‹ Histoire de Sainte Roseline de Villeneuve, religieuse chartreuse, et de l'influenceChapitre 11 sur 48 · NOTICE SUR LES INSTITUTIONS · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LES INSTITUTIONS

BT LES

U loi du sacriflce chrétien, subslituée au principe de l'égoîsme païen, se montre dans chacune des phases de la civilisation. — Dernier progrés qui reste à accomplir dans la transformation de la souveraineté. — Solidarité des mérites religieux. — Appréciation du génie de saint Bruno et de sa création monastique. — On y retrouve l'empreinte de la passion du saint cénobite de la paix. — Les vierges carthusiennes sont la plus belle expression de l'ardeur des chartreux pour l'application de l'esprit de sacrifice. — La vie contemplative et la doctrine dans les couvents. — Harmonie entre le*^ établissement» carthusiens des deux sexes. — La Grande-Chartreuse et Beauregard. ~ La création des couvents des religieuses chartreuses fut une cornpeosation à la perte du monastère contenant la dépouille de saint Bruno. — Fondation successive des couvents de chartreuses de Saint-André-de-Ramires , de Berthaud et de celle de Roubaud. — Détails sur les institutions des vierges carthusiennes. — Leurs austérités ; leurs exercices ; leurs chants. — Leurs prières sont un service social. — Leur costume. — Dispersion des vierges chartreuses en 1792. — Restauration des monastères de chartreuses.— L'époque de sainie Roseline avait foui^i le plus grand nombre de chartreuses.

La civilisalion chrétienne est le résultat de la loi du sacrifice, substituée au principe païen de l'égoîsme... Cela a élé démontré dès la première période de la civilisation chrétienne, qui a remédié aux misères, au paupérisme de l'empire romain. . . — Le triomphe de la loi du sacrifice a été complet, puisque la civilisation païenne, grecque et romaine, était le suprême épanouissement de Tégoïsme élevé à sa plus haute expression dans le patriotisme ancien.

Dans la seconde période, c'est Vesprit de sacrifice inauguré dans l'armée chrétienne, et remplaçant la cupidité et la

violence dans les soldats électeurs privilégiés de la souveraineté.

Dans la troisième période, c'est l'esprit d'abnégation et de sacrifice allant plus loin encore, — puisque l'armée abdique son droit électoral en faveur des pontifes élus, et la souveraineté elle-même devient un service dirigé par Vesprit de sacrifiée.

Enfin dans la quatrième période, c'est Tesprit de sacrifice qui se manifeste dans le sacerdoce célibataire, dans l'aristocratie militaire, transformée en chevalerie chargée au dehors de la défense de la croix, au dedans de la répression des violences anarchiques qui attentaient à Tordre public.

Après l'abolition du droit de guerre entre les barons chrétiens, consacrée par la haute juridiction d'une cour de pair*, il fallait obtenir Tabolilion des guerres des souverains, à Paide d'une cour formée de princes, appuyant son pouvoir exécutif sur une armée internationale. Ce noble but fut le terme de l'ambition des grands pontifes. On a déjà vu Innocent III réalisant une partie de ce programme.

Dans le concile de Latran, en 1215, la compétition à l'empire fut jugée en faveur de Frédéric. Philippe Auguste subit la décision qui lui interdisait de soutenir à main armée la tentative que faisait son fils pour s'emparer du trône d'Angleterre.

Mais, pour que cette extrême conséquence logique du principe de la trêve de Dieu pût être toujours obtenue, il airait fallu que le chef du Saint-Empire romain en comprit les devoirs et les nobles prérogatives comme Charlemagne...

Malheureusement, les aveugles passions, Tégoîsme étroit des empereur s ne purent s'élever à des pensées aussi élevées et à des sacrifices aussi chrétiens.

Ce sera l'éternel honneur du treizième siècle d'avoir posé la première formule du congrès de la chrétienté et de l'abolition des guerres des nations. Ce sera aussi une suprême gloire, pour certains papes, d'avoir pacifiquement arbitré des débats de souverains; mais ce n'est que dans une civilisation chrétienne plus avancée que pourra être obtenue la for-

DES RKilGIEUSES ClIARTRELSES. 215

mation d'une cour et d'une armée internationales, dont les conciles et la chevalerie du treizième siècle offrirent les premiers spécimens.

Les grandes guerres entre les souverains chréliens commencèrent dès que l'esprit des croisades et la prépondérance des souverains pontifes eurent été affaiblis. La plus remarquable de ces guerres fut celle de la compétition à la couronne de France de la part des rois d'Angleterre entre 1537 et 1 fôo. La sanglante lutte de ces deux souverainetés montra tout ce qu'il y a de désastreux pour les peuples dans l'abandon du grand principe du sacrifice religieux imposé à la royauté. L'armée de la chevalerie maritime internationale continua seule les traditions de la croix civilisatrice protégeant la circulation chrétienne étalée sous les pavillons les plus variés.

Heureuse Tépoque où Ton appliquera de nouveau toutes les armes de la civilisation de la croix au refoulement de la barbarie ! voilà le but que les peuples devraient assigner à Tambition et à la soif de gloire militaire qui .tourmente trop souvent les souverains.

Les nobles exhortations d'Urbain II, contenues dans la mémorable harangue du concile de Clermont, ne s'adressent plus aux barons, mais elles s'appliquent encore aux monarques ambitieux.

La belle transformation des institutions politiques, réalisée pendant la quatrième période, n'a été que l'application toujours nouvelle et toujours féconde du grand principe du SACRIFICE chrétien si bien représenté dans Tordre carthusien.

Cet ordre, en conservant l'idéal du sacrifice à l'abri do toute altération, aurait donc déjà, et par cela seul, bien mérité de la civilisation.

Ici, cependant, le mérite est allé plus loin, puisque le fondateur carthusien a uni son impulsion personnelle à l'action sociale pour en faire sortir Tordre public, une des plus grandes manifestations du principe civilisateur chrétien.

Si Ton ne savait pas que le souverain pontife, promulguant la croisade, était inspiré par les anciennes leçons et guidé

par les récents conseils de saint Bruno; oq le reconnaîtrait bien au palronage de la Vierge Marie invoqué pour la croisade, et aux grands principes de pacification intérieure qui furent proclamés. Le concile deClermont représentait rËcole de Bruno absent et remplacé par ses disciples. Il l'avait préparée des 1093, par une alliance matrimoniale ménagée en Italie, avec une incomparable habileté. Les armes du prince normand de la Sicile s'unirent ainsi à celles de Conrad, pour permettre au pape de laisser ritalic pacifiée. C'était la comtesse Mathilde qui était le négociateur apparent, mais c'était Bruno qui était le vrai diplomate des princes normands... Ceux-ci allaient jusqu'à prendre Bruno pour parrain de leur enfant.

Depuis la proclamation de Clermont, la pacification s'est établie au dedans à un degré inespéré. Maintenant la chrétienté jouit du bonheur de l'ordre publia et du droit des gens appliqué sur terre et sur mer sans savoir d'où il lui vient. Cet ordre intérieur, cette paix dans les campagnes sont sortis des monastères pour s'épancher sur la société comme la lumière diffuse... On marche à sa lueur sans discerner le foyer d'où elle est partie.

Mais si nous sortons de notre société chrétienne pour parcourir les parties de l'Asie où l'un des divertissements populaires consiste à livrer de pauvres enfants à la dent des tigres, où les plus humains se contentent de jeter les enfants vivants dans des puits; si l'on aborde ces parties de l'Afrique, où Ton adore des fétiches, où un pa$se4einp$ royal est de voir tomber des milliers de tètes sous le fer des bourreaux; et où l'on organise des chasses d'hommes pour trouver des esclaves à vendre, alors nous nous faisons une idée des déplorables calamités, des horreurs que fait naître encore l'esprit brutal de l'égoïsme idolâtre. Alors on conçoit tout ce que nous devons, dans notre société actuelle, à l'esprit de

Page 1