PARENTÉ DE SAINTE ROSELINE
plusieurs saints et avec les grands personnages conte
Vers l'an 1140.
RAYMOND DE VILLENEUVE, fondateur de la maison de Villeoeuvc eo ProTcnce, f 1182.
GénAUD I*',
époase Asturge. f 1236.
GilUITD II.
ousc Philippine d'Esclapon.
ne d'Ampu».
ItATMOMD,
premier évAque de Gra^i>c, en 1248.
aud,
Géraud-AitXAUD II,
fouilateur de la Chartreu!»e de Cellc-Roubaud,
épouse Sibille-Burgolc de Sabran,
père de S" Itoseline. f 1307.
HoGt épouse 1
Fondateu
Villent
représent
dei
I* Bargei
Makill,
dame
deChabaud.
BéATHlX ,
garde SI TÎrginilc.
AAiNAUU m, UâLioif,
épouse Rixande (le grand-maître des
Cadenet ,
membre de
l'Académie des
dames poètes.
tl338.
cheTaliers
de Saint -Jean de
Jérusalem.
llAkauEHiTE Chartreuse, assiste au décès de S** Roseline.
HÉLIÛN .
seigneur des Arcs, de TraHs
et de Flayosc, f 1365.
Continue la branche,
qui
se divise en trois rameaux :
1* des Ares; 2* delrans;
3* de Flayosc.
Cette dernière seule exibte
encore dans
la lignée masculinci
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DE SAINTE ROSELINE. 385
l'iode où le tronc de Villeneuve se divisa en (rois familles principales :
(1) Vence,
(2) Bargemont,
(3) Arcs-Trans-Flayosc.
Cette dernière famille forma le tronc primitif qui a produit sainte Roseline.
Ces branches, développées par une végétation luxuriante, ont couvert de leurs vingt-huit rameaux tout l'ensemble de la Provence. Roseline appartient bien à toute cette contrée, car il y a du sang Villeneuve dans presque toutes les familles dont r histoire locale a conservé les noms.
Le sang maternel, donné à Roseline par Sibylle de Sabran, iille de C^ile d'Agoult et d'Ëlzéar de Sabran, la rattachait, d'un autre côté, aux plus hautes illustrations de la contrée.
La maison de Sabran est venue de Languedoc en Provence ; illustre dans cette première province, elle y a possédé la seigneurie dTzès et la baronnie de Sabran, près d*Uzès. Elle a possédé la charge de connétable sous les anciens comtes de Toulouse. En Provence, elle a occupé une partie du comté souverain de Forcalquier; à Naples, dotée des comtés d' Ariane et d'Apici, elle a exercé les plus hautes fonctions de TEtat. Grands maréchaux, gouverneurs généraux du royaume, grands sénéchaux, cardinaux de l'Ëglise, les Sabran ont obtenu toutes les dignités politiques et religieuses de Naples.
Cinq familles de Villeneuve sont inscrites sur la charte de Raymond Borel, qui régnait à Barcelone vers Tan 1015; — familles dont l'origine serait rapportée au temps de Charlelemagne, lorsque la croisade espagnole s'établit sous la direction du héros légendaire catalan.
Garma donne les armes de Villeneuve-Catalans. Une de ces familles offre les six lances croisées caractéristiques des armes de Villeneuve de Provence.
Après leur début brillant auprès de Barcelone, les Villeneuve de Catalogne, vers le milieu du treizième siècle, illus-
28i; NAISSANCE
trèrent leur nom par les services rendus dans la conquête de Valence,
Un passage de Don Quichotte se rattache à la grande illustration acquise par les Villeneuve en Espagne. Dans un entretien avec Sancho, le héros de la Manche, expliquant à son écuyer la noblesse de la famille de Dulcinée, avoue que sa dame n'est pourtant pas d'un sang aussi noble que les Requesetis et les Villeneuve.
A laquelle de ces diverses familles de Villeneuve se rattache la noblesse de Roseline? 11 parait bien probable que c'est à la maison qui portait en Catalogne les mêmes armes que les Villeneuve de Provence que Torigine commune doit être rapportée.
Or ces Villeneuve ayant, en Catalogne, les armes de Villeneuve de Provence, sont les Villeneuve d'Elna. — Et par conséquent, ce sont les seigneurs qui devinrent les défenseurs de la trêve de Dieu dès le synode de 1047. — C'est une des illustrations religieuses qu'il est surtout honorable de rappeler en parlant des ancêtres de sainte Roseline.
Ceux qui s'empressèrent de prendre une place distinguée dans les rangs des chevaliers défenseurs de la trêve de Dieu, institution civilisatrice dont saintBruno fut un des plus ardents propagateurs, étaient dignes de donner le jour à la sainte fille deBruno,dont là viefutune lutte constante contre la piraterie et une perpétuelle aspiration vers le triomphe de la croisade.
Dans des temps antérieurs, dès la première et grande croisade de 1096, un Guillaume de Sabran, désigné simplement sous le nom de chevalier Guillaume^ suivit Télendard du chef militaire de la glorieuse expédition du comte de Toulouse, réputé l'intrépide et le sage parmi les autres illustres guerriers.
Lorsqu'en 1098, le comte de Toulouse escalada un des premiers les murs de Jérusalem, il avait à ses côtés ce Guillaume de Sabran.
Dans cette famille, il y avait donc, depuis déjà longtemps, de la vertu et de l'illustration chrétienne, lorsque Garsende Sabran devint Tépouse du comte de Provence et fut mère de Raymond Bérenger IV.
DK SAINTE ROSELINE. 287
Elzéar de Sabran, père de Sibylle, dame de Villeneuve des Arcs, était oncle de Marguerite de Provence, reine de France;
De sainte Éléonorc de Provence, reine d'Angleterre ;
De Sanche de Provence, reine des Romains.
El enfin de Béalrix, comtesse de Provence, reine de Naples.
Grâce à Thabile politique de Romée de Villeneuve, le sang des Sabran s^était versé sur de belles couronnes.
Les Sabran et les Villeneuve avaient-ils dans leurs points de départ, dans leur première patrie, quelque chose de commun ? Toujours est-il quMIs se trouvèrent constamment sous le même drapeau; ensemble hostiles, ensemble dévoués aux souverains de Provence... et Palliance de Sibylle de Sabran avec Arnaud II de Villeneuve devint, entre ces deux familles, un nouveau trait d'union. Aussi les vit-on ensemble participer à la conquête, à l'administration et aux grandes dignités du royaume de Naples.
Enningaud de Sabran, créé comte d'Ariano et père de saint Elzéar, fut nommé grand juge des Deux-Siciles ; tandis que Arnaud de Villeneuve, beau-frère d'Ermingaud de Sabran et père de sainte Roseline, était nommé chancelier des Deux- Siciles et commandant de Naples.
Les dignités et les mœurs pieuses des deux chefs de famille étaient semblables, les mêmes faveurs des princes de la terre et les mêmes bénédictions du ciel descendaient sur leurs lignées !
Des affinités plus solides que celles établies pur les dignités humaines firent apparaître la sainte comme le point brillant d'un lumineux groupe de personnages vertueux.
C'était comme une éclatante constellation que formèrent, autour de Roseline, ses frères :
Elzéar, évèque de Digne, mort en odeur de sainteté ;
Hélion de Villeneuve, le vertueux et l'heureux gouverneur, le grand maître réformateur des hospitaliers, désigné par le pape lui-même pour le grand magistère ; Hugues de Villeneuve, illustre docteur franciscain; Sa sostir, Sanche de Villeneuve, devenue chartreuse ;
Sa tanlCj Jeanne de Villeneuve, première prieure du couvent carthusien de Celle-Roubaud ;
Son onde germainy Guillaume de Sabran;
Son cousin germain, Reynaud de Porcelet; tous deux successivement évéques de Digne, et ce dernier vertueux jusqu'à la sainteté;
EnOn, SON cousin oERMiiiN, le chaste saint Elzéar de Sabran, répoux de sainte Delphine.
La brillante couronne de cette sainte parenté rayonne plus haut encore I
Le saint et illustre pape Urbain V, que Téclat de sa science signale autant que celui de ses vertus, était fils d'Emphélise de Sabran, sœur consanguine de saint Elzéar; Uélissaire de Grimoardy général des chartreux, mort en odeur de sainteté, était fils de Maurice de Grimoard, frère d'Urbain V,
Saint LouiSj évéque de Toulouse, fils aine du roi Charles 11, représentait la quatrième génération descendue de Garsende de Sabran, et par cette princesse il était lié aux familles de sainte Roseline et de saint EIzéar.
Tous ces personnages religieux n'étaient pas encore un cortège suffisant pour sainte Roseline ! Ne pouvait-elle pas invoquer dans saint Louis, roi de France, dans sainte Éléonore, reine d'Angleterre, un saint et une sainte auxquels, sous leur pourpre royale, sa mère. Sibylle de Sabran, appliquait le titre d'une proche parenté? Ainsi des saintetés illustres, groupées jusqu'au nombre de neuf, confondaient leurs auréoles avec celle de notre sainte. Au-dessus d'elle, dans ses aïeux; autour d^elle, dans ses proches; au-dessous d'elle dans ses neveux : partout la sainte allait trouver des coopérateurs pour l'aider à la conquête des plus précieuses couronnes célestes. Elle voulut se montrer digne de la pieuse noblesse dont les gloires religieuses exaltèrent sa belle âme, et à de telles armoiries elle ajouta le fleuron le plus gracieux.
Empressons-nous de le proclamer, Roseline a rendu à ses ve veux bien plus qu'elle n'avait reçu de ses ancêtres. Si, au
DE 6AINTE ROSELINE. 289
milieu des anciennes familles de Provence, il en esl une qui bc distingue par de nombreux représentants, tandis que les rameaux de tant d'autres sont diminués ou que les tiges mêmes en sont desséchées, n'est-ce pas à la vertu delà vierge de Celle-Roubaud que Ton peut attribuer la durable fécondité du sang Villeneuve? Roseline n*a-t-ellc pas privilégié ainsi sa propre maison de quelque chose de la merveilleuse durée de son propre corps? si le vice a sa contagion dissolvante, la vertu ne reçoit-elle pas de Dieu un baume qui communique la conservation ?
Ne trouvons-nous pas dans le groupe où sainte Roselinc occupe une place distinguée, un bien plus important résultat que celui de la glorification d'une sainte isolée et que Tillustration d'une seule famille?
Dans ce magnifique trophée de couronnes aristocratiques et royales mêlées à l'éclat des croix épiscopales et de la tiare pontificale, dans ce brillant monument des victoires chrétiennes remportées par l'aristocratie du moyen âge, ne voiton pas la sublime folie de la croix entraînant les heureux de la terre vers l'héroïsme du sacrifice pour en faire jaillir l'affranchissement et la félicité des serfs? Ce sont des matfr^« que l'amour divin transforme en serviteurs.
Tout ce patriciat, s'il eût été païen, aurait trouvé sa suprême gloire à se dévouer pour établir l'orgueilleuse et dure domination de sa patrie et à faire les autres peuples esclaves de la cité triomphante. Mais, grâce à l'esprit chrétien, le dévouement s'élève ici à de plus hautes aspirations, et dédaignant même les fumées égoïstes de la gloire, il demande de s'immoler pour tous, pour l'affranchissement et le bonheur de l'humanité, à partir de ses membres les plus abjects et les plus méprisés.
C'est ainsi que, dans cette noblesse si jalouse de la transmission de son sang, nous allons voir Roseline se faire l'apêtre du célibat jusqu'à le faire accepter par sept frères et sœurs ; tandis que saint Elzéar portera le sacrifice de sa race jusqu'à renoncer avec Delphine aux privilèges du mariage et
à la gloire de perpétuer sa lignée.
Tout ce cortège de nobles saints disputant entre eux d'amour pour les pauvres, pour les infirmes, nous montrent Télite de rarislocralie imitant le sacrifice de l'Homme-Dieu sur le Calvaire. Les héros chrétiens en donnant tout à Dieu, leurs personnes, leurs familles, ont tout fait pour le bonheur des hommes.
L'imitation du sacrifice de THomme-Dieu sur le Calvaire a été féconde en prospérités humaines.
Notre tableau généalogique permet de suivre toutes les filiations et toutes les parentés de sainte Roseline qui viennent d'être exposées.
Les BoUandistes, en donnant plusieurs variantes sur les parentés, les terminent en déclarant que tous les doutes, toutes les incertitudes seront dissipés par la publication des détails généalogiques possédés par la branche de Yilleneuve- Flayosc.
C'est précisément l'extrait de cette généalogie que nous venons de donner. Nous y avons seulement ajouté les détails relatifs à la maison de Sabran extraits de la généalogie que nous a obligeamment communiquée M. le duc de Sabran- Pontevès.
Les documents historiques de Papon, de Bouchey de Nostradamus ont complété les notions relatives à ces temps reculés.
La génération à laquelle appartient sainte Roseline est précisément celle sur laquelle un érudit d'un grand mérite a fait naître une difficulté assez grave, par l'exhibition d'un projet de testament d'un Géraud de Villeneuve, de 1281; ce document n^offre qu'une confusion de noms et de .dates, et il ne peut pas être pris en sérieuse considération. La note que nous donnons à ce sujet résume nos laborieuses recherches sur cette partie de l'histoire de sainte Roseline.
La moins connue et la plus intéressante des affinités religieuses est celles qui unit sainte Roseline au saint pape quia été la gloire des chapitres de Saint-Victor, de Marseille; l'af* finité religieuse et la parenté qui unissaient sainte Roseline à saint Urbain V a été découverte par nous sur l'indication
DE SAINTE ROSELINE. 291
à nous faite par le savant abbé Albanès de nous livrer à. cette recherche.
Urbain Y reçut en naissant la première bénédiction de saint Elzéar de Sabran, qui appela à la vie l'enfant prédestiné lorsqu'il se présenta au jour sans mouvement, et, dit la légende, comme une masse informe de chair.
Comment saint Elzéar de Sabran fut-il appelé à assister à cette naissance?
Saint Elzéar était fils d'Hermingaud de Sabran, qui avait en premières noces épousé Laudune d'Albe.
Hermingaud, devenu père de saint Elzéar, épousa après son veuvage Alix du Baux, dont il eut Guillaume de Sabran... et plusieurs filles^ entre autres Emphélise^ qui plus tard épousa le baron de Grimoard; celui-ci rendit Emphélise mère de saint Urbain.
Saint Elzéar de Sabran était donc oncle consanguin et non utérin de saint Urbain. Saint Urbain tenait donc par sa grand'mère du sang des princes souverains du Baux; et par sa mère, il avait directement le sang des Sabran. Sainte Roseline de Villeneuve était gouseke germaine de saint Elzéar de Sabran et de la mère de saint Urbain. Ce n'était pas assez pour sainte Roseline d'être parente de saints rois, de saints évéques : elle a été unie encore par le sang à un des plus grands pontifes souverains; il y avait un magnifique concours de dignités politiques et de grâces religieuses dans cette génération de saints.
D*après d'anciennes autorités, Roseline aurait reçu à son baptême le nom de Jeanne, qui aurait été changé en celui de Roseline, en mémoire de son miracle du pain changé en roses.
Les auteurs qui produisent cette affirmation sont l'historien de Provence, Bouche, et les pères chartreux dom Amable et dom Trovillas, ce dernier prieur du Bon-Pas en 1681.
La notice insérée dans le Bréviaire de Fréjus et la tradition que Du Uaitze qualifie de vulgaire, concordent avec Tasser*^ tioif de Bouche^ de dom Amable et de dom Trovillas.
Mais dom Jean Chauvet^ secrétaire élu par le chapitre général de la Grande-Ctiartreuse en 1667, et avec dom Chauvet^ profès de la chartreuse de Villeneuve, dom Léon Levasseur et dom Charles LecouteuXy démontrent tous que noire vierge carthusîenne n*a jamais été inscrite dans les registres de Tordre autrement que sous le nom de Roseline.
Les Pères doms Levasseur et Lecouteux avaient été délégués par le chapitre général des chartreux pour coUiger les matériaux historiques de Tordre en 1672. Ils avaient donc une autorité officiellement établie. Avec eux est d'accord Jean Chauvet^ le secrétaire général des chartreux, homme trés-versé dans Thistoire, appelé par dom Léon Levasseur un censeur inexorable fait pour discipliner l'ordre tout entier.
Les premiers renseignements qui donnent à Roseline le nom de Jeanne ont été fournis par dom Amable ; Bouche et Trovillas ne sont que les échos de dom Amable.
Dom Chauvet réfute victorieusement Amable, et les assertions de Lecouteux et de Levasseur sont des appuis solides acquis à dom Chauvet. Pour les chartreux, la question est donc pleinement résolue, jamais le nom de Jeanne n'a été ofliciellement donné à Roseline.
Dom Chauvet, censeur si clairvoyant, ne manque pas de signaler la cause de Terreur propagée par dom Amable.
On a vu, dans un catalogue des religieuses bienheureuses de Tordre établi à Prémol, qu'il avait existé une chartreuse professe de Bertaud dont le corps avait été trouvé sans décomposition cinquante ans après sa sépulture... Or Jeanne ou Diane de Villeneuve était professe de Bertaud, prieure à Celle-Roubaud, son corps a été assez conservé, elle était vertueuse..., à tous ces titres, on Ta confondue avec Roseline. Les personnes peu instruites pouvaient-elles penser que deux prieures successives de Celle-Roubaud ayant tant de points de ressemblance formaient deux personnes distinctes?
C'est pourtant cette distinction qui est la vérité, et Jeanne de Villeneuve a été le précurseur de Roseline de Villeneuve.
La question est résolue par les chartreux, nos meilleurs guides. Roseline a reçu ce nom dès son jeune âge, et elle a
DE SAINTE ROSEUNE. 29"!
eu ce nom comme la prieure de la Celle en H95, cessiounaire de ses droits au monastère de la Yerne, comme une Roseline de Fox, abbesse de Lamanare en 1 334 (Gallia christiana) .
Plusieurs variantes du nom de sainte Roseline sont répandues dans le public.
On l'appelle Rossoline, Rosseline et Roseline : quel est celui de ces noms divers qui fut donné à notre sainte le jour de sa naissance? Telle est la question que se sont posée les historiens, les BoUandistes, Duhaitze? Ces écrivains ont judicieusement observé que le nom de Rossolin, Rosselin, a été assez fréquemment donné à des personnages historiques; nous ajouterons qu'il existe des familles en Provence et en Italie, dont lorigine remonte à cinq siècles et dont le nom' de Rosselli justifie cette observation.
Peut-on méconnaître, d'un autre côté, que les noms de Rose, de Rosule, de Rosalie, ont été aussi, depuis longtemps, honorablement portés? Le nom de Roseline, dérivé de Rose et de Rosalie, n'a donc rien de surprenant. Si les titres manquent, nous n'avons qu a constater un fait : quel est le nom sous lequel notre sainte a été plus tard désignée? Le nom provençal et populaire de la sainte est Rossoline. Le Bréviaire (le Fréjus, les historiens Duhaitze, Papon, Lombard elle testament de Louis, premier marquis de Trans, reproduisent ce nom.
Hais le plus minutieusement fidèle des historiens provençaux. Bouche, écrit Rosseline, et c'estle nom reproduit par les plus autorisés des hagiographes, par les Bollandistes.
D'autre part, Roseline est le nom écrit dans la généalogie de la parenté la plus immédiate de la sainte par la généalogie de la branche Arcs-Trans-Flayosc. Roseline est aussi le nom adopté par l'ordre des chartreux qui, plus que tout autre, possède le droit de baptiser la sainte par lui engendrée à l'Église. Roseline est inscrite sur les médailles des chapelets des chartreux frappées dans le dix-septième siècle. La sainte chartreuse s'y trouve représentée sur le revers opposé à Teffigie de saint Bruno.
Le même nom est tracé sur le procès-verbal enfermé dans
la châsse de la sainte relique, depuis 1619, c'est-à-dire sur un des plus anciens documents que nous possédions. — On peut dire que Roseline est si bien le nom littéraire de la sainte, que Ton retrouve à la fois ce nom sur la carte de Cassini qui a figuré l'emplacement du monastère de Celle- Roubaud et sur le grand dictionnaire de Moreri.
A l'époque où naquit sainte Roseline, l'orthographe catalane faisait loi dans la grammaire provençale, et d'après cette orthographe, on prononçait deux s en n'en écrivant qu'une; ainsi l'écriture du temps justifie la maniôrç d*écrire que nous avons préférée pour le nom de notre sainte ^
On peut donc invoquer de grandes autorités pour chacune des trois désignations et la liberté du choix est à peu près complète entre le nom provençal et le nom religieux et littéraire.
Les considérations suivantes nous paraissent déterminantes.
La charité est la vertu caractéristique de* notre sainte étudiée dans sa vie extérieure, et la manifestation la plus éclatante, la plus populaire de cette vertu est dans le miracle des roses. La peinture, la sculpture et la gravure la plus ancienne de la sainte la représentent constamment ouvrant un tablier plein de roses : c'est aussi la légende principale consacrée par les vieux cantiques; avant sa naissance, sa mère voyait apparaître sa fille comme une rose sans épine; 5 sa mortj c est encore le parfum de la rose qui trahit la vertu de sa relique. Ici donc, la rose est partout : à la naissance, dans la ji^et à la mort.
Toutes les Iraditions expressives, tous les emblèmes de notre sainte se reflètent dans l'image gracieuse de la reine des parterres I
Peut-on hésiter à adopter le nom qui, dérivé de la même fleur, offre le résumé de toute l'histoire de la sainte chartreuse?
' Le nom de la province de RouuUhn 8*écrit en catalan RoselUm : les souverains catalans de la Provence avaient porté en cette contrée, dans le douzième siècle, l'orthographe de leur patrie.
DE SAINTE ROSELINE. 295
Si le nom de Roseline ne lui avait pas été donné, ne faudrait-il pas l'inventer, comme la meilleure armoirie parlante de notre sainte?
L*expression énergique des traditions et Pimage vulgaire du miracle le plus éclatant des saintes, ne doivent-elles pas être prépondérantes dans le choix de leur nom?
N'avons-nous pas le droit d'appeler Roseline celle qui fut la ROSE du désert cartlmsien? comme nous avons certes bien raison, oubliant le nom de Simon Barjona^ d'appeler Pierre TapAtre fondateur de l'édifice solide, indestructible, qui constitue I'Êguse?
Dés la naissance de Roseline, une éclatante auréole, couronnant sa tête, illumina les yeux de son père, lorsqu'il venait déposer sur son enfant le premier baiser.
La population des Arcs montre encore aujourd'hui avec bonheur la croisée romane qui, d'après la tradition locale, aurait appartenu à la chambre de la nourrice de sainte Roseline. De sympathiques souvenirs s'y attachent. L'impression générale de la délicate pudeur de Roseline encore enfant est restée si grande, que l'on a cru pouvoir discerner les gracieuses efflorescences de<;ette vertu jusque dans les mouvements dominés par les premiers besoins. Il semblait que l'enfant exigeait un voile pudique sur le sein où elle puisait le lait... Quelle est la chasteté virginale qui a jamais été honorée d'une telle légende? Le parfum de la pureté de Roseline était bien digne de Tordre virginal, qui exclut la moindre tache de conduite et d'origine, qui repousse même la viduité.
Les juvéniles élans de la piété allaient croissant dans l'enfant progressivement initiée à la vie chrétienne : des ravissements célestes se retraçaient sur ses yeux transparents et sur ses traits enfantins. Le jour de sa confirmation, l'évêque de Fréjus vit briller une lumière surnaturelle sur le front de Roseline, à peine âgée de sept ans.
Ses premiers ébats furent de bonnes œuvres, et ce fut surtout l'amour des pauvres qui embrasa son jeune cœur.
La timide, Tûbéissante jeune fille devenait hardie, entre-
3% NAISSANGK
prenante; presque audacieuse pour soulager les besoins des indigents et les souffrances des malades : elle alla jusqu'à de pieux larcins, jusqu'à des témérités.
Les provisions de pain de la maison seigneuriale disparaissaient avec une inexplicable rapidité; par les mains de Roseline, elles étaient secrètement distribuées aux pauvres. Les serviteurs du château, responsables des aliments placés sous leur garde, dévoilèrent au père la charilable voleuse. Ce père chrétien, que nous avcms caractérisé déjà par sa libéralité presque excessive, heureux de découvrir tant de vertus dans sa fille, voulut la mellre à une sérieuse épreuve.
Un jour, à la porte du château, des pauvres pressés par la faim implorent du pain, Roseline les entend et le père feint d'être sourd à leur prière. Roseline accourt pour leur distribuer les aliments dont elle a rempli son tablier. Le père caché s élance au-devant de sa fille, et avec une sévérité simulée : « Que portez-vous là?» dit-il à Roseline... c< Mon père, ce sont des roses fleuries; » et ouvrant son tablier, elle étale de magnifiques bouquets de roses. Le père, ravi de la sainteté de sa fille, se retourne vers ses serviteurs, leur intime cet ordre :
« Désormais, on la laissera faire, y^
Toutes les douleurs touchaient le cœur de Roseline. Les malades, les affligés voyaient entrer dans leurs réduits cet ange consolateur; et leurs tourments étaient apaisés par un charme divin. Rien ne répugnait à son ardeur de guérir; d'une main que la tendre piété rendait habile et légère, elle pansait sans exciter la souffrance les plus cuisantes blessures, les plaies les plus repoussantes; les humeurs contagieuses étaient touchées sans crainte, la contagion ne pouvait l'atteindre. 0 prodige de la charité courageuse ! les lèvres délicates de la jeune fUle sans souillure faisaient disparaître à jamais les impuretés des ulcères !
Mais où puisait-elle donc un si brûlant dévouement? d*où lui venait une charité si intrépide?
En établissant tout près du château un monastère de chartreuses, en appelant leur sainte sœur Jeanne de Villeneuve
DK SAINTE ROSELINE. 297
à la télé de ce monastère, en se faisant les hôtes empressés des chartreux de Laverne et de Montrieux, en accueillant sans cesse les ëvéques, les dignitaires religieux dans leurs inspections et leurs pèlerinages, les parents de Roseline n'avaient-ils pas mis en présence, en communication avec leur fille, tout ce qui pouvait stimuler, enflammer son dévouement chrétien?
Que pouvaient être les conversations fréquentes de Roseline et de la prieure de Celle-Roubaud ! les ardeurs de l'amour divin, rhéroîsme de tous les sacrifices n'étaient-ils pas les derniers mots de tous ces entretiens?
Roseline, sanctifiée déjà par tant de bonnes œuvres, déjà miraculeuse dispensatrice des grâces célestes, ne pouvait plus trouver d'amour charnel digne d'elle. Âtnée des enfants d'Arnaud et de Sibylle, elle s'était déjà acquittée envers ses jeunes soeurs et ses frères enfants des devoirs et des soins intérieurs de la famille, elle avait déjà payé les dettes terrestres : elle aspirait à jouer librement des ravissements de Tamour divin ; la beauté sans tache, infinie, voilà ce qu'elle voulait posséder ! . • .
L'enthousiasme des jeunes années est magnifique, mais il est quelquefois éphémère, parce qu'il est inexprimenlé. U faut qu'il soit éprouvé ; cette épreuve est un devoir des parents chrétiens, qui doivent écarter toute chance d'engagement religieux irréfléchi, suivi quelquefois de tristes conséquences et de regrets amers. Les parents de Roseline ne manquèrent pas à cette pénible partie de leurs devoirs religieux.
Beaucoup d'offres brillantes furent faites à la jeune fille : un des descendants de Romée de Villeneuve, qui obtint comme son aieul la première dignité du pays, avec le titre de grand sénéchal, fit demander en mariage la fille du château des Arcs ; mais Roseline répondit qu'elle cédait tous ses droits à l'une de ses quatre sœurs (Sanche, Uranie, Béalrix et Habile); qu'elle-même, consacrant à Dieu sa virginité dans un monastère de chartreuses, serait plus utile à sa famille par le secours de ses prières...; qu'elle implorait la permis-
^2!m NAISSAINCE
sion d'nller se former aux .connaissances et aux pratiques carthusiennes dans la maison de Bertaud.
Dom Bruno, prieur de la chartreuse de Montrieux, reçut la confidence de la ferme résolution de Roseline et fut chargé de faire comprendre aux parents que la détermination de leur iille était aussi réfléchie qu'irrévocable ; le vœu fut écouté... il faillit l'exécuter...
Le monastère des chartreuses de Bertaud, plus surveillé par les saints cénobites de la Grande-Chartreuse et de Durbon, otTrait plus de ressources pour l'éducation religieuse que la nouvelle chartreuse de Celle-Roubaud. Là était enregistré le nom des professes ; là était le livi-e nécrologique où s'inscrivaient les décès de toutes les professes de la maison.
A celte époque où les maîtres et les moyens d'acquérir les connaissances littéraires étaient si rares, que la dépense destinée à l'achat des livres pour l'instruction d'un clerc tenait une place dans les legs du testament d'un très-grand seigneur, les chartreuses trouvaient réunis, à Bertaud seulement, les moyens convenables d'enseignement des lettres sacrées. — Les historiens qui, guidés par les seules appréciations des convenances de voisinage, ont. aflirmé que Roseline avait pris l'habit de professe à Celle-Roubaud ignoraient que dom Charles Lecouteux avait vérifié les registres carthusiens attestant rentrée définitive en religion de notre sainte dans la maison de Bertaud. Mais cette maison était bien éloignée du château des Arcs, et un grand voyage pour une jeune fille de quinze ans était encore, au treizième siècle, une entreprise difficile et dangereuse! Romée de Villeneuve, le grand sénéchal de Provence, obligé d'exiger et d'établir en Provence l'ordre public, au nom et avec les armées du prince, ne faisait-il pas dans son testament l'aveu de sept restitutions et expiations dues pour violences commises par ses gens sur des voyageurs et même sur des biens d'Église? Dans de telles conjonctures, les parents de Roseline ne devaient-ils pas hésiter à lui laisser entreprendre une si grande et si épineuse excursion?
La Providence y poui'vut.
DE SAINTE ROSELINE. 299
En 1278, Josselin, évéque d'Orange, au retour d*un pèlerinage fait au tombeau des saints apôtres de Rome, reçut l'hospitalité d'Arnaud de Villeneuve. Roseline, toujours plus ardente dans ses pieux désirs, en présence des retards et des difficultés, prit Tévéque Josselin pour protecteur, comme elle avait pris le prieur dom Bruno pour avocat. L'évéque aplanit toutes les difficultés, en déclarant qu'il se chargeait de faire arriver sans danger la noble postulante jusqu'à la chartreuse de Saint- André de Ramires, monastère de dames placé aux confins de son diocèse, au delà du mont Ventoux, le géant des montagnes de Provence, et dans la pittoresque vallée de TOuvèsc. De Saint-André à Berlaud, les saintes maisons, multipliées comme des grains de chapelet et visitées par de nombreux messagers religieux, établissaient des communications multipliées et bien sûres.
Les meilleurs moyens de voyages étaient offerts par les monastères, jouissant des droits d'asile privilégiés par les canons de la trêve de Dieu, et offrant toujours des hospices disposés pour accueillir les voyagent s des deux sexes. Si, pour les voyages de la période actuelle, les circuits des chemms de fer sont les signes les plus convenables, malgré leurs sinuosités, les séries des maisons religieuses, malgré leurs détours, formaient les étapes obligées des voyages du treizième siècle. C'est bien ainsi que saint Louis et Marguerite de Provence, partant pour la graitde croisade de 1248, étaient venus prendre gîte dans le monastère de Cluny.
Donc, la route la plus sûre pour parvenir à fiertaud était en même temps un touchant pèlerinage dans lequel on passait successivement du monastère de la Celle de Brignoles à celui Saint-Maximin, à révéché d'Aix, au grand hospice des frères Pontifices de Bonpas, près d'Avignon, religieux protecteurs et constructeurs de routes qui faisaient le triple office de gendarmes, de pontonniers et d'hospitaliers; de Bonpas au centre des grands établissements religieux d'Avignon, puis à l'évéché d'Orange, puis à la maison des chartreuses de Saint-André de Ramires. De cette chartreuse à Val Sainte-Marie, se trouvait, en contact presque immédiat.
un groupe de maisons religieuses placées sous la direction de Tabbé de l'ile Barbe à Lyon et sous la protection militaire des seigneurs d'Âgoult, barons de Sault; par sa grand-mère, Cécile d'Agoulf, dame de Sabran, Roseline se rattachait aux barons de Sault. Dans toute cette contrée, connue sous le nom de vallée d*Oulle, la pieuse postulante trouverait donc
la double faveur des secours des maisons religieuses et des
privilèges de la parenté féodale
L'évoque d'Orange, en offrant de conduire Roseline jusque à Saint-André de Ramires, avait fait évanouir toutes les craintes, avait éliminé toutes les difficultés du voyage : cette excursion, sous ses auspices, allait devenir un enseignement constant de pieuses et intéressantes traditions, une source d'instruction et de mérites. La pieuse voyageuse dut se mettre sous la protection de l'habit religieux , couverte de la grossière étoffe de postulante, qui contrastait avec la délicatesse de ses traits; elle comprima les soupirs et les intimes douleurs de la première séparation de famille eldu perpétuel abandon de la maison paternelle. .
Dieu sait quels furent les déchirements, les sanglots qui éclatèrent dans le château et dans le bourg des Arcs, quand le moment des adieux fut venu ! Les pauvres étaient inconsolables, ils perdaient leur providence.
Le père, qui avait vu le miracle de sa sainte fille, et sachant bien qu'elle marchait vers le ciel, lui donna sa bénédiction mêlée de ses larmes.
La mère chrétienne serra contre son cœur cette rose sans épine qui faisait sa joie et son orgueil, et dont elle offrait à Dieu désormais tout le parfum. Et les sœurs et les frères, qui perdaiétit leur meilleure amie, couvrirent de leurs baisers celle qui leur enseignait si bien à aimer et à prier Dieu! Roseline, si habile à sécher les larmes de la souffrance, était bien étonnée de se trouver impuissante à arrêter les larmes de l'amour... Mais celles-là, il fallait bien les laisser couler!
La jeune fille cependant reprit sa force d'âme, elle se mit en marche vers le lieu où devait s'accomplir le sacrifice, comme on marche au triomphe : l'évéque d'Or'ange, guidant
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et protégeant la belle et sainte fille, était un nouvel ange Raphaël menant le jeune Tobie vers le lieu où Dieu lui destinait une épouse fidèle et bien-aimée.
Les impressions du voyages commencèrent dès le monastère de la Celle de Brignoles, où Roseline retrouvait le sou. venir de son bisaïeul donnant son concours au souverain qui, en 1167, dotait la maison des religieuses bénédictines.
A Saint-Maximin, Témotion était grande, dans le monastère des bénédictines, cherchant avec sollicitude, diaprés les ordres du prince héritier du trône, les traces des reliques de sainle Madeleine cachées depuis la grande invasion sarrasirie qui avait précédé le glorieux régne de Charlemagne.
Roseline admirait de loin les grands rochers de- la sainte Beaume, sublime autel de pierre sur lequel la sœur de Lazare avait immolé sa beauté et accompli des prodiges de pénitence. Dans sa modestie, la noble lille des Arcs se trouvait bien loin de tels exemple*^, et pourtant elle aussi avait déjà beaucoup aimé, elle aussi allait s'immoler avec intrépidité, et elle n'avait pas péché!
A Aix, chez le prince de Salerne, fils et représentant du souverain de Provence et descendant, lui aussi, d*une dame de Sabran, ne devait elle pas trouver l'accueil réservé à une parente, à une nièce, à la fois du grand Romée et du grand justicier de Naples? Là, pour la première fois, Jacques d'Euse, le savant et pieux chanoine, qui devint successivement l'évoque de Fréjus et le pape Jean XXII, et la future prieure de Celle-Roubaud purent se rencontrer. Le chanoine aimait aussi les pauvres, et il composait pour eux un recueil médical pour mettre à leur service sa pieuse science, comme Roseline leur donnait son cœur et ses soins. Jacques d'Euse, instituteur des fils du prince et insinuant au jeune Louis d'Anjou la piété qui l'éleva jusqu'à la sainteté, devait paraître bien vénérable et sympathique à celle qui allait chercher la science et la piété jusqu'aux montagnes de Bertaud.
A Aix, dans l'église de l'ordre de Saint-Jean, achevée depuis 1251, elle admira le tombeau monumental retraçant la fidèle orthodoxie de Raymond Bérenger lY , décoré de la rose
d^or par le pape, et les célestes privilèges de la chevalerie de Saint-Jean, dont la dynastie provençale invoquait le patronage. Elle voyait avec bonheur les honneurs accordés à la milice civilisatrice où son jeune frère Hélion allait faire éclater son pieux dévouement.
Au bac de Bonpas, elle entrait dans les États pontificaux, où la protection des pèlerins, des voyageurs, était désormais assurée par les nombreux postes de chevaliers hospitaliers qui venaient d'être établis.
A la sécurité du voyage, à la multitude des institutions et des édifices sacrés qui s'élevaient, l'influence de l'autorité religieuse civilisatrice se faisait sentir. Quelle est la caravane pieuse qui pouvait ne pas s'empresser de rendre hommage anx reliques de saint Benezet placées dans la chapelle, ornement de l'admirable pont que le génie, saintement inspiré, du jeune berger avait osé concevoir et faire exécuter sur le terrible fleuve du Rhône? Toutes les œuvres utiles aux hommes ont un caractère de sainteté, et ce pont admirable et cette chapelle vénérée étaient la magnifique expression d^une pensée bien faite pour être comprise par Tesprit et par le cœur de Roseline. — Alors, sous le souffle chrétien, toutes les œuvres d'utilité générale pour la terre étaient sans conteste des mérites pour le ciel.
Après les monuments religieux, après les visites des reliques placées autour de Tévêché d'Orange, Roseline put atteindre enfin la chartreuse de Saint-André; au milieu des chartreuses, elle retrouva une famille; il y avait là une mère et des sœurs. Ce voyage accompli comme un pèlerinage, avec un évêque pour guide et pour explicateur, avait excité son zèle et agrandi la lumière de sa foi. Ce voyage avait été un enchaînement de saintes impressions provoquées par chaque fondation religieuse, par chaque relique, dont on allait de ville en ville, de monastère en monastère, apprendre l'histoire et saluer les merveilleuses influences. A Avignon, Roseline avait visité la pieuse Gérarde de Sabran, supérieure des clairistes.
A Saint-André, Roseline commença avec courage l'entre-
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prise de se faire l'écho des saints exemples proposés àson émulation. Mais, dures épreuves du noviciat I la jeune fille qui vivait de divines contemplations et de célestes aspirations fut appliquée aux œuvres culinaires bien matérielles de sa cellule ! Quel supplice pour cette âme si pleine de poésies sacrées ! Un matin, la sainte fille, conversant avec le ciel, oublia le repas confié à ses soins : tout à coup, frappée du souvenir de ses devoirs de cuisine, elle court au foyer : le feu est éteint, tout est froid. Alors la prière s'élève du fond du cœur de la sainte novice, et bientôt tous les mets se trouvèrent miraculeusement apprêtés.
Chacune des épreuves auxquelles Roseline avait été soumise s'était terminée par un prodige I
Les soins intérieurs de la maison pouvaient-ils lui paraître difficiles, à elle qui s'en acquittait si bien au château des Arcs? Les distributions aux pauvres qui chaque jour se présentaient à la porte du monastère, la préparation des médicamenls, les soins aux malades de Tintérieur, tout cela était fait par Roseline avec l'empressement et avec le charme de la charité. Comme elle se pénétrait de la joie des sacrifices I comme elle goûtait les délices de la prière I ! — Elle sentait, elle comprenait l'esprit de tous les exercices religieux destinés à êlre ralimentde l'âme et accroître ses forces ! Déjà, véritable disciple de saint Bruno, elle demandait au soleil de vérité et d'amour ses perpétuels rayonnements. Dans ces temps où les passions violentes avaient tant d'emportement, quel enseignement, quel contre-poids utile aux entraînements matériels, aux excès des appétits, que les prières silencieuses et calmes, et que les privations de Tordre des chartreux 1
Bien initiée aux devoirs matériels et aux exercices religieux de Saint-André de Ramires, Roseline voulait atteindre la maison qui était le terme du voyage; mais il fallait encore traverser des montagnes escarpées pour aller acquérir la doctrine religieuse complète dans la maison de Bertaud. Une petite caravane dut partir pour conduire Roseline à travers une contrée où, sous un rude climat, la chaleur de la foi avait fait éclore à chaque pas des asiles de prières et
de saints édifices ornés de précieuses reliques rappelant de pieuses légendes. Les beautés particulières à ces paysages accidentés complétaient l'effet de ces monuments et de ces traditions. Aux Arcs, elle avait laissé les douceurs du climat et des champs ; ici Roseline rencontrait les splendeurs de la neige et la sévère majesté des grandes créations de Dieu; elle voyait écrite en caractères éclatants, sur ces prodigieuses montagnes, cette vérité morale et physique : pour arriver haut, il faut de grandes forces!
Les rigueurs réunies du climat le plus âpre et de la règle la plus austère, qui avaient, en 1215, forcé la sœur Monteyglin à sortir du monastère de Bertaud, allaient être courageusement bravées par Roseline. La fille du château des Arcs, élevée sous le soleil de Provence, allait supporter Tépreuve des frimas et de la règle à laquelle n'avait pas pu résister sœur Monteyglin, née dans les montagnes. L'héroïsme de la sainteté allait donc triompher de Tinfirmité humaine. Ces douleurs de la vie carthusiennc de Bertaud ne pouvaient pas être une triste surprise pour Roseline. Le sombre tableau du monastère alpin n'avait-il pas été souvent fait à Roseline par sa tante prieure de Celle-Roubaud, par la bienheureuse Jeanne de Villeneuve, professe du monastère du Gapençais? Plus l'épreuve devait être grande, plus elle était désirée par l'ardente piété de l'illustre novice.
PROFBSSIOK
ET
CONSÊCR'ATION DE SAINTE ROSELINE
Descriplion du site de Bertaud. — Roseliney vient comme mie messagère de protection et de paix. — Trois ennemis de la sécurité de Bertaud, les Albigeois, l'aristocratie et les rermentations populaires. — En li7R, la présence de Roseline à Bertaud détermine l'attitude énergique de la protection du souverain provençal. — Raynaud de Hontauban est excpmmunié par l'archevêque d'Aix. ~ L'intervention de la force armée du comte de Provence, vainement sollicitée en fiveur des établissements cartbusiens gapençais, avant l'arrivée de sainte Roseline, est énergiqueraent donnée dés que Roseline est venue à Bertaud. — En 1985, lorsque Roseline revint de Bertaud en Provence, elle avait déterminé l'intervention des armes provençales, dans le Gapençais, en faveur de l'ordre public. ~ Analogie des rôles remplis par saint Bnino, par sainte Rosaline, en (iiveur de l'ordre public.— Zélé noviciat de sainte Roseline.— Détails de la cérémonie de la profession de sainte Roseline en 1281. — En li85. le retour en Provence de Roseline est encore exécuté comme un ordre et comme une mission utile. — Circonstances politiques et religieuses du retour àCèlle- Roobaud de sainte Roseline. — Cérémonies de la consécration de sainte Roseline. — Détails des noces mystiques : les poursuites, le serment de l'alliance, les iiuiignes matrimoniaux. Les bienflûts de l'époux, la couronne, l'étole, le manipule, la croix, le banquet nuptial, le bréviaire et la remise i la prieure— Sainte Roseline vierge consacrée, son influence dans le monastère, hors du monastère.— Événements religieux accomplis autour de sainte Roseline.
Le site de la chartreuse de Bertaud produit une profonde impression de tristesse et de terreur : lieux déserts, sauvages, neiges presque perpétuelles couronnant des rochers nus qui atteignent jusqu'à 2,712 mètres, près de 8,200 pieds ; d'un tiers plus élevés que la cime du grand Som à la Grande-Chartreuse; de 300 mètres plus hauts que le grand Saint-Bernard et séparant deux rivières-fléaux, la rivière du Drae et la rivière de la Durance ! torrefnts grondant au fond de précipices affreux. Pour les oreilles, des bruits sinistres ; pour les yeux, l'image de la destruction étalée sous le front sourcilleux des cimes décharnées. Chaque hiver, les gelées
brisent et pulvérisent des rochers noirâtres, jusqu'à un
300 PROKKSSION KT (:0>SÉCR\TION
iiièlre de profondeur. Chaque été, des orages diluvien:», avec le formidable cortège de leurs tonnerres, viennent enlever les produits et les détritus des gelées, les entraîner pèle-môle avec des rochers déracinés. C'est un travail continu de ruine, justifiant le nom de la contrée, Dévobiy^ devolutus, pays de In démolition I... Là est le point de départ de ces fanges sombres, de ces cailloux qui cheminent dans les lits de la Durance et du Drac. On dirait qu'une grifle infernale promène à la surface de la terre d'incessantes déchirures, pour faire toujours apparaître, ù travers les lambeaux du sol, des roches sombres, sans laisser à la végétation le temps de jeter sur cette nature lugubre le manteau de fleurs et de verdure qui cacherait ses plaies horribles. Pendant Tété, telle est la chartreuse de Bertaud... voilà cette terre telle que la font des montagnes soulevées contre le ciel, telle que la font des orages destructeurs de toutes les réparations tentées par la main de l'homme, et ravisseurs impitoyables des récoltes.
Pour rhiver, d'autres désastres. Les neiges abondantes sucScèdent aux pluies torrentielles, les tourmentes soulèvent ces poussières glacées et enveloppent d'un linceul de mort les malheureux voyageurs surpris dans leur course. Pour Télé les orages tropicaux, pour l'hiver les frimas polaires... toujours les grandeurs de la désolation ! C'est là qu'était venue se placer, dans loubli du monde et dans reffusion de la prière qui désarme la colère divine, qui apaise le cœur humain troublé, une communauté de faibles femmes... Elles plaçaient la pratique des plus hautes austérités en face des plus grandes rigueurs du climat; les merveilles de la sérénité des âmes chrétiennes vis-à-vis des plus grands troubles (le la création; elles ne songeaient aux hommes que pour expier leurs erreurs et leur enseigner par l'exemple à faire sortir le bonheur du sein même des maux, comme les fleurs naissent parmi les ruinés.
Des vierges humbles et dévouées faisaient briller au sein de ces horreurs les radieuses espérances et les douces consolations de la croix monastique. Elles mêlaient les tinte^
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menls de la cloche qui annonce l'asile, au bruit des orages; aui chants plaintifs de la victime acceptant Timmolation, avec la ferme foi de la récompense au delà du châtiment.
C'est là queRoseline avait voulu venir! Après avoir charmé les souffrances des malheureux, elle était venue pour remporter un éclatant triomphe sur ses propres douleurs. Son ardeur pour les grandes conquêtes du ciel ne se contentait pas des luttes faciles I et le noviciat à Bertaud était un séduisant trophée pour la piété de la fiUc et de la sœur des guerriers de la foi. '
En quittant les parfums, les fleurs, les gracieuses perspectives de la vallée de TArgens, Roseline venait consommer son sacrifice sur les plus rudes rochers des Alpes ; admirable gymnase préparé pour les vierges de la milice chrétienne.
En y apportant son courage viril pour accepter les doubles épreuves des aspérités du climat et de la pénurie des aliments, elle venait aussi comme une messagère de paix pour calmer les inquiétudes causées aux religieuses de Bertaud \m' de nombreux et implacables ennemis, terrible perturbateurs de la paix de leur désert, menaçant leur faiblesse des derniers outrages.
Elle leur apportait l'assurance de l'énergique intervention l'eligieuse de Tarchevéque d'Aix, qui venait d'être armé des pouvoirs spéciaux du Souverain Pontife, en faveur des monastères de chartreux de Provence. — Elle produisait des lettres qui garantissaient que les armes du souverain de Provence sauraient chûtier les tentatives de violence des seigneurs de Mont-Maur et de la Roche.
Parente elle-même du souverain de Provence et des seigneurs d'Agoult, n'était-elle pas un otage rassurant pour l'avenir du monastère?
Roseline, en venant se placer à Bertaud, paraissait l'arcen-ciel de la sérénité désormais assurée. Son entrée au monastère fut un jour de fête, car on saluait un ange gardien sous le manteau de la novice.
L'établissement de Bertaud gardait encore le souvenir des vertus de la tante de Roseline, de Jeanne de Villeneuve, ab-
sente depuis dix-huit ans, et à ce souvenir venait s'ajouter le prestige de la réputation des vertus, delà merveilleuse charité de la jeune novice. Roseline était connue déjà par sa parenté et par ses œuvres pieuses et par les prodiges de son intelligence.
Elle était un gage de sécurité et une glorieuse conquête pour l'ordre tout entier. — Venir de si loin, chercher un calvaire si dur à gravir, c'était bien comprendre et bien pratiquer rimmolalion, c'était donner un témoignage de bien haute estime aux vierges carthusiennes de Bertaud.
L'arrivée de Roseline fit immédiatement mettre un terme au litige fâcheux qui s'était élevé entre le monastère de Bertaud et l'évêché de Gap. — L'évêque était privé de redevances sur les terrains du couvent plantés en vignes. Les religieuses, persuadées par les conseils conciliants de Roseline, ne plantèrent plus de vigne qu'avec l'aulorisation de l'évéque. Il y avait un sacrifice à faire, ou de la part du clergé ou de la part des chartreuses ; les compagnes de Roseline comprirent bien que les privations les plus spontanées et les plus rudes étaient pour elles une application de leur règle.
A peine cette privation était-elle acceptée, en 1279, que des dons vinrent justifier la pacifique intervention de la novice. En 1281 , une jeune vierge, Agnès Boyer, venait enrichir de tous ses biens et illustrer de ses vertus le monastère de Bertaud. (Voir Cherronnet...)
La guerre contre les Yaudois et les Albigeois avait ajouté de nouvelles difficultés à celles du séjour des chartreuses de Bertaud et de Durbon. — Les plus obstinés de ces hérétiques, chassés par les armes de Louis YIII dans les parties inaccessibles des domaines du comte de Toulouse, s'étaient réfugiés dans toute la partie montagneuse des Cévennes et des Alpes. Le Val Louise^ dans le Briançonnais, était le centre où Valdo avait établi son prosélytisme hostile à Taulorilé catholique. Cette hostilité avait pour conséquence la lutte contre toutes les mesures d'ordre public sanctionnées par Texcommunication. La piraterie et le brigandage étaient donc l'état normal des
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hérétiques de cette époque : dès que ranathème était sans ibrce. Tordre public n'avait plus de sanction pénale.
Lorsque les empereurs germains étaient en lutte ouverte avec les chefs de l'orthodoxie, la piraterie, recevant un auguste appui, ne manquait pas de se développer, et la rébellion de Tarislocratie du Gapençais se trouva être une naturelle conséquence de la lutte de Frédéric II avec les papes à partir de 1220, puisque l'empereur était le haut suzerain du Dauphiné.
Les Pastoureaux de 1250 jetèrent aussi dans le peuple des idées de résistance contre l'autorité des évèques, jusque-là si respectée du Gapençais. D'abord la faveur des seigneurs s'était affaiblie, puis, vers 1250, — les ennemis des chartreux s'étaient multipliés.
Ainsi, dans les partisans de l'hérésie, dans les rangs de l'aristocratie, subissant en Dauphiné l'influence des empereurs germains, dans les idées qui fermentaient dans les populations inférieures, se trouvaient réunis trois éléments de trou* bles dangereux pour la paix des déserts carthusiens.
De 1277 à 1279, éclatèrent des querelles, des violences, soit de la part des paysans alpins, soit de la part des seigneurs d'Agoult et deMont-Maur, anciens bienfaiteurs et protecteurs, à la fin du treizième siècle, dans le Gapençais.
L'attaque des monastères carthusiens était donc venue des descendants de ceux mêmes qui avaient créé ces mêmes monastères, à la fin du douzième et au commencement du treizième siècle.
L'excommunication, en vertu des pouvoirs émanés de l'archevêque d'Aix, fut lancée, en 1279, contre Reynaud de Montauban, seigneur de Mont-Maur et descendant des fondateurs de Berlaud. Guillaume de Ventavon, en 1250, avait déjà fait une concession au couvent de Bertaud, pour racheter des torts, des violences et des dommages dont il était l'auteur; — violences qui lui avaient attiré la répression religieuse.
L'excommunication dont il était frappé fit aussi réfléchir Reynaud de Montauban, d'autant plus que les chartreux de
510 PROFESSION ET GONSËGRATION
Montrieux et de Laverne, unissant leur influence à celle des parents deRoseline, déterminèrent le prince de Salernes, fils et lieutenant du comte de Provence, à prendre chaleureusement la défense des établissements de Durbon et de Bertaud.
En 1278, le voyage de la jeune postulante du château des Arcs , vers Bertaud , fut Theureux motif d'une énergique protection donnée à la famille carthusienne par l'autorité provençale. La présence, à un couvent de Bertaud, de cette parente de la comtesse de Provence, de cette fille sortie de la plus influente aristocratie méridionale, produisit des résultats politiques extraordinaires. Elle amena de la part du souverain de la Provence un tel déploiement d'énergiques mesures en faveur des monastères chartreux des hautes Alpes, que les événements survenus paraissent inexplicables à ceux qui ne connaissent point Tintérét que la cour provençale attachait à cette époque à la protection de l'abri où se cachait sainte Roseline.
Reynaud de Montauban, seigneur de Mont-Maur, le persécuteur des chartreux du Gapençais, frappé par l'excommunication et obéissant à l'influence du prince de Salerne, gouverneur delà Provence, se rendit le jour de l'octave des saints apdlres Pierre et Paul, par- devant le prieur de Mison, délégué par l'archevêque d'Aix; en même temps arrivait, à Aspre, devant le délégué archiépiscopal, Guillaume, prieur des chartreux de Durbon. Reynaud de Montauban ne reçut mainlevée de l'excommunication qu'en signant Tacceptation de la juridiction imposée par le prince de Salerne.
Le compromis instituant trois juges fut signé le 29 mars
Le jugement prononcé fut confirmé le 14 juin du sceau du prince de Salerne.
Le 2 août 1281, le prince écrivit au bailli de Sisteronde tenir la main à l'exécution de la décision, et si quelque dommage a été porté aux frères (chartreux) et à leurs biens, ajoute le prince, que la punition soit telle qu'elle serve àjamaiê d'exemple^ et qu'elle terrifie ceux qui voudraient porter préjudice aux religieux.
DE SAI.NTK ROSELÏNK. 3H
Voyez ressortir de ces événements l'influence protectrice fie sainte Roseline. En 1271, Tévéque de Gap sollicite vainement l'intervention du comte de Provence ; il excite inutilement l'intérêt du prince par la cession de la moitié du temporel épiscopal ; Tappât financier, celui d'un accroissement d'influence dans le Gapençais, que le souverain provençal devait naturellement chercher a s'annexer : tout cela ne détermine de la part du prince aucune parole, aucun acte de quelque gravité. Hais, en 1280, Roseline est au monastère de Bertaud, elle devient Tinterprète secret de troubles apportés à In paix des établissements de Bertaud et de Durbon. Sesvives sollicitations auprès des personnages religieux qu'elle avait vus à son passage par Aix, ses lettres pressantes à sa famille, à ses protecteurs du monastère de Laverne, déterminent l'atlitude toute nouvelle de l'autorité provençale. Roseline, frappée de l'influence hostile à l'Église catholique qui travaille les seigneurs et le peuple du Gapençais, influence qui, par les menées des hérétiques vaudois, tend à détruire l'ordre public avec les croyances orthodoxes , démontre un grand intérêt religieux et politique dans la protection de la famille carthusienne, qui tient haut et ferme le drapeau de l'unité catholique.
L'impulsion latente de la pieuse chartreuse fait éclater et l'action de l'archevêque d'Aix et celle du comte de Provence. Roseline, professe de Bertaud en 1281, détermine évidemment rétonnante menace qui, en 1281, de la part du souverain provençal, est suspendue sur les perturbateurs de l'ordre carthusien.
Ces menaces de la cour de Provence de 1281 se traduisirent en faits en 1282; le prince de Salerne était, depuis 1271, vainement sollicité par l'évêque de Gap de venir le rélablir dans des droits temporels qui devaient être partagés avec le souverain provençal. Des citoyens de Gap, ameutés secrètement par les hérétiques vaudois et par les seigneurs hostiles au clergé, retenaient les droits épiscopaux en paraissant suivre le parti de la comtesse du Viennois. Cet intérêt matériel d'une part dans le revenu diocésain n'a-
vait pas pu décider le prince à montrer l'appareil de ses armes dans le Gapençais, et le litige subsistait depuis dix ans. Depuis dix ans, le pasteur séparé de ses brebis s'était réTugié auprès du sénéchal de Provence.
Mais lorsque la conscience du prince fut éveillée par les avanies subies par Tordre des chartreux et par les menaces planant sur, les dames chartreuses, il n^hésita plus à faire une éclatante démonstration armée.
Par rintervention armée que Ton a appelée la guerre du Gapençais, le prince de Salerne mit un terme aux violences dont l'évéque souffrait depuis dix ans et à celles qui depuis quatre ans émanaient indirectement les seigneurs ameutant les paysans contre les monastères.
Quelle était l'instigation secrète, la puissante influence qui déterminait Faction singulièrement énergique du prince provençal ?
Ce n'était pas assez d*une intervention comminatoire, il fallait une prise de possession par la force des armes... l'expédition du Gapençais se fait en 1282, les perturbateurs sont réprimés... Cette campagne des troupes provençales, en 1282, est demeurée inexpliquée, parce qu'on n'a pas soupçonné l'action de l'humble et puissante Roseline. Ses prières ont communiqué un prodigieux ébranlement à ce qui l'environnait.
Comme en 1095 saint Bruno déterminait la grande croisade, en 1282 sainte Roseline, à peine admise dans la famille du fondateur chartreux, déterminait autour d'elle déjà la protection de Tordre public, le respect des lois de la religion et de la civilisation chrétienne.
Toujours entretenues par les Yaudois, les haines, les mauvaises passions dans le Gapençais ne furent pas éteintes, mais elles furent frappées d'impuissance. C'était un prodige dû à la piété de la fille adoptive de saint Bruno, qui héritait de la sagesse des conseils de son illustre et saint patron, se faisait comme lui le secret missionnaire de la foi pacifique et civilisatrice.
Lorsque il y eut, plus tard une recrudescence anticatho-
DE SAINTE ROSELliNR. Slfi
lique dans le Gapençais, les traditions de la douceur des vierges de Bertaud arrêta souvent les dévastateurs des propriétés carthusiennes ; les biens des chartreux furent moins ravagés que ceux des clercs ordinaires, et ceux des chartreuses moins que ceux des chartreux. Nous aimons à voir dans cette préservation privilégiée Tancien prestige de la douce, de la prudente Roseline, qui couvrait le monastère témoin de ses vœux et premier théâtre de son intervention.
Pendant que Roseline procurait la paix au couvent, novice la plus humble et la plus zélée, elle y puisait la science religieuse et la science profane. Les lettres sacrées, les douces et pieuses mélodies, les règles de son ordre et leurs motifs étaient appris avec bonheur, avec empressement par notre sainte; les variations des pratiques, leurs alternatives dans les heures de la journée lui paraissaient une succession de jouissances, ses progrès stimulaient le zèle de ses compagnes, tandis que la douce gaieté qui rayonnait de toute sa per« sonne donnait un charme séducteur aux exercices les plus austères ou les plus monotones. Sous chaque simple détail matériel elle lisait une importante intention et une haute pensée. Avancer toujours vers Dieu, par Tintelligence et par le cœur, était pour elle un besoin constant, et ce qui rebutait les vocations équivoques surexcitait la sienne.
Après deux années de noviciat, et à trois reprises successives, pendant le dernier mois, Roseline avait demandé la faveur d'être admise à la dignité de professe ; trois fois l'unanimité des vœux avait accueilli ses désirs soumis au chapitre général. En 1280, vers la Noël, le moment solennel des vœux irrévocables était arrivé, et l'humble Roseline, déjà éprouvée par les sacrifices héroïques, tremblait cependant encore pour sa faiblesse; elle demandait autour d'elle le concours de toutes les prières.
Au moment où la céleste victime de la messe vient s'offrir sur le Calvaire à la fin de VOffertoirCy Roseline enveloppée de sa robe blanche, s'oflrant elle-même au Seigneur, s'avança au milieu de la partie haute du chœur, puis, la tète baissée, les mains jointes, elle chanta cette supplique : Suivant votre pro-
messe^ d mon Dieu^ que ma confiance en vous ne tourne point à ma confusion.
A ces mots, le chœur des vierges répondit en glorifiant Dieu, comme pour applaudir au généreux dessein de Isi novice.
Trois fois la suppliante voix de Roseline monta vers le ciel, trois fois la glorification divine fut répétée par le choeur. Alors tombant à genoux devant la vénérable prieure : Priez pourmoiy 6 ma mère, dit la novice; et elle demanda grâce en baisant la terre. Mêmes paroles, mêmes prosternations furent adressées à la sous-prieure, puis la demande de secours religieux fut humblement adressée à chacune des religieuses du chœur; la supplique : Priez pour moi^ d ma sœur^ fut accompagnée de la prosternation signe de la demande en grâce .
C'était ainsi par la plus pi*ofonde humilité, en implorant autour d'elle des secours pour sa faiblesse, que Roseline pn^ludait à l'entrée dans la famille de saint Bruno. Puis, confiante dans le faisceau de vœux et de mérites qui semblait devoir soutenir son infirmité, la novice revenue vers la grille du chœur fut revêtue d'une nouvelle robe carthusienne bénite, et, en face de Tautel, elle lut à voix haute et claire les vœux tracés de sa main : « Moi, Roseline de Villeneuve, promets H h.stabilitéy V obéissance et la conversion de mes mœurs, en « présence de Dieu, de ses saints et des reliques de cet enni- « tage élevé en Thonneur de Dieu, de la bienheureuse Vierge « Marie, de saint Jean-Baptiste et des autres saints. »
Elle baisa la croix par elle tracée au bas de la formule, et la déposa comme l'acte authentique de sa promesse sur la table de la communion. Prosternée enfin devant le prêtre, elle reçut la bénédiction, couronnement et signe d'acceptation de ses pieuses résolutions de saintes pratiques et de perpétuelle obéissance qui devaient la conduire à la perfection. Désormais liée à Dieu par un serment éternel, Roseline était attachée par la promesse de stabilité à la persévérance perpétuelle dans le sacrifice et dans la demeure religieuse qu'elle avait choisie.
Elles'interdisait même de demander à revenir verssadiére
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Provence, vers le ciel de son enfance, vers le couvent voisin de la maison paternelle et vers l'atmosphère qui avait mêlé des parfums à ses premiers souffles.
Par la conversion des mœurs elle n'aspirait qu'à monter vers les sublimes hauteurs de la perfection chrétienne par des progrès incessants.
Avec quel ravissement elle renonçait aux joies du monde, celte pieuse jeune fille dont la conversation était avec le ciel ! comme elle foula aux pieds les séductions des plaisirs et de la vanité, celle qui ne cessait d'avoir les yeux lixés sur la source infinie de toutes les beautés et de toutes les grandeurs! qu'elle sentait bien les délices du sacritice perpétuel, cetfe grande loi du bonheur social universel promulguée sur le Calvaire ! En immolant sa virginité au Dieu de pureté, elle ^parait avec empressement de la blanche robe de chartreuse, plus éclatante à ses yeux que la pourpre et la soie. Elle avait quitté le soleil pour les frimas, la teiTe fleurie et par- Tumée pour les plus affreux rochers, les richesses pour la pauvreté, les soins empressés des serviteurs pour se faire humble sei*vante; elle avait renoncé aux douces caresses d'une mère, d'une famille, même aux émouvantes manifes* iations delà reconnaissance des pauvres ! I
Elle avait tout abdiqué, et elle s*unissait du cœur et de la voix aux chants qui proclamaient la victoire du ciel sur Tenfer! Celle qui avait été l'humble et aimante sœur de cliarite se faisait maintenant la chaste contemplatrice. Après avoir servi Dieu de ses mains, elle allait le servir par son intelligence... c'était toujours un nouveau progrés.
Cependant la population provençale redemandait la gracieuse colombe qui s'était abritée sous les grands rochers des Alpes ; la famille et les pauvres regrettaient celle qui avait été leur orgueil et leur providence, mais surtout la bienheureuse Jeanne, prieure de Celle- Roubaud, fléchissant sous le double poids des années et des austérités, — réclamait avec instance celle qui devait l'aider dans l'administration de la maison et à étendre sur la contrée un salutaire prosélytisme.
Les tristesses de la patrie avaient retenti dans le cœur do
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Roseline depuis le jour où les* Vêpres siciliennes avaient fait couler à flots le sang des guerriers de la Provence ;... les parents de la jeune fille avaient pu se trouver en danger. Le prince héréditaire, Charles de Salerne, avait été pris dans un combat naval: le conquérant lui-même, le redoutable Charles d'Anjou, venait de quitter la vie. Dans de telles calamités, les mains des Provençaux se levaient vers le ciel, on voulait le secours des prières et des consolations ; celles de Roseline furent demandées. L'immolation, Pesprit de sacrifice Pavaient fait exiler, Pobéissance la devaient faire revenir.
Maintenant Roseline, instruite des intérêts de son ordre, bien initiée aux pratiques carthusiennes, avait à exercer une utile influence auprès des autorités religieuses et politiques de Provence; protectrice de la paix de son ordre et de Tordre public, il fallait qu'elle fût mise en communication immédiate avec le centre de Pinfluence exercée par les amis de sa famille. Elle devait être rapprochée à la fois de Parchevêché d'Aix, centre de la protection religieuse des chartreux, et de la cour de Provence, siège de la protection politique.
Humble fille de Phumble Bruno, elle n'exprimait point ses secrets désirs de se réchaufTer au doux soleil qui avait brillé sur son enfance, d'entendre encore la voix de la mère bien* aimée, et des frères et sœurs chéris ; de faire encore arriver ses bienfaits sur les paiivres connus des Arcs et des seigneuries voisines. Tous ces élans de son cœur débordant d'affection et de charité demeuraient ignorés ; elle n'exprimait pas même ses douleurs causées par le rude climat sur lequel elle s'étiolait comme une plante méridionale transplantée sous les frimas. Prête à obéir toujours, la modeste chartreuse jamais ne réclamait rien. Chaque sacrifice de la chair et du sang n'était-il pas pour elle une joie conquise pour l'âme?
Mais le bien général exigeait que Roseline revint aux Arcs et le chef de la famille carthusienne ordonna le retour. — La jeune chartreuse eut le double bonheur d'exécuter un ordre sacré cl de satisfaire un vif désir mêlé de regrets, car
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elle laissait dans les Alpes yne mère et des sœurs dont la sainteté l'avait édifiée, dont la bonté l'avait charmée. En 1285, Roseline obéit pour aller auprès du château des Arcs, comme saint Bruno avait obéi en 1089 pour aller à Rome auprès du pontife son disciple.
L'occasion pour le retour était favorable !... La jeune chartreuse était préservée de toute insulte par les postes de la petite armée du prince de Salerne qui se retirait par Sisleron, Forcalquier, Manosque et Aix.
A Sisteron, dans le couvent des clairistes, elle embrassa une pieuse cousine, la prieure Gérarde de Sabran, qui parvint à faire élever le couvent des clairistes de Sisteron en 1285.
— A Souribes, elle put voir la prieure du monastère des bénédictines qui avait cédé Celle-Roubuud à Forcalquier; ello se retrouva dans le château de Sabran, plein des souvenirs de sa mère ; elle y fut jointe par des chevaliers hospitaliers protecteurs du voyageur et du marchand. La commanderie de Manosque assurait la sécurité des religieux et des commerçants entre Forcalquier et PeyroUes. La maison des hospitaliers de Manosque était une fondation d'un seigneur deSabran, et la pieuse fille d'une Sabran trouvait dans cette commanderie tout le dévouement dû à la digne parente du bienfaiteur. Avant PeyroUes, au passage du pittoresque détroit de Mirabeau, elle Tut accueillie par ces admirables frères pontiiices, qu'elle avait vu sept ans auparavant au passage de la Durance, àBonpas... Du défilé de Mirabeau, elle put saluer d'un dernier regard, mêlé de quelques larmes, ces majestueuses Alpes témoins de ses vœux religieux et des plus beaux élans de sa foi; sur Tautre rive elle respirait Tair tiède cl embaumé de la Provence, c'était comme un souille parti de son pays natal. Derrière elle la fraîche brise partie de son berceau religieux, devant elle les tièdes haleines du berceau maternel.
Au retour, la pèlerine de Celle-Roubaud put observer les effets, les salutaires enseignements du malheur. Le pays gagnait en vertu ce qu'il avait perdu dans les enivrements du succès. Vers 1282, les sages règlements inspirés par
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Jacques d'Euse avaient faitrégaer la justice, la paix et l'ordre public.
Le pieux chanoine rendit alors de tels services à la famille royale, que la mémoire en a été conservée jusque dans les termes par lesquels, plus tard, la famille souveraine demanda Télévaliori de Jacques d'Euse au siège épiscopal de Fréjus.
Sous son impulsion, un synode, tenu à Ries en 1285, ordonna, dans toute retendue de lamétropole d'Âix, des prières publiques pour, la délivrance du souverain provençal captif.
Jacques d'Euse, instituteur dans la maison souveraine, devint par sa sagesse le génie conservateur de l'État. Nonseulement une parfaite harmonie fut maintenue entre le peuple, Taristocratie et le clergé, mais encore, par Thabiletc avec laquelle Jacques d*£use sut faire intervenir Tautorité pontificale, suprême régulatrice de la chrétienté, il parvint à déterminer Télargissement du souverain tenu en captivité parle roi d'Aragon.
L excommunication pontificale fut Varme dont Jacques (TEuse aut faire valoir la menace.,, planant sur la tête de ceux qui tenaient le souverain prisonnier. Il y eut un tel coticow's de prières émanées de tous les ordres monastiques de Provence^ que la liberté du souverain provençal fut déclarée par U pape une nécessité religieuse.
Aux négociations de Jacques d'Euse se joignirent les prières de Tordre des chartreux, et celles de la pieuse Roseline intéressée, par sa parenté paternelle et maternelle cl par sa famille religieuse vivant sous le protectorat (lu souverain provençal, à la pacilication des Etats deNaples, cl à la plénitude de Texercice de lautorité politique de lu cour d'Aix.
liC patronage de sainte Madeleine fut invoqué pai* notre sainte et par la populalion provençale... Que ne devait-on pas obtenir de la contemplatrice du Sauveurpriéepar RoselinCt en faveur du prince qui avait si bien recherché et honoré les restes de la sœur de Lazare?
Comme compensation à ses douleurs politiques, de
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grandes consolations religieuses venaient d'éti'e données ù la Provence. Les recherches des reliques de sainle Madeleine étant couronnées d'un plein succès, les restes sacrés allaient être placés dans une superbe basilique que les frères prêcheurs faisaient élever, pour en admini^lrer ensuite le culte; et la pieuse chartreuse, revenant de Bertaud, put mouiller de ses larmes le chef de la grande pénitente qui avait arrosé avec ses yeux, et embaumé çt essuyé avec sa chevelure, les pieds de son Dieu.
Les salutaires exemples de la piété se multipliaient : sur le trône, c'était Louis, le fils aine du roi captif, qui annonçait la ferme volonté de renoncer à la couronne terrestre pour rechercher celle du ciel.
Prés du trône, c'était le jeune Elzéar de Sabran, qui montrait, dès le jeune âge, la généreuse ambition qui Ta fait monter jusque sur les autels.
Dans la famille même de Roseline, sa sœur Sanche, dont les attraits ont été célébrés par les poètes contemporains, déclarait le dessein de chercher dans la solitude de Celle- Roubaud des triomphes plus solides que les dangereux enivrements de la beauté fugitive.
Tout était prêt pour accueillir dignement la sainte chartreuse descendue des hnuteui*s de^ Alpes.
L'évêque de Fréjus, Bertrand de Faviers, allait lui-même consacrer sainte Roseline et, en relevant à la dignité de diaconesse, lui donner le caradère religieux le plus haut que puissent recevoir les personnes du sexe. C'était le couronnement de la vertu, c'était le triomphe public de la servante des pauvres revenue au milieu de ceux qu'elle avait aimés, nourris et guéris.
Toutes les paroisses voisines, les x\rcs, Trans, Lamotte, Flayosc, toutes les dépendances de la seigneurie, tous les plus vénérés habitants du château, comme les plus humbles, les plus misérables, vinrent participer aux joies de cette (»vation.
Parvenue à sa vingt-cinquième année, Roseline avait uiteint Tàge minimum exigé pour recevoir la consécration
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virginale pareille à celle que Ton donnait dans les premiers âges chrétiens aux diaconesses ; la consécration est devenue pour la chaste lille de Bruno la fête réservée à la virginité, fête qui ne se rencontre que dans cet ordre, placé dans la sublime région éthérée de la contemplation, d'où il plane sur toutes les autres familles religieuses.
N*était-il pas convenable, n'était-il pas logique que la virginité reçût sa plus éclatante auréole, sa plus glorieuse manifestation dans Tordre fondé par le chaste Bruno, le Goopérateur de la belle Préface qui exalte en termes si magnifiques la gloire de la virginité de Marie, mère de Dieu ?
Roseline aspirait ardemment aux suprêmes honneurs de celte cérémonie qui lui conférerait les honneurs, et les saints privilèges du titre d'épouse de Jésus-Christ. Plus l'immolation virginale s'élevait en héroïsme, plus la fille des chevaliers, plus Timitatrice de la Vierge divine se rapprochait des types de sa famille par le sang et de sa famille par la foi.
La consécration carthusienne est une reproduction des plus gracieux élans du Cantique des cantiques; [sublimes transports des célestes amours poétiquement chantés dans les offices de la sainte Vierge; c'est l'union intime avec la victime qui se sacrifie chaque jour à la messe sur l'autel.
Neuf scènes successives forment l'ensemble des cérémonies des noces célestes; ce sont :
1° Les poursuites trois fois répétées de l'amant divin;
2"" Les serments de l'alliance mystique;
3^ La remise des insignes du mariage divin : le voile et Panneau ;
it" Les dons de l'époux : la couronne^ Vétole^ le mom^e;
5" La croix ;
6*" Les actions de grâces de l'épouse;
l'* Le banquet divin, la communion;
S"* Le don du code matrimonial représenté par le bréviaire ;
9"" Enfin la remise de la garde de l'épouse aux maîas de la prieure^ ou l'installation de Tépouse dans le sanctuaire formant la demeure de l'époux.
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Pour celle cérémonie réservée aux évoques seuls comme dépositaires exclusifs de la transmission des diverses attributions du sacerdoce, Tévéque de Fréjus, Bsrtraixd de Favières, assislé de l'archidiacre, se présenta après l'éptlre, à l Alléluia de la messe, en face du chœur des religieuses dont la porle s'ouvrit pour laisser voir un demi-cercle de jeunes vierges, où Roseline occupait le premier rang, et tenant chacune un cierge non allumé... Symbole des cœurs purs prêts k brûler des feux de l'amour divin. — Vierges prudentes chantait Farchidiacre , préparez-vous à recevoir dans une couche fleurie V époux qui vous est destiné.
Pénétrées du sentiment de leur infirmité les vierges tombèrent à genoux, et bientôt rassurées par la vue du maître plein de bonté, elles se relevèrent, prêtes à marcher à la voix du divin envoyé de l'époux représenté par Févêque. L'archidiacre les conduisit vers Févêque et devant lui à genoux : Très-révérend père, lui dit-il, l'Église vous supplie d'agréer pour épouses les chastes vierges préparées pour les noces mystiques.
— Jy consens, mais je ne peux accepter que des épouses sans souillures,., répondit Févêque : caria pureté ne peut s'allier à Fimpureté, la lumière ne peut pas se confondre avec les ténèbres.
A ces mots Farchidiacre... Elles sont aussi pures que le permet l infirmité de notre nature : qu'à vos yeux, leur humilité rachète leurs imperfeclions.
Alors : Venez, venez à mot, répondit Févêque. Je comblerai les vœux que ma charité vous inspire.
A cet appel touchant, les vierges s'avancèrent pour retomber à genoux en chantant, auprès du représentant de Jésus- Christ : « Nous vous suivons dés ce momeat. »
— Vêtiez, venez, répéta Févêque.
Encouragées, les vierges se levèrent pour chanter de nouveau, nou^ vous suivons, nous vous suivons dès ce moment ; puis, pénétrées du sentiment toujours présent de leur faiblesse, elles se mirent encore à genoux.
L'évêque pour la troisième fois : Venez, mes filles, dit-il,
je VOUS enseignerGi le commencement de la sagesse^ la crainte du Seigneur.
Alovs Roselinc, se levant avec ses compagnes, dit : «iVot» vous suivons et satis retour nous sommes à vous. » Après une dernière prosternation, elles s'assirent pour écouter lexhortation épiscopale.
Après la pieuse leçon sur les devoirs de Tépousc mystique, révoque les interpella en ces termes :
— Voulez-votis persévérer dans la virginité?
— Oui, oui, nous voulons ce que vous voxdeZj répondirent les chastes religieuses, et Roseline plaça sa main dans celle de révéque, indiquant ainsi sa complète obéissance à la voix de son Dieu .
— Voulez-vous persévérer dans la virginité? demanda de nouveau révéque.
Pour toute réponse, la fiancée du Seigneur baisa la main de l'évoque, montrant ainsi combien lui était chère la main qui la captivait.
— Voulez-vous être bénites? dit l'évêque. — Oui, dirent les vierges, notre vœu le plus cher est Punion la plus parfaite avec notre Dieu. — Pour assister à la pieuse union, tous les Saints furent invoqués, pris à témoin par le chant des Litanies et toute la cour céleste vint prendre part aux noces mystiques.
Alors prononçant la bénédiction nuptiale : Répandez, 6 mon Dieu, la rosée de vos grâces sur vos chastes servantes, dit révoque, empruntant ainsi le langage de l'humble Marie qui a pris au moment de la céleste incarnation le titre de servante du Seigneur.
L'ardente aspiration aux grâces divines se trahit par le chant lyrique qui appelle l'esprit de Dieu dans le sein des âmes ouvertes à son irradiation.
Après le Veni creator, les bénédictions du prélat sanctifièrent les ornements nuptiaux : l'anneau, les voiles, h couronne, l'étole et le manipule, la croix et le bréviaire.
Avant dé recevoir les voiles, symboles de la pudeur qui ne réserve qu'à Dieu les charmes cachés au monde, elles chantèrent :
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— rai quitté le monde et ses parures, et la face découverte et baissée vers la terre, elles reçurent la bénédiclion de Tévéque. Elles entendirent par la bouche épiscopale les actions de grâces de Jésus-Christ exprimant à son Père les beautés du mvstère de l'incarnation divine, source de la pureté virginale.
Aux nouvelles invitations du Seigneur leur disant : Venez, vêtiez, elles répondirent cliacune : Je suis la servante du Seigneur.
Alors révoque mit les voiles sur leurs têtes et leur rendit les cierges qu'elles avaient quittés. — Désormais donc, par le voile, elles étaient pleinement cachées au monde; et leur cœur pur représenté par le cierge de cire blanche devait brûler pour Dieu seul.
Les vierges exprimèrent dans leur chant le bonheur de leur isolement volontaire. Pendant que les épouses du divin crucifié retournaient à leur place, après avoir demandé à Dieu, par des oraisons, la confirmation des vœux formulés, révoque chanta l'antienne de la céleste alliance.
L'évéque chanta ainsi :
— Je vous ai épousée, ô ma chaste amie; venez, r hiver est passé, la tourterelle soupire et la vigne fleurie répand sa bonne odeur... C'est l'heure où les ardeurs de l'amour divin se font sentir et comme les fleurs qui s'épanouissent, les vierges amantes du Seigneur vont exhaler les parfums de leurs vertus, et préparer les fruits savoureux de leurs saintes actions.
Puis Roseline reçut Vanneau d'or avec la bénédiction de révoque; désormais ce signe ne devait plus la quitter, et elle était unie à Dieu par la chaîne dorée, indissoluble, rivée à <^ei anneau précieux.
Le voile et l'anneau sont les signes de l'illustre alliance que la vierge carthusienne a contractée avec Dieu, et elle ne doit les quitter que lorsqu'elle subit pour une faute grave, une dégradation temporaire. Séparée du monde par le voile, elle est enchaînée à Dieu par l'anneau.
Enivrées de la joie de leur délicieux servage, et élevant le •doigt orné de l'anneau, signe glorieux de leur captivité con**
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jugale, les vierges chantèrent avec Roselinc : Je suis sas
ÉPOUSE ; PAR SON ANiNEAU, JE SUIS A JAMAIS ATTACHÉE AU SeIGNEUR.
Une brillante couronne, où Téclal de Yov était rehaussé par les feux des pierres précieuses, posée par Févèque sur la télc de la vierge, indiqua qu'elle participait à la gloire et à la puissance du roi des cieux. C'est ainsi que le Seigneur donne le dernier éclat au triomphe de la virginité. Mais sur cette couronne, Tesclavage virginal est toujours retracé par ces mois gravés sur le métal : Je suis la servante de Jéstu- Christ. Ancilla Jesu Chrisli sum.
A la virginité couronnée appartiennent les ornemenis exceptionnels réservés au sacerdoce de sainteté... La virginité immolée elTace les infirmités du sexe, elle donne à toutes les âmes justes les privilèges de Tapostolat cl du saint ministère, heureux apanage poétiquement exprimé par les termes que révoque emprunte au livre de la Sagesse.
Venez à moi vous tous qu enflamment les désirs de posséder .pleinement la beauté sans tache ; enivrez-vous de mes clwrmes ineffables : mon haleine est piM douce et plus parfumée que les rayons de miel; ceux qui me savourent sont insatiables^ ceux qui goûtent ma liqueur en sont toujours plus altérés ^ toutes les vertus sont les fruits de mon céleste amour , etj à tous ceux qui me glorifient^ je donne Vimmortalité.
L'évéque présentant le manipule à la jeune chartreuse, lui dit : Que votrebras droite orné du signe de la force j offre l'empreinte de cette force dans vos actions viriles, et dans votre confiance invincUflement placée dans le Seigneur.
Avec l'étole, brillera sur votre cou, sur votre cœur, le joug du Seigneur, joug toujours béni.
Puis fut placée dans sa main, et appuyée sur son épaule, la Croix... Le signe du sacrifice absolu, du dévouement, jusques à braver le martyre ;... la croix par laquelle les âmes chrétiennes s*immoIant pour l'humanité comme leur divin modèle, comme lui montent à la gloire, par la croix, pont jeté de la terre vers le ciel. Orné de ces dons nuptiaux, Roseline chanta Pantienne de remerciments pour les bienfaits reçus dans les célestes épousailles : Dexteram meam..*
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Et après la prière et les vœux de persévérance prononcés par l'évoque, la vierge carthusienne s'écriait :
— Je vois celui que jai désiré^ je possède l* objet de mes soupirs et de mes espérances ; et quoique attachée encore à la terre^ je vis déjà dans le ciel unie à celui à qui toutes les affections de mon cœur sont consacrées.
Les vierges, à l'Offertoire, vinrent offrir leurs cierges à levéque, et baiser ses mains... Elles offraient ainsi un témoignage d'amour avec un signe de dépendance.
Après que le banquet des épousailles eut été célébré dans la communion, les vierges transformées en anges de la terre, exaltèrent leur gloire, en célébrant les célestes saveurs des mets plus doux que le mielj plus vivifiants que le lait y.. . et elles reçurent les bénédictions spéciales de Tévéque.
Le saint sacrifice achevé, le livre des saints cantiques, le bréviaire, présenté par Tévèque, fut reçu sur les deux mains de Roseline ; elle allait donc employer, au service du Seigneur, toutes ses facultés réunies... toutes ses puissances morales, toutes ses forces physiques... représentées par les deux mains.
Le chant de gloire et de triomphe vint consacrer le bonheur de la féfe nuptiale, aux accents du Te Deum.
L'évêque confia, enfin, les vierges consacrées à la direction de la prieure, comme à la gardienne préposée pour écarter les attaques dirigées contre ses chastes épouses. Après que le chœur eut demandé la confirmation des grâces obtenues, l'évoque en recommandant à la prieure les bienaimées de son cœur, la menaça des peines dues à la négligence qui compromettrait les trésors de virginité à elle confiés par celui qui juge la justice.
Arrivée à tout l'épanouissement de sa beauté, Roseline vierge, était rayonnante de douceur et des ravissements de la piété... son visage demeurait attaché au ciel, pendant que ses pieds effleuraient la terre.
Heureuses celles qui purent voir le front pudique de la jeune vierge du château des Arcs, orné de la brillante couronne — et ses traits, exprimant, avec les charmes de la
pureté virginale, les ardeurs séraphiques de Tamour divin I Cette fille de 25 ans transfigurée, c'était bien une éblouissante épouse du Christ que la cour céleste montrait un instant à la terre !
Pendant celle heureuse journée, Roseline ne put prononcer aucune parole ; elle ne put prendre aucun aliment. Toutes les nécessités terrestres étaient suspendues ; les larmes de Textasc voilaient ses yeux dirigés vers le ciel; pendant que les élans de son cœur étouffaient sa voix.
Comme Marie, sœur de Lazare, elle ne cessait de contempler la beauté divine et d'écouter Tintime conversation de l'époux mystique. L'épouse ne vécut que du souffle de l'époux.
On croit que ses yeux, purifiés alors par le feu de Tamour divin, coniractérent la prodigieuse incorruptibilité que nous admirons encore aujourd'hui.
Désormais le bonheur du sacrifice spontané de la vierge sans tache, et le mérite surnaturel de ce sacrifice appliqué solidairement u la chrétienté tout entière, avaient trouvé un type dans Tordre carthusien.
A la consécration et au couronnement de la virginité de Roseline n'assista point celui de ses frères qui s'associait le mieux aux célestes aspirations de la pieuse chartreuse.
Pendant que Roseline accomplissait les plus héroïques sacrifices de la vie cénobitique, son frère bien -aimé Uêlion déplopit Théroïsme du courage et des dures privations dans les champs de la Palestine, et les prières secrètes de la vierge des Arcs protégeaient le chevalier entouré de mille périls. Entre la chartreuse et la croisade, il y avait ici l'union inaugurée par saint Bruno.
A peine parvenu à sa vingtième année, Hélion acquérait une éclatante renommée dans les rangs des chevaliers hospitaliers décimés par le fer des Sarrasins, au milieu des désastres du siège de Margat, bientôt suivis de la perte de Ptolémaîs.
Près de trente ans plus tard, le pape Jean XXII, dans une lettre solennelle, rendait hommage à la valeur extraordi' naire^ à la sagesse, à la gravité de mœurs par lesquelles s'était signalé Hélion dans la guerre soutenue en Terre-Sainte.
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Pendant que la sœur se sanctifiait par l'immolation claustrale la plus sublime, Ilëlion se résignait a toutes les douleurs du courage trahi par les dures épreuves de la dérnite. 11 y avait entre le frère et la sœur une merveilleuse émulation de sacrifices et une intime union des pensées à travers les espaces des terres et des mers. Après cette dure initiation, les grdces célestes méritées à Hélion par la sainteté de sa sœur attacheront à ses actions un bonheur si constant, qu'il méritera d'être appelé Vheureux parmi tous les chevaliers de la croix.
Quelle était alors la joie du pure de Roseline, du noble chancelier du royaume dos Deux-Sicilesl 11 voyait la réalisation de ses espérances dans le développement de cette maison de chartreuses qu'il avait fondée avec ses dons, qu'il peuplait de sa famille. En donnant à ce couvent et sa sœur pour prieure et sa fille comme diaconesse, n*assurait-il pas à sa lignée, à ses vassaux, toutes les grâces de la prière et du sacrifice?
Mais, parmi tous ces cœurs dilatés, il en était un surtout que le bonheur accablait, c'était celui de la mère de la chartreuse couronnée et élevée en gloire. Sibille de Sabran voyait sa Rose sans épine arrivée à son plus splendide épanouissement. Les présages de la naissance de sa sainte fille, précieusement conservés dans le cœur maternel, marchaient vers leur entier accomplissement.
Dans cette démonstration triomphale do la piété, ne semblait-il pas que la famille seigneuriale ne marchait la première que pour ouvrir la porte du ciel à tous les vassaux?
Roseline, revêtue de la dignité de la consécration, devint à la fois le modèle des sœ.urs chartreuses et l'infatigable auxiliaire de sa tante la prieure.
Dès ses premières années, Roseline avait donné son pain et ses soins aux indigens et aux malades.
Dans son noviciat, sous la dure influence du séjour de Bertaud, dans sa profession carlhusienne, elle s*était donnée elle-même à l'Église.
Maintenant, par sa consécration, elle avait rempli la promesse de stabilité et de conversion des mœurs. Elle avait mis
son âme virginale en communion perpétuelle avec son Dieu, elle allait désormais répandre autour d'elle les mérites de son sacrifice; Y épouse mystique allait devenir féconde en grâces distribuées.
Legouvcrnementcompletdumonastéreélait,àcetteépoque, une œuvre considérable et difficile, comprenant à la fois une administration extérieure et une direction intérieure.
L'adminisiration extérieure se composait d*une exploitation rurale très-développéc et d'une maison destinée à exercer l'hospitalité envers les voyageurs et à distribuer Taumône aux indigents, les soins aux malades. — Les devoirs de Thospitalité faisaient partie des obligations des maisons religieuses, obligations et sacrifices que les chartreux s'imposaient encore plus que les autres religeux.
L'exploitation rurale était composée non -seulement de travaux agricoles de labourage, de viticulture et de jardinage, mais encore du soin de grands troupeaux destinés à fournir là laine des habits et le lait imposé par la constance du régime maigre. Sous les ardeurs du soleil provençal, on ne parvenait guère alors à entretenir des vaches, et il y avait à Celle- Roubaud de grands troupeaux de chèvres destinées à fournir le lait indispensable aux chartreuses et aux voyageurs.
Les dépaissances éloignées faites par des bergers quelquefois négligents, quelquefois trop pénétrés de la valeur des droits attachés au monastère, donnaient lieu à de fréquents litiges. Aux archives de la commune des Arcs, on retrouve la trace de ces querelles ardentes des bergers du monastère de Celle-Roubaud avec les pâtres dirigeant d'autres troupeaux dans les terrains communaux. Des litiges de ce genre, dont on reconnaît déjà la bien antique origine dans les disputes des bergers d'Abraham et de Loth, se sont reproduits dans tous les monastères carthusiens. Ces contestations ont mêlé souvent beaucoup d'amertume et de trouble aux paisibles aspirations des couvents des religieux chartreux; nous en voyons la preuve dans les chartes de tous les couvents de l'ordre, en Provence comme en Dauphiné.
En dehors du couvent des religieux, des frères convcrs
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dirigeaient toul l'ensemble de Texploitation agricole et pastorale; mais les querelles de bergers finissaient toujours par être soumises à la prieure, qui devait les étudier et les pacifier.
Secondant dans ce travail la prieure du monastère, Roseline ne laissa jamais rinlérël balancer les devoirs de la charité. Toujours prête a donner, elle ne voulait réclamer que ce qui aurait manqué aux besoins de ses chers pauvres. Par sa vigilance, par la clarté des instructions qu'elle faisait transmettre, elle éludait les disputes des agents. — C'est par cette constante et intelligente sollicitude et par l'exacte discipline exigée des agents du monastère qu'elle méritait la couronne de bonté envers le peuple qui lui a été spontanément décernée, en même temps que rien n'était perdu de ce que la plus sage administration pouvait utiliser.
Le même esprit d'activé prévoyance fut appliqué à la maison de secours annexée au monastère.
Le concours de sainte Roseline et son heureuse impulsion furent heureusement employés dans Tamélioration successive des diverses parties de l'adminislration intérieure de la maison monastique.
Dans son noviciat terminé au sein deTéminente maison de Bertaud, dans son pèlerinage à travers les principales institutions religieuses de la Provence et du Dauphiné, elle avait beaucoup appris. Le zèle de Roseline professe propagea tout ce qu'avait saisi l'esprit ouvert de Roseline novice.
Les chants religieux furent exécutés avec ce sentiment exquis des poésies sacrées qui élevait vers le ciel les pensées des plus grossiers travailleurs de la terre. Aux jours de fête, le pauvre peuple accourait à la chapelle champêtre, couvert des habits tissés de la main de Roseline, nourri du pain retranché sur les besoins des vierges chartreuses. Il venait écouter ces mélodies, sous lesquelles il savait deviner les vibrations de la charité. Il sentait bien qu'il trouverait un bon Père en haut dans le ciel, le malheureux qui voyait de telles messagères de Dieu descendre ici-bas pour le consoler. Roseline fondait ainsi dans son ordre la musique reli-
gieuse des chartreuses, dont les accords inspirent une si douce tristesse et sont comme un gémissement de la terre suivi d'une espérance vers le ciel, et comme les soupirs des vierges séraphiques envoyées vers le divin époux.
Qu'ils étaient beaux les oracles apostoliques, lorsqu'au milieu de la blanche cohorte des filles de saint Bruno , la vierge amie du pauvre, avec sa voix harmonieuse aux accents pénétrants, proclamait que la charité est douce et bienfaisante; lorsque la vierge sans souillure disait avec saint Paul : T(û promis (Vêtre la chaste épouse d'un seul époux qui est mon Dieu!
Dans le monastère, Roseline, comme la femme forte, suffisait à tout. Aucun exercice ne paraissait difficile, aucune prescription trop rigoureuse, puisque Roseline s* y soumettait la première avec Theureux empressement du sacrifice méritoire accompli. La haute position que lui donnait sa parente du dehors et au dedans du monastère ne servait qu'à faire éclater son humble obéissance aux ordres de la supérieure. Son zèle pour les exécuter avait de tels empressements, qu'elle semblait suivre seulement les élans spontanés de sa volonté personnelle.
Heureuse dès qu'elle pouvait dissimuler quelque imperfection de ses sœurs, elle s'arrogeait la seule prérogative de souffrir, de travailler pour soulager les autres.
Il y avait si peu de ressources dans le monastère, et, sous l'influence de Roseline, il y avait tant d'empressement à donner, quo les abstinences prolongées devenaient quelquefois de dures nécessités. Pour partager le pain avec les pauvres, on se mettait souvent à la ration comme dans une place assiégée.
Les misères du monastère et les héroïques privations de Roseline, vues de près par le prélat de Fréjus, arrachèrent un cri d'admiration à l'évéque devenu le pape Jean XXII.
Plus que les autres religieuses, et à leur insu, Roseline employait des aliments pris sur ses plus urgents besoins pour soulager les pauvres. Afin de se ménager les moyens secrets de secourir l'indigence, elle mettait à profit les privilèges de
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la surveillance qui lui était confiée. Chez la sainte chartreuse, le désir du sacrifice et le feu sacré de la charité étaient deux vertueuses passions exaltées Tune par Tautre.
Les heures de recueUIement solitaire qui n'étaient pas destinées à la contemplation étaient employées au travail pour la parure des autels ou pour le vêtement des pauvres.
Aucune action de la vierge chartreuse ne cessait d'être une ardente eiTusion vers Dieu, une manifestation faite sous la lumière du regard divin.
Chaque travail devenait une prière, et chaque peine acceptée pour le bonheur des chrétiens était un sujet de joie intérieure.
Heureuse comme le soldat combattant vaillamment pour sa famille, pour sa pairie, elle demandait à Dieu d'étendre la solidarité de ses sacrifices à la société religieuse, à Thumanilè tout entière. Et, s'oubliant elle-même, elle désirait que ses eflbrts pour plaire au Seigneur fussent la source de grâces obtenues pour les autres. Cette générosité perpétuelle qui la portait à appliquer sur les autres le mérite de ses sacrifices, de ses prières et de ses actions, n*espérant pour elle-même rien que du mérite des supplications faites pour sa personne ; celte LIBÉRALITÉ dc tous les instants et sous toutes les formes devint certainement une grâce qu'elle transmit à ses parents, grâce qui se renouvela sous plusieurs généralions de neveux de la sainte, d'après le témoignage de la bouche royale de René d* Anjou.
Il est évident que la libéralité de sainte Roseline a été la cause première de l'honorable devise de libéralité restée attachée au blason de la maison de Villeneuve. C'est la générosité de la pensée et la largesse de Taumône qui se trouvent représentées comme une tradition de famille, dont la source découle du mérite d'une sainte.
Plus près de Roseline, sa sœur Sanche venait d'accomplir une ancienne résolution, fortifiée par Texemple du bonheur paisible et des joies sereines que la piété donnait à Celle- Roubaud. Sanche, sœur par le sang, se fit sœur par la religion, de la pieuse Roseline.
Si dans son enfance, si par sa profession, Roselinc s'était faite la servante des pauvres, son cher frère Ilélion, enlré par les conseils de la chartreuse dans Tordre des hospitaliers de Saint-Jean, se fit à la fois le plus dévoué des dievaliers de la croix et le plus grand ami de la pauvreté, il mérita le titre de gardien des pauvres. Il les protégeait de son épée et les nourrissait de ses dons.
Arnaud de Villeneuve, père de Roseline, se faisait pauvre aussi. — II venait, dit Nostradamus, appauvri par les grandes charges et les hautes dignités, prendre une modeste retraite au château des Arcs, réduisant sa dépense au strict entretien de sa famille.
Partout, dans sa parenté, Roselinc propageait Pimmolation aux épreuves de la misère.
Enfin, par les prières de Roselinc, son frère, l'héritier du château des Arcs, obtenait un rejeton qui, prenant le nom de chevalier Hélion, Pami de Roseline, devait à la fois perpétuer sa race et établir son tombeau aux pieds de Roseline, proclamée sainte parle peuple et saluée la patronne de sa famille.
Avant l'invention de Timprimerie, les livres étaient rares et chers; copier les Livres sainis était travailler à la glorification de Dieu et à la sanctification des âmes. Entrant pleinement dans la pensée de l'Église en marchant dans la voie de la propagation des lumières chrétiennes, saint Bruno, toujournnimé de cette ardeur littéraire qui Pavait fait autrefois choisit pour diriger toutes les grandes écoles de Reims, avait formé un peuple de copistes de tous les enfants de sa pieuse famille. La plume des chartreuses, comme celle des chartreux, obéissait avec empressement aux inspirations du saint fondateur, et les moyens d'écrire faisaient partie nécessaire du simple mobilier de chaque cellule.
Sainte Roseline a légué les traditions de sa pieuse application et de son habileté dans Part matériel de Pécriture. Elle se plaisait à retracer en gracieux caractères les merveilleuses beautés des poésies sacrées, et elle écrivait avec délices le langage divin qu'elle sentait avec ravissement. Les perrcc-
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lions de la forme ne devaient-elles pas faire naître chez les lecteurs futurs Tharmonie des accents?
Les soins donnés à la figure des lettres par sainte Roseline n'étaient que la matérielle expression de ceux bien plus sérieux donnés à renseignement littéraire par la sainte de Celle-Roubaud. Cette ardente jeune vierge n'était-elle pas elle-même un foyer de sainte poésie?
Fervente interprète de celui qui a dit à tous ses disciples : Allez et enseigneZy elle s'appliquait à faire briller vivement la lumière des doctrines sacrées. A Técole de saint Bruno, dont la poésie éclate dans toute la correspondance et anime toutes les productions, elle ne pouvait manquer de sentir que la vraie source du génie littéraire est dans le foyer sacré de Tinspiration chrétienne I Lorsque sainte Roseline dirigeait renseignement du noviciat du monastère carthusien, les charmes de renseignement séduisaient tout ce qui Tenvironnait. Déjà, avant d'entrer dans la retraite claustrale, n'avaitelle pas encouragé et guidé les études littéraires de sa sœur . dame de Vcnce et préparé les succès poétiques que cette dame obtint à Avignon. — L'ardeur de sainte Roseline pour les Mudes littéraires se reflétait aussi dans sa famille, dans sa belle-sœur, Rixande de Cadenct, et dans son frère Hugues, savant docteur franciscain. — La vierge carthusienne faisait la libérale propagande des lettres sacrées, comme elle exerçait la libérale distribution de Taumône matérielle. Le noviciat de Celle- Roubaud devint alors un ardent foyer d'études, où les âpretés du travail disparaissaient sous le plaisir de l'initiation aux lettres sacrées...
Au moment où dans les châteaux de Provence la poésie profane des troubadours répandait son enivrement, sous la diiection de Roseline, les plus sublimes accents de la sainteté, passant par la bouche des vierges consacrées, faisaient retentir de leurs doux murmures les ombrages du monastère.
A la fin du treizième siècle, il y avait une liberté assez grande dans les démarches des dames vouées aux observances monastiques. La circulation des religieuses dans les
villes, et notamment dans la ville de Rome, élait une source continuelle de violences exercées sur la faiblesse du sexe. Les communications qui existaient entre l'inférieur et Textérieur des couvents motivées soit sur des visites de parentés, soit sur des besoins et des intérêts matériels, ou sur des œuvres de charité, donnaient lieu à des abus que le pape Boniface YIII voulut extirper en décrétant la clôture absolue de toutes les communautés religieuses de femmes.
La décrétale pontificale de la clôture rigoureuse des religieuses fut promulguée en 1298. — Immédiatement, les chartreux, empressés de mettre en pratique toutes les austérités, ces moines qui prohibaient rigoureusement l'approche des femmes à cinq cents métrés des limites des cou?ents de leurs religieux, appliquèrent, par une décision de leur chapitre général, les mesures de Boniface VIII à l'égard des monastères de moniales chartreuses.
Toute conversation d'une moniale chartreuse soit avec un parent, soit avec un séculier, soit avec un clerc régulier, dut être tenue en présence d'une ou de plusieurs sœurs et à travers les grilles du parloir, et, sous aucun prétexte, la porte d'un monastère de chartreuses ne pouvait s'ouvrir pour un homme.
Une prohibition aussi absolue était pour Roseline plus dure que pour les autres chartreuses. La nombreuse famille du château paternel était placée presque à la porte du monastère ; les frères, les sœurs qu'elle chérissait, le père el la mère, fondateurs du monastère, enfin les pauvres qu'elle avait tant de bonheur à secourir de ses dons et à soigner de ses mains, ces pauvres qu'elle avait connus et aimés dès sa plus tendre enfance, toutes ces personnes que les liens du sang, que les habitudes de la charité lui rendaient si chères, il fallait dorénavant ne les voir plus du tout, et même n'entendre leur voix que bien rarement.
Ces sacrifices furent héroïquement acceptés et le courage de Roseline, admiré par ses sœurs, étouffa les plaintes prêtes à s'exhaler de leur bouche. Le chœur des chartreuses, entièrement isolé par des grilles et des rideaux ,fut dérobé à tous
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les regards, alors les coiRmunications avec le dehors furent entièrement supprimées, les aliments, les vêlements distribués aux pauvres furent plus abondants, mais les mains qui lissaient le vêlement, les cœurs qui pourvoyaient aux besoins furent désormais invisibles comme la divine Providence qui couvre la terre de sa parure et de ses fruits.
Pour faire accepter sans hésilation la nouvelle rigueur de la vie monastique, Pintervention et Pcxemplc de la pieuse Roseline exercèrent une irrésistible séduction. Le souverain Pontife en nous couvrant d'un voile impénétrable ne préserve-t-il pas notre faiblesse de dangereuses atteintes ? Ne nous éiève-t-il pas à la sublimité des anges en faisant de nous les invisibles protecteurs du monde? Chaque degré ajouté à notre sacrifice pour Dieu, n'est-il pas un nouveau mérite pour notre âme, et chaque progrès vers le ciel une nouvelle joie pour notre cœur? Telles étaient les paroles de la vierge modèle de Celle-Roubaud ; et la douceur de celte voix convaincue, le rayonnement de ce visage où se reflétait la paix de la conscience avec la joie intime du sacrifice accepté comme une expiation personnelle, comme un encouragement pour les autres, faisaient succéder un joyeux empressement, une félicité sereine, aux murmures et aux tristesses de la nature comprimée. Les peines de la lutte disparaissaient ainsi, et il ne restait que les allégresses du triomphe.
Elle avait vu, pendant son noviciat dans le Gapençais, toutes les perturbations de l'ordre politique, toutes les violences que la cupidité, les ardentes passions faisaient commellre par quelques barons aveuglés; elle avait vu toutes les luttes des malheureux paysans égarés par les préjugés anarchiques des Yaudois. Sa prière demandait avec ardeur, pour les autres, la lumière et la paix qui remplissaient son cœur. Pleine d'un saint enthousiasme pour le développement de la dmlisalion chrétienne y dont le vœu se répète toujours dans la belle prière carthusienne implorant le succès des croisades, elle demandait à Dieu le triomphe de la foi et de la paix à Pintérieur, Pextension du règne de la croix à l'extérieur. Elle ins-
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pirait à son jeune frère Hélion Tardent désir de devenir un chevaleresque champion de la chrétienté, le vengeur des opprimés, le protecteur de toutes les faiblesses. Le dévouement à la chevalerie chrélienne, élait bien propagé par celle qui appliquait le sacrifice ccnobitique ;. et ici les ardeurs de la piété s'accroissaient de tout le feu de la plus vive affection fraternelle.
Dans cette âme toujours vibrante de saintes émotions, les manifestations de la piété avaient un perpétuel écho et les douleurs et les joies de TEglise venaient retentir dans le cœur de la vierge chartreuse.
Le glorieux roi saint Louis, canonisé en 1297 ; son cousin, saint Ëlzear de Sabran formant, en 1299, avec Delphine de Signe, la plus chaste des unions matrimoniales; son royal parent, Louis d'Anjou, mourant sur le siège épiscopal de Toulouse, et justifiant tous les présages de sainteté donnés par sa tendre jeunesse lorsqu'il avait quitté la pourpre pour la bure : tels étaient les bruits du dehors dont elle élait empressée de recevoir les retentissements; — Les gloires de la sainteté, les joies de la paix publique répandus autour d'elle, dans la chrétienté, par sa famille, par ses proches — étaient les pieuses nouvelles dont elle était avide.
Les bienfaits publics de Tesprit de sacritice étaient vivevement sentis par le cœur de la vierge immolée.
L'année 1288 de la consécration de sainte Roseline fut signalée par Téclatant succès des prières de TËglise, en faveur du souverain de Sicile et de Provence, du grand protecteur des monastères des Dominicains et des Chartreux. Le roi de Sicile, Charles II, sorti des prisons de Barcelone, où le retenait le roi d'Aragon, son compétiteur à la couronne deNaples. Ainsi, furent exaucées les suppliques adressées à sainte Madeleine par sainte Roseline, s'unissant à tout le peuple de Provence; ainsi, fut récompensée la piété du Prince qui avait ardemment travaillé à remettre en honneur les restes de la sainte amante du Sauveur, enfouis et laissés en oubli à saint Maximin. On vit alors combien la sereine résignation de la prière chrétienne relève les âmes abattues, fait naître de
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lumières et de prudente sagesse dans Tesprit de ceux qui prient. Combien elle apaise les emportements, éclaire l'intelligence et touche le cœur de ceux qu'enivrerait le succès. Le roi d* Aragon victorieux avait été frappé d'interdit par le souverain pontife; le comte Charles de Valois de France revendiquait le royaume d'Aragon comme une des conséquences énoncées dans l'interdit pontifical ; le souverain de Sicile et de Provence, tombé au pouvoir du roi d'Aragon, avait perdu la Sicile, pendant que ses États décapités étaient troublés par des tentatives anarchiques, et après avoir déjà perdu Tile de
Sicile, il était menacé d*une invasion dans le royaume de Naples.
Ce quadruple nœud d'intérêts opposés de la religion et de la politique, où se trouvaient en lutte : le pape, la dynastie française, le roi de Sicile et roi d'Aragon, constituait une situation prodigieusement compliquée, qui se dénoua d*une manière merveilleuse.
Par les plus sages et les plus habiles combinaisons matrimoniales, la nombreuse famille du prince vaincu fut une source de prospérités, et le roi c^iptif devint en peu d'années le souverain le plus respecté et jouissant de l'empire le plus florissant du monde. Charles H laissa ses enfants environnés de l'éclat de neuf couronnes.
Ainsi : i"" le fils aine de Charles II de Sicile devint, sous le nom de Charles-Martel, roi de Hongrie ; 2^ Robert de Sicile, duc de Calabre, succéda à son père et devint roi de Sicile, comte de Provence et de Piémont, roi de Jérusalem ; 3"^ Philippe de Sicile fut prince de Tarente , d'Achaîe, de Romanie, empereur titulaire de Constantinople ; 4"* Jean de Sicile fut duc de Duras, prince de Horée ; 5"* Marguerite de Sicile devint comtesse de Valois, mère du roi de France, Philippe de Valois ; 6* Blanche de Sicile devint reine d'Aragon ; 7** Léonor de Sicile devint reine de Trinacrie, nom que l'on imposa à la royauté de l'ilc sicilienne ; S"" Sance de Sicile fut reine de Majorque ; 9* Beatrix de Sicile devint marquise de Ferrare et d'Esté, plus tard épouse de Bertrand du Baux ; lO"" saint Louis
de Sicile, premier né de tous les enfants de Charles II, pré-
fera la gloire de la sainteté à toutes les grandeurs politiques ; ses vertus ornèrent le siège épiscopal de Toulouse.
La famille du pacifique, du pieux Charles II couvrit d'un magnifique réseau presque toutes les grandes vallées de l'Europe : TÈbre, la Loire, la Seine, le Rhône, le Pô, le Danube, jusques aux montagnes de la Grèce. Charles II, après avoir été vaincu et captif, mourait heureux et puissant, tandis que l'intrépide roi victorieux, Charles r% élait mort désolé.
Après la captivité de Charles II, de Sicile, la crise qui aigrissait tous les esprits avait fait place à une pacification aussi heureuse pour les princes que pour les peuples. Des lumières surnaturelles avaient donc brillé dans Tesprit des rois ennemis, prêts à assouvir leurs ambitions rivales dans les violences de la lutte et dans des flots de sang humain. Les grâces célestes avaient fait naître des combinaisons humaines bien inattendues.
Cette étonnante conclusion des contentions souveraines produisit sur Tesprit des peuples une profonde impression qui s'exprima par la poétique légende que nous reproduisons ici :
« Charles (comte de Provence, roi de Sicile, prisonnier à « Barcelone), s'étant recommandé pour sa délivrance aux « prières de sainte Madeleine, le jour de la veille de sa fête, Cl à ce conseillé par un Guillaume de Tonnais, religieux de « saint Dominique, son confesseur; cette sainte s'apparut à « lui et le transporta BnRAcuLEusEHENT, et ce, dans un mo- « ment, des prisons de Barcelone jusqu'à Narbonne, où « étant arrivé elle disparut, lui recommandant de faire « chercher les reliques de son corps, qui étaient cachées sous H terre, en son pays de Provence ; et que les ayant trouvées, « il les fit loger plus honorablement, et en commit la garde « à ses frères. » (Bouche, Histoire de Provence^ t. II, p. 516.)
Tandis que l'impression populaire se traduisait en légendes, la reconnaissance de la cour provençale se manifestait par des actes et par des bienfaits incessants, accordés au sage et au pieux conseiller Jacques d'Euse. Le religieux instituteur ^cs enfants de Charles II fut successivement promu en 1300,
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à Pévëché de Fréjus ; en 1510, à celui d'Avignon ; et enfin en 1316, au suprême pontificat. En 1508, un an avant la mort de Ctiarles II, pendant que Jacques d'Euse gouvernait le diocèse de Fréjus, le souverain accorda à la mense de ce diocèse le don du domaine de Paleisorij en y ajoutant ces motifs flatteurs énoncés dans les lettres patentes :
En considération du vénérable Père Jacques d'Euse^ évêque de Pr^us, chancelier et conseiller privé du souverain^ et dont les services ont été bien grands et bien profitables .
Dans la délivrance du roi Charles II, par les prières des saints, par les conseils d'un sage prélat et par Tinfluence de l'Église, on trouve la source des hautes faveurs politiques qui furent prodiguées à Jacques d*Euse, à sainte Roseline, à sa famille spirituelle et à sa famille par le sang. On voit dans cette délivrance du roi captif, l'origine de l'intime liaison que montrera la suite de cette histoire entre Jacques d^Euse^ Boseline^ Y Ordre carthusien et Hélion de Villeneuve. Il suffisait que Roseline exprimât un désir à son évêque, devenu souverain pontife, pour que ce désir fût transmis au Prince et que le vœu fût exaucé.