Flebat uberrimis lacrymis, etc. {Brev. Rom, Aug,^A maii
vrai^ car il revenait de si ioia; mais enfin il renaissait visiblement à la vertu y en même temps qu'à la vérité.
L'Eglise chante dans les belles prières de sa liturgie * et saint Augustin aflBrme * que cette conversion fut due , comme la sienne , aux prières et aux larmes de sainte Monique. Elle fut due aussi , nous l'avons déjà entrevu , au charme et aux célestes attraits de sa vertu qui croissait chaque jour ; à sa patience, à sa douceur, à son dévouement; à l'humble, constante et chaste tendresse par laquelle elle avait toujours répondu à ses froideurs; à ce parfum de piété , qui montait jusqu'au ciel, de cette âme immolée et sans cesse offerte en sacrifice poiir le salut de son mari. Tout cela réuni avait fait autour de Patrice comme une atmosphère dans laquelle il avait respiré à son insu la foi. Quand le bien, le beau, le vrai, s'incarnent ainsi dans une créature humaine, ils exercent une sorte de fascination si douce et si invincible , qu'on ne sait comment résister. Il faut fuir, ou succomber.
Patrice succombait pour son bonheur. Sa vie se modifiait d'année en année, sans même qu'il s'en doutât. Depuis quelque temps surtout, elle avait totalement changé. Le sacrement de baptême, qu'il se
1 Benedictione tua copiosa, quaesumus , Domine, haec munera sanctîfica, quse, in solemnitate beatse Monicae tibi suis precibus et lacrymis Patritium virum suum lacratae , ofTerimus , etc. {Missa sanctœ Monicœ, 4 maii. Missal, Rom. Aug. Secr,)
2 Confess,, lib. IX, cap. ix.
proposait de recevoir, agissant d'avance, il avait connu le prix de la pureté et la beauté de la douceur; et, repentant du passé, il s'était appliqué à faire oublier à sa sainte épouse les peines cruelles qu'il lui avait causées ^
C'est le privilège du cœur que, si triste qu'ait été une vie entière, si une goutte d'amour apparaît, tout est oublié. Sainte Monique recueillait alors cette goutte précieuse, et, après dix -sept années de mariage, leurs deux âmes se rencontraient enfin dans ce genre d'affection, délicate et élevée, qu'a si bien peinte un grand écrivain de ce siècle : « Quand on a été près d'une pauvre créature l'instrument de la lumière qui lui révèle sa chute et qui lui rend son élévation, cette cure sublime d'une mort qui devait être éternelle inspire quelquefois aux deux âmes un indéfinissable attrait , né du bonheur donné et du bonheur reçu ^ y> Patrice et Monique connurent , avant de se quitter, ce noble attrait; et la tendresse de l'une pour cette chère âme sauvée, la reconnaissance de l'autre pour ce cher cœur, doux et fort, qui l'avait tiré du mal, s'unissant ensemble, leur firent, sur le bord de la tombe, un de ces attachements qui n'ont plus de nom sur la terre.
On ignore les circonstances de la mort de Patrice.
1 Virum suum in extrema vita tenaporali ejus lucrata est tibi , nec in e.o jam iideli planxit quod in nondum fideli toleraverat. {Confess,] lib. IX, cap. ix.)
2 Le P. Lacordaire, Sainte Madeleine,
Tombé malade vers 371 , et comprenant que c'était l'anDonce de sa fin, il demanda et reçut le baptême avec une grande ferveur; après quoi il s'endormit chrétiennement et en paix , assisté par Tange que Dieu lui avait donné pour épouse , et qui, à force de douceur, de patience, de tendre dévouement , de courageux sacrifices, l'avait ramené de si loin et rendu à Dieu. Reportons -nous par la pensée à dixsept ans en arrière. Quand Patrice avait épousé Monique, la noblesse, la générosité, la droiture, la délicatesse même, car'il y avait de tout cela dans Tâme de Patrice, étaient alors emprisonnées et comme enfouies en lui à des profondeurs où nul œil humain , pas même le sien, n'aurait pu les discerner; l'orgueil, la colère, Tindififérence religieuse, la passion mauvaise, parlaient seuls et régnaient en maîtres. Et peu à peu, sous cette douce influence, tout avait changé. Les viles passions étaient redescendues au fond de l'âme; les belles qualités s'étaient dégagées des ombres et étaient remontées à la surface. La lumière avait fini par triompher de tout, et, au moment où il expirait, elle emplissait de ses plus beaux rayons son dernier regard, reconnaissant et heureux. Monique assistait à cette scène en pleurant de joie et de douleur. Elle ne se souvenait plus ni de ses rigueurs ni de ses faiblesses ; elle gémissait de le perdre juste à l'heure où elle allait commencer à jouir de son aflfection ; et, consolée du moins par la pensée de le retrouver un jour, lui faisant préparer un tombeau , elle s'y réserva une place , afin de dormir
à jamais auprès de celui dont elle avait ressuscité l'âme*.
Ainsi Dieu consolait sa servante, et ne la laissait pas succomber à la douleur que lui causaient les égarements de son fils. A chaque pas que celui-ci avait fait dans le mal avait correspondu dans la vie de Patrice un nouveau pas dans le bien. Quand Augustin avait commencé à s'éloigner de Dieu, à fréquenter les théâtres^ à laisser s'allumer dans son cœur le feu mauvais, Patrice s'était rapproché et fait recevoir catéchumène. Quand Augustin, méprisant les conseils, les prières, les larmes de sa mère, avait enchaîné sa vie dans un amour coupable, et allait déi§honorer son front de dix- huit ans par une honteuse paternité, Patrice avait demandé le baptême, et renouvelant sa vie dans les eaux de la pénitence, il était mort en chrétien. Et ce que nous voyons là, au début de cette histoire, nous le verrons jusqu'à la fin. Toujours , à côté des douleurs de sainte Monique , il y aura une consolation. Dieu le lui devait bien, puisque ses douleurs n'étaient intolérables que parce que sa foi était si grande, et qu'elle ne pleurait son Augustin au delà de toute mesure que parce qu'elle avait pour son Dieu un amour qui ne connaissait point de bornes.
1 Confess,^ lib. IX, cap. xi.