CHAPITRE XIV
Marcelle, par ses fondations religieuses de Rome, établit le lien entre les institutions monastiques de saint Athanase et celles de saint Augustin. — Pammachius se consacre à Dieu â la mort de Pauline. — Brillant funeraticium de cette noble romaine. — Témoignage de saint Jérôme sur son époux. — Fondation d'un hospice au Port- Romain. — Fabiola participe à cette œuvre. — Sa mort. — La vierge Principie. — Bénédiction du ciel sur les institutions de Marcelle. — Maladie de Paule à Bethléhem. — Sa mort. — Ses funérailles. — Douleur d'Eustochium , de Marcelle et de Jérôme. — Fin des jeux des gladiateurs. — Le moine Télémaque. — Marcelle excite^ la jeune Paule à se joindre à Eustochium. — Consolation de Marcelle dans la tendresse de Principie.
Tandis que TÉglise condamnait les doctrines d'Origène dans la personne et les écrits de Rufîn, Marcelle perfectionnait son œuvre. A» la tête des patriciennes de TAventin, elle répandait Tesprit monastique en Occident et nouait les institutions cénobitiques de saint Athanase à celles de saint Augustin. Dieu s'était plu à bénir ses efforts en groupant autour d'elle l'élite de la société chrétienne de Rome, et, grâce à de puissants auxiliaires, la vie religieuse continuait à prendre de merveilleux déve-
loppements. Il était naturel que de tels exemples portassent des fruits de perfection, et qu'en dépit de toutes les résistances de la* nature, les cœurs nobles s'éprissent de goût pour une si belle existence de sainteté. Quand on voit Marcelle élevant au souffle de ses vertus et de son génie les fondations nouvelles, on comprend que Dieu l'avait choisie pour établir les institutions monastiques, et on admire combien le dépôt sacré confié par Athanase s'enrichit et se perfectionna sous sa direction. La patricienne qui, jeune fille, avait si religieusement écouté les révélations du patriarche d'Alexandrie , celle qui, à seize ans, s'était enveloppée de ses voiles de veuve pour embrasser à tout jamais le renoncement et le sacrifice, était digne d'enrôler les âmes de son rang dans la glorieuse milice des vierges et des veuves. Nul doute que dans ses entretiens avec Dieu elle ne demandât pour sa lignée surnaturelle des grâces de multiplication et de perpétuité, et que, dans ses visions de l'avenir, elle n'entrevît les innombrables phalanges de la grande famille monastique se presser sous les houlettes d'Augustin et de Benoît. Oui, le ciel inspirait à Marcelle l'heureux pressentiment des fondations religieuses qui allaient ennoblir le monde, et notre sainte jouissait, avant de mourir, de la vue d'une postérité incessamment grandissante. Ainsi , la fondatrice de l'Aventin avait l'honneur, au iv** siècle , d'ourdir et de former la trame divine de la vie religieuse de saint Athanase à saint Augustin, non seulement à Rome, mais en Occident.
LA VIS RELIGIEUSE k ROME AU lY^' SIÈCLE 417
Durant les années qui précédèrent Télévation d'Augustin au siège épiscopal d'Hippone, le fils de Monique avait vécu en cénobite à la manière des religieuses et des moines dont il avait étudié les règles à TAventin^ Simple prêtre, il avait, en effet, créé à Hippone et à Thagaste plusieurs monastères, et, lorsqu'il fut promu à Tépiscopat, il voulut vivre de la vie commune avec le clergé de son siège. Dans ce nouveau milieu, au sein d'une corruption qui dépassait celle du monde romain, il fonda des ordres monastiques pour les deux sexes*, et dota l'Église d'Afrique d'institutions qui pouvaient seules régénérer les sociétés numides , tombées en pleine décadence. Bientôt, grâce à la sagesse de sa direction, les monastères pullulèrent sur le sol africain ■ : Hippone possédait un monastère de femmes dont sa sœur était la supérieure. Augustin consacra son génie à établir, défendre et régler la vie religieuse ; il composa la fameuse règle qui porte son nom, et ses prescriptions , appliquées sous Gharlemagne, devinrent le code de presque toutes les branches de la famille monastique chez les Latins. Huit siècles après la ruine de Rome, saint Dominique devait adopter, lui aussi , la règle de saint Augustin *, d'où il faut conclure que l'évêque d'Hippone, qui s'était
1 De moribus Eccl. Cath., c. xxxiii.
« Salvien, de Gubern, Dei, I, VU et VIII.
' Per totam Africam puUulare : De opère Monachorum,
c. XXVIII.
^ Histoire des ordres religieux, par le P. Héliot, t. II et III.
inspiré auprès de Marcelle, est Tun des plus grands législateurs de Tinstitut monastique de l'Occident.
A Rome, l'action de la mère des vierges et des veuves se montrait puissante auprès des hommes les plus haut placés. Le consulaire Pammachius , aussi remarquable par la naissance que par le talent , ne résistait pas à la force divine qui le sollicitait, et lui, le premier des sénateurs , se consacrait à Dieu et revêtait l'habit monacal ^ Pauline avait succombé à une courte maladie. Au matin de ses années et dans l'épanouissement de toutes les vertus, la pieuse femme avait été arrachée à son époux au moment même où le ciel semblait lui accorder l'honneur de devenir mère, et ainsi, à trente ans, victime d'un enfantement malheureux, la seconde fille de Paule quittait la terre pour le ciel; c'était vers la fin de décembre de l'année 397. Pauline, par son testament, légua ses biens à son mari, à la condition expresse de les distribuer aux pauvres, et Pammachius accomplit ses dernières volontés religieusement. Saint Jérôme dit qu'il présida à leur distribution, qu'il y joignit les siens propres, et qu'il se consacra lui-même au Seigneur*.
Vers la fin du iv® siècle, les chrétiens de Rome célébraient encore en l'honneur des morts des repas
1 Pallad, Hist. Laxisiac, c. cxxii.
< Saint Jérôme. Non solum divilias sed se ipsum Domino oblulil. (Epist. LCii«.)
funèbres dans l'église même de Saint- Pierre. Ces usages avaient été introduits dans TÉglise primitive à la suite des repas funèbres qui se donnaient toujours sur les tombeaux des martyrs pendant la vigile de leur fête. Ce fut de concert avec Marcelle que Pammachius régla le funeralicium chrétien de Pauline. Il consista dans l'invitation faite à tous les pauvres de Rome de se réunir à Saint- Pierre pour prier en faveur de la pauvre défunte. Après le service divin , un repas leur fut servi , et l'époux inconsolable distribua à chacun d'eux un vêtement neuf et une large aumône *. Cet hommage de l'amour conjugal rendu à Pauline devait être ainsi apprécié par saint Jérôme : « Quel changement I Ces pierreries qui étincelaient naguère sur la tête et le col de Pauline calment aujourd'hui la faim du pauvre. Les tissus de soie, l'or ouvré se transforment en laine chaude qui recouvre décemment le corps. Cet aveugle qui demande l'aumône, c'est le cohéritier de Pammachius. La main d'une tendre jeune femme soutient ce mendiant perclus qui se traîne sur le sol. Pammachius est bien ambitieux : il pose sa candidature au ciel en briguant les suffrages des pauvres, et sa robe blanche est tissée de leurs haillons. Il existe des époux qui se consolent en répandant sur le tombeau de leurs. femmes la violette et la rose, la fleur de pourpre et le lis; Pammachius ar-
* Saint Jérôme. Videre tota illa miserandss plebU examina in amplissimam gloriosi Pétri hasilicdm, (Paulin, le Sénateur, Epist. xiii«.)
rose les cendres de Pauline du baume de la charité * . » Mais écoutons encore; les témoignages de Jérôme sont précieux à recueillir. Il est le premier des moines dans la première des villes. Lorsqu'il passe dans la rue, il est entouré des indigents que Pauline avait dotés et logés dans sa maison. Il purifie son âme au contact de leurs sordides haillons... Qui aurait cru qu'un arrière- petit- fils des consuls, que r honneur de la race des Camille pourrait se résoudre à traverser la ville sousla robe de bure et irait ainsi siéger au milieu des sénateurs? Ambitieux du consulat céleste , il conquiert les suffrages des pauvres par des largesses préférables aux jeux et aux spectacles. Homme illustre, éloquent et riche, il descend du plus haut rang de l'État à celui de familier de la plèbe de Rome. Avant de se donner à Jésus- Christ , son nom n'était connu que dans le Sénat ; aujourd'hui il est béni dans toutes les églises de l'univers*. Encouragé par Marcelle, Pammachius avait distribué son immense fortune aux pauvres et consacré toute la succession de Pauline aux bonnes œuvres. De concert avec Fabiola , l'illustre Romaine que nous avons rencontrée , à Bethléhem , auprès de Paule et d'Eustochium,*il avait fondé un hospice pour les indigents et les infortunés, situé à l'embouchure du Tibre, au Port -Romain, à six milles d'Ostie.
^ Saint Jérôme. Pammachius nosler,,, ossa veneranda, eleemosynm balsamie rigaL [Epist. liv«.) * Episi, ad Pammachium,
LÀ VIE RELIGIEUSE À ROME AU lY» SIÈCLE 421
En cédant aux sentiments de sa douleur et aux besoins de son âme compatissante, Pammachius cédait encore aux conseils et aux exemples de la mère des vierges et des veuves de TAventin. Ce fut aux prières de Marcelle qu'il s'associa à Fabiola pour entreprendre la fondation hospitalière du Port-Romain. A cette époque, nous le savons, de nombreux et pauvres pèlerins affluaient déjà dans la Ville éternelle, et il fallait un asile ouvert à leurs fatigues et à leurs nécessités , ainsi que des mains amies pour veiller sur eux à l'heure de leur arrivée, durant leur séjour et au moment de leur départ. Saint Jérôme dit que tout le monde entier connut qu'un hospice avait été construit aux portes de Rome; le mouvement universel qui portait les âmes aux tombeaux des saints Apôtres l'explique : la Bretagne l'apprit en été, l'Egypte et la Perse le savaient au printemps ^ L'œuvre de Porto-Romano , due à la charité de Pammachius et de Fabiola, inspirait ainsi le moine de Bethléhem : « Pendant que je fais l'éloge de cette noble femme , tout à coup mon cher Pammachius me vient à l'esprit. Pauline dort, afin qu'il veille, lui. Elle a précédé son époux, afin de laisser au Christ un serviteur. Il est l'héritier de sa femme, et d'autres possèdent l'héritage. Entre Fabiola et lui, c'était à qui dresserait le plus tôt au port de Rome les tentes d'Abraham , et à qui se surpasserait
^ Sub una ssstate didicit Britannia quod ^gyptus et Par^ thus noverani vere, (Epist, ad Oceanum.J
en charité. Ils ont vaincu tous deux, tous deuxontélé vaincus. Chacun avoue sa victoire et sa défaite, car tous deux ont accompli ce que l'un et Tautre souhaitaient. Ils unissent leurs biens , ils associent leurs volontés, afin d'augmenter par la bonne intelligence ce que la rivalité aurait pu dissiper. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils achèvent un hospice, la foule y accourt; il n'y a plus d'affliction dans Jacob, ni de douleur dans Israël ^ » Il convenait de réunir Fabiola et Pammachius dans la même gloire : ces deux âmes généreuses avaient eu le même dévouement et avaient accompli les mêmes sacrifices.
Peu de temps après la fondation de ce premier Hôtel -Dieu, dédié aux pauvres de l'Italie et aux pèlerins du monde , Fabiola sentit approcher la mort. Celle qui avait placé les richesses immenses de son patrimoine dans les mains des indigents était digne de recevoir les divins intérêts de ses saintes œuvres. Sa piété avait mûri comme un fruit tardif, mais qui n'en est pas moins beau ni savoureux. Rome fit à la compagne de Marcelle de royales funérailles; la ville entière porta le deuil de la fille des Fabius. A ses obsèques, l'aristocratie se trouva mêlée à la plèbe. La généreuse patricienne n'avait pas encore rendu son âme à Dieu , raconte saint Jérôme, que déjà la renommée, messagère d'un si grand deuil, avait rassemblé à ses funérailles tout le peuple de la cité. Avec moins de gloire, Furius
1 Saint Jérôme. Emitur hospitium et turba concurrit, {Epiêt, ad Oceanum,)
triompha des Gaulois, Papirius des Samnites, Scipion de Numance , Pompée des peuples du Pont. « J'entends , poursuit le solitaire des lieux saints, le bruit de cette foule qui se hâte, qui accourt de tous côtés. Les places , les portiques , les toits des maisons ne peuvent contenir les spectateurs. Rome voit tous ses citoyens rassemblés ; chacun croit avoir part à gloire de Tillustre pénitente *. » Ainsi la terre célébrait les vertus de celle qui avait conquis le ciel. Chez Fabiola, depuis sa conversion, l'humilité ne s'était séparée jamais de la charité , et païens et chrétiens lui rendaient, par leurs unanimes sympathies, un éclatant témoignage. Marcelle, dont Tâme appréciait les mérites de son amie, pleura sa mort, et TAventin, dans la personne des vierges et des veuves , prit une grande part au deuil public. Cette compagne aimée , que l'Église avait surnommée la consolatrice des moines et des pauvres, faisait par sa disparition un vide profond dans le monde religieux encore en formation de Rome. Ce fut Marcelle qui annonça à Jérôme, à Paule et à Eustochium ce nouveau malheur, et les cœurs saignants de la famille romaine de Bethléhem eurent à ajouter au deuil récent de Pauline des regrets et des larmes.
Depuis le départ d'Eustochium pour l'Orient, la supérieure de l'Aventin avait auprès d'elle une jeune
* Saint Jérôme. Non plateœ, non porticus, non immineniia desuper iecla capere poterant speciantes . Tune suos in unum populos Roma conspexit , favebant omnes in gloria pœnitentis. (Epist. ad Oceanum.)
424 Sainte marcellb
vierge dont nous connaissons le nom , Principie : créature angélique qui, par sa présence, répandait un baume sur ses peines. Saint Jérôme parle en ces termes des relations pleines de tendresse qui existaient entre Marcelle et la pieuse fille : « A peine rentré dans ma demeure , j'appris que vous aviez contracté avec elle une étroite liaison, et que vous ne vous éloigniez jamais d'elle, et que vous habitiez sa maison, de telle sorte qu'il était notoire dans Rome que vous aviez trouvé , vous une mère , elle une fille. Une villa voisine de la cité vous servait de monastère, et une maison de campagne de solitude *.» Les anciens jours heureux où Marcelle possédait Eustochium semblaient donc revenus , et si Jérôme avait pu voir de près l'idéale perfection de la compagne nouvellement introduite à l'Aventin, il lui aurait sans doute décerné le beau titre qu'il se plaisait à donner à la fille de Paule , il aurait surnommé Principie la fleur des vierges.
Les sollicitudes maternelles de Marcelle pour cette enfant prenaient le caractère d'une tendresse infinie. L'âme de la fondatrice de l'Aventin , pleinement vouée à Dieu , révéla bientôt à l'aimable compagne le secret de la sainteté. La retraite, l'étude, la prière étaient les sources où elle purifiait son jeune cœur, ses conseils et ses exemples l'excitaient à la vertu en toute occasion et à toute heure. L'exemple sur-
* Saint Jérôme. Suburbanus ager pro monasterio vobis fuit et rus electum pro aolittuiine. (Episi. ad Principium,)
tout impressionnait Principie; cette force incomparable, qui ajoute au vrai l'empire du bien, exerçait sur la pieuse vierge une influence toute-puissante. Elle voyait en Marcelle la représentation vivante des vertus éminentes auxquelles elle devait atteindre , et elle s'animait chaque jour d'une ardeur nouvelle pour en saisir la sublimité et reproduire l'idéal. Ainsi, l'angélique enfant s'appliquait devant l'âme maternelle, comme devant un miroir céleste, .à réaliser les traits de son modèle, et elle surpassait bientôt en beauté morale toutes les vierges, ses amies ou ses sœurs. Nous ne craignons pas d'affirmer qu'alors, auprès de Principie, le cœur de Marcelle battait comme au temps fortunés où l'Aven tin possédait Eustochium.
A ces jouissances intimes , le ciel ajoutait , pour consoler la mère des vierges et des veuves de tous les deuils et de tous les sacrifices, des bénédictions pour sa famille religieuse. Les germes de vie monastique confiés au vieux sol de Rome se développaient splendidement. Les descendants des maîtres du monde déployaient à l'heure présente un zèle aussi grand dans la poursuite du renoncement que dans la recherche de tous les biens humains qui les avaient passionnés jusque-là ^ Ces familles de l'aristocratie, dont les membres avaient si longtemps rempli l'histoire de leurs hauts faits, donnaient leurs héritières à Jésus-Christ, et les annales religieuses
^ SalvioD, de Gubematione Dei.
s*enrichissaient des noms que l'univers avait appris à connaître. Chose étonnante! ceux qui s'étaient posés comme les plus accrédités représentants de la force brutale devenaient des types de charité , de soumission et de vertu. Marcelle voyait se multiplier autour d'elle les couvents d'hommes et de femmes; elle était l'organisatrice en pleine Rome d'une armée qui défie toutes les forces de la terre et qui, déjoue toutes les coalitions. En félicitant la fondatrice de l'Aventin de l'élan qu'elle avait imprimé à la noblesse romaine pour les idées monastiques, Jérôme pouvait écrire : « Rome est'^evenue une autre Jérusalem. C'est en vivant de la sorte que vous avez porté beaucoup de femmes à imiter votre exemple, et que se sont élevés bien des monastères de vierges *. »
Les exemples de Marcelle avaient, en effet, attiré grand nombre d'âmes à la vie religieuse. La multitude de celles qui servaient ainsi Dieu , dit saint Jérôme, avait rendu honorable une profession qui était jugée avant ignominieuse *. Il s'était établi, à cette époque, un courant qui enlevait aux familles du patriciat la plus belle part de leurs descendantes. On entendait nommer chaque jour quelque superbe patricienne nouvellement enrôlée dans les phalanges virginales de TAventin , et Ton voyait se multiplier et se peupler prodigieusement les couvents d'hommes
1 Saint Jérôme, Letire à Marcelle, * Id., Éloge funèbre de Marcelle.
et de femmes en Italie ^ Palladius admire le courage avec lequel les femmes le disputaient aux hommes dans la poursuite des plus hautes vertus monastiques. Les Bollandistes mentionnent beaucoup de saints et de saintes appartenant à la société romaine du IV® siècle , ainsi qu'aux chrétientés de l'Occident. Les légendes d'Eusébie, de Bibiane, de Léa et de cent autres donnent une idée du mouvement qui, en portant les belles âmes vers les monastères, leur faisait pratiquer les plus sublimes vertus et conquérir Féternelle couronne. Dans les fouilles de VAgro-Romano * , Rossi a découvert des documents pleins d'intérêt sur ces nobles existences, et ainsi la mort, par les révélations de la tombe, a fourni elle-même un précieux témoignage aux inépuisables souvenirs de cette société disparue. La première eîitre toutes, Marcelle a laissé les traces indélébiles de son empreinte dans la Rome monastique ; toutes les fondations existantes de ces temps la bénissaient comme une mère , et sur les monuments hagiographiques qui parlent du iv® siècle, si on y regarde de près , on retrouve son nom entouré d'une glorieuse auréole.
Mais tandis que la sainte était à la joie des bénédictions dont le ciel entourait ses œuvres, une nouvelle douleur venait transpercer son âme en la frappant dans ses plus vives affections. Paule , la mère d'Eustochium , la fondatrice des couvents de Beth-
1 Saint Ambroise, Hexamérortf 3, 5.
* Bullelxn archéologique.
léhem , cette patricienne qui s'était exilée de Rome pour vivre dans la solitude des lieux saints , la rivale de Marcelle en sainteté , la fille spirituelle de Jérôme, était sous le coup d'une maladie incurable. A cette nouvelle , la désolation de la fondatrice de TAventin fut extrême *. Se retrouver, entre Jérôme et Eustochium , auprès de cette amie dont Tâme était déjà prête à s'envoler au ciel , lui adoucir les douleurs poignantes du départ, lui offrir son cœur pour gardien de sa mémoire, lui prodiguer les dernières caresses, lui dire le dernier adieu : tels étaient les désirs , nous pourrions dire les besoins de son amitié fidèle. La pensée d'Eustochium réveillait toutes ses sollicitudes maternelles : la savoir à la veille d'être orpheline et si loin d'elle était une perspective cruelle qui la déchirait. Puis l'avenir des couvents de Bethléhem, compromis par la disparition de leur fondatrice, portait Marcelle à supplier Dieu d'accorder un sursis à Paule ; sa présence semblait indispensable aux œuvres entreprises et à la vie d' Eustochium. Mais c'était en vain que toutes ces raisons plaidaient en faveur de la malade, le mal implacable allait frapper sa victime *. Les prières de la piété filiale et de l'amitié ne devaient pas être exaucées. « Seule , la voix de la mourante était entendue de Dieu, dit saint Jérôme , et Paule obtenait ce qu'elle désirait ardemment : nous quitter •. »
* Tillemont, t. XII, p. 39/i.
• Id., ibid., p. 259.
3 Éloge funèbre de Paule.
Bientôt , hélas ! la nouvelle de sa mort parvint à FAventin, et Marcelle supporta ce coup avec la résignation dont elle avait toujours fait preuve dans les circonstances douloureuses de son existence. Consolée par la certitude du salut de son amie, elle s'occupa avec la plus tendre sollicitude d'Eustochium, regrettant de ne pouvoir se réunir à la pauvre orpheline. Sa correspondance avec elle devint plus suivie. Marcelle aurait voulu entourer la fille infortunée des douceurs de la maternité la plus aimante ^ Elle s'unissait à Jérôme pour la fortifier et la rattacher à la vie, et si nous retrouvions ses lettres , nous y lirions , comme dans celles du saint : « Soyez en paix, Eustochium, vous avez hérité d'une riche succession. Le Seigneur est votre partage, et, ce qui encore doit vous causer plus de joie, votre mère a été couronnée par un long martyre; car ce n'est pas seulement le sang que l'on verse pour la confession de la foi qui fait les martyrs , mais la vie immaculée d'une âme qui sert Dieu avec amour est elle-même un martyre quotidien *. »
On connut sur les bords du Tibre la magnificence des funérailles faites à la mère des couvents de Bethléhem. Paule fut portée au lieu de sa dormition par des évoques qui chargèrent son cercueil sur leurs épaules ; d'autres pontifes précédaient son
> Tillemont, t. XII, p. 260.
« Id., ibid., p. 261.
convoi , des flambeaux et des cierges à la main ; d'autres encore guidaient les chœurs de ceux qui chantaient les Psaumes. Elle fut déposée au milieu de Téglise de la crèche du Sauveur. Les habitants de la Palestine vinrent en foule à ses funérailles. Point de cellule qui pût retenir les moines les plus cachés au désert, ni de vierge qui restât dans son asile secret. Il eût cru commettre un sacrilège celui qui n'eût pas rendu les derniers devoirs à une telle femme. Les veuves et les pauvres, comme autrefois pour Dorcas, montraient les vêtements qu'elle leur avait donnés , et tous les indigents criaient qu'ils avaient perdu leur mère et leur nourrice *. La sainte demeura exposée dans l'église pendant trois jours, et, chose merveilleuse , ses traits n'avaient pas été altérés par la mort, et son visage reflétait une surnaturelle beauté. Auprès d'elle se tenait Eustochium. Pendant ces trois jours, la fille désolée ne put être éloignée du corps de sa vénérable mère; elle restait là , inébranlable au pied du lit funèbre , tantôt lui baisant les yeux, tantôt collant ses lèvres à son visage, l'étreignant dans ses bras et demandant à être ensevelie avec elle *.
Dans sa douleur, saint Jérôme composa deux épitaphes à la mémoire de Paule : l'une destinée à son tombeau, l'autre pour l'entrée de la grotte où ses restes furent déposés. Voici celle du sépulcre : « La
1 Saint Jérôme, Éloge funèbre de Paule, * Id., ibid.
fille des Scipion, des Paul, des Gracques, l'illustre sang d'Agamemnon repose en ce lieu. Elle porta le nom de Paule. Elle fut mère d'Eustochium. La première dans le Sénat des matrones romaines, elle s'exila de Rome pour vivre dans la pauvreté du Christ et dans les humbles campagnes de Bethléhem «. » L'épitaphe gravée par Jérôme sur le rocher de la grotte , à l'entrée du sépulcre , était ainsi conçue: « Vois -tu dans le creux de cette grotte cet étroit tombeau? C'est Tasile de Paule, dont Tàme habite le royaume des cieux. Son frère, ses proches, Rome, sa patrie, ses richesses, ses enfants, elle a tout abandonné pour cette grotte de Bethléhem où elle est ensevelie. 0 Christ ! ici fut la crèche , votre berceau , ici vinrent les mages vous offrir leurs mystiques présents *. »
A la prière de Marcelle et d'Eustochium, Jérôme écrivit Téloge funèbre de la sainte. Son émotion était si grande, que la plume échappa souvent à sa main , et qu'il dut se résigner à le dicter en deux veilles de nuit; il le termina par cet adieu : « 0 Paule I soutenez par vos prières la vieillesse défaillante de celui qui vous a tant vénérée. Unie au Christ par le mérite de la foi et des œuvres, vous serez encore plus puissante là-haut qu'ici -bas. Je viens de vous élever un monument plus durable que l'airain, et le temps ne le détruira pas. J'ai gravé sur le roc de votre sé-
* Saint Jérôme. Scipio quam genuit, Pauli fudere parentes.
* Id., Aspieis anguslum précisa rupe sepulcruni?
pulcre , ô Paule ! votre éloge funèbre, et je le joins à ces pages , afin que partout on sache que votre mémoire a été honorée à Bethléhem, et que vos restes y reposent \ » Touchantes paroles d'adieu sorties du cœur de Jérôme I vous étiez la fidèle expression de cette charité ineffable que le prêtre porte aux âmes dont il a été le guide ! Ainsi , tandis que tout passe, se flétrit, s'oublie dans le monde, seul, l'amour qui vient de Dieu survit à toutes les atteintes pour fortifier et consoler toujours. Marcelle fut infiniment reconnaissante de ces témoignages d'amitié rendus à la meilleure des amies ; elle en jouissait pour l'honneur de la sainte défunte, pour la consolation d'Eustochium, pour son bien à elle-même, et, quand la pensée de l'orpheline oppressait son cœur, elle remerciait Dieu de lui avoir donné en Jérôme toutes les tendresses et tous les dévouements du plus parfait des pères.
Sous le coup de la perte de Paule, la patricienne de l'Aventin, qui avait contribué puissamment à adoucir les mœurs de ses contemporains , fut témoin d'un événement qui comblait alors de joie toutes les âmes généreuses. Depuis 370, Tannée où Valens avait fait massacrera Nicomédie une députation de catholiques, le sang n'avait plus coulé par haine de la religion. Toutefois il existait encore à Rome le cruel usage des jeux des gladiateurs , et dans les fêtes publiques les peuples, sur toute l'étendue de l'empire, étaient
ï li^aint Jérôme, Éloge funèbre de Paule,
LA VIE RELIGIEUSE A ROME AU IV« SIÈCLE 433 j
invités à y prendre part. Le caractère romain , dont |
le paganisme avait développé les instincts et les ^
goûts barbares, se passionnait pour ces luttes, et les i
empereurs et les grands étaient intéressés à main- j
tenir des spectacles dont ils étayaient leur fragile popularité. Vainement, à l'exemple de TertuUien, '
des voix éloquentes avaient demandé, au nom de l'Église, la suppression de ces honteuses hécatombes, l'ancienne société semblait trouver dans les combats du cirque une compensation à sa décadence et à son abjection. L'empereur Honorius (Flavius- Augustus), né, à Constantinople , de Théodose et de Flavilla, monté sur le trône en 395, avait été inutilement engagé par le poète Prudence à proscrire ces spectacles; mais, par crainte d'impopularité, il venait de les accorder pour fêter son sixième consulat ^ Déjà l'annonce des jeux avait été publiée dans tout l'empire, et les foules prenaient les chemins de Rome pour se rendre à l'amphithéâtre ; elles faisaient bien , celte fois , d'y accourir : elles devaient y trouver un lutteur inattendu.
En effet, à ces multitudes avides de sang se mêlait un homme étranger au Forum, aux cohortes, aux académies, un obscur habitué des temples et des catacombes, qui, seul et désarmé, osait venir disputer au paganisme son dernier lambeau de terre et son suprême lieu d'asile. Ce conquérant nouveau, à l'ambition insatiable, Rome aurait pu le reconnaître;
1 Contra, Symm.
434 Sainte margelle
elle avait vu ses frères mourir, durant des siècles, au milieu de ses arènes ensanglantées, et l'héroïsme de sa race avait alors triomphé des bourreaux. Il se présentait seul pour reprendre la lutte ancienne , et il avait la prétention de planter la croix sur les gradins du Golisée et jusqu'au faîte du Panthéon. Revêtu d'une misérable robe de bure, n'ayant que sa pauvreté et sa faiblesse pour escorte, c'était, il faut l'avouer, un bien étrange et dérisoire conquérant. La vieille Rome, dans la personne de ses capitaines , de ses orateurs , de ses préfets , de ses matrones , l'attendait de pied ferme ; elle crut , en le voyant, avoir affaire à un insensé, et elle accueillit avec une superbe pitié celui qui prétendait renverser ses plus antiques et plus populaires coutumes. Sans doute , l'audacieux étranger n'était qu'une pauvre nouvelle victime prédestinée à rougir l'arène de son sang. A quoi pouvait servir sa mort? Nouveau Samson, plus fort que tout un peuple, ébranlerait-il en tombant les colonnes du grand empire? Les martyrs étaient morts pendant trois siècles, et les flots de leur sang n'avaient pu assouvir le besoin de ces brutales jouissances; les clameurs qui éclataient à l'amphithéâtre le publiaient hautement. Qu'allait- il arriver? Le dévouement et l'amour triompheraientils enfin de l'égoïsme et de la haine? La voix du sang innocent étoufferait- elle à jamais le cri des injustices et des luxures du paganisme romain? Assistons à ce drame où l'âme héroïque d'un moine conspué ne craint pas d'engager la lutte contre
les appétits sans frein de plus de cent mille spectateurs.
Lorsque l'annonce de ces jeux eut été publiée dans tout Tempire et eut ainsi pénétré dans les déserts, un moine, jusque-là inconnu , nommé Télémaque , de Nitrie selon les uns , de Phrygie selon les autres, prit une de ces résolutions dont la simple grandeur et les immenses résultats n'apparaissent qu'après leur accomplissement. Il quitte sa cellule, s'achemine dufond de l'Orient vers Rome, y arrive à temps pour assister aux solennités impériales , entre au Golisée, fend les flots de ce peuple tout palpitant d'une joie féroce et va se jeter entre les gladiateurs qui engageaient le combat. Les spectateurs, indignés , poursuivent cet importun , ce fou , ce noir fanatique, d'abord de leurs clameurs furibondes, puis de coups de pierres et de bâton. Lapidé comme le premier des martyrs du christianisme, Télémaque tombe, et les gladiateurs qu'il avait voulu séparer l'achèvent. Eh bien ! son sang fut le dernier versé dans cette arène où il en avait tant coulé. La noblesse de son sacrifice fit comprendre la grandeur de l'abus. Un édit d'Honorius proscrivit à jamais les jeux des gladiateurs. A partir de ce jour, il n'en est plus question dans l'histoire. Le crime de tant de siècles s'était éteint dans le sang d'un moine qui se trouva être un héros ^ L'immortelle victoire morale remportée par Télémaque transforma le Golisée, ce
^ Montalembert, les Moines d'Occident,
lieu des cruautés séculaires, en un lieu de pardon, d'expiation et d'amour; pour museler ainsi les passions brutales, il fallait infiniment plus de courage que pour dompter les monstres les plus féroces, car, là où les lions avaient souvent respecté leurs victimes, jamais l'homme n'avait épargné l'homme.
Le soulagement de cœur qu'éprouva Marcelle à l'abolition de ces orgies sanguinaires fut immense. Elle avait préparé, soutenu, assuré le triomphe du moine intrépide par les prières et les expiations de ses vierges et de ses veuves. Sans doute elle eut , la première , la révélation du dessein généreux. Dans Rome, le moine de laThébaïde dut accepter, comme autrefois ses pères, l'hospitalité de la mère de l' Aventin. Marcelle aurait voulu pouvoir le suivre à l'amphithéâtre, se substituera lui, mourir à sa place en se jetant entre les gladiateurs ; le courage de la Romaine doublé de l'héroïsme de la chrétienne et de la religieuse aurait été invincible.
Quand la nouvelle de la mort de Télémaque par venait à l'Aventin, les patriciennes étaient aux pieds du divin crucifié, et, devant l'immolation de la victime par excellence, elles acceptaient l'effusion du sang du jeune martyr comme une nouvelle rosée de grâce qui découlait sur Rome. Heureux celui dont le sacrifice volontaire fut assez méritoire pour mettre fin à ces jeux sanglants ! On ne devait plus entendre des voix suppliantes et prêtes à s'éteindre prononcer le funèbre ^ue, César, imperator, morituri te salutant/ Le corps déchiré de Télémaque fut le
dernier qui ensanglanta Tarène , et dès lors les portes de Tamphithéâtre furent murées et les combats du cirque abolis ^ Ces vers du poète chrétien devenaient enfin une réalité: Que nul ne meure plus pour que son supplice devienne une joie ! Que Todieuse arène , contente de ses bêles féroces , ne donne plus l'homme en spectacle sanglant ! Que Rome, vouée à Dieu, digne de son prince, puissante par son courage , le soit aussi par son innocence ».
Tandis que Rome se sevrait de ses cruautés antiques et se pliait aux mœurs de la civilisation chrétienne , Marcelle témoignait la plus vive sollicitude à Forpheline inconsolable de Bethléhem et le lui prouvait par les plus tendres soins. Elle connaissait le projet formé du vivant de Paule , et qui consistait à attirer aux lieux saints la fille de Laeta et de Toxotius '. Cette jeune vierge, consacrée à Dieu dès sa naissance, était Tangélique enfant que nous avons déjà vue dans les bras du pontife Albinus. La douce Paule comprit, aux paroles de Marcelle, quel était son devoir, et, avec l'assentiment de sa famille, elle voulut aller rejoindre sa tante à Bethléhem *. Pareille à la jeune Moabite, elle disait : J'irai où vous irez, f habiterai où vous habiterez. Votre peuple sera mon
1 SaÎDt Augustin fixe la date de cet événement au l'^" janvier 404.
< Prudence, contra Symm., II, 114, trad. par Ozanam. 3 Lettre à Laeta, * Éloge funèbre de Paule.
peuple, et votre Dieu sera mon Dieu, C'était bien le secours qu'attendait Torpheline. La petite -fiUo portait dans ses traits quelque chose de la ressemblance de sa grand'mère, et Eustochium crut retrouver en Tembrassant une part de celle qu'elle pleurait toujours. Les solitaires de Bethléhem s'habituèrent, en voyant la nièce et la tante visiter les couvents au bras Tune de l'autre, à les considérer comme deux sœurs inséparables, et ils se plurent à les nommer les deux filles de sainte Paule.
Marcelle savait quel auxiliaire elle envoyait à Eustochium. Formée d'abord par Laeta, fréquentant assidûment l'Aventin, toujours au contact des vierges, la nouvelle arrivée était un modèle de vertu \ Sous la direction de Jérôme et de sa tante , elle allait s'initier au grand œuvre de la direction monastique inaugurée dans les couvents de Bethléhem. LesTichesses de Paule avaient été dépensées pour l'établissementde ses communautés ; l'héritaged'Eustochium se réduisait à de bien lourdes charges, et la jeune Paule devait relever par les biens immenses qu'elle tenait de sa famille à Havenne , en Sicile et en Afrique, cette situation*. Dieu l'envoyait pour consoler le présent et assurer l'avenir, et elle était disposée à employer à ce double but toute sa fortune et toute sa tendresse. Avec elle, la crainte de la mort prématurée d'Eustochium n'était plus aussi effrayante;
1 Baronius, Annales, t. IV, pp. 470, 471 et 472. * Saint Jérôme, Epist, lxxix*, ad S. Av^gtislinum.
les fondations de Bethléhera , garanties au matériel, le devenaient au moral; après le trépas de sa tante, la nièce serait là pour les soutenir de ses richesses et de ses vertus. Les prévisions de Marcelle se réalisèrent; la fille de Laeta consacra tous ses biens aux monastères fondés par ses parentes de Bethléhem , et elle devint, avec les années, leur supérieure et leur* mère^ Mais la Providence, dans sa bonté, permit que Marcelle ne vît Paule succéder à Eustochium que du haut du ciel.
A l'heure où Marcelle assurait la prospérité des œuvres de ses amies en Orient, elle éprouvait les plus douces jouissances de cœur auprès de Principie *. Comme aux premiers jours de TAventin , elle possédait une compagne céleste, pleine de respect, d'obéissance et d'amour, et elle remerciait le ciel de réchauffer ainsi les ombres de son couchant des rayons qui avaient embelli le matin de son existence religieuse. Notre sainte savourait auprès de sa jeune compagne le bonheur qu'elle avait reçu d'Eustochium. Dès ce monde , Dieu , dont la miséricorde est si tendre, se plaît souvent à récompenser les âmes qui se donnent à lui par la rencontre d'un cœur dont la générosité les indemnise surabondamment de tout ce qu'elles ont sacrifié à son amour. Marcelle bénéficiait alors de tous les actes de son dévouement dans la possession de Principie. Quand la vieillesse arrive.
1 Tillemont, t. XII, p. 347.
« Id., ibid,, pp. 301 et 303.
les tendresses , ce lait du cœur , sont plus nécessaires et plus suaves qu*à toutes les autres époques de la vie , et si Dieu ne les refuse à aucune de ses créatures, il semble, en ces heures de délaissement, les prodiguer à celles qui ont su, en s'oublianl ellesmêmes, les répandre plus généreusement sur les autres I