JACVIT. OB. IN EO. EDITA. IN EJUS
TRANSLATIONE. MIRAGVLA. EX
OBSGVRO. LOGO. IN. ILLVSTRIOREM
TRANSPONENDVM. FILII. PIENTISS.
GVRARVNT. ANNO. SALVTIS.
- MDLXVI.
Le fond de la chapelle, les murs latéraux» les voûtes, sont ornés de peintures à fresque qui représentent la vie, ou plutôt toutes les espérances et toutes les joies de sainte Monique. On la voit d'abord les yeux mouillés de pleurs, avec un rayon de bonheur sur le front, écoutant un vieil évêque qui lui annonce la conversion future du fils de tant de larmes. Plus loin, on revoit la même figure, noyéedans
la même douleur, mais le rayon de joie est plus vif : elle écoute un ange qui lui dit : Ubi tu et itle *, et qui lui montre dans le lointain les deux ombres unies et heureuses de la mère et du fils. Plus loin encore ^ on voit les larmes s'arrêter tout à fait sur la figure de la Sainte, et une douce et pure joie briller dans ses ,yeux : c'est le moment où saint Augustin lui annonce sa conversion. Puis sainte Monique apparaît sur son lit de mort, radieuse, entourée de ses enfants, serrant la main d'Augustin converti, et expirant les yeux au ciel , le sourire sur les lèvres. Deux fois j'ai vu ces peintures, et, bien que je fusse très -jeune alors, que je ne connusse pas les tristesses de mon temps, ni par conséquent tout ce qu'il y a de larmes dans les yeux des mères chrétiennes , et qu'ainsi l'idée d'offrir à celles-ci une consolation et une espérance ne se fût pas présentée à mon esprit, deux fois j'ai senti, à la douceur de ces peintures et au recueillement de ce sanctuaire, profond, silencieux, demiobscur, tout rayonnant d'espoir, qu'il était fait exprès pour abriter de grandes douleurs, et pour les calmer et les enchanter, si j'ose ainsi dire, par de sublimes espérances.
Au moment, du reste, où s'achevaient ces peintures, les temps se faisaient de plus en plus mauvais. On était en 1566. Luther était mort, après avoir incendié l'Allemagne ; Henri VIII était mort , après avoir désolé et corrompu l'Angleterre ; Calvin était
1 « Où tu es il viendra. »
mort , après avoir troublé la France. Si on en excepte ritalie et l'Espagne , paisibles pour quelques années encore , toutes les nations ressemblaient à des navires en perdition. Des vents de schisme et d'hérésie soufflaient sur le monde, en attendant les venls d'impiété et d'indififérence. Tout ce qui était vraiment chrétien tremblait. Les mères n'osaient embrasser leurs petits enfants sans pâlir, en pensant aux dangers qui allaient menacer leur foi et leur conscience. Il était bien temps que Dieu envoyât quelque signe consolateur qui leur rendît Tespérance. Voilà pourquoi sainte Monique sortait chaque jour un peu plus de Tombre. Elle commençait à resplendir , au milieu de l'orage, comme un doux arc-en-ciel.