris. Ibid.

^ Multu doloro afTectus consolatiooem a Domino cuin patientia exspectabat. Ibid.

* Iii ccclcsia 8ua vigilans et orans, et iu doloribus suit gemena, residebat. Ibid.

* Electa Dei tLlisabetii in visu apparuit regalibus induta, inf&stimabiliqae claritate rulgenii, et duleiter eum alloquens : Qualiter, inquit, agis, et quomodo valea, f rater mi Volkmare ?

* Quomodo, 0 Domina mi , quœ abjectis operiri solebas Indumentis, nanc tam specioflis veatibué et splendidissimis amiciris ?

' Ego mutayi itatum meum.

cia aussitôt le Seigneur, et cette sœur qui avait songe tout d'abord à lui en entrant dans le ciel '•

Mais de plus grands prodiges eurent lieu près de sa tombe, dès les premiers jours qui suivirent ses funérailles. Des malheureux atteints par de pénibles infirmités, des sourds, des boiteux, des aveugles, des insensés, des lépreux, des paralytiques, qui étaient venus, peut-être la croyant TÎvante encore, implorer sa générosité, s'en retournaient entièrement guéris, après avoir prié dans la chapelle où elle reposait. Les récits contemporains nous ont conservé le détail authentique de ces guérisons'^ : nous n'en citerons qu'une seule, telle qu*elle fut racontée, sous la foi du serment, aux juges apostoliques : elle donnera une idée des autres. Un homme de Marbourg, nommé Henri, et âgé de quarante ans, avait depuis quelque temps la vue si faible, qu'en marchant il prenait souvent les champs de blé pour le grand chemin, ce qui lui attirait les moqueries de ses camarades^. Enfin il devint tout à fait aveugle, et fut obligé de se laisser conduire partout où il voulait aller. Il se fit alors mener au tombeau de celle qu'on appelait déjà f heureuse Élisa- 6eth*^ et lui fit un vœu en lui offrant deux cierges. Les commissaires du saint-siége lui demandèrent de quelles paroles il s'était servi pour l'invoquer; il leur répéta celles-ci :

^ Apprebensa dextera fralrié, qua fraternitatem Bpopooderat, quam moleiidiimm confregerat, sanavit eum. Qui ad taclum tanquam dolens expavcns repente evigilavit... In suœ salutis procuralriee Dominuni benedixit.

' On peut voir surtout dans io récit de la mort d'Éiisabetli , inséré dans Martène, Collectio Amplissima, p. I, p. 1255-5G, l'énumération des guéri- «ons miraculeuses qui suivirent immédiatement son décès , avec la date du Jour de ctiacune. On y remarque plusieurs personnes guéries de la rage.

' Ita ut stt'pe, de via declinans, per média sata transiret, unde et comités itineris sui ipdum su'pe dcridebant. Ep. Conr. Marburg. ad Pap., p. 13G.

^ Sepulcrum Telicis Elisabeth visilans. Ibid.

Œuvres vill. — Sainte Elisabeth. II. (»

c( Chère dame sainte Elisabeth, guéris mes yeui^, et je serai a toujours ton fidèle serviteur, et je payerai chaque ai^é^ c( de ma vie deux deniers à ton hôpilal '. » Et aussitôt la Yue lui revint plus claire qu'il ne lavait jamais eue. C'était le quinzième jour après la mort de la Sainte^.

Plus le bruit de ces prodiges se répandait dans les environs de Marbourg, et plus on voyait s'accroître la foule des malheureux de toute sorte qui venaient solliciter la guériçpn de leurs maux divers : la miséricorde divine ne faisait pas défaut à la foi du peuple chrétien, et chaque jour elle accordait, aux prières de ceux qui prenaient Elisabeth pour avocate, des grâces plus nombreuses et plus évidentes'. Ce n'était pas seulement des diocèses voisins de Mayence et de Trêves qu'on voyait accourir les malades et les âmes spufr frantes; il en venait chaque jour des provinces pl,u.s éloignées, de Cologne, de Brème, de Magdebourg. Ceux qui sç retiraient consolés ou guéris étaient aussitôt remplacés par de nouveaux venus qui s'en allaient bientôt tour à tour, but nonçant les puissantes miséricordes du Seigneur à tous ceux qu'ils rencontraient en route. « J'y ai été moi-mêçiç vers « cette époque, » dit le moine Cœsarius, « et ja^iais <)q m^ « vie je n'ai vu tant de monde à la fois qu'il y en avait alors « à Marbourg et dans les environs. On pouvait à peine sç <i frayer un chemin pour entrer dans l'église ou pour en c( sortir*. »

> Requisitus quîbus verbis ipsam iiivocavit, rcspondit : Cara domina aancta Elisabeth, Bana oculos meos, et seinper libenter tibi serviam, etc. Ibid.

' RequisituB de tenipore, dixit, decimo quinto die poat mortem pnedlct» domnffi. Ibid.

' Caten'atim venicns populus in variis miseriis ; optatum conaequuntur praesidium... cum instanti devolionis pulsanti janua gratis aperitur. Ibid,

^ Aliis recedentibus , alii occurrebaot , sanilatem consecuti , Dei Tirtutem venientibus nuntiabant... Ego circa idem tempus ibi tal, et non reeordor me

Maître Conrad, attentif aux éclatants résultats (]'une vie dont il se sentait en quelque sorte responsable, et dont U pouvait s'arroger à juste titre une partie de la gfoire, n'hé*sita pas à faire connaître au pape Grégoire IX les merveilles dont la puissance divine entourait le tombeau de la glorieuse défunte, et la vénération toujours croissante du peuple, en lui proposant de constater et de déclarer solennellement ses droits à l'invocation des Qdèles. Ce grand pape, qui malgré ses quatre-vingt-dix ans avait le cœur tout jeune d'amour et de sollicitude pour l'honneur de Dieu et de l'Église, qui avait déjà eu le bonheur de canoniser saint François d'Assise, et qui en cette même année avait inscrit à côté de lui dans le ciel son plus illustre disciple, saint Antoine de Pa-^ doue, répondit à la proposition de Conrad avec un affectueux empressement, mais en même temps avec une apostolique prudence. « Nous avons appris par ta lettre, » Jui écrivait-il, « cher &1& Conrad, avec des larmes d'une douce joie, com- « ment ce glorieux ouvrier dont rien ne limite la puissance «( a béni sa servante Elisabeth d'illustre mémoire, en son « vivant notre très-chère fille en Jésus-Christ et duchesse de a Thuringe ; comment, de faible et fragile qu'elle était par (( la nature, il l'a rendue, par le don de sa grâce, robuste et tt mébranlable dans le culte de son nom divin ; et comment, « après l'avoir admise dans l'assemblée des Saints, il mani- « feste par des signes glorieux la béatitude qu'il lui a accorc< dée * . » Toutefois le pontife , se souvenant que tout ce

imtvtaivita mea tanlum simul vidisse populum, quantum in oppido Marburgeè" circa illud tune temporis aspexi. Vix aliquis in ecclesiam hine magne labore inlrare vel exire poluit. Cœsar. Heisterbach. ap. Mss. fiolland., daiir un sermon cité tout au long par M. Slœdtler, à la fin de sa traduction.

'- Sane cum lartitia dulcium lacrymarum concuraibus comilatu, dilecte tlli Conrade, ex litteris tuœ devotionis accepimus, quod ille artifex glorio^

qui reluit n'est pas c»r', et voulant lerer tous les doutes des esprits soupçonneux , ordonna à l*archeTéque de Mayenœ, à l'abbé d'Eberbach , et à maître Conrad , de recueillir des témoignages publics et solennels sur tout œ qui, dans la vie de la duchesse, aTait pu être agréable à Dieu et aux hommes, ainsi que sur les miracles qui avaient suivi sa mort', et, après avoir rédigé par écrit ces diverses dépositioos et les avoir munies de leurs sceaux, de les envoyer à Rome par des messagers fidèles. 11 prescrivit en même temps loidre et la méthode qu*il fallait suivre dans Texamen des témoins, ea y mettant un soin et un esprit de détail qui prouvent toute ia sollicitude et la sage réserve avec laquelle il entamait cette délicate matière^.

Cependant rarcbevéque Sigefroi de Maycnce, dans le diocèse duquel étaient situés la ville de Marbourg et le tombeau d*£lisabcth, avait été également frappé par les merveilles que la bonté divine faisait éclater au sein de son troupeau ^ A la prière de maître Conrad, et d*après une révélation qui lui fut faite dans une vision S il se rendit à IMarbourg, et v consacra solennellement , le jour de la fête de saint Laurent

ifu«, eU*... Voyez l'ori^iial de ce bref, dua toute son éteadue, ma d9 tu de l'Appendice.

> Ko quod omne rutilum auri nomen non impelrat, nec ebur quodUbet niveiii iniitatur.

* Vilaui et converMtioneoi landgraviie niemorats, quibiu Domino et hominittUi» Kancitur placuii^se, nec non miracula, etc.

' Tcitte» le^Mtimi... prias ab eii pnr^itojuramento, diUgenler examinentur, et inttfrropentur de omnibus qus dixerint, quo modo sciuni, qao tempore, quo uien»c, «luo die, quibus pne^entibus, quo loco, ad cvgut inTocattooeffl, et quibui» verbis interpositis, etc., etc. Ex Wadding, t. il, p. 606. VoTei l'Appendice, n° vu.

* Vit. Rhyl. $ xu.

^ Propter meam petitionem, quia evidenter hoc aooeperat in rcYdatioiie. Kp. Conr. Marb.^ p. 108.

(10 août 1232), deux autels que les fidèles avaient construits en l'honneur d'Elisabeth dans l'église même où elle était enterrée ^ Une immense multitude s'y était rassemblée, tant pour assister à cette cérémonie que pour écouter le sermon que maître Conrad devait prononcer en l'honneur de son illustre pénitente*. Pendant que celui-ci prêchait, il lui vint à l'esprit qu'il ne pourrait jamais y avoir d'occasion plus favorable pour satisfaire aux vœux du souverain pontife ; et aussitôt, sans y avoir plus longtemps réfléchi^, il enjoignit à tous ceux qui, parmi les auditeurs, auraient obtenu cpielque guérison ou faveur céleste par l'invocation de la duchesse, de se présenter avec leurs témoins le lendemain, à l'heure de prime, devant l'archevêque de Mayence et les autres prélats qui étaient venus assister à la dédicace des autels. A l'heure fixée , on vit arriver un nombre considérable de personnes qui affirmaient toutes qu'elles avaient reçu des grâces par l'intercession d'Elisabeth. L'archevêque, étant pressé de retourner à cause de certaines afiaires très-importantes, se borna à faire écrire les faits les plus remarquables et les mieux avérés : il ne put les sceller, pas plus que les autres prélats^ parce qu'ils n'avaient pas leurs sceaux avec eux^. Maître Conrad copia mot à mot toute cette série de dépositions, en recueillit lui-même plusieurs autres, toujours sous la foi du serment; et après avoir relu l'ensemble à l'archevêque de

> Constructa sunt in ipsa capella ad laudem ejus duo altaria. Qus Tenerabilis doiniiius... iii die SancU Laurenlii dedicarel. Tiieod. VllI, 7.

* Cum ego illic magnam multitudinem populorum tam ad prsdicationeni quam ad dedicationem convocassem. Conr. Marb., p. 109.

' Infra curàiim sermonis, sine omni consiiio iilique prshablto, veatriB sanctitatis in mente concipiens satisfacere desiderio... Ibid.

* Cum non modica turba convenissenl ; qui omnes awerebant... Dommif Moguntinus , quia ad alia qusdam festinabat ardua negotia, magit eyidentim fedt conscribi... quia ibi sua sigilla non liabelMuat. Ibid.

ge HISTOIRE

.Mayence et à l*abbé d*Eberbach, qui n*y trourèrent rien a changer S il Tenvoya au pape, en y ajoutant un lésuméde h yie d'Elisabeth d après ses propres souvenirs. Ce predein monument nous a été conservé % et forme la sourae lifioi ancienne où doive puiser Thistorien de la Sainte.

Cette première énumération des miracles, transmise par maître Ck)nrad , contient la narration détaillée de trenU»-sept guérisons subites et surnaturelles, rédigée conformémeat aux ordres du pape, avec les détails les plus précis sur les lieux, les dates et les personnes, ainsi que sur les formulei de prières qui avaient été employées. La plupart de ces récits sont empreints, à nos yeux du moins, du plus toudMst intérêt. On y voit que les infortunés qui avaient recours à elle lui parlaient toujours le tendre et familier langage que son extrême douceur et humilité avait autorisé pendant sa vie : « Chère sainte Elisabeth, » lui disait-on, a guéris ma jamke, « et je serai toujours ton zélé serviteur... » Ou bien : a Saisie «L dame et duchesse Elisabeth, je te recommande ma pauvre « fille '. » « 0 bienheureuse Elisabeth ! » s'écriait une pauvre mère en ensevelissant le corps de son fils qui venait de moarir, d pourquoi ai-je perdu ainsi mon fils? Viens donc à a mon secours, et fais-le revivre. » Un instant après, le pouls de Fenfant recommença à battre, il revint à la vie, et, après avoir longtemps essayé de parler, il dit vers minuit :

^ Séries subnotata quam de verbo ad Terbum compilaUm ego Cooradiu humilia prsedicator vobis proximo destinavi : oec quippiam nimc «nditum movit conscieotias nostrum trium ad Tariandum mu minuendum. allquid circa liane seriam vel minuendum. Préambule ds Ul^ltced« Conrad, p. UM»

* V. Indication des sources, p. 157.

' Gara domina Elisabeth, sana me in crure mec, et semper libenleras* idAM iibi... Gara domina sancta ElisabeUi, sana ocolos meoe... Sanctacdoonina iMKigravia Elisabeth, meam flliam grato tua roNnuBendOi^. A|^ Govw Marb., p. 137, 144.

« Où suîs-je, bien-aimée? » Il ne reconnaissait pas encore

sa nièreV

Ùrië autre pauvre mère, dont la fille était depuis cinq ans atteinte des plus cruelles infirmités , entre autres d'énormes tumeurs sur le dos et la poitrine , la fit porter au tombeau d'Elisabeth , et y resta avec elle deux jours en prière. Au bout de ce temps, voyant qu^ ses prières n'étaient pas exaucëes, elle murmura hautement contre la Sainte, en disant : « Puisque tu ne m'as pas exaucée, je détournerai tout le « monde de venir à ton sépulcre^. » Elle partit ensuite de Màrbourg vivement irritée; mais, après avoir fait un mille ei demi , les cris et la douleur de sa fille Tobligèrent de s arrêter auprès d'une fontaine dans le village de Rosdorf ; l'enfant s'y endormit quelques instants, et lorsau'elle s'éveilla, elle dit qu'elle avait vu venir à elle une oelle cfame dont le visage étaii iout resplendissant, et dont les nfiains étaient toutes blanches et fines, et qu'eïle avait doucement passé ses mains sur les parties les plus douloureuses de son corps, en lui disant : « Lève-toi et marche. » El aussitôt la jéiine fille s'écria : « 0 ma mère, voici que je me sens déli- « Vrée dans tout mon corps ! » Elles retournèrent ensemble au tombeau pour y rendre grâces à la Sainte, et y laissèrent lé paûîèr dans ïequei la malade avait été apportée^.

1 éèàta Elisabeth, pueruni niéum quomodo sîc aiiîtsi? éucourre, et fkc quod gpiritus ejus redeat inlra ipsum... Et his dlctfs puer revixi't... Et pulsus «rteriarum vitie redditœ indicium primum Tuit... Impofens loqui usque ad noctis médium, et tune dixit : Ubi sum, dilecta? et adhuc matrem non reodgnovit... Ibid, p. 126.

* Mater irala murmuravit contra dominam Elisabeth, dicens : Omnes aYer- Um homines a visitatione sepulcri tui, quia non exaudisti me. Ibid, p. 120.

^ Resedit juxtafontem... fllia ex dolore corporis multum plorante... Obdormiens parum, cum evigilassst, dixit, se in somno quamdam domnam ad se Tenientem Yidisse , cujus faciès splendida , manus graciles et caodidie , qua

Un jeune homme dont les jambes étaient paralysées, et qui avait en outre une cruelle douleur à Tépine dorsale, se fit transporter dans un chariot au tombeau de la duchene^ où le mal qu'il avait au dos fut guéri ; et comme on le ramenait chez lui, il dit : « Sainte Elisabeth, je ne retourne plus a chez toi, à moins que par ta miséricorde je ne puisse y « aller sur mes pieds; mais j*irai bien, si tu me donnes cette a grâce '. » Quelques jours après, à la fête de la Toussaint, il se sentit guéri complètement, et put accomplir sa promesse.

Nous nous arrêtons, presque à regret, dans ces récits, qui sont des témoignages si précieux de la foi et des mœurs de cette époque. Ce recueil des dépositions ne put être terminé que dans les premiers mois de Tannée 1233, et son envoi à Rome fut retardé par des causes qui nous sont restées inconnues. Avant qu*il eût lieu, Conrad avait péri victime de sod zèle pour la foi. Là hardiesse avec laquelle il accusait et |K)ursuivait les seigneurs et les princes les plus puissants, lorsque leur foi lui semblait suspecte, avait depuis longtemps excité contre lui des haines et des rancunes redoutables, que la sévérité excessive et rinjustice évidente de quelques-uns de ses arrêts augmentaient chaque jour. Le 30 juillet 1233, comme il revenait de Maycnce à Marbourg, il fut surpris ])rès du village de Rappel par plusieurs chevaliers et vassaux du comte de Sayn, qu*il venait d*accuser d'hérésie : ils fondirent sur lui et regorgèrent. Les assassins voulurent épargner son disciple et compagnon, frère Gérard, franciscain ;

minibus suis leiiivit corpus cjus in dorso et pectore, et dixit : Surge et ambula... 0 mater, ecce jam resolvor in loto corpore meo... Sporlam, in qaa puella porfata fùerat, apud sepulcrum relinquenles. Ibid.

' Reductus In Liga, unde venerat, ila di&it : Sancta Elisabeth, de cstero ad te non \eniam, nisi, de tua miscricordia, per me vadam : et ibo, si AMiit milii data facultas. Ibid, p. 143.

mais celui-ci s'opposa à leur dessein, el embrassa si fortement le corps de son maître, qu*il leur fut impossible de tuer Fun sans l'autre ^ Les corps de Conrad, de son ami et de douze autres prêtres et laïques, victimes des bérétiques, furent transportés à Marbourg, au milieu des regrets du peuple^. Il fut enterré dans la même chapelle que la sainte duchesse, sa ûlle en Jésus-Christ, et à peu de distance de sa pierre sépulcrale^.

La mort de Conrad, qui avait veillé aussi fidèlement à la gloire posthume d'Elisabeth qu'à son salut pendant qu'elle vivait encore, fut un grand obstacle pour la canonisation que beaucoup de fidèles avaient désirée et espérée. Les pièces qu'il avait rassemblées furent négligées ou perdues^ et le zèle qu'on avait témoigné pour cet intérêt populaire commença à se ralentir^.

' Glutino carilatis corpori ejus adhœrens simul cum eo periit : et qui io tota via sua se amaverant, in morte non sunt separati, in une ioco occisi, et uno loco sepuKi, hoc est in basitica B. Elisabethœ. Csesar. Heisterb. ap. Mss. Boli.

' Das volg klaget 8y zumaelle sere.

ViU Rhyt.

Cf. Crolach. Thesaur. Antiq. Thuring. ap. Justi.

* Trlth. in Chron. Hirsaug. — Broweri, Anliquit. Trevirena. Apud JustI, p. 153. Les meurtriers de Conrad furent d'abord absous par le concile de Mayence; mais le pape Grégoire IX, par sa bulle datée de Pérouse , des calendes d'août 1235, blânM sévèrement le concile de ce procédé; par une autre bulle, en date du môme jour, il les absout lui-même moyennant une très-sévère pénitence. Labbe, Concilia, tom. xr, pars ii, col. 234G et 2347. — Toutes les circonstances relatives à la mort de mailrc Conrad sont relatées avec beaucoup de soin et d'impartialité dans un savant opuscule du docteur £. L. Th. Henke, intitulé : Conrad von Marburg^ et publié à Marbourg en 1 861 • L'auteur remarque avec raison que la mort de Conrad mit un terme aux procédures inquisitoriales en Allemagne, où elles ne reparurent que lors des odieux procès de sorcellerie, au dlx-;$eplième siècle.

^ Deinde neglecla vel deperdita acta processus... paululum remissus est fervor... Wadding, ii, p. 364.

Tcn^eft» le Sûnrar ne tarda pas à suscâler un ooiraM i Klé dêiensmr 4? b elcîre -ie «m humble servante, dH sêfiie ou ciMe protecti-^n semblait la plus îoafleiidiM. Del icui frer» .pe le doc Louis, mari d'Élisabelfa, a^t kifetf, et doot nou5 avons vu rindijne conduite eoTers leur Mfeaoeur. l'un, Henri , gouTernait les duchés pendant la miiifrrilé du jeune Hennann. fils de Louis : Faut», Conrtd, * lirrait sans frein au\ TÎolences que pouTaîent lai sn^^ toutes les passitMis de la jeunesse. En 1232, à rooeaMO dune pénitence infligée par rarcheréque de Mayence t l'abbe de Reinhaiisbrunn. protégé naturel de la maison de Thuringe, le landgrave Conrad fut tellement irrité oonirek prélat, qu*il courut sur lui en pkrin cbafntre à Effort, k prit par les cheTeui, le renversa par terre, et 1 aurait certainement poignardé, si ses serriteurs ne l'en eussent empécU. Mais, non o^ntent de ces excès, il se mit à ravager les possessions du siège de Mayence, et assiégea, entre autres lîeui, la ville de Fritziar. Il la prit d assaut, et, pour se venger des dérisions grossières qu'il avait eu à essuyer de la part des femmes de la ville pendant le siège, il y fit mettre le feu, qui consuma la ville tout entière avec ses églises, ses oouvents, et une grande partie des habitants ^

II se retira ensuite en son château de Tenneberg, près Gotha, où la main de Dieu ne devait p^ tarder à le toucher. Un jour il y vit arriver une fille de joie, qui semblait tombée dans la plus profonde misère, et qui venait lui demander laumône. Le landgrave lui ayant reproché très-durement rinfamie de sa profession, l'infortunée lui répondit que c'était la misère seule qui Ty avait forcée, et lui fit un tabiean si déchirant de cette misère, qu'il en fut ému au point de lui

1 Dillich't Ues8. Gtironica. — Rothe, p. 17)9. — Ad Unia. tlM.

promettre de subirenir dorénavant à tous ses besoins, à condition qu'elle renoncerait à sa TÎe criminelle. Cet incident produisit une profonde impression sur son âme ; il passa la nuit sulTante tout entière dans une agitation extrême , en réfléchissant combien il était plus coupable que cette maK heureuse qu'il avait insultée, et que la seule pauvreté atâit poussée dans le vice, tandis que lui, riche et puissant, faisait un si grand abus de tous les dons de Dieu. Le lendemain matin, il communiqua ses pensées à plusieurs de ses compagnons d'armes et de violence, et apprit avec surprise qu'ils avaient été agités par les mêmes réflexions : ils regardèrent aussitôt cette voix intérieure et simultanée comme un avertissement du ciel, et résolurent de faire pénitence et de changer de vie. Ils s'en allèrent d'abord pieds nus à un pèlerinage voisin, à Gladenbach, et de là à Rome, pour obtenir du pape même l'absolution de leurs péchés ^

Arrivé à Rome (i233), le duc donna l'exemple de la pénitence la plus sincère et d'une fervente piété. Tons les jours il recevait à sa table vmgt- quatre pauvres, qu'il servait lui-même. Le pape lui donna l'absolution , en lui imposant pour condition de se réconcilier avec l'archevêque àe Ifayence et tous ceux à qui il avait fait tort ; de construire et de doter un monastère, au lieuf de ceux qu'il avait brûlés ; de faire pubHqnevnewt anvende hofiorsfWe sur ks ruines de Fritzhr, et enfin d'en*rer lui<iïême dni» on ordre reKgieUx. Pendant qu'il se rapprochait ainsi de Dieu, le souvenir de son humble et sainte belle-sœur, de cette Elisabeth qu'il avait méconnue et persécutée , lui revint aussi dans la mémoire : il résolu! d'expier ses torts envers «lie en travaillant

^ Sagittarius. — Teulhorn, geschiclite der Hetseo, m, p^. 559. Histoire de rOrdre Teutonique, i, p. 309.

à propager sa gloire ; et, dans les entretiens quMl eut ayec le souverain pontife, il lui parla en détail de sa grande sainteté, et demanda Yivement sa canonisation '.

A peine revenu en Allemagne (1234), il s'empressa d'accomplir toutes les conditions de son absolution. Il se rendit à Fritzlar, où ceux qui avaient échappé au massacre des habitants étaient revenus chercher un refuge auprès des ruines du principal monastère : il se prosterna tout de son long devant eux, et les supplia, pour Tamour de Dieu, de lui pardonner tout le mal qu*il leur avait fait^. Il fit ensuite une procession pieds nus et une discipline à la main; il s'agenouilla devant la j)orte de l'église, et tendit la discipline à la foule des assistants , en invitant tous ceux qui voudraient à la prendre et à Ten frapper. Une seule vieille femme obéit à cette invitation, et lui donna sur le dos plusieurs coups, qu'il endura avec patience^. Il fit immédiatement reconstruire le monastère et Téglise, et y établit des chanoines, en même temps qu'il concédait à la ville de Fritziar d'importants privilèges. Il se rendit ensuite à Eisenach, où, de concert avec son frère Henri , il fonda un couvent de Frères Prêcheurs, sous l'invocation de saint Jean, mais à l'intention spéciale de sa 4)elle-sœur Elisabeth, et pour expier ainsi sa participation aux cruelles épreuves qu'elle avait eu à souffrir dans cette même ville d'Ëisenach , lors de son expulsion de la Wartbourg ^.

 dater de ce moment, il se dévoua aux intérêts de sa gloire avec le même zèle que le défunt Conrad. On pouvait croire d'ailleurs que c'étaient les prières de sa belle-sœur,

* Sletlichin hatte erouch mit deme babste red von sente EladteUiin... Holhe, p. 1732.

« Ibid.

* Uist. de rOrdrc Teutonirue, t. i, p. 310.

* Rotbe, p. 1732.

unies à œllcs de son frère, qui lui avaient mérité la grâce de comprendre ses fautes, et de mépriser, comme on disait alors, le monde dans sa fleur ^. S'étant décidé à entrer dans rOrdre Teutonique, il prit Thabit et la croix de Tordre dans l'église même de l'hôpital de Saint-François, fondé par Elisabeth à Marbourg ; il ût confirmer par son frère la donation qu'Elisabeth avait faite ,de cet hôpital, et des biens qui en dépendaient, à ces moines-chevaliers^, et y ajouta toutes ses propres possessions en Hesse et en. Thuringe. Il obtint en outre que cette donation fût sanctionnée par le pape, et que cet hôpital, devenu un des <;hefs-lieux de l'Ordre Teutonique, fût exempt de toute juridiction épiscopale et doté de plusieurs autres droits et prérogatives, le tout en l'honneur de la duchesse Elisabeth qui y reposait, afin, était-il dit dans sa supplique au pape, que ce corps sacré, déjà célèbre par la vénération des fidèles, jouisse du privilège de la liberté^.

Cependant il insistait surtout auprès du pontife pour obtenir une reconnaissance solennelle de la sainteté de sa bellesœur, et des grâces noinbreuses que Dieu accordait chaque jour à son intercession. Le pape céda enfin à ses instances; et voulant, dit un contemporain, que la pieuse simplicité de

* Divinitus et precibus utriusque, fratris scilicM et sanctœ Elisabethie, perinotus, mundum cum flore despexit. Serm. Cœs. Heist. ap. Mss. Bolland.

' Nou8 n'avons pu réussir à fixer précisément l*époque de cette donation dans la vie d'Elisabeth ; mais son existence est reconnue par tous les actes des pontifes et des papes relatifs à cette fondation. La légalité seule de cette donation avait été contestée par le duc Henri , parce qu'il n'avait entendu céder à Elisabeth que l'usufruit des domaines situés à Marbourg, et non la propriété absolue. Voyez Airmann , Historisch. diplomatischer Nachrichte von der ersten Ankunft des deutschen ordens zu Marburg, cité par Justi, p. 191-199.

* Pro reverentia beatœ memoriœ Elisabethse landgraviee, cujus corpus requiescit ibidem, ut sicut est célèbre veneratione ndelium, sic prœrogativii f^audeat libertalis. Wadding, t. ii, p. 364.

«4 HISTOlftE

rÉgliae militante ne fût pas trompée , â les bSlM D'éUicDt pas prouvés, mû aiisâ que TEgUse ne fût point frustrée de $a gloire, si la \éfîté se trounut à'w> tord avec la renommée \ il chargea, par on bref daté di .5 iJes ides d'octobre de Tannée 1234, 1 eréque de llîMffli*Si et les aLUi> Ilermann de Georgenthal et Raymond de Baford, de procéder a un nouvel examen des miracles altribuéi â Elisabeth. U^ns ce bref *, il ordonnait aux trois commiisairt-à de lui envoyer k-s résultats de Texamen don! il awt autrefuis chargé rarchevéque de Mayenœ et maître Couad; et, dans le cas où ils ne trouveraient pas ces pièces, de recueillir par écrit les dépositions des mêmes témoins et de tous autres, et de les lui faire panenir dans le délai de dnq mois après la réception de sa lettre. L evéque et ses collègues, dociles aux ordres du souverain pontife, firent publier dan? tous les diocèses circonvoisins le bref, en indiquant un jour où tous les Qdèles qui avaient connaissance de quelque guérison obtenue par les prières de la duchesse , eussent a se trouver â Marbourg, pour en déposer avec Tattestation de leurs prélats et curés. Au jour marqué, les commissaires ajiostoliques se rendirent eux-mêmes à Marboui^, où ils trouvèrent réunis plusieurs milliers de personnes venues de toutes les jKirlics de l'Europe '; ils s'adjoignirent plusieurs abtiés de Citeaux et de Prémontré, un grand nombre de prieurs et de frères mineurs et prêcheurs, de chanoines réguliers, de religieux de TOrdre Teutonique, et d'autres

' L't si fonuin opiDioni re« uiinimtt respundcret, noo drcumveniretur pia rtiiiiplidtu Ecelt'fiiu; njilitanti«, si vero fama veriUtU viribus et suflfragio oileretiir, debila laud iiod negligeretur Ecdeaim triuiupliaiitia. Préunluile d^ la dépuBttiOD des quatre suivantes, p. 2007.

* Voyez i' Appendice, n^ \iii, 3.

' Muitis miiiibus de diversis mundi partibut ad idem oegoUum cobAmstibus. Dict. IV Ancill., p. 2008.

Dfi SAINTE ELISABETH DE HONGRIE. g5

homRies doctes et prudents. Les témoins vinrent déposer, afiçç^ f^TOiir prêté seraient, devant cet imposant tribunal; l^rs dires furent scrupuleusement pesés et examinés par des Içgistjes. çt 4^ professeurs de droit K

On ne troi^ye pas les noms àds témoins qui se présentèrent cette^ ^\^\ ^ Vç>^çep4U>n des quatre suivantes de la dtictiesse : Çruts^, ^^i lui avait été attachée alors qu'elle n*avail encore que cituq ans; Ysentrude, sa confidente et sa meilleure amie; Élisabeifh et Irmengarde, qui l'avaient servie pendant son ^jovur à Marbourg. Ce fut alors qu'elles vinrent raconter toi^ties les quatre ce qu'elles savaient sur la vie de leurmaitressç^ : ces inappréciables récits nous ont été conservés dans leur entier ^, et nous ont fourni la plupart des traits intimes et toucI^AOts de cette narration. Les dépositions de la plupart des autres témoins portaient sur les miracles obtenus par son intercession ; parmi le nombre immense qu'on en rapporte, il faut remarquer la résurrection de plusieurs morts*. Cent vingt-neuf dépositions furent jugées dignes d'être re-

> Testibus caulissimQ ex/ifni^qijis per juris pi;ofeâ&ore8 , et circa omi^M^ exaçtiasimam exercens diligentiam. Ibidf

* Rutebeuf, poêle fraoçais à pQ^, prèâ; cootemporain de la, Saiqte, et qui. & écrit sa vie, nous dit qu'il ne nomme point les témoins, parce qu'ils avaient tous des noms allemands :

Dont je pas les noms ne vos nome...

Ce il ne fussent allemant.

Les noDiasse ; mais ce seroit Teus perdu qui les nomeroit.

Pluslost les uo masse et a sois.

Ce cti fust langage fransois...

Preudhomme furent et créable.

' Voyez rindic. des sources, p. 158.

^ Les historiens varient sur le nombre de ces résurrections miraculeuses : Théodoric et le prologue des quatre suivantes le fixent à seize. Le pape Benoît XIV cite spécialement cette éclatante faveur accordée à ÊUsabeth : De Serv. Dei bealif. lib. iv, pars i, c. xxi, n^ 5.

96 HISTOIRE DE SAINTE ELISABETV DE HOMGBIE.

cueillies , transcrites et munies des sceaux de FéTèque de Hildesheim et des autres prélats et abbés, pour être eoToyées à Rome. L*abbé Bernard de Buch, Salomon Magnus, frèit prêcheur, et frère Conrad, de TOrdre Teutonique, d-detant landgrave', et beau -frère de la défunte, furent désignés pour porter au pape le résultat de Fexamen qu*il avait prescrit, ainsi que de celui qu'avait fait trois ans auparavant maître Conrad. Us étaient en même temps porteurs des lettres d'un grand nombre d'évêques et d'abbés, de princes, de princesses et de nobles seigneurs, qui suppliaient tous humblement le père commun des fidèles d'assurer la vénératioD de la terre à celle qui recevait déjà les félicitations des anges, et de ne pas souffrir que cette vive flamme de céleste charité, allumée par la main de Dieu pour servir d'exemple au monde, fût obscurcie par les nuages du mépris, ni étouffée sous le boisseau de l'hérésie^.

^ Fratreiu Conraduui, quondain Thuringiœ landgraTium. Dict. it Ane. Prolog.

* Quatinus lueernam ardentem in earitate ac lueeptem aliia per exemplum... non Bîneret Hub nubilo Binistrœ derogationis ohscurari, vel aub modlo bœreticœ depressionis suffocari, ut cui chorus gaudet aagelonim, âevoUo deserviat terrenorum. Prolog. Dict. iv Ancill., p. 2009.

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