‹ Histoire de sainte MarcelleChapitre 16 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sainl Atbanase à Rome. — Accueil du pape Jules. -^ La puissance de ses récils. — Ses deux disciples. — Saint enthousiasme de Marcelle. — Sa tendresse pour sa mère. — Son mariage. — La femme dans le mariage païen. — Les types de la décadence. — L'élévation morale apportée au monde par le christianisme. — Grand état de maison de Marcelle. — Son action sur son époux. — Son ambition sainte. — Sa simplicité. — Mort soudaine de son époux. — Tristesse et résignation. — Sa résolution de n*être plus qu'à Dieu.

Athanase était originaire d'Alexandrie. Issu d'une famille chrétienne, il avait eu le bonheur d'avoir pour protecteur et maître saint Alexandre, patriarche de cette ville. L'histoire rapporte que, jeune lévite, il confondit Arius à Nicée en 325, et qu'il fit l'admiration de tous les Pères du concile. A force de logique, de science sacrée, d'éloquence irrésistible, il triompha pleinement de son redoutable adversaire. On sentait, en l'entendant, que le Dieu de vérité l'inspirait, et qu'il aimait l'Église plus que ni Grec ni Romain a' aima jamais sa patrie. Nouveau Samuel, le jeune diacre fut attaché au grand prêtre et revêtit l'éphod pontifical. Athanase possédait toutes les connaissances. Il était versé dans le droit civil et

dans le droit canonique au point que Sulpice-Sévère lui donne le titre de jurisconsulte ^ Il possédait de plus toutes les vertus à un si haut degré, que saint Grégoire de Nazianze devait écrire : En louant Athanase, c'est la vertu elle-même que je lotie *. Supérieur aux honneurs, il se moatra, pour la gloire de Dieu, durant plus d'un demi-siècle, dans la paix comme dans la persécution, le défenseur, le père, le maître, le patriarche de l'Église d'Egypte. Noble cœur, mâle génie auquel les injustices et l'infortune n'arrachèrent jamais la moindre faiblesse, et qui, à travers ses longs et nombreux exils, soit dans les déserts de la Thébaïde ou dans les capitales de Trêves et de Rome, se posa toujours comme le représentant le plus sûr de la vérité évangélique et le plus haut modèle de la dignité sacerdotale.

Ce fut en l'année 341 que saint Athanase vint à Rome pour la première fois; l'exilé cherchait un asile et demandait une justification*. Victime des erreurs et des persécutions de Constance, prince favorable aux ariens, le patriarche d'Alexandrie reçut un fraternel accueil auprès du pape Jules. Rome convoqua ses adversaires à un concile; mais les hérétiques, comprenant qu'il fallait paraître devant un tribunal ecclésiastique où ils ne trouveraient ni princes , ni soldats aux portes , ni ordres de l'empe-

* Histoire sacrée, s Discours.

3 Baronius : « Quasi ad tutissimum commuDionis portum Romain confugerat. » {Annales, t. 111, p. 470.)

reur, ne s'y rendirent pas *. Cependant, malgré leur absence, le pape et le concile se prononcèrent en faveur d'Athanase et le proclamèrent irréprochable défenseur de la divinité de Jésus-Christ. C'était en pensant à cette justification solennelle que saint Grégoire devait s'écrier dans son panégyrique : Il fut la colonne de l'Église ^ le modèle des évêques! On n'était orthodoxe qu'autant qu'on professait la même doctrine^ que lui *. Introduit dans les premières familles du patriciat, saint Athanase entrevit la charmante héritière des Marcellus, qui prêtait une oreille attentive à ses discours et qui devait être bientôt un modèle achevé de perfection. A cette heure Dieu et le monde se disputaient l'âme de l'aimable enfant, mais Athanase allait la gagner à Jésus-Christ. Le saint passa une année à Rome; à la suite des plus cauteleuses intrigues, l'exil devait Ty ramener encore : le ciel l'y jugeait nécessaire à ses conquêtes.

Ce fut durant le second séjour qu'il y fit qu'Athanase accepta la généreuse hospitalité de la mère de Marcelle». En pénétrant dans le palais de l'Aventin, il se trouva naturellement mêlé à l'élite de la société. Au milieu des réunions les plus brillantes, il initiait les patriciennes aux prodiges de perfection des Antoine et des Pacôme, parlait avec enthousiasme des grandeurs de la vie religieuse dont il avait été le témoin

1 Rohrbacher.

* Discours.

' Saint Jérôme , Lettres.

à Tépoque de son premier bannissement d'Alexandrie, et à sa voix un souffle des vertus de laThébaïde pénétrait dans Tâme des matrones les plus superbes. Ces récits du désert, portés dans un milieu où l'Eglise avait encore à lutter contre les habitudes païennes, émouvaient les cœurs des filles et des épouses des sénateurs et des consuls. Entre toutes les compagnes de son âge, Marcelle se distinguait par la sainte avidité avec laquelle elle recherchait les sublimes entretiens". Son imagination la transportait au fond de ces solitudes émaillées des fleurs du Christ, comme les dépeint saint Jérôme; en écoutant Athanase, il lui semblait entendre un écho des harmonies religieuses de la Thébaïde, et la jeune vierge enthousiaste s'éprenait alors d'un céleste amour pour le Dieu qui était l'auteur de ces merveilles.

Athanase avait amené avec lui deux d'entre les plus austères de ses moines. L'un était Ammon, si absorbé dans la contemplation des choses divines qu'il ne daigna visiter aucun des monuments de Rome, sauf les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul; l'autre, Isidore, qui gagna tous les cœurs par son aimable simplicité ^ Tous deux servaient de garants à la véracité de ses récits et de types aux Romains qui pouvaient être tentés de suivre leurs exemples. Nos lecteurs seront témoins des prodiges que devaient produire ces hommes et ces discours. On comprend l'impression causée par de semblables

' Baronius, Annales, t. III,* p. 469.

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révélations; elle devint surtout entraînante le jour où Athanase, sur la prière des chrétiennes de Rome, écrivit la vie de saint Antoine , le patriarche du désert. Telle fut l'origine de ce magnifique mouvement qui allait porter les descendantes des plus grandes familles vers la vie religieuse, et telle fut encore Taction profonde produite par Athanase, que saint Grégoire ne craint pas de le nommer le promulgateur des premières lois monastiques en Occident. Marcelle devait se placer en tête des patriciennes gagnées par le patriarche d'Alexandrie à la vocation et à la pratique des conseils évangéliques.

La jeune enfant, qui entourait ses parents d'un culte de soumission et de tendresse, avait donné son cœur tout entier à sa mère le jour où, devant le tombeau paternel, elle avait senti que l'épouse était plus malheureuse que la fille. Elle s'appliqua dès lors, mieux que par le passé, à offrir à l'âme maternelle les consolations de sa piété filiale, toutes les douceurs de sa tendresse et de sa vénération réunies. Une mère inspire des sentiments si délicats, si suaves, si forts ; une mère porte avec tant de grâce le sceptre de l'autorité la plus attrayante et se pare et s'embellit si bien de la beauté morale de ses souffrances! Quand le malheur vient à frapper une mère, nulle grandeur ne peut lui être comparée : la femme reçoit alors un sacre divin dont l'auréole se compose des rayons les plus célestes. L'antiquité s'inclinait devant cette grande figure d'une mère malheureuse,

et Platon a écrit : Jl n'est pas de pénutes plus saints

qu'une mère dans V adversité \ Marcelle, avec sa nature généreuse et tendre, le sentait, et elle se plaisait à rendre à sa mère désolée le plus large tribut de respect et d'amour. Jamais son cœur ne manqua à ce devoir; aussi, peu de temps après la mort de son père, lorsque Albina demanda avec larmes à sa fille de combler le vide que la mort venait de faire au foyer, Marcelle céda aux prières de sa mère, Tenfant obéissait à cette puissance de la piété filiale : Et qui refuserait une mère qui prie * / C'était Tusage, dans la haute société de ce temps, d'établir les jeunes filles à la sortie de leur adolescence et dès leur entrée dans la puberté. Douze ans était le terme légal fixé par la loi romaine ^ , et Marcelle venait de dépasser cette limite lorsqu'elle dut se résoudre à fixer son sort. Elle avait alors quinze ans. Des ombres qu'aucune recherche n'a pu dissiper couvrent l'origine , le nom , la famille du brillant patricien qui eut le bonheur de s'unir à elle. Saint Jérôme, dans ses Lettres, ne nomme pas le jeune époux, et Tillemont dit expressément : « Marcelle fut mariée à une personne dont l'histoire ne marque pas le nom *. » Nul doute cependant qu'il ne fût doté de tous les avantages : Albina aimait trop sa fille pour ne pas lui choisir, en un âge si

^ Traduction par V. Cousin. Lois, liv. XI. ' Hardy, poèmes.

3 Ammien-Marcellin , lib. XV, c. m.

* Mémoire pour servir à l'histoire ecclésiastique des six pre^ micrs siècles, t. XII, c. xxvii, p. 67.

Là vie RBLIGIBUSE a ROMB au lY^ SIÈCLE 75

tendre, un Romain des plus recommandables. Marcelle, du reste, n'aurait jamais consenti à devenir Tépouse d'un homme qui n'eût pas partagé ses croyances, et tout, du côté de la mère et de la fille, assure que c'était le plus souhaitable des partis.

Le christianisme avait mis profondément dans le cœur de la femme le besoin et la sauvegarde de sa dignité. Devenue l'égale, l'amie, la compagne de l'homme, l'épouse chrétienne était saintement jalouse du respect d'elle-même et de sa famille. Par cela seul, l'alliance conjugale avait été portée à sa véritable hauteur et arrachée aux bassesses païennes. Dans le mariage ainsi régénéré il y a , par la fusion des deux âmes, les éléments qui constituent seuls l'union digne et sainte : la dot d'un esprit en retour d'un esprit , d'un cœur en échange d'un cœur, d'une vie pour une vie. Mélange de deux affections purifiées qui se fondent en une seule, l'alliance conjugale a la religion pour principe, la chasteté pour garde, la famille pour ambition. C'est la donation mutuelle et parfaite de l'homme et de la femme dans un amour sans partage et une vertu sans reproche. Pour résister à tous les coups, l'amour conjugal doit s'établir sur les forces surnaturelles qui découlent de la grâce du sacrement. Alors il y a unité de volontés, de croyances, de sentiments, fidélité parfaite , attente réciproque d'un avenir commun s'éternisant en Dieu. Fortunés sont les cœurs dont la religion confie les serments à celui qui seul peut les rendre purs et irrévocables 1 Telles étaient les idées

divines auxquelles obéissait Marcelle au moment de donner sa main et de jurer sa foi. Le mariage païen, au contraire, ne reposait à cette époque que sur la passion, dans ce qu'elle a de plus terrestre ^ Liaison d'un jour, née le plus souvent du caprice et de la fantaisie de l'un et du calcul et de Tégoïsme de l'autre, il n'attendait pas pour se rompre la fin des jeunes années; il s'évanouissait tristement, dès son origine, sous les coups d'une inconstance, d'une lassitude et d'une satiété réciproques, presque universellement admises. Ce n'était qu'un marché, qu'une infâme combinaison * 1 Aussi les âmes nobles condamnaient-elles avec dégoût cette société tarée, assez avancée dans sa perversion pour dénaturer le mariage^ et profaner l'amour.

En effet , tandis que les grandes familles chrétiennes de Rome mettaient leur existence en harmonie avec les préceptes de l'Évangile, les partisans des vieilles mœurs avaient abdiqué tout sentiment de dignité et de pudeur. Entendons Ammien-Marcellin s'élever contre les habitudes et les hontes de la société païenne dans les portraits de ces hommes qui ne savent plus parler que de plaisirs , de festins, de trésors et de domaines. — « Ces nobles personnages , dit-il , dédaignent les emplois publics aussi bien que le métier des armes; à leur appréciation, les triomphes remportés à table sont préférables à ceux des champs de bataille. S'ils donnent des fes-

1 SaWien, de Gubematiofie Dti, lib. XII, p. 230. » Id., ibid., lib. VU , p. 232.

lins à toute un multitude de flatteurs et de parasites, c'est pour faire parler des poissons, des oiseaux » des mets innombrables du repas et de la magnificence du service; pour eux ce sont là les plus beaux litres dans leurs archives de famille... Quand ces hommes sortent de leurs vastes palais , ils ébranlent les rues du bruit de leurs chars gigantesques, afin que les passants les admirent. Ils étouffent sous le poids des nombreuses tuniques entassées sur leurs corps; un manteau s'agrafe à leur cou, et si léger en est le tissu qu'il voltige gracieusement au souffle des zéphirs ; ils le relèvent pour que leurs larges franges étlncellent et que les dessins variés qui décorent leurs vêtements ressortent avec plus d'éclat. Toute la domesticité : esclaves, affranchis, les escortent en rang sous la conduite d'un intendant portant sa baguette dorée, et qui assigne à chacun sa place comme un centurion qui commande ses légionnaires. Dans cet appareil, les riches vont faire la chasse aux testaments et visiter leurs amis, à moins toutefois que ces derniers ne soient malades, de crainte de gagner la maladie. S'ils veulent se distraire, ils appellent auprès d'eux, à la place des rhéteurs et des philosophes , des joueurs de •flûte, des musiciens armés de lyres. Ils ne comptent amis ou clients que parmi les gens du cirque et des théâtres, et leurs plus nobles occupations consistent à jouer aux dés ou à voir les chevaux destinés aux courses. Une mouche se pose-t-elle sur l'éventail de ces raffinés, ou bien un rayoa de soleil glissant à

travers les épaisses courtines de leur lit de repos arrive-t-il jusqu'à eux, ils poussent des plaintes et demandent s'ils sont nés chez les Cimmériens , pour être ainsi exposés à de pareils tourments. Lorsqu'ils, vont par hasard «^ la chasse , lorsqu'ils se rendent seulement à Pouzzolles ou à Gaëte, en bateau, ils reviennent de ces promenades , voyages pour eux si pénibles, triomphants et glorieux, comme s'ils avaient fait les campagnes d'Alexandre ou de César ^ »

Si tels étaient, au jugement du soldat historien , les païens du patriciat au milieu de cette société en décadence , voyons quelles étaient les femmes du grand monde. Au dire de saint Jérôme, elles participaient aux -mêmes désordres et aux mêmes vices.

« Tout leur temps , dit-il, se passait en commérages , en médisances , en intrigues d'amour et en soins de toilette. Libres de toutes leurs actions, elles s'adonnaient à tous les raffinements du luxe et du sensualisme. Au fond des gynécées de l'aristocratie romaine se trouvait une pièce richement meublée , tendue de magnifiques étoffes , et c'était là que les femmes de service et les eunuques disposaient les innombrables objets destinés à la toilette des matrones. L'heure venue, la maîtresse appartenait à ses suivantes , qui se précipitaient sur elle comme sur une proie. Armées de peignes et de fers, elles élevaient l'édifice de sa chevelure, qu'elles retenaient avec des fils d'or et qu'elles lustraient avec les plus

1 Ammien-Marcellin,lib. XiV, XXVIII.

rares parfums. Quelquefois des tresses brunes et blondes se mariaient ensemble sur la même tête, ou bien la chevelure noire d'une jeune mondaine se recouvrait d'une toison rouge chèrement achetée en Germanie; il était de mode au iv« siècle [comme, hélas / au XIX®) de rendre la nature méconnaissable. Après la coiffure, l'application des fards constituait une partie non moins importante de la parure. L'une se peignait les yeux avec du minium , les sourcils avec de la pâte d'antimoine ; l'autre relevait son teint avec le rouge et couvrait sa gorge d'une couche de blanc. Quand une matrone était ainsi peinte et coiffée , elle posait sur sa tête une mitelle persane , de sorte que le grand roi aurait pu, en la voyant, la revendiquer pour sa favorite. La robe des patriciennes élégantes n'était ni de laine ni de fin lin; elles ne portaient que des étoffes de soie et des tissus d'or dont la transparence insultait à la pudeur. Une profusion de bijoux , de perles , de pierreries , une ceinture d'or agrémentée de diamants , des souliers dorés craquant à chaque pas, étaient le complément de la toilette d'une grande matrone païenne'. »

Ammien-Marcellin qui, lui aussi, ne s'est pas contenté de dépeindre les patriciens du iv® siècle, dit que la fureur de la mode, chez les femmes, était alors pour les étoffes de soie représentant des scènes de chasse, des danses de bacchantes, des orgies mythologiques *. Les prédicateurs de ce temps s'éle-

* Saint Jérôme, lettres xix«, lxxxix», xlvii». > Ammien-Marceliin , lib. XIV, 6.

valent avec indignation contre l'exhibition de ces images inconvenantes, dont les enfants se moquaient et qui étaient une source de tentations pour les âmes imprudentes.

Marcelle, grâce à ses idées chrétiennes, avait ces excès en horreur et réagissait par ses habitudes et ses exemples contre tous ces désordres. Elle reçut de la main de sa mère l'époux sur lequel elle marqua Tempreinte de son âme. Elle lui apporta pour première beauté et pour premier trésor ses vertus et ses besoins de sainteté. 11 nous semble voir le jeune patricien dont elle avait accepté la main s'incliner à côté d'elle sous les bénédictions admirables de l'Église dans l'union nuptiale; jamais Rome n'avait entendu pareille éloquence, et jamais le Gapitole, temple des fausses divinités , n'avait connu une semblable majesté. « 0 Dieu 1 s'écriait le prêtre bénissant les deux pieux et nobles cœurs , ô Dieu ! qui par votre puissance avez créé de rien l'univers et qui, dès le commencement, après avoir fait l'homme à votre image, lui avez donné pour aide inséparable la femme tirée de lui-même et formée par vos mains, nous enseignant ainsi comment doit être indissoluble ce que vous avez institué dans l'unité; ô Dieu ! qui avez consacré le mariage par un mystère si excellent que l'alliance nuptiale est l'image de Jésus -Christ et de son Eglise; ô Dieu ! par qui la femme est unie à l'homme et qui donnez à leur union intime une bénédiction, la seule qui n'ait pas été enlevée par la punition du péché originel, ni par la condamnation

du déluge, regardez, nous vous en supplions, d'un ceil favorable, voire servante qui, devant être unie k son époux , implore votre protection ; faites que son joug soit un joug d'amour et de paix; faites que, chaste et fidèle, elle se marie en Jésus-Christ, qu'elle suive toujours l'exemple des saintes femmes; qu'elle soit aimable à son mari comme Rachel, sage comme Rebecca, fidèle comme Sara; que l'auteur de la prévarication ne trouve en elle rien qui soit de lui. Qu'elle demeure fermement attachée à la foi et à la pratique des commandements, que pour soutenir sa faiblesse elle s'arme de l'exactitude d'une vie réglée, que sa pudeur lui attire le respect, qu'elle s'instruise des célestes enseignements; qu'elle obtienne de vous une heureuse fécondité, enfin que sa vie soit pure et irréprochable, pour qu'elle puisse arriver au repos

des saints et au royaume du ciel *. »

Il y avait loin de cette divine conception du mariage communiqué au monde par le christianisme à l'humiliante corruption de l'hyménée du paganisme. Ici c'était la dignité des droits et des devoirs, là c'était la honte des excès et la plus abjecte dépravation. 0 touchante cérémonie de la bénédiction nuptiale des chrétiens ! mélange admirable des pensées divines les plus hautes et des sentiments humains les plus tendres, vous faites du mariage catholique la plus belle des institutions, car vous êtes la source de la dignité, du bonheur, de la vie de l'humanité, grâce à la consécration des âmes et des cœurs par la main

' Prière introduite dans la liturgie romaine par saint Evariste,

de Dieu lui-même. Aussi, dans l'enthousiasme qu'excitait en lui tant de grandeur morale, Tertullien célébrait l'incomparable beauté des noces chrétiennes par ces accents : « L'Église dresse le contrat, Toblation le confirme , la bénédiction en devient le sceau , les anges le présentent au Père céleste qui le ratifie. Deux fidèles portent le même joug , ils ne sont qu'une chair, qu'un esprit; ils prient ensemble; ils jeûnent ensemble, ils sont ensemble à l'église et à la table de Dieu, dans là persécution et dans la paix K

Marcelle, nous le savons, appartenait à l'une des plus puissantes familles de l'empire ; son alliance avec un riche Romain de son rang ne fit que rendre plus importante encore sa grande situation. Placée par sa noblesse, son opulence, sa jeunesse en tête des plus brillantes patriciennes , elle dut être forcément en rapport avec le monde du luxe, des honneurs et des plaisirs. Depuis son mariage, on la voyait de fois à autre, comme les jeunes femmes, ses amies, traverser les placs et les rues de Rome, ce dont elle souffrait beaucoup, dans une litière, escortée par une foule d'esclaves, soit qu'elle allât à ses visites ou aux jardins de Salluste •. Mais sa vertu et son tact lui faisaient toujours rechercher les matrones les plus sérieuses et les plus chrétiennes et elle exerçait un véritable empire même sur ses compagnes mondaines du patriciat.

Dans son palais de l'Aventin, tout décoré de la

1 Tertullien, ad Uxorem,p. 333.

> Horli Sallusliani. Sur remplacement actuel de Thôtel Cos-

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pompe romaine, plein d'images triomphales et de faisceaux consulaires *, dans cette demeure de ses ancêtres où Marcelle était née et d'où son mariage ne la fit point sortir, de nombreux intendants, des multitudes d'eslaves et d'affranchis exécutaient ses ordres et obéissaient à ses moindres désirs. Les meubles les plus somptueux, les objets les plus rares, chefs-d'œuvre de goût et de suprême élégance, encombraient les appartements et les galeries, et chaque détail, dans l'ordonnance de ce palais, annonçait que la maison paternelle de Marcelle était, de longue date, l'une des premières de Rome. De vastes propriétés s'étendant jusqu'aux confins de la campagne romaine, parsemées de magnifiques villas, justifiaient la grandeur d'un train si princier et expliquaient que le jeune ménage pût tenir l'un des plus grands états de maison parmi les opulentes familles de l'empire. Mais ni les richesses les plus grandes ■ , ni les relations les plus recherchées , ne pouvaient empêcher Marcelle de remplir sa mission d'épouse chrétienne et de s'occuper avant tout de la poursuite et de la jouissance des biens de l'âme.

Avec les hauteurs de vue que donne la foi , Marcelle comprit son devoir et s'appliqua à le remplir. Elle savait que l'âme de son époux devait être pour

tanzi, de la villa Spithewer^ du jardin du prince Maxima et de la rue Sancta-Suzanna.

1 Saint Jérôme, Lettres, <( Marcellae quoque domus erat in Aventino. »

* BaroniuB, Annales, t. IV, p. 369.

elle Tobjet de toutes ses sollicitudes, et elle s'efforçait chaque jour de produire des fruits de sagesse et de sainteté pour l'enrichir des plus nobles vertus. Toutes les industries de son amour visaient à ce résultat. Tantôt c'était l'étude de la religion entreprise pour préserver son mari de l'incrédulité; elle Tentretenait alors, avec une persuasion suave, de la divinité de l'Évangile, de Jésus- Christ et de l'Église; tantôt elle l'amenait doucement, tant la grâce la rendait puissante, à la pratique des préceptes chrétiens. On aurait dit un ange envoyé de Dieu à un mortel privilégié pour lui frayer la route , le préserver du mal et le conduire sûrement de ce monde à l'autre. C'est que la nature et la grâce, sans faire de Marcelle une prêcheuse, se servaient d'elle pour communiquer les vérités les plus saintes à l'esprit de celui dont elle était la providence.

Ainsi l'épouse chrétienne circonscrivait sa vie dans le dévouement, et faisait de ses dons naturels et de ses mérites des moyens d'attrait et de triomphe et s'attachait en Dieu, pour ne plus la perdre, l'âme de son époux. C'est que l'affection conjugale, quand elle est sainte, réunit en elle toutes les autres affections; une femme peut avoir à la fois pour l'homme dont elle porte fièrement le nom : la vigilance d'une mère , le respect d'une fille, la tendresse d'une sœur, le courage d'une amie. Beaucoup de chrétiennes prétendent que les maris n'aiment pas qu'on les prêche, et cependant l'épouse qui se rend digne de sa mission reçoit de Dieu une éloquence irrésistible.

A celles qui n'osent parler des choses de Tâme dans rintimité conjugale , on doit appliquer ces paroles que TEsprit-Saint adressait à Esther : Si vous gardez le silence, le salut se fera par un autre, et vous et votre maison périrez K La vie de notre héroïne était donc une prédication continuelle par l'exemple, le conseil et le dévouement. Semblable à la femme forte des saints Livres, Marcelle pouvait être comparée à la pierre rare et précieuse des pays lointains *. A ces soins si intelligents et si tendres pour le salut de son époux, la femme chrétienne ajoutait une autre sollicitude qui leur était comparable en intensité : le désir, ou pour mieux dire, l'ambition d'être mère. Aider un homme à porter le fardeau de la vie , l'encourager au bien par la perspective de cette existence future que l'on partagera dans une éternelle félicité, c'est sans doute une belle et grande œuvre, et cependant Marcelle s'élevait plus haut, elle éprouvait le besoin de faire davantage. L'épouse chrétienne porte au cœur, pour la gloire de Dieu, un sentiment grand entre tous et qui s'appelle le sentiment de la maternité. Devenir mère est l'ambition et la gloire de la femme dans le mariage, la maternité est à la fois une sauvegarde , un honneur, un triomphe. Aussi cette pensée faisait tressaillir Marcelle de religion , d'espérance et d'amour. Elle demandait à Dieu de lui permettre de donner son

* Livre d'Esther.

* Sagesse.

sang, son nom, ses idées, ses tendresses, son âme à un être qui, même après la mort, la ferait revivre; elle aspirait à prolonger ainsi son existence en ajoutant un nouvel anneau à la chaîne de sa lignée. Dans sa vie de prière et de dévouement, tandis qu'elle échappait au monde, dont elle n'aimait ni les vanités ni les fêtes, c'était là ce qu'elle appelait son plus doux rêve. Alors son amour formait tout un plan d'éducation. Elle voulait avant tout élever par le cœur, car c'est le cœur qui rend la vertu inébranlable. Mais Dieu ne permit pas que l'ambition de Marcelle fût satisfaite ; son action devait s'exercer plus haut que dans cet ordre de la nature si élevé qu'il soit, et le jour approchait déjà où le Ciel allait lui donner une famille non moins chère et non moins noble que la plus belle postérité.

Même en ces heures d'espérance et de félicité , Marcelle ne cédait pas aux habitudes de la société au milieu de laquelle elle vivait. Les nobles romaines de cette époque, dit saint Jérôme, ne pouvaient faire un pas de peur d'être atteintes par les éclaboussures des rues ; elles se sentaient écrasées sous le poids d'une légère robe de soie et elles redoutaient un rayon de soleil comme un incendie ^ Marcelle ne connut jamais ces faiblesses ridicules ; elle vivait toutefois comme il convenait à une personne do son rang, mais elle n'abdiqua jamais le fond de simplicité qui s'accordait si bien, chez elle, avec les

1 Lettre à BUsilla, Ammien-Marcellin , lib. XXVUl, c. iv.

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goûts de la femme et les devoirs de la chrétienne. Néanmoins, fidèle aux conseils de l'Apôtre, elle savait se rendre agréable à Toeil de son époux et porter avec grâce les ornements de sa condition. Durant les jours de son mariage (son alliance, hélas ! ne devait compter que quelques jours), la jeune épouse dut prendre part, aux côtés de celui dont elle était l'honneur, aux réunions et aux fêtes de la société aristocratique de Rome. La patricienne subissait alors avec peine les toilettes et les parures portées par les femmes de son rang. Mais, par sa simplicité, elle éclipsait , aux yeux de tous , ses compagnes les plus brillantes , tant on remarquait en elle l'absence de toiite prétention et la fleur exquise de la modestie. Elle n'oubliait pas que l'Evangile condamne le luxe exagéré et ces raffinements de la vanité mondaine inventés pour relever les avantages du corps au détriment des dons de l'âme.

Cependant cette existence , que tous les biens humains semblaient concourir à rendre fortunée, allait passer par de nouvelles épreuves. Le ciel semblait jaloux de ne pas posséder notre sainte tout entière, et, après sept mois à peine de la plus chrétienne union , son époux lui fut soudainement enlevé. Saint Jérôme marque ce nouveau malheur et nous représente Marcelle désolée entre le tombeau paternel et le tombeau conjugaP. Cette éphémère durée de son mariage s'écoula en quelques journées paisibles,

* Eloge funèbre, « Orba patris morte, viro posl quoque nuptias septimo mense privala est. »

attendries, comparables à un doux et fugitif rayon de soleil entre deux orages. Dès lors le cœur de Marcelle se ferma pour jamais à toutes les espérances de la terre et s'ensevelit, ^suivant le mot d'un contemporain , sovs le linceul d'une viduité perpétuelle ^

Sous le coup de son infortune , Tépouse chrétienne, qui n'avait jamais trop compté sur les félicités de ce monde, se montra héroïque. En ces heures rigides, elle s'appuya , pour ne pas succomber, sur la force de Dieu. Son alliance si fragile lui faisait sentir Tinanité des projets de l'amour le plus heureux et le plus puissant, et, saisie dès lors d'un dégoût absolu de la terre , elle n'aspira qu'à la possession des biens divins. L'image de son pauvre époux la poursuivait sans cesse comme l'ombre sur son chemin. Parfois le désir de le rejoindre dans le monde meilleur où il était entré s'emparait si fortement d'elle-même, qu'elle regrettait amèrement qu'a son âge le malheur fît plutôt vivre que mourir. Du fond de son existence désenchantée si prématurément, elle sentait que l'adversité l'avait élevée sans transition aucune de la jeunesse à l'âge mûr, et elle renfermait sa vie dans la fidélité à ses souvenirs et dans la poursuite de ses espérances éternelles.

Au plus profond de sa tristesse il n'y avait place que pour son admirable résignation. Il nous semble l'entendre adresser au Dieu, son unique consolateur,

1 Amédée Thierry, Hùloire de saint Jérôme.

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cette prière plus touchante encore sur ses lèvres que sur celles du prophète: « Seigneur, je suis voire œuvre; au milieu de mes jours donnez-moi la vie véritable, faites -moi connaître le mystère de ma destinée. C'est que la mort est une puissance qui marche devant Dieu pour courber toute la terre sous le poids de son éternité. Dieu anéantit la terre pour donner à son peuple la vie , la vie pleine dans son Christ. 0 mort ! si à ta voix mes entrailles ont frémi et mes lèvres tremblé de crainte , maintenant je ne crains plus. Que la dissolution fasse éclater mes os et ruisselle dans ma chair; il me faut cette épreuvepour que je passe de la tourmente au repos et qu'il me soit donné de monter vers les miens, vers le peuple qui est en haut et qui m'attend. Oui, germes et fleurs, fruits de la terre, animaux qui nourrissez l'homme, vous mourrez; mais moi je trouve en Dieu ma joie et mon immortalité ; c'est lui qui me fait surmonter l'obstacle et m'emporte, avec des chants de victoire et d'enthousiasme, jusqu'au terme de mes glorieuses espérances ^ . »

Suivons encore Marcelle dans ses ascensions jusqu'à la sphère des amours éternelles ; emportés sur les ailes de sa foi, respirons l'air salubre de ces hautes cimes; son âme sait qu'elle retrouvera au ciel, pour les posséder à jamais, le père* et l'époux qu'elle a tant aimés. Alors sans doute ses prières devaient être aussi émouvantes que ces plaintes échappées au

* Prophétie d'Ézéchiel.

cœur d*ua saint : « Pourquoi , ô mon Dieu ! s'attacher à la vie, si ce n'est à cause de ceux que Ton aime? Pourquoi la mort nous épouvante-t-elle, si ce n'est à cause de leur perte? 0 mon Dieu I vous me voulez seule sur la terre, je m'y résigne; vous avez pris, vous pouvez prendre encore, mais vous remplacerez tous ceux que j'aime et que j'ai perdus, et vous me les conserverez pour l'éternité *. » Ainsi, dès ses jeunes années, Marcelle était accoutumée aux viriles et sanctifiantes méditations du malheur et de la mort !

Au lendemain même de la perte de son époux ,

toute à la réalité de son infortune , Marcelle se soumettait donc au sacrifice demandé par Dieu. Entrée d'hier dans l'état du mariage, la jeune épouse, âgée de moins de seize ans, n'avait fait qu'y passer; sept mois s'étaient écoulés à peine depuis le jour où elle avait donné son cœur et reçu en retour celui qu'elle venait de perdre. Et le premier, le grand souci de l'infortunée veuve était de savoir si, fidèle à sa mission, elle avait réellement été l'ange gardien de son pauvre mari. Noble et sainte femme ! comment pouvait-elle ressentir à ce sujet l'ombre même du plus léger doute? Certes elle avait rempli son rôle d'ange celle qui en avait toujours montré la douceur, la sollicitude, la fidélité et. la tendresse. Un instant elle avait goûté les joies d'une alliance heureuse, et, avant la fin du premier jour de cette vie nouvelle, elle avait

1 Le P. Gratry , Sur Vâme.

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VU crouler tout Tédiflce de son bonheur. Heureusement Dieu se tenait à ses cùtés, il était près d'elle pour la fortifier et la consoler; tout Tamour maternel d'Albina n'aurait pu suffire dans cette catastrophe. Si l'on se demande : Pourquoi ce coup si terrible ? peut-être que cette existence à deux , si unie et si digne, devait s'éteindre dès l'aurore parce que le ciel se réserve quelquefois, avec un soin jaloux, l'encens de certains cœurs et ne peut consentir au partage de certaines âmes. Il y a peu de cas dans l'histoire hagiographique où la mort se montre aussi impatiente et où elle frappe un foyer en laissant après elle une veuve de seize ans. Mais Dieu avait ses vues; il voulait que Marcelle se vouât tout entière à l'œuvre de la perfection; elle allait bientôt en être le modèle idéal.

Sous Pégide de la religion , la jeune veuve entra courageusement dans cette existence qui devait la placer au sommet de toutes les grandes vertus. Retirée dans sa demeure devenue si vide, fuyant le monde qui faisait tout pour l'attirer, ne sortant qu'avec sa mère pour aller prier dans les églises \ elle s'appliquait à répondre clignement à la vocation de sainteté vers laquelle elle éprouvait chaque jour un plus puissant attrait. Il fallait du courage à ce cœur de jeune femme pour entreprendre, en dépit de toutes les résistances qu'on allait lui opposer, une semblable transformation. N'était-elle pas la

i Saint Jérôme dans ses Lettres^

première épouse romaine inaugurant une vie de retraite, de sacrifice et de religion? On en avait compté sans doute de fldèles jusqu'au trépas, mais aucune n'avait encore eu la force de changer son existence aussi radicalement pour faire profession de vivre en Dieu. Nous allons voir s'ouvrir et passer dans ce palais de l'Aventin, naguère si brillant et si fréquenté, cette longue série d'années qui part de Ja plus vive jeunesse pour atteindre à la plus extrême vieillesse : période de près de soixante et dix ans consacrée à Dieu dans la prière, l'élude, la vie commune et la perfection religieuse. Marcelle, à qui le malheur n'avait laissé, même à seize ans, aucune espérance de ce monde , avait enfin trouvé sa route. Vainement toutes les puissances de la terre se coaliseront-elles pour la retenir et l'enlacer, nous la verrons briser les liens les plus doux, rejeter les propositions les plus séduisantes, et, en face des patriciennes ses amies, se proclamer à jamais veuve, c'est-à-dire servante de Jésus-Christ pour le temps et l'éternité.

Cette consécration de vie, après de si profonds bouleversements de cœur, montre que la force de la grâce agissait avant tout en notre sainte. Sa résolution irrévocable de n'aimer et de ne servir que Dieu était le développement de la semence divine jetée dans son âme par les récits de saint Athanase. L'esprit cultivé de Marcelle, si versé dans les sciences profanes, se rappelait le poème de Varius sur la mort, ut les paroles de Tami de Virgile et d'Horace

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venaient activer en elle le travail intérieur et surnaturel. Aux pieds du patriarche d'Alexandrie, la descendante des Marcellus avait comparé l'existence des solitaires de la Thébaïde à celle des chrétiens d'Occident , et , s'enflammant à de tels exemples ^ et souffrant de la comparaison, elle s'était dit dans le secret du cœur : J'imiterai ces modèles, et, avec la grâce de Dieu , je les ferai revivre au sein de Rome. Les événements qui vont se dérouler prouveront éloquemment que les prédications et les conseils d'Athanase avaient porté leurs fruits.

^ Baronius, Annales, t. III, p. 470.

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