‹ Histoire de sainte MarcelleChapitre 25 sur 34 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Mort d^Albina. — Douleur de Marcelle. — Jérôme lui dédie rexplication de i^Épître aux Galates. — La Lettre de la conso- IcUion. — [nteusité et permaueDce de cette affection filiale.

— La réputation de sainteté d'Albina. — Premiers pas du pontife Albinus vers la vérité. — Marcelle excite Jérôme dans ses travaux. — Paule et Eustochium écrivent à Marcelle de venir aux lieux saints. — Vivacité de leurs instances. — Tendresse de leurs supplications. — Jérôme unit ses prières à celles d'Ëustochium et de Paule. — Ravissant tableau de la vie menée à Bethléhem. — 11 veut attirer Marcelle en lui persuadant combien la terre sainte est le lieu favorable à rétude des Écritures. -~ Douceur de ces lettres pour Marcelle.

— Elle est inébranlable. — Elle se doit à ses œiuvres. — Comment elle témoigne son affection à ses compagnes émigrées. — Marcelle ne quittera jamais Rome. — Augustin et Monique visitent TAventin.

Le Dieu qui se plaît à éprouver les saints , ne les fait passer par la douleur qu'afin de les dégager de tout impur alliage. Aussi , comme le ciel avait de grandes vues sur Marcelle , Tépreuve devait être toujours sa destinée. Encore sous le coup du départ de ses plus chères amies pour l'Orient, la fondatrice de TAventin éprouva le malheur le plus cruel

qui puisse frapper sur la terre : sa mère bien-aimée succombait à une rapide et incurable maladie. D'une main tremblante , Marcelle ferma les yeux qui avaient veillé avec tant de sollicitude et de bonté sur sa jeunesse. Ainsi , tandis que Paule et Eustochium s'éloignaient pour jamais, une séparation mille fois plus affreuse s'imposait à son cœur : celle qui lui avait donné le jour et qui était la première dans ses affections lui était impitoyablement ravie ^ ! La désolation de notre sainte fut immense, le malheur avait frappé si cruellement chez elle qu'elle devait s'en ressentir toujours. Dans le paroxysme de sa douleur, cette âme, qui savait si bien en toute occasion s'appuyer sur Dieu, réclama auprès d'elle ses deux amies absentes ; il lui semblait qu'elle aurait mieux supporté son infortune auprès de la veuve qu'elle aimait comme une soeur et de la vierge qu'elle chérissait comme une fille. A la nouvelle de cette catastrophe, Paule , Eustochium et Jérôme payèrent un digne tribut de prières et de larmes à la mémoire d'Albina; ils l'avaient connue et entourée à Rome comme l'aïeule respectée de l'Aventin •. On sentait à la communauté de leur douleur que ce deuil était le deuil d'une mère; les exilés de Bethléhem en réclamaient leur part.

Dans ces douloureuses circonstances, Jérôme eut la délicatesse, pour consoler Marcelle, de lui dédier

* Tillemont, t. XII. c. xlvii, p. 112. » Jd., ibid,, p. 113.

LA YIE RELIGIEUSE À ROME AU lY® SIÈCLE 331

son explication de TÉpître aux Gala tes ^ ; cette attention pieuse répandit la paix dans Tâme désolée de la malheureuse orpheline. C'était, en effet, un baume vivifiant que la lecture d'une telle étude. La parole divine porte toujours en elle la lumière et la force. Marcelle , mise en possession de ces deux biens , accepta avec plus de résignation le deuil que la Providence lui imposait. Elle remercia Jérôme avec effusion ; son cœur avait trouvé dans les lignes saintes toutes les suavités de l'amitié humaine et des tendresses de Dieu.

Tillemont raconte comment Jérôme eut la pensée d'adresser à Marcelle son travail sur TÉpître aux Galates. Durant qu'il y travaillait, dit le scrupuleux disciple de Port- Royal, il apprit par des lettres de Rome la mort d'Âlbma, mère de sainte Marcelle. C'est pourquoi il dit à Paule et à Eustochium que Marcelle , privée de la compagnie de sa mère , avait besoin de leur assistance, ajoutant : « C'est pour guérir la plaie et l'affliction de son âme par le remède des Écritures que je travaille à ce commentaire, persuadé que rien ne peut être plus agréable à une foi aussi ardente que la sienne *. » Ce fut sans doute à cette époque qu'une autre voix amie s'éleva pour compatir aux peines de cœur de la fondatrice de l'Aventin. Il existe une lettre écrite à Marcelle qui l'exhorte à supporter la tribulation et qui commence

1 Tillemont, t, XII, p. 112.

* Id,, Mémoires, t. XII, p. 112.

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par ces mots : Magnant humilitati nostrœ fiduciam. Cette lettre est contenue dans les œuvres de saint Jérôme, mais la critique la range au nombre de celles qui ne sont pas de lui. Érasme l'attribue à saint Paulin de Noie, et Marianus et Rosweyde partagent ce sentiment \ Nous aurions garde de ne pas la mentionner ici , nous croyons que la mort d'Albina dut Tinspirer au cœur qui en fit Thommage à M^arcelle; son titre semble clairement l'indiquer, et elle est intitulée : Lettre de la consolation. Dans aucun autre moment de sa vie , la patricienne désolée ne pouvait en éprouver un plus grand besoin.

En dépit, toutefois, de toutes les consolations de Tamitié et de la grâce , la fille pleura toujours la mort de âa mère , et il ne se passait pas d'heure sans qu'elle adressât à son âme dans ses prières toutes les tendresses de son cœur. Marcelle sentait alors comme la présence réelle de la pauvre absente, sa douce image se penchait amoureusement sur elle, et, par d'ineffables caresses, elle l'excitait au courage, au devoir, au dévouement, à la perfection. Souvent elle parlait d'elle à ses compagnes , les entretenait de ses vertus , leur révélait quelque détail intime de son existence et les pénétrait si bien de ses propres sentiments , que les larmes des vierges et des veuves coulaient abondamment avec les siennes. Le vide si profond que la mort d'Albina avait fait à l'Aventin ne se combla jamais; Marcelle devait être

1 TillemoQt, t. XII, note 26, p. 631.

indéfectiblement fidèle, et quand les années, avçc la rapidité foudroyante qu'elles prennent, l'eurent précipitée sur le penchant de la vie, la plaie de son cœur resta toute large ouverte.

A Bethléhem, comme à Rome, Albina jouissait d'une solide réputation de sainteté. Depuis le jour où sa fille, devenue veuve, avait renoncé au monde, elle s'était donnée à Dieu sans partage. Vrai modèle de simplicité, de modestie , de prudence, de travail, de religion % la noble matrone avait été un puissant encouragement pour les âmes que la grâce amenait à TAventin, Jérôme l'avait eue en haute estime; rarement, dans ses lettres à Marcelle, il passait son nom sous silence; il se plaisait à la combler de louanges. Hélas ! pourquoi n'était-il plus donné à sa fille de saluer comme autrefois en elle, sur la recommandation de l'illustre correspondant, une sainte et une mère « ?

La mort frappa la mère de Marcelle avant que les plus chers désirs de son cœur eussent reçu satisfaction. Albinus, son frère, était encore pontife des faux dieux et conservait son titre et ses fonctions de père des sacrifices ». Le vieillard, à demi désabusé des mensonges et des grossièretés de l'idolâtrie romaine, n'avait pas eu le courage d'abjurer l'erreur et d'adorer le Dieu véritable. Mais, s'il avait jusque-là résisté aux supplications les plus touchantes , le

^ Baronius, Annales, t. IV, p. 480.

* Leltre à Marcelle.

^ Saint Jérôme, Lettre à Laeta.

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moment allait venir où , sous le coup de la perte de sa sœur, le prêtre de Jupiter s'occuperait enfin de sa trop tardive conversion. Albina*plaidait maintenant la cause de cette âme auprès de Dieu , et bientôt elle devait voir le triomphe de ses prières et de ses larmes. De son côté, Marcelle, heureux témoin des inclinations de son oncle vers la vérité, demandait pour lui la grâce suprême du complet retour. D'autres influences salutaires se faisaient sentir; elles venaient des instances pieuses des vierges et des veuves de TAventin, et des tendres sollicitations de Laeta, la fille éminemment chrétienne d'Albinus. Ainsi, au lendemain de la mort de sa mère, les intérêts éternels d'une âme aimée s'imposaient à notre sainte avec force, et Marcelle parachevait l'œuvre d'Albina en obtenant pour son oncle le courage d'une généreuse résolution. Afin de conquérir le vieux prêtre à Dieu, elle s'était assuré tous les secours , et ses sollicitudes si tendres étaient même partagées par ses amies de Bethléhem ^ .

A cette époque, Marcelle entretenait avec l'Orient de fréquentes relations. Elle continuait à écrire souvent à Jérôme pour l'exciter à poursuivre ses études et pour participer de loin à ses gigantesques travaux. A sa prière , le saint composa alors ses commentaires sur les Épîtres aux Éphésiens et à Tite '. Il avoue que ce n'était qu'aux excitations incessantes

^ Saint Jérôme, Lettre à Lasta.

* Id., Lettre à Marcelle.

LA VIE RELIGIEUSE A ROME AU lY® SIÈCLE 33S

de la fondatrice de rAventin, dont les lettres, d'après son expression , le faisaient sortir d'une coupable inertie, qu'il se détermina à accomplir, auprès de la crèche du Sauveur, les travaux commencés dans la compagnie des matrones de Rome^ Marcelle continuait de la sorte à compléti^, malgré les terres et les mers , les études si chères qu'elle avait entreprises. En admirant l'ardeur avec laquelle notre sainte poursuivait la connaissance des vérités divines , Jérôme lui décernait ces louanges : Je sais combien vive est sa foi , combien brûlante est. la flamme de son cœif/r, combien viril est son courage et quel est le ravissement qu'elle éprouve nuit et jour dans la méditation des Écritures *. Il manquera toujours à l'histoire de Marcelle les lettres où elle faisait un si pressant appel au zèle et au génie de Jérôme ; leur absence y constitue une lacune profonde, et n'étaient les réponses du saint qui dévoilent en partie leur contenu , nous ne nous consolerions jamais de leur disparition.

Vivement désireuse de soutenir Marcelle dans sa douleur filiale, Paule et Eustochium avaient voulu que leur amie vînt se fixer auprès d'elles et de Jérôme à Bethléhem. Il leur eût été doux de mêler leurs larmes aux siennes. Afin d'obtenir qu'elle prît cette détermination , elles lui écrivirent des lettres bien touchantes; on peut juger de l'ardeur de leurs

^ Saint Jérôme , Lettre à Marcelle, « Id., ibid.

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désirs à Taccent de leurs entraînantes sollicitations, a La charité n'a pas de mesure, écrivaient-elles ; dans son impatience, elle ne connaît pas de délai et ne peut supporter de retard. Oublieuses de notre faiblesse et consultant moins nos forces que nos désirs, nous voulons, nous, vos écolières, instruire celle qui nous a élevées, et, comme dit le proverbe, en remontrer à Minerve, inventrice des arts. Vous qui, la première , avez jeté Tétincelle en nos âmes , qui nous avez invitées à ce genre de vie et par vos discours et vos exemples, et nous avez, comme la poule, rassemblées sous vos ailes , pouvez -vous bien, aujourd'hui , nous laisser aller sans mère, tremblantes à l'approche de l'épervier et de tous les oiseaux de proie qui volent autour de nous? Ainsi donc , séparées de vous, la seule chose que nous puissions faire, c'est de répandre des prières mêlées à des larmes; c'est de témoigner, moins par nos pleurs que par nos sanglots, le désir que nous avons de vous revoir; c'est de vous redemander notre Marcelle, si aimable et si bonne, dont la douceur surpasse la douceur du miel et toutes les douceurs du monde, et de vous prier de ne pas venir avec un front sévère et voilé par la tristesse auprès de celles que voire bonté a entraînées à embrasser un genre de vie pareil au vôtre. Au reste, nos désirs n'ont rien de téméraire; nous ne demandons devons que des choses de la plus haute perfection. De plus, si les maximes de l'Écriture s'accordent avec notre sentiment; il n'y a pas trop de hardiesse à prendre une détermination

LÀ VIE RELIGIEUSE À ROME AU lY* SIÈCLE 337

semblable à la nôtre ^ » La voix de ramitié pouvaitelle être plus persuasive? N'y avait- il pas, dans cet appel, tout ce que le cœur éprouve du besoin de la présence de ceux qu'il aime? Qui oserait dire que la religion dessèche le fond de tendresse que nous portons en nous? Elle le purifie, l'accroît, le vivifie et le divinise. Ah ! ces expressions d'amour, que la petite colonie romaine de lieux saints adressait à la mère désolée des vierges et des veuves de TAventin, étaient comme les premières et incorruptibles fleurs des sentiments tendres et fidèles qui allaient se développer dans les cloîtres pour embaumer le monde I

Mais écoutons Paule et Eustochium poursuivre ainsi le plaidoyer de leur cœur, afin d'attirer auprès d'elles celle qu'elles aimaient plus que leur vie : « Dès que Dieu parle à Abraham , il lui dit : Sors de ion pays et de ta maison, et viens dans la terre que je te montrerai. Ce patriarche, lui le premier à qui fut promis le Christ , reçoit l'ordre de quitter la Chaldée, la ville de confusion avec ses grandes rues, et Sennàar, où s'éleva jusqu'au ciel la tour d'orgueil , pour habiter la terre promise. Montueuse et élevée, cette région présente des délices spirituelles d'autant plus grandes que les plaisirs du siècle en sont entièrement bannis. » Les affectueuses habitantes de Bethléhem énumèrent ensuite les titres sacrés qui recommandent Jérusa-

1 Lettre d'Eustochium et de Paule à Marcelle.

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lem à la vénération des fidèles et à la visite de Marœlle , et elles ajoutent : « Peut-être , en secret , nous blâmerez-vous d'aller, sans suivre Tordre des Écritures, prendre çà et là les passages qui se présentent à notre souvenir. Mais nous l'avons déjà dit : Taffection n'a pas d'ordre et l'impatience ne connaît pas de mesure. C'est pourquoi dans le Cantique des cantiques il est écrit, comme d'une chose difQcile : Mettez de Vordre en mon amour. Et nous répétons que si nous nous trompons ce n'est pas par ignorance, mais par affection pour vous *.

« Il y a longtemps que vous avez envie de nous interrompre ; nous le devinons et nous pressentons déjà l'objection que vous allez nous faire. Vous nous direz, sans doute : Cela était vrai jadis, quand le Seigneur aimait Sion plus que toutes les tentes de Jacob, et que les fondements de Jérusalem étaient assis sur les montagnes saintes; mais depuis que le Seigneur s'est levé et que sa voix a fait retentir ces mots: Onvoiis laissera votre maison toute déserte, et que, les larmes aux yeux, il a prédit la ruine de la ville en disant : Jérusalem , Jérusalem , qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois fai voulu rassembler tes enfants , commue la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne Vas pas voulu/ Voilà qu'on vous laissera vos maisons désertes; depuis que le voile

1 Lettre de Paule et d'Eiratochium à Marcelle.

du temple a été déchiré, queJérusalem s'est rougie du sang du Seigneur et qu'elle a été assiégée par une armée, depuis lors, direz-vous, elle n'a iii la grâce du Chrrst ni la protection des anges. Vous ajoutez : Josèphe, écrivain et juif de nation, assure que lorsque le Seigneur fut crucifié, les voix des Vertus célestes s'échappèrent du fond du temple et crièrent : Sortons d'ici. Par ce passage et par d'autres , on voit que là où a abondé la grâce, là a surabondé le péché. Vous direz enfin que depuis lejour où les Apôtres ont entendu ces paroles : Allez et enseignez toutes les nations..., la Judée a perdu tout ce qu'elle avait de saint, et que l'antique familiarité de Dieu avec elle est échue aux nations par le ministère des Apôtres ^

« Il est vrai , l'objection est forte et peut ébranler ceux mêmes qui connaissent les Écritures ; néanmoins il est aisé de la résoudre. S'il ne l'eût aimée, jamais le Seigneur n'«urait pleuré la ruine de Jérusalem. Il pleura Lazare, parce qu'il l'aimait... Mais celte ville est aujourd'hui plus auguste qu'elle ne le fût jamais. Les Juifs vénéraient le Saint des saints, parce que là se trouvaient le propitratoire et les chérubins, l'arche et la manne, la verge d'Aaron et l'autel d'or... Le sépulcre du Seigneur n'est-il pas beaucoup plus digne de vénération que tout cela? Nous n'y entrons jamais que nous n'y voyions le Sauveur gisant dans un linceul ; et pour peu que nous y demeurions , nous y apercevons l'ange assis

* Lettre de Paule et d'Eustochium à Marcelle.

à ses pieds et le suaire plié tout près de sa tête. La gloire de ce sépulcre avait été prédite par Isaïe disant : Son repos sera de la gloire, pour montrer qu'un jour le lieu de la sépulture du Seigneur serait en vénération au monde entier ^

« Cette terre est appelée terre maudite , parce quelle a bu le sang du Seigneur. Mais comment peut -on nommer lieu de prédilection celui où Pierre et Paul , ces chefs de l'armée chrétienne, ont répandu leur sang pour le Christ? Si glorieux est le martyre des serviteurs qui ne sont que des hommes mortels , pourquoi ne le serait pas celui du Seigneur Dieu? Quoi! l'on vénère partout les tombeaux des martyrs , on se met sur les yeux leur cendre sacrée , on la baise même si on peut le faire, et le sépulcre dans lequel a été enfermé le Seigneur, il ne le faudrait pas respecter ' î

a II serait trop long de dire ici combien, depuis l'époque de l'Ascension jusqu'à ce jour, d'évêques, de martyrs , d'hommes éloquents et versés dans la science divine sont venus à Jérusalem , persuadés qu'il eût manqué quelque chose à leur religion, à leur science, et que leurs vertus n'auraient pas reçu la perfection. Certes, si un illustre orateur a cru pouvoir reprocher à un certain personnage d'avoir étudié les lettres grecques, non point à Athènes, mais à Lilybée, et les lettres latines, non point à

^ Lettre d'Eustochium et de Paule à Marcelle. > Ibid.

Rome, mais en Sicile, ne pouvons-nous aussi penser que si Ton n'a été dans notre Athènes on ne saurait atteindre à la perfection du savoir?... Ceux qui sont les premiers hommes du monde se trouvent ici rassemblés. Nous y sommes venus, comme les derniers en vérité , pour y voir ce que les autres nations comptent de plus illustre. Assurément, au milieu des riches ornements de l'Église, le chœur des moines et des vierges est une sorte de fleur, de pierrerie très précieuse. Quiconque brille le plus dans les Gaulés se hâte d'accourir ici. Le Breton, séparé de notre globe , a-t-il fait quelque progrès dans la religion, il abandonne son soleil occidental et vient chercher un lieu qui ne lui est connu que par sa renommée et le récit des Écritures. Que dirons-nous des Arméniens , des Perses , des peuples de Tlnde et de rÉthiopie , de T Egypte voisine de la Palestine et fertile en solitaires, du Pont, de la Cappadoce, de r Assyrie, de la Mésopotamie et de tout l'Orient? Vérifiant ces paroles du Sauveur : Partout où se trouvera le corps, là se rassembleront les aigles, de nombreux essaims accourent en ces lieux et nous donnent l'exemple de toutes les vertus. Leur langage est différent , mais leur religion est la même. Presque autant de cœurs occupés à chanter les louanges de Dieu que de nations diverses \

a Ici l'on ne se déchire point par de cruelles médisances, comme c'est la coutume en plusieurs

^ Lçttre d^Eustoçhium et de Paule à Marcelle^

provinces... Lisez l'Apocalypse de Jean, et voyez ce qu'il y a là touchant une femme vêtue de pourpre, touchant les blasphèmes écrits sur son front , touchant les sept montagnes , la multitude des eaux sur lesquelles elle est assise , et enfin la destinée de Babylone. Sortez , dit le Seigneur, sortez de cette ville, ô mon peuple/ de crainte que vous ne participiez à ses péchés et que vous ne. soyez enveloppé dans ses plaies. Allant ensuite à Jérémie, faites attention qu'il dit aussi : Fuyez du milieu de Babylone , elle est devenue la demeure des démons et la prison de l'esprit impur. Il est vrai , la sainte Église y est, on y voit les trophées des apôtres et des martyrs et on y confesse la doctrine véritable du Christ; c'est là que la foi a été prêchée par l'Apôtre, là que, foulant aux pieds la gentilité , chaque jour le nom chrétien s'élève plus sublime et plus glorieux; mais l'ambition, la puissance, la grandeur de la ville, la passion de voir et d'être vu , de saluer et d'être salué, de louer ou de médire , d'entendre ou de débiter des nouvelles , l'obligation de voir malgré soi une si grande foule d'hommes , tout cela ne va nullement avec la vie des solitaires, avec leur repos... Veut-on rendre les visites reçues? il faut aller à des portes splendides, puis, à travers des serviteurs dont la langue n'épargne pas , entrer dans des antichambres dorées. Mais dans le bourg du Christ tout est simple et champêtre; hors le chant des Psaumes, c'est un silence profond. De quelque côté que Ton se tourne , on entend le laboureur qui , menant sa char-

rue, chante: Alletuiaf Le moissonneur, tout suant, se distrait de son travail par le chant des Psaumes , et, en taillant sa vigne avec le fer recourbé, le vigneron chante quelque hymne de David. Ce sont là les airs de ce pays et ses chansons amoureuses *. »

Ace contraste, où les charmes divins de Jérusalem sont si bien mis en opposition avec les imperfections humaines de Rome , les deux amies de Marcelle semblent s'interrompre et se troubler. Mais tout à coup elles reprennent avec une nouvelle ardeur, et le cri de leur amour monte si haut qu'on ne peut l'entendre sans verser de douces larmes. « Que faisons-nous, ajoutent-elles, et pourquoi, oubliant ce que la bienséance exige , ne voyons-nous que ce que nous désirons? Oh 1 quand viendra le temps où , tout hors d'haleine , un courrier nous apprendra que notreMarcelle est arrivée en Palestine? où les chœurs des moines , les nombreux essaims des vierges répandront partout cette nouvelle? Déjà n©us brûlons d'aller au-devant de vous, et, sans attendre de voiture , nous avons hâte de partir à pied. Nous presserons vos mains , nous verrons votre visage chéri , et à peine pourrons -nous nous arracher à des embrassements si désirés. Viendra-t-il jamais ce jour où il nous sera donné d'entrer dans la grotte du Sauveur, de pleurer au sépulcre du Christ avec notre sœur, d'y pleurer avec notre mère , de baiser ensuite la croix, de monter d'esprit et de cœur au jardin des

^ Lettre d'Eustochium et de Paule à Marcelle.

Oliviers, de voir ressusciter Lazare, enveloppé de son suaire , de contempler les eaux du Jourdain que le Seigneur a purifiées par son baptême, d'aller à la bergerie des pasteurs, de prier au tombeau de David, de voir le prophète Amos sonnant, même aujourd'hui , de sa trompette du haut de son rocher , de visiter les tentes ou les sépultures d'Abraham et dlsaac, de Jacob et de trois illustres femmes, de voir la fontaine où Philippe baptisa Teunuque, d'aller à Samarie, d'y honorer les cendres de Jean- Baptiste, d'Elisée et d'Abdias, d'entrer dans les cavernes où , aux jours des persécutions tant de prophètes furent nourris? Nous irons à Nazareth et nous verrons la fleur de la Galilée; car Nazareth signifie fleur. Non loin de là nous verrons Cana , où l'eau fut changée en vin. Nous monterons à Stabyrium, et nous contemplerons les tentes du Sauveur, non point avec Moïse et Élie , comme Pierre le voulait autrefois, mais avec l'Esprit-Saint. De là nous irons à la mer de Génézareth, et nous verrons quatre et cinq mille hommes rassasiés au désert avec cinq et sept pains. Ensuite nous apparaîtra la ville de Naïm, aux portes de laquelle fut ressuscité le fils de la veuve. Nous apercevrons Hermonim et le torrent Endor, où fut défait Sisara, et Capharnaûm, où le Sauveur opéra tant de prodiges, et enfin la Galilée tout entière. Puis quand, en compagnie du Christ, après avoir passé par Silo, par Béthel, par les autres lieux où l'on a bâti des églises qui sont comme les trophées des victoires du Seigneur, nous serons dans

notre grotte, nous chanterons toujours, nous pleurerons souvent, nous prierons sans cesse, et, blessées des traits du Sauveur, nous nous écrierons ensemble : J'ai trouvé celui que mon âme cherchait; je le tiendrai et je ne le quitterai plus\ » Marcelle résista à ces divines incantations. Un itinéraire si séduisant n'ébranla pas sa résolution de demeurer à Rome, et la perspective elle-même d'un pèlerinage de quelques mois en terre sainte, entre Paule, Eustochium et Jérôme, ne put pas l'éloigner momentanément des vierges et des veuves de l'Aventin. L'affection dont on l'entourait à Bethléhem était une amitié sûre et assez forte pour lui pardonner sa résistance; aussi les deux émigrées ne tentèrentelles qu'un dernier effort.

Jérôme vint donc à son tour inviter Marcelle à se réunir à ses compagnes, et, pour l'y déterminer, il traçait ainsi le tableau de la vie paisible qu'on menait aux lieux saints : « Puisque nous avons déjà passé la meilleure partie de notre vie, ballottés sur les flots, tantôt battus par les orages, tantôt brisés contre les écueils, pourquoi ne point user de la première occasion qui se présente d'entrer dans la solitude comme dans une sorte de port? Là nous avons un pain grossier, des légumes arrosés de nos mains et du laitl... délices champêtres! Avec une telle vie, le sommeil n'interrompt point nos oraisons, ni l'excès des viandes nos lectures. En été,

^ Lettre d'Euslochium et de Paule à Marcelle.

346 SÀINTB MARCELLE

Tombre d'un arbre nous prête une retraite. En automne , un air tempéré , des feuilles tombées sous les arbres nous invitent au repos. Au printemps, la campagne s'émaille de fleurs , et , au milieu du ramage des oiseaux, on trouve plus de charme dans la psalmodie. En hiver, quand viennent les frimas et les neiges , nous veillons et nous dormons chaudement. Que Rome donc ait son tumulte , qu'elle se plaise aux fureurs de Tarène, aux folies du cirque, à la pompe des théâtres...; que les solitaires de cette ville aillent chaque jour visiter le sénat des matrones ; pour nous, c'est notre bien de nous attacher au Seigneur, de mettre en Dieu toute notre espérance, afin que lorsque nous aurons échangé cette pauvreté contre le royaume des cieux, nous puissions dire avec transport : Qu'y a-t-il pour moi dans le ciel? Et que vous ai -je demandé sur la tertre? En effet, nous trouverons dans ce royaume une telle abondance de biens , que nous serons affligés d'avoir cherché sur la terre des biens fragiles et caducs'. »

Espérant frapper le coup décisif sur Marcelle, dont il connaissait, mieux que personne, la passion pour l'étude des Écritures, Jérôme ajoute : « De même que l'on comprend mieux les historiens grecs quand on a vu Athènes, et le troisième livre de Y Enéide quand on est venu par Leucate et les monts Acrocérauniens, de la Troade en Sicile, pour se

1 Lettre de Jérôme à Marcelle,

rendre ensuite à l'embouchure du Tibre ; de même on voit plus clair dans les saintes Écritures quand on a parcouru la Judée, interrogé les souvenirs de ses antiques cités, étudié sa géographie ^ » Marcelle se montra inébranlable ; ni les conseils de Jérôme , ni les supplications et les tendresses de ses amies ne purent l'attirer en Orient. Sans doute , les goûts de son âme et les désirs de son cœur la rendaient sensible aux propositions 4p Tamitié comme aux considérations élevées de son admirable guide ; mais le plus sacré des devoirs la retenait à l'Aventin. et elle se vouait tout entière à ses œuvres. Il est des âmes que l'isolement n'accable pas; il les recueille en elles-mêmes ; il concentre les forces de leur intelligences et de leur cœur, et souvent il les rend sublimes.

Toutefois les lettres qui lui venaient de Bethléhem lui étaient chères entre toutes. C'est un grand adoucissement pour l'absence que de connaître la terre où vivent ceux que nous aimons; on les voit, on les suit , on se mêle à leur vie. Ainsi , grâce à leurs lettres, Jérôme, Eustochium et Paule avaient rendu familiers à Marcelle les lieux qu'ils habitaient. Sans doute l'esprit et le cœur de la mère des monastères de Rome aurait trouvé bien doux de visiter les lieux où avait vécu lé Sauveur des hommes', d'y entendre comme un écho de la parole divine , la voix de Jérôme expliquer les adorables mystères ; d'y suivre

^ Lettre de Jérôme à Marcelle.

* BaroniuB, t. IV, pp. 506-510.

les traces de Jésus à Bethléhem, au Calvaire, au sépulcre, et de devenir ainsi, dans la lumière céleste qui éclaire Jérusalem, le témoin de la naissance, de la vie, de la mort et de la résurrection de THomme- Dieu. Mais la patricienne, à qui la mort d'Albina donnait toute liberté, repoussa cette tentation si séduisante ; elle sentait que dans le service de Dieu il faut savoir choisir souvent ce qui offre le moins d'attraits, et, résistance de nobles et saints désirs, elle s'enfonça plus avant dans son existence de solitude et de perfection, prouvant diB la sorte à ses amies de Jérusalem que la terre sainte est en la possession de toute âme qui sait fixer sa vie dans le sacrifice.

Que seraient en effet devenues, loin d'elles, les vierges et les veuves de TAventin et de la villa suburbaine? Quand une famille est jeune, elle ne peut se passer de mère , sous peine de s'en ressentir toujours. Une mère ne se remplace pas dans Tordre naturel, et, à plus forte raison, sa perte est irréparable dans les lignées spirituelles naissantes. Marcelle avait à parfaire une œuvre dont les influences importaient souverainement aux idées et aux mœurs du monde. Après les martyrs, seules, les descendantes du patriciat, foulant aux pieds toutes les joies et toutes les grandeurs, pouvaient convaincre les païens de la divinité de TÉvangile. On savait quelle était leur vie, et, à l'idéal divin qui couronnait leur front, on devait s'incliner forcément comme à la représentation la plus imposante de la vertu

chrétienne. Ces jeunes filles pjarées de modestie , ces nobles veuves enveloppées d'austérité parachevaient, dans la vertu de leur beauté morale, le baptême de Rome que le christianisme avait commencé dans des fleuves de sang. Aussi Dieu inspirait- il supérieurement rame de Marcelle lorsqu'il lui faisait préférer Rome à Jérusalem. C'était à elle et à ses compagnes qu'était conféré l'honneur de purifier et de féconder la terre de toutes les voluptés, et de répandre en Occident la race des grandes âmes qui devaient faire incliner souverains et peuples au pied de la croix de Jésus-Christ.

Inébranlablement fidèle à sa mission, Marcelle répondait néanmoins aux témoignages d'amitié qui lui arrivaient de Bethléhem ; son cœur, malgré la distance, savait trouver des expressions de tendresse qui pénétraient délicieusement dans Tàme de ses amies. Une lettre de Jérôme révèle toutes les délicatesses de son affection à l'égard d'Eustochium et de Paule : « Pour nous consoler de votre absence, nous faisons, les uns et les autres, tout ce qui est en notre pouvoir. Vous nous envoyez des présents , et nous, nous vous adressons des lettres et des remerciements. Mais comme vos présents conviennent à des vierges voilées , nous développerons ici ce qu'ils ont de mystérieux. Le sac est le symbole de l'oraison et du jeûne. Les sièges apprennent à une vierge à ne point sortir. Les flambeaux l'avertissent d'avoir la lampe allumée pour attendre l'arrivée de l'époux. Les coupes l'instruisent de l'obligation qu'elle a de

mortifier la chair et d'être toujours prête à endtiper le martyre. Ce calice du Seigneur, ce calice qui enivre, oh! qu'il est beau! Mais ces légers éventails que vous offrez aux matrones, et qui servent à chasser les mouches, disent gracieusement qu*il faut étouffer, dès leur naissance, les désirs de la chair, parce que les mouches qui meurent dans le parfum en gâtent la bonne odeur. Voilà des instructions pour les vierges, des enseignements pour les veuves. Vos présents, ajoute Jérôme, me conviennent aussi personnellement, quoique dans un sens inverse, car les sièges vont bien aux gens oisifs, le sac est nécessaire aux pénitents , la coupe à celui qui boit. Ceux mêmes qu*agitent les frayeurs de la nuit et les appréhensions continuelles d'une mauvaise conscience sont très aises d'avoir un flambeau allumée» Tels étaient les charmants rapports des belles âmes auxquelles nous consacrons ces pages ; séparées les unes des autres par de grands espaces, elles se préoccupaient avant tout de l'œuvre par excellence de leur perfection, et la fondatrice de l'Aven tin agissait toujours comme la mère spirituelle d'Eustochium et de Paule. Ainsi Marcelle faisait à l'amitié la part la plus avantageuse et la plus large, et, comme aux jours heureux où elle possédait ses amies à ses côtés, elle travaillait sans relâche à leur avancement spirituel.

L'espérance si doucement caressée d'attirer notre

^ Saint Jérôme , lettre ilvï* à Marcelle.

LA VIE RELIGIEUSE A ROME AU lY^ SIÈCLE 351

sainte en Orient dut donc s'évanouir. On avait longtemps compté, pour l'y déterminer (on croit toujours si fennement ce que Ton désire), sur la tristesse où la mort d'Albina avait plongé son ,cœur, sur les difficultés inhérentes à ses œuvres et sur la tendresse si profonde qu'elle portait à ses amies. Mais , dans l'âme de la mère des vierges et des veuves de Rome, la voix du devoir parlait plus haut que le malheur, l'injustice et l'amitié. En vain Jérôme lui adressa indirectement encore de nouvelles prières, tout fut inutile, et ses conseils à la jeune vierge Sérénilla de visiter les lieux saints n'ébranlèrent pas', malgré leur éloquence, la résolution de l'admirable patricienne. Forte de sa conscience, qui lui montrait que sa place à elle était au milieu des vierges et des veuves de l'Aventin, Marcelle s'immobilisa dans sa patrie et ne consentit pas à s'en éloigner non seulement à l'approche, mais en présence même des barbares.

Ce fut vers ce temps que deux grandes âmes, Monique et Augustin, prises d'admiration pour les institutions monastiques, visitèrent Rome. Ayant au cœur le désir de n'être qu'à Dieu , la mère et le fils , dit un historien, s'étaient détournés de leur route, au moment de se rendre en Afrique , pour chercher des modèles de la vie religieuse jusque dans les gorges des Apennins ; et comme Rome avait aussi à offrir à leur piété les monastères des vierges dont

^ Saint Jérôme, lettre xlviii* à Desiderius.

Tévêque d'Hippone devait célébrer bientôt le nombre, la pureté, la beauté sans tache, ils s'y rendirent». Augustin, nouvellement converti par la sainteté et l'éloquence d'Ambroise , Tévêque de Milan, et par les larmes de Monique, sortait de sa retraite de Cassiacum et étudiait alors avec ardeur la vie religieuse, dont il faisait son idéal. A peine arrivé à Rome , son premier soin fut de connaître et fréquenter, en compagnie de sa mère, la communauté de r Aventin , qui était le berceau et le foyer de toutes les autres. Il s'entretint avec Marcelle, admira l'organisation sacrée des vierges et des veuves, et témoigna la vénération la plus profonde pour la fondatrice des institutions monastiques de femmes en Occident. Il se plaisait à lui entendre raconter les origines et les développements de la vie parfaite dans la capitale du paganisme : ses difficultés et ses bénédictions, ses entraves et ses progrès. Augustin et Monique quittèrent Rome profondément pénétrés de respect et de sympathie pour les œuvres dont ils venaient d'admirer la haute portée morale et la divine importance. Mais, hélas 1 moins d'une année après, sous le coup de la plus cruelle douleur, le fils de Monique devait y revenir tout seul.

Accablé par la perte de sa mère, dont il avait reçu le dernier soupir à Ostie, Augustin désolé vint passer à Rome le premier temps de son deuil. Plus encore que la première fois, il rechercha les pieux et

» Histoire de sainte Monique, Bougaud, pp. 424 et 425.

graves entretiens de Marcelle. Il éprouvait le besoin de se mettre en intime communication avec l'Aventin, voulant connaître toutes les patriciennes qui y avaient reçu les instructions de Jérôme, parlant souvent de Paule et d*Eustochium, avec lesquelles il devait entrer en relation, malgré les distances qui séparaient l'Afrique de Béthléhem^ Il emporta de ces nouveaux rapports avec la famille des vierges et des veuves l'idée de ses fondations prochaines ; les communautés de Rome, dont Marcelle était la mère, devaient servir de modèle à celles dont il allait devenir le père. Combien impénétrables sont les desseins de Dieu ! Augustin se trouvait à Rome pour pleurer Monique à l'heure où Marcelle pleurait Albina ; les larmes versées sur les deux mères devaient être une rosée bienfaisante pour les œuvres qui florissaient à l'Aventin comme pour celles qui allaient naître à Thagaste et à Hippone.

1 TillemoDt, t. XII, p. 264.

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