XIV* BT XV* SIÈCLE
Vers la fin du quinzième siècle, le monastère de Lamanare, habité par des Religieuses du Citcaux venues de Saint-Pons par Marseille, fui détruit
par let pirates. Les religieuses allèrent habiter, à Hyères, le couvent qu'elles occupent encore.
Trois monastères ont été convertis en prieurés au diocèse de Digne :
Sainte-Marie des Prés ou Failfoi. . . . Cluny.
Truchet Saint- Victor.
Sainte-Catherine Saint-Âuguslin (ordre).
Le monastère de Sainte-Marie des Prés ou de Valbonne fut construit en 11 99, en 1212 uni à celui de Failfoi» puis, vers 1262, attribué à un monastère de religieuses. Mais le relâchement et la pauvreté le firent abandonner nu commencement du quatorzième siècle. Diocèse de Grasse.
Diocèse de Yence. Monastère hospice d*Aigremont, fondé en 1100, subsistait encore en 1248. Cet hospice florissait au temps où le pèlerinage de Rome était le plus en vogue. Mais Tabord des pèlerins de tout sexe, de tout âge et de toute condition introduisit bientôt le relâchement parmi les moines ; leurs biens furent unis à la mense épiscopale de Venu par une bulle datée 6^ Avignon en 1527.
Diocèse de Glandev(^. Le Puget-Théniers a eu des templiers et ensuite des religieux mendiants cordeliers.
Diocèse de Senez. Le monastère, hospice de Vergons, dépendant des Lerins, et le monaslère-hospice de Stoublon, dépendant de Mont-Majour.
Diocèse de Nice. A))baye de Saint- Pons.
Les religieuses de Tordre de Citeaux formant Tabbaye de Saint-Pons et possédant les trois églises de Saint- Jean deGarguier, Saint-Martin et Saint- Clair, s'écartèrent dans le quinzième siècle de V austérité et de la discipline et furent transférées à Tabbaye de Lamanare, près d'Hyères, qui était une fille de Saint-Pons.
L'abbaye de rHuveaune, ordre de Prémontré, subsista ju$qu*en 1405: ses biens furent alors donnés aux augustines de Sainte-Paule ; des religieuses de Tordre des Citeaux formaient auprès de Marseille, vers Tendroit où est le jardin des bernardines, Tabbaye de Mont-Sion dépendant de celle de Saint-Pons. Leur monastère ayant été détruit en 1501, elles en firent bâtir un autre près de V église de Saint-Martin
Les religieuses de Saint-Sauveur, dont le monastère était bâti près de Saint-Victor, furent envahies par les Sarrasins au neuvième siècle. Sainte Eusébie et ses compagnes s'étaient mutilées pour éviter la brutalité des infidèles, qui massacrèrent les pieuses viciées. On les transféra, vers 1501, dans Vintérieur de la ville, pour les mettre à l'abri de^ incursions des ennemis.
Le relâchement s^étant introduit d<ins le monastère de la Celle, les religieuses bénédictines furent transrërées à Âix, en 1()59, où elles ont fait revivre Tesprit de leur ancien institut.
Les cisterciens de Tabbaye de S^I.ncane furent unis au chapitre d\4ix par une bulle d'Eugène IV, datée du 12 des calendes de janvier 1440, après que les débordements de la Durance en eurent détruit les bâtiments.
L'abbaye de Valsainte, ordre de Citeaux, l'ondée en 118M, eut ses abbé^
particuliers en H 91, ol subsista jusqu'au commencement du quinzième siècle, que la guerres civiles forcèrent les religieux à se retirer à Tabbaye de Sylvacane, à laquelle tous les revenus de Yalsainte furent unis par un décret du chapitre général de Tordre de Cileaux de 1425. Cetle union dura peu, le monastère de Sylvacane ayant été détruit par une inondation, en 1440 ; les abbés de Yalsainte furent rétablis.
L'abbaye des religieuses de Sainte-Croix, ordre de Citeaux, fondé en 1254. — Ce monastère ayant été détruit par les (adieux en 13t>l, les religieuses se retirèrent à la mile d'Apt, oii elles sont encore. — On a uni à cette abbaye, en 1435, celle de Mollèges, même ordre, dans le diocèse d'Arles.
Les augustins et angiistines de Sainte-^^atlierine de Sorps remontent à l'an 1255. Les maladies causées par le mauvais air ayant enlevé beaucoup de religieuses et empêché les jeunes personnes d'aller prendre Thabit dans ce couvent, il n'en restait plus que quatre en 1435. Les chanoines, excepté ceux dont la présence était nécessaire pour le service à Féglise, s'étaient déjà retirés à Saint-Juers avec le Prévôt et furent sécuurisés vers Tan 1445.
Chapitre de chanoines à Cruis, érigé en abbaye, vers le milieu du douzième siècle, par Raymond Béranger. Abbaye, sans doute presque déserte, dant la niense fut réunie à Vévêchc de Sisteron, en 145G.
Le monastère de Sainte-Claire, établi hors la ville de Sisteron, en 1*285, par Gérarde de Sa bran, abbesse d'un monastère de son ordre à Avignon, -- fut transféré dans Tenceinte de la ville, en 1360, à cause des inondations de la Durance (Gallia christiania) et surtout à cause des dévastations à main armée. On avait uni à cette abbaye, en 1464, celle de Saint- Pierre de Souribe, ordre de Saint-Benoit, diocèse de Gap; après 1720, levèque Laiileau en partagea les revenus entre les bernardines de Manosque et lesursulines de Sisteron.
On donna les biens et le monastère de Saint- Pierre de Lamanare, près d Uyères, qui dépendaient de celui de Fos, à des religieuses qu'on tira des monastères de Saint-Pons près Gémenos ' .
' Extraits faits sur les Histoires de Provence, publiées par Bouche et par i*apoii avant la Un du dix-huitième siècle.
4i(i PIÈCES JUSTIFICATIVES.
Dlacvasloii sar !•■ doeamanla relatllii à la via ém ■•lato
Li vie (ie sainle Roselinc, écrite par des contemporains, ou sur des témoignages contemporains, ne pouvait se trouver que chez les chartreux- Malheureusement, les sept incendies qui ont détruit la majeure partie des archives de la Grande-Chartreuse en ont fait disparaître tous les anciens monuments, et le résumé historique le plus ancien que nous possédions sur sainte Roseline est celui donné par Molin dans son Historia carUt- .sm/m, publiée en 1586. Mais, avant cette date, Tinstallation des oburvatim. laite au couvent de Gelle-Roubaud, en 1504, rappelle le nom de sainte Hoseline. Louis de Villeneuve, qui transforma la baronnie de Trans, et la lit ériger au rang de premier marquisat de France, nous a laissé, dans s(»n testament du 3 juillet 1516, la plus ancienne pièce où il soit parlé de madame sainte Roseline, sœur du grand maître de Rhodes et du seigneur des Arcs. «
Le testament de Louis de Villeneuve fut déposé chez un notaire de Digne, et les termes soulignés ci-dessus sont empruntés à la mention de ce testament contenue dans la chronique des Villeneuve-Bargemont. Les autres documents se rangent dans Tordre chronologique suivant :
1614. Relation de la visite à la relique de Celle-Roubaud, par les ch?r
treux franciscains.
1619. Procès-verbal du provincial Bastiba, inséré dans la châsse de la
sainte.
1645. Martyrologe des chevaliers de Malte par Mathieu Gaussancourl,
célestin.
1657. Panégyrique de la sainte chartreuse par Trinquère de la GrefTe.
Édité à Montpellier, 1663.
1664. Histoire de Provence, par Bouche.
1681 . Theatrum chronologicum de Morotio. 1681. Manuscrit de François de Villeneuve, ex -provincial des frères
mineurs.
1690. Vie de saint Elzéar et sainte Delphine.
i698. Vie de sainte Roseline, écrite par les Bollandistes (auteur, M. fa-
pebrouk).
1720. Vie de sainte Roseline, par Pierre Joseph de Haitze. 1769. Généalogie des Sabran, par de Ghazot et Nanguy. i777. Acta monadiorum ettnonalium, par Paravicini. 1774. Historia critico chronologica, par Trombi.
1784. Histoire de Provence, par Papon.
1785. Histoire de saint Bruno, par de Tracy, Théatin.
lâOO. Chronique des Yilleneuve-Flayosc, par Alexandre de Villeneuve.
1851 . Histoire de sainte Roseline, par Lombard.
1865. Histoire de sainte Roseline de Villeneuve, par Tabbé ***.
Ces publications, unanimes pour proclamer la sainteté de Roseline, offrent de grandes divergences sur les dates de la naissance et de la mort de la sainte chartreuse.
Vers 1664, d'après Bouche, on en était encore à disputer sur la question de Tordre auquel elle avait appartenu, lorsque dom Amable, profés db la chartreuse de La \eme^ découvrit à la chartreuse de Durbon, diocèse de Gap, la charte de cession de Gelle-Roubaud à Tordre des chartreux. Cette charte portant la date de 1260, et publiée par Thistoricn Bouche en 1669, :ittribuait ainsi définitivement la possession de Celle-Roubaud aux chartreux, pendant la seconde moitié du troisième siècle.
Les chartreux, invités par les bollandistes à fournir des documents sur la sainte qui a honoré la famille carthusienne, remirent aux bollandistes la Vie écrite par dom Àmable, avec le Panégyrique prononcé par Trinquère de la Greffe, et composé sur les notes de dam Amable.
A côté du manuscrit de dom Amable, vint se poser celui de François de Villeneuve, et .la correspondance de ce provincial des franciscains avec les bollandistes.
L'histoire légendaire et mystique de la sainte de Celle-Roubaud est plus complète chez François de Villeneuve que chez tous les autres auteurs. L'écrivain boUandisle de la Vie de sainte Roseline, le célèbre jésuite Papebroeck, a eu le bon esprit de reproduire tous les détails donnés par François de Villeneuve, en y ajoutant, du reste, celte réflexion, que le^ pièces probantes des miracles n'ont pas été produites. Mais il est éfident que les pièces probantes, détruites par les incendies, dispersées dans les révolutions politiques et religieuses, étaient remplacées parles traditions; et nu} ne pouvait mieux résumer ces traditions que dom François de Villeneuve, .ivec sa double qualité de membre de la famille de la sainte, par la filiation des Villeneuve- Vence, et de dignitaire de Tordre religieux alors chargé de la conservation de la précieuse relique.
Dom Jean Chauvel, d'abord profés à la chartreuse de Villeneuve-lez. Avignon, puis, en 1667, devenu secrétaire général des chartreux, a fait une Histoire de la sainte. Il a fourni les principales pièces relatées par les bollandistes, conjointement avec dom Trovillos, prieur de la chartreuse de Bon-Pas.
Une note découverte par dom Chauvet, dans un carton de la chartreuse
i48 PIÈCES STIFICATIVES.
de la Verne^ relaie le miracle des roses comme expressément énoncé dans les anciennes Vies de sainte Roseline.
Doin Léon Levasseur, auteur des Épliémérides carlhtisiennes, et dom Charles Lecouceux ont remis aux bollandistes les documents les plus précis sur les époques de la vie et de la mort de la sainte chartreuse. 11 a été démontré par ces documents : i*" que la bienheureuse Roseline a été professe à Bertaud ; 2** qu'elle a été prieure à Gelle-Roubaud ; 3* qu'elle a abdiqué plus tard, et qu'elle est dècédée le 17 janvier 1339.
Pour dom Charles Lecouleuœ, le miracle des roses, TincomiptibiUlé du corps et des yeux, sont les deux prodiges les plus incontestables. EneTet. le miracle des roses a reçu Tassentiroent des plus graves auteurs et la confirmation de la tradition la plus populaire ; tandis que rincorruptibQité se montre encore aujourd'hui de la manière la plus frappante et la plus palpable.
De Haitze, Alexandre de Villeneuve-Flayosc, et le bréviaire de Fréjus, onl affirmé la profession de la sainte chartreuse faiie à Celle-Roubaud ; ik ont ainsi confondu la profession avec la consécration qui confère le titre de diaconesse, lorsqu'ils ont affirmé que sainte Roseline avait reçu successivement et Vhabit religieux et la dignité de vierge consacrée au même monastère de Gelle-Roubaud ; or le noviciat et la pro!ession religieuse s accomplirent au monastère de Bertaud, tandis que la dignité de vierge consacrée fut conférée à sainte Roseline dans le couvent de Gelle-Roubaud. Les confusions et les légèretés de de llaitze sont inexcusables. L'ouviage des bollandistes était déjà, depuis vingt-deux ans, publié, lorsque de ifaitze écrivait en 1720. De Haitze avoue que certaines personnes voubàml que la profession eut été accomplie à Bertaud, et, sans chercher à peser les témoignages, il ^e l)orne à signaler Téloignement de Bertaud à Celle- Roubaud comme un argument péremptoire contre le voyage de sainte Roseline du château des Arcs à Bertaud, et le retour de la vierge chartreuse à Gelle-Roubaud. Mais le monastère de Bertaud, où Jeanne de Villeneuve avait été si bien initiée aux pratiques carthusiennes, ne devail-il pas paraître à Roseline, nièce de Jeanne, une école de prédilection pour se former aux mêmes doctrines ? Pour éviter complètement Tinfluenoe de la séduction de la famille châtelaine, et des propositions d'établissement mondain, la fuite vers les rochers des Alpes n'était-elle pas le moyen le plus efficace inspiré par la piété de la jeune vierge? A ces raisons, militant en faveur delà profession faite à Bertaud, s'ajoute un argument sans réplique : les chartreux, mieux instruits que tous les autres écrivains de la vie religieuse d'une prieure de leur ordre, affirment, d'après leurs registres, la profession de sainte Roseline au monastère de Bertaud. L'incertitude des conjectures s'évanouit devant raulbenticité des témoignage écrits et recueillis par les dignitaires chartreux dom Le Vasseur et par dom Lecouteux.
Toutes les principales circonstances de la vie de sainte Rosehne se dessinent nettement à l'aide de ces données fondamentales, et l'on arrive à une concordance satisfaisante des divers épisodes traditionnels. La profor swn de sainte Roseline à Bertaud a exigé le voyage des Ares jusqu'à ce
œ monastère alpestre; le diaconat conféré à la sainte, en 1288, à Celle- Ronbaud, d'après les bollandistes, exige absolument le retour préalable de Roseline en Provence.
Les détails fournis par le franciscain François de Villeneuve, sur le voyage de sainte Roseline, sous la protection de Tévêque d'Orange, se coordonnent ainsi avec la trame principale de la sainte vie de la vierge châtelaine des Arcs ; le passage de sainte Roseline à Avignon est attesté par une tradition religieuse conservée à Avignon et dernièrement publiée par M. Canron, et les époques du départ et du retour de notre sainte se placent : la première, avant la profession ; la seconde, avant la consécration.
Ainsi fixé sur les faits principaux et sur la chronologie, il nous a suffi d'ajouter à ces deux voyages la description des circonstances politiques, géographiques et religieuses puisées dans Thistoire de la France méridionale. Lorsqu'on veut faire connaître finfluence religieuse et civilisatrice des saints, il ne faut jamais omettre l'indication précise des circonstances dans lesquelles ils ont été placés. Les violences dont le onzième siècle était rempli, les déchirements que devaient éprouver toutes les âmes chrétiennes, soupirant après quelques heures de paix, ne rendent-elles pas bien compte de la promptitude avec laquelle se peuplèrent les asiles que saint Bruno vint ouvrir aux hommes pacifiques? La description exacte des temps et des lieux fait donc partie essentielle de la vérité hagiographique; elle en est à la fois le rayon lumineux et le charme poétique.
Encouragé puissamment, aidé dans nos recherches par les prieurs généraux des chartreux qui se sont succédé de 1862 à 1865, nous avons reçu du secrétaire général des chartreux et des autres dignitaires de l'ordre, de précieuses notes sur la vie de sainte Roseline. L'abbé Albanès^ à Marseille, le curé des Arcs, notre excellent cousin le comte Anatole de rAssigny de Juignéf nous ont éclairé et aidé; mais nos plus précieux détails sur la translation de 1835 de la sainte relique, nous ont élé donnés par M. l'abbé Descosse, qui assistait à la translation pour en rédiger le résumé en qualité de secrétaire général de l'évêché de Fréjus.
La généalogie de la famille de sainte Roseline a été TvièA par une étude assez épineuse des chroniques des trois branches de Yilleneuve-Floyosc, Yilleneuve-Bargemont et Villeneuve- Vence, et par la généalogie desSabran. Les documents livrés par le marquis Henri de Villeneuve-Bargemont, nous ont été très-utiles ; nous les avons complétés par l'étude de l'histoire de Tordre des chevaliers hospitaliers, publiée par le marquis F. de Villeneuve- Bargemont.
Quant aux traditions et aux légendes miraculeuses, nous pensons qu'il faut les relater toutes; en efTaçant néanmoins les anachronismes dont elles sont parfois entachées. Ces légendes ne sont-elles pas toujours la sincère reproduction de l'impression populaire des vertus des saints? Une inexactitude, une erreur de date dans la tradition peut^le en autoriser la suppression de cette impression populaire? 11 faut donc comparer et coordonner.
La perte des anciennes histoires de sainte Roseline nous empêche absolument de faire un triage et une élimination dan? les divers faits suma-
turels qui lui sont attribués. Le miracle des roses, auquel on donne une place exceptionnelle, s'est répété chez plus de six autres saints, entre autres chez sainte Elisabeth de Hongrie, sainte Ëlisabetli de Portugal, sainte Rose de Yiterbe, sainte Rose de Lima, saint Pierre de Luxembourg; et saint Didace, etc.; c'est toujours le larcin inspiré par la charité, surpris en flagrant délit, et justifié par une prodigieuse exhibition de ro^es. Cest toujours la même merTcille dont Dieu se sert pour frapper les regards accoutumés à trouver dans les roses les charmants emblèmes des grâces de la charité. Si les mêmes mots rappellent les mêmes idées, pourquoi les miraculeuses manifestations des mêmes vertus ne se révéleraient-elles pas aux yeux des croyants par les mêmes images ?
Le miracle des roses rentrant dans la vie légendaire assez générale, il n'y a point lieu à faire pour lui une place exceptionnelle dans la vie de notre sainte. Ce miracle mérite-t-il un autre rang que celui de la guérison des plaies par la succion? Ce dernier n'est-il pas aussi attribué à saint Elzéar de Sabran par l'historien César Nostradamus ? On peut dire de ces deux miracles que chacun d'eux donne la plus haute idée du dévouement charitable de la sainte de Celle-Roubaud.
Pourquoi De Haitze, écrivant la vie de sainte Roseline en 1720, admet-il le miracle de la guérison des plaies, les visions de la sainte, l'apparition dernière de la sainte Vierge, et refuse-t-il une place au miracle des roses? Â-t-il des documents plus immédiats, mieux conservés ; des témoignages plus authentiques pour les uns que pour l'autre ? Sa critique el son choix dans les prodiges n'ont pas plus de valeur que son assertion relative à la profession de notre sainte à Celle-Roubaud. Il semble que De Ilaitie a souvent copié les bollandistes, et on ne s'explique comment il a pu supprimer les parties les plus parfaitement établies dans leur excellent travail.
La partie critique de la vie de sainte Roseline, écrite par De Haitxe, est donc dépourvue de valeur; cet écrivain n'a pas été même un lect»ir attentif. Il a desséché, défloré la vie de la sainte sans discernement. Faut-H l'excuser, en observant que, s'il n'a pas compris cette sainte vie, c'est parce qu'en 1720 les fumées du philosophisme commençaient à obscurcir les regards de ceux qui considéraient les choses saintes?
Tout ce qui concerne le moyen âge a été fort légèrement étudié à partir du quinzième siècle, époque où la renaissance des lettres grecques et latines a fait reporter aux civilisations païennes des hommages immérités, tandis qu'on laissait tomber dans un dédaigneux oubli les nobles et religieuses origines de la civilisation clu'étienne.
En résumé, les meilleurs documents sur la vie de sainte Roseline se trouvent dans le travail très -remarquable correspondant à la date du ii juin dfri Acta sanctorfim. En dehors de ce recueil, les détails généalogiques ont été puisés dans la chronique de la branche de Villeoeuve- Flayosc, et dans la généalogie obligée communiquée par le duc de Sabran.
Les remarques historiques ont été puisées dans plusieurs ouvrages traitant de l'histoire de TËglise. Les faits historiques et les légendes constatées par les traditions et par les cantiques populaires, s'expliquent mutuellement et font apprécier l'influence civilisatrice de notre chère
chartreuse. Le puissant patronage que les chevaliers de Saint-Jean ont attribué à sainte Roseiine, en faveur de leur ordre, démontre que Faction politique exercée par les chevaliers remonte à l'inspiration de la sainte chartreuse, et l'église où le corps de la sainte est conservé atteste la vive reconnaissance des chevaliers pour celle qui a fait descendre tant de grâces sur les premiers exploits maritimes de la chevalerie de Saint-Jean.
Quant au nom de Roseline, tel que nous Tavons exclusivement écrit dans cette histoire de la sainte chartreuse, il est, à cette heure, adopté par les dignitaires de Tordre carthusien.
Diss«rtelioii mwop les parants de aainto Roflellne de Villaneava.
Période à laquelle correspond la vie de sainte Roseline. — Documents historiques sur la Villeneuve des Arcs. — Géraud Arnaud II est père de sainte Roseline; elle a pour inére Burgole Sibille de Sabra n. -> Pour frères, Hélion et saint Elzéar de Villeneuve; pour cousin-germain, saint Elzéar de Sabran. — Frères et s<purs de sainte Roseline.
— Date de la mort du père de sainte Roseline. — De la mort de la mère de sainte Roseline, vraisemblablement après 1i98 et 1299.— Considérations de famille à Tappui des preuves précédentes. — Testament apocryphe du 12 juin 1282, attribué à un Géraud III de Villeneuve. — Première objection au prétendu testament; cette pièce est contraire au caractère reli^^ieux de Roseline. — Deuxième objection, tirée de la date de la profession de sainte Roseline.— Contradiction entre la qualité d'hospitalier attribuée à Hélion et l'âge de ce flls d'Arnaud 11 de Villeneuve. — Il n'y a point d'Aggline d'Uzez dans la généalogie des Sabran. — Raymond de Villeneuve, frère de sainte Roaeline, n'a point épousé Burgole de Sabran. — Contradiction avec la dm)nique de Vence. — Le prétendu maria $;e de Raymond de Villeneuve avec Burgole de Sabran est en contradiction avec la généalogie des Sabran. — ContradicUon avec la chronique de Vence, relaUvement aux enfants que la chronique de Bargemont donne à Raymond de Villeneuve. — Contradiction avec le testament de saint Elzéar de Sabrau.
— Suppression d'un degré dans la généalogie des Sabran, par la chronique de Bargemont. — Suppression de la fraternité de sainte Roseline et de saint Elzéar de Villeneuve. -— Aggline aurait été â la fois mère et grand*mère du grand Hélion. —
— Les personnages de la famille des Arcs transflayosc sont tous indiqués par pièces historiques. — Géraud III ne remplit pas cette condiUon. — .authenticité de la chronique de Vence, elle prime la chronique de Bargemont. — Contradiction du testament apocryphe, énoncée par dom Sainte-Marthe du vivant de Peiresc, éditeur, de ce testament. — Dénégation univfrselle contre ce testament. — Même si l'on admet le partage en deux familles de la génération de sainte Roseline, il y a encore contradiction avec la chronique de Vence. — Aucune expédition du testament prétendu n'existait aux archives de Flayosc le ;13 septembre 1779. — Résultat négaUf des recherches faites en 1863. — La date de la supposiUon du testament se trahit par deux indices qui flzent cette supposition au xvi* siècle. — Nouvelle gloire que ces recherches font rejaillir sur sainte Roseline. — Parenté avec saint (}rbain V. ~ Parentés actuelles. — Branches de Villeneuve-Flayosc; de Bargemont; de Vence.
La date de la mort de sainte Roseline conservée dans les registres de la chartreuse de Bertaud, transférée en 1445 dans la chartreuse de Durhoii, est indiquée au 17 janvier 1529. L'acquisition de Celle-Roubaud établie par ime charte, correspond au 11 avril 12G0; cette date fi.xe Fépoque de la fondation de la cliartreuse où sainte Roseline est venue mourir, y laissant la précieuse dépouille que nous y voyons encore aujourd'hui.
La vie de sainte Roseline est donc comprise entre 1260 et 1529. Dans
cet intervalle tombe la période de la grande maîtrise de Saint-Jean de Jérusalem, décernée en 131 9 à Hélion de Villeneuve, précédée de la promotion d'Hélion de Villeneuve au prieuré de Saint-Gilles, vers 1516, et à la restauration et à Fagrandissement du monastère de Celle-Roubaud, faits à la date de 1320. L'intronisation au siège de Digne, de saint Elzéar de Villeneuve, est fixée par les registres diocésains compulsés par Gascendi, à Tamiée 1534; précisément celle où saint Elzéar de Villeneuve présida à Texhumation de sa sainte sœur. Voilà la chronologie des principales circonstances de la vie et de la mort de sainte Roseline bien définitivement arrêtée. Quels sont les personnages de la branche de Villeneuve des Arcs-Trans-Flayosc authentiquement désignés par Thistoire de cette période?
A Raymond Bérenger, hommage en 1259.
Testament de Romée de Villeneuve, en 1250.
Arbitrage d'IIyéres (Nostradamus), en 1257.
Hommage, en 1294, par Arnaud II.
Viguier de Marseille (Rufû), en 1295.
Retraite aux Arcs (Nostradamus 504), en 1298.
Dénombrement des terres, 1508, par Arnaud ITI.
Viguier d\Arles, 1527.
Au roi Robert, hommage à Avignon, 1530.
Au roi Robert, hommage à Avignon, 1554, par Hélion 1.
A la reine Jeanne, pour les biens de saint Elzéar de Villeneuve, hommage, 1551.
La vie de sainte Roseline se place donc entre Géraud-Amaud II et Arnaud m de Villeneuve des Arcs-Trans-Flayosc. On ne peut attribuer la paternité de la sainte qu'à Arnaud II.
En se reportant à la généalogie des Sabran écrite par Qiazot et Nanguy en 1769, on trouve : Hermingaud de Sabran, fils d'EIzéar etdeCédJe d'Agoult, eut cinq sœurs : Alayéle, Béatrix^ Galburge, Dulcine et Sibilk de Sabran, épouse d'Arnaud de Villeneuve, seigneur des Arcs, qui fut mère de sainte Roseline de Villeneuve, religieuse de Tordre des chartreu et morte le 17 janvier 1529.
Les ouvrages d'Artefeuille, p. 555; de Tabbé Robert, p. 252; la Chronique de Vence, p. 206; la Gallia Christiana, t. lU, p. 1125; Papon,t. l p. 595 et 596; Bouclie, t. II, p. 254 et 541 ; Dictionnaire des hommei illustres, p. 520, concordent avec le Mémoire de la maison de Villeneuve Trans-Flayosc, par Alexandre de Villeneuve-Flayosc, édité en 1800, p. 60.
La généalogie de saint Elzéar de Sabran fut dressée par le confesseur du saint, François deMaironis, consenée au couvent d'Apt, et publiéeà Lyon en 1690, par le père franciscain Borelly, auteur de la vie de saint Elzéar et de sainte Delphine.
Cette généalogie ne nomme que deux des sœurs d'Henningaud de Sabran : Alayetle et Bourgtiette, Cette dernière épousa Giraud de \ill^ neuve, baron des Arcs et devint mère de sainte Roseline de Villeneuve et de saint Elzéar, évèque de Dignes. (Voir p. 40 et 42, Vie de saint Elx^^ par Borelly.)
DOCUMENTS RELATJFS A SAINTE ROSELINE. 453
La différence des deux noms donnés à la mère de sainle Roseline est expliquée dans la Gallia christiana de dom Sainte-Marthe : Sibille et Bur^ gole ou Bourgitette^ sont deux noms donnés à la même dame.
U en est sans doute ainsi de Arnaud et de Géraud de Villeneuve ; les deux noms étaient d*autant plus facilement donnés au même personnage, que la première inféodation de la terre des Arcs-Trans avait été faite, en 1201, à Géraud de Villeneuve. Cette inféodation initiale avait vulgarisé le nom de Géraud ; ainsi, le père de sainte Roseline est Géraud'Àmaud II, de Villeneuve, la mère est Sibille-Burgole ou Bourguette.
Le testament de Louis de Villeneuve, premier marquis de Trans, testament déposé à Digne en 1516, déclare madame satn/« HoseLine, sa:m de Rélion, grand maître de Rliodes; tandis que le testament de saint Elzéar de Sabran déposé à Toulon, notaire Comilla en 1317, indique pour exécuteurs testamentaires, ses trois cousins germains : Raymond de Sault, Hugues de Pontevès et Elzéar de Villeneuve; ce dernier devant, en outre, être substitué à la possession de ses biens, à défaut d'hériters mâles dans la maison de Guillaume de Sabran, frère consanguin de saint Elzéar de Sabran.
Donc. Elzéar était comme Roseline, comme Hélion, fils de la sœur de saint Elzéar de Sabran.
Voilà donc sainte Roseline déclarée par pièces authentiques, sœur de saint Elzéar de Villeneuve, et sœur aussi &Hélion de Villeneuve, grand maître des hospitaliers.
D'autres détails sont fournis sur les frères et les sœurs de sainte Roseline : 1* par la Chronique de Vence, livre généalogique des Villeneuve- Vence, descendants directs du grand Romée ; 2* par l'historien Bouche, t. H, p. 341 , par les Bollaiidistes,'Vie de sainte Roseline, et par le Martyrologe des chevaliers de Malte ; 3* par la Note à nous remise par le marquis Henri de Villeneuve; Bargemont nommant Reynaud de Villeneuve parmi les enfants d'Arnaud II de Villeneuve. Ce Reynnud est, en effet, cité par Papon t. III, fol. V, parmi les gentilshommes français passés à Naples.
C'est à Taide de toutes ces autorités que nous trouvons la famille de sainte Roseline formée de la manière suivante : Roseline, née le 27 janvier 1263, Sanche, Uranie, Mabile et Béatrix; Arnaud III, né en 1274, Hélion, Hugues, Elzéar, Reynaud et Raymond.
En quelle année est mort le père de sainte Roseline? Le dénombrement des terres de la maison, fait en 1308, indique Tépoque de la mutation du chef de famille, et fixe le décès d'Arnaud II de Villeneuve vers 1507. En quelle année est morte la mère de notre sainte? put-elle assister à la consécration et au priorat de sa fille Roseline?
Puisque, d'après les règles ordinaires de la féodalité, Théritier du titre palernel était Talné, Arnaud III de Villeneuve, les cinq autres fils sont nés après 1274, ce qui porte, en moyenne, à huit ans la vie commune du père et de la mère de famille postérieurement à 1274; — ainsi, Sibille dame de Villeneuve vécut, au moins, jusqu'en 1282.
Mais nous trouvons dans Nostradamus un fait rapportée Tannée 1298»
attestant Texistence de Sibille dame de Villeneuve, au delà de cette dernière date.
Arnaud de Villeneuve, Seigneur des Arcs Trans et LamotU (dit Nostradamus, page ?04) remit à ses créanciers ses terres de Tram et de Lamotte, et ne se réserva que les lieux des Arcs, pour Ventretenemmi de sa FEMME et de ses enfants.
Donc, la mère de sainte Roseline a vécu certainement au delà de 1283» certainement au delà encore, de 1208. Que penser de l'assertion de Dom Âmable chartreux de Laverne, qui déclara sainte Roseline privée de sa mère dès Tàge de 10 à 11 ans? Sainte Roseline aurait donc perdu sa mère en 1274 ou 1275.
La naissance des fils nombreux d'Arnaud II, postérieurement à 1275, et le fait rapporté par Nostradamus, manifestent Terreur de Dom Amable. L'assertion de cet auteur n'était d'ailleurs appuyée d^aucune preuve. M. Lombard, auteur d'une vie de sainte Roseline, publiée en 1851, a répété l'erreur de Dom Amable, sans lui ajouter ainsi la moindre probabilité. L'assertion de Dom Amable a été justement rejetée par les Bollandistes, qui ignoraient, pourtant, les deux preuves que nous venons de donner à l'appui de leur jugement.
Si l'on voulait ajouter encore une présomption aux démonstratioDS péremptoires relatives à la vie prolongée de Sibille de Sabran, on la trouverait dans la difliculté extrême qu'aurait éprouvé Arnaud II de Villeneuve à quitter son château et sa famille, pour remplir ses fonctions publiques à Naples en 1294, et années suivantes, pendant que de jeunes enfant^ n'auraient pas été surveillés par leur mère dans le manoir de la famille. Les fréquentes et longues absences de Arnaud 11 de Villeneuve supposent évidemment lexistence de la direction donnée au château des Arcs par la mère de famille.
Les considérations d'ordre intérieur sont merveilleusement d'accord avec les inductions tirées de Tâge et du nombre des enfants, avec la date des grandes fonctions politiques remplies à Naples jusque s vers 1299 par Arnaud II, avec la date approximative de sa retraite aux Arcs, pour établir que la mère de sainte Roseline vivait encore vers 12d9 à 1300, tandis que le père de notre sainte est mort vers 1507.
On le voit doncde suite, il n'y a nulle présomption en faveur d'un testament qui ferait mourir le père de sainte Roseline, vers 1282.
Le testament édité, pour la première fois, par Peiresc aurait été fait par Géraud, père de sainte Roseline, datant de ses dernières volontés, le 12 juin 1282.
Ce document pris au sérieux seulement par la chronique de Barg^ mont, histoire de la branche de Villeneuve- Bargemorit, est en opposition avec tous les historiens et avec la Chronique de Yence et de Flayosc;
Il est en contracdiction aussi, avec le beau caractère que les traditions religieuses donnent à notre sainte. A ce dernier point de vue, nous ne voulons laisser passer aucune erreur, et le zèle de lu défense de notre sainte expliquera et excusera les nombreux détails dans lesquels nous
allons entrer en discutant une pièce que de suite nous déclarons apocryphe.
Ce testament nous représente le père de sainte Roseline intimant à sa fille Tordre de se faire religieuse. Ce n'est pas une autorisation, c'est une injonction qu'il prononce. Les traditions, les légendes religieuses protestent contre cette attitude de la pieuse jeune fille; Toraison que Ton prononce à sa fête ne dit-elle pas : Rossoline mundi sibi hlandientis < CALCAviT illecebraSf Roseline foula aux pieds les appas du monde qui lui offrait ses faveurs. — Elle dédaignait, repoussait les offres les plus séduisantes; elle suppliait pour obtenir la permission de suivre les élans de sa pieuse vocation, et le testament met à la place de cette magnifique spontanéité de Roseline, une simple obéissance à la volonté d'un père inexorable. — N'est-ce pas là une puissante objection contre la sincérité et l'authenticité de cette pièce?
D'autres objections se déduisent de la clironologie. Les chartreux sont les véritables témoins de la vie religieuse de notre sainte, leurs registres et leurs déclarations doivent passer avant toutes les inductions tirées de l'intérieur de la famille dont Roseline a cessé de faire partie au jour de son entrée en religion. Or, d'après les chartreux cités par les Bollandistes, Roseline a fait profession à un âge qui n'a guères dépassé 16 ans, c'est-à-dire entre 1279 et 1280. Cette profession a été prononcée solennellement à Bertaud. Comment pouvait-elle recevoir à Trans, en 1282, l'ordre de prendre le voile, lorsqu'elle l'avait pris depuis plus de deux ans dans un monastère éloigné de près de 100 lieues, où elle s'était rendue quatre ans avant 1282?
Cette objection ne suffit-elle pas pour faire crouler tout le vain édifice de ce testament?
Nais un autre encore se présente.
Arnaud III de Villeneuve, le frère de Roseline qui hérita de la seigneurie des Arcs, est né, d'après la Chronique de Flayosc en 127i, et puisque oet Arnaud III était l'ainé des garçons, Hélion n'a pu naître que vers 1275 à 1279. Il avait donc tout au plus sept ans en 1282. Pouvait-il être alors chevalier, pouvait-il même être frère donné, lorsqu'on n'admettait aux rangs des donnés que les adolescents âgés au moins de douze ans?
La pièce qui déclare liélion donné ou même chevalier en 1*282, est donc surprise en flagrant déhtde mensonge.
L'épouse du testateur Giraud de Villeneuve des Arcs, est dénommée Aggline dans le testament, et la Chronique de Bargemont (p. 12), déclare que d'après le Dictionnaire généalogique publié par M. D. L. C. D. B., son nom était Aggline d*(]zés, et elle appartenait, par conséquent, à la famille des Sabran, branche d'Ansouis et d'Ùzès.
Malheureusement pour cette allégation, la généalogie des Sabran par Chazot et Nangny ne désigne nullement cette personne.
Les contradictions s'ajoutent aux contradictions, l'erreur, comme le laminoir roulant avec une force invincible et forçant le corps entier à s'engager dans le détroit qui pressure la main, l'erreur amène d'autres erreurs.
Ainsi, pour introduire Bourguette de Sabran dans la famille de Villeneuve des Arcs, la Chronique de Bargemont a imaginé Texpédient de U faire épouser par Raymond de Villeneuve, frère de sainte Roseline et de rendre par là Raymond père de saint Elzéar de Villeneuve et d'une fille nommée Cécile Béatrix.
Mais ici la Chronique de Vence, certainement mieux informée que la Chronique de Bargemont de la généalogie de Vence, nous présente, au contraire, ce même Raymond de Villeneuve viguier de Marseille, époux en premières noces de Dblpbime de Rostang sans enfants. Raymond épouse en deuxièmes noces Abéusie db Ville«euvb-Ve5ce, fille de Bertrand de Villeneuve-Vence.
Donc, Raymond de Villeneuve des Arcs n'épousa nullement Bourguette ou Burgole de Sabran.
Il y a contradiction palpable avec les généalogies des Sabran, qui jamais n'ont fait de Burgole ou de Sibille de Sabran l'épouse d'un Raymond de Villeneuve. Il est même indubitable que Burgole ou Sibille était bien plus âgée que ce Raymond ; plaisant expédient que celui qui fait marier le fils avec sa mère!
La contradiction n'est pas moins complète entre la Chronique de Vence et la Chronique de Bargemont, lorsque celle-ci donne pour fils à Raymond de Villeneuve saint Elzéar, tandis que la Chronique de V^pce lui donne pour fils, Arnaud et puis deux filles, Cécile et Béatrix, mariées à des Blacas d'Aups et de Baudinar. La Chronique de Bargemont ne peut avancer dans son système sans faire éclater de nouveaux démentis donnés par le té* moin compétent. Est-ce que la Chronique de Vence ne doit pas mieux savoir que la Chronique de Bargemont quels sont les enfants d'Adèlasie de Vence?
Mais voici qui est plus fort encore : l'épouse de Raymond de Villeneuve, Burgole de Sabran serait, d'après la dironique de Bargemont, une 8<kdi de saint ELZÂAR de sabran, mariée vers Fan 1500, (note de la Chronique de Bargemont, p. 191.) Ainsi, saint blzêar de Villeneuve serait non point coosiii GBRMAiK, maîs neveu de saint Ëlséar de Sabran. Le testament de saint Elzéar de Sabran qui appelle saint Elzéar de Villeneuve son causm germain s'est fourvoyé d'après la Chronique de Bargemont!
Mais cette même Burgole de Sabran est déclarée encore par la Chronique de Bargemont, fille d'Elzéar de Sabran et de Cécile d'Agoult. Or, œUe dernière était la grancTniêre de saint Ekéar de Sabran d'après toutes les généalogies de Sabran ; Hermingaud de Sabran formant la génération intermédiaire entre Elzéar de Sabran époux de Cécile d'Agoult, et saint Elzéar de Sabran époux de sainte Delphine de Signe. Voilà donc Burgole de Sabran tante de saint Elzéar de Sabran, qui devient maintenant la s<eca de ce saint, la Chronique de Bargemont ajoute un degré à la généalogie des Playosc et pour replâtrer l'erreur, elle en supprime un dans la généalogie des Sabran ! — Pour suivre un mauvais système, il a fallu se heurter contre tous les témoignages.
On donne à saint Elzéar de Sabran une sœur qu'il n'avait pas; maintenant on va priver sainte Roseline de son frère saint Elzéar de Villeneuve.
Les historiens Bouche, Papon, Dom sainte Marthe, Gassendi, les Bollandistes, Borelly, auteur de^la vie de saint Elzéar de Sabran, sont unanimes pour déclarer que sainte Roseline était sœur de saint Elzéar de Villeneuve. Les chroniques de Vence et de Flayosc le déclarent avec la netteté la plus incontestable; mais la fameuse pièce apocryphe dédaigne tous les témoignages; pour ce testament supposé, saint Elzéar de Villeneuve n'est point frère de sainte Roseline, Elzéar de Villeneuve est supprimé. II est vrai que la Chronique de Bargemont fait reparaître Févèque supprimé; mais, cette fois, il est le neveu et non le frère de notre sainte.
La Chronique de Bargegiont a invoqué Tappui du Dictionnaire généalogique publié par M. D. L. G. D. B. pour établir que TÂggline, épouse de Géraud de Villeneuve, d'après la pièce de 1282, appartenait à la branche de Sabran d'Uzès. Or, d'après ce dictionnaire, Aggline fut mère d'Arnaud n père d'Héiion, grand maître de Rhodes. Donc, Aggline aurait été grœid'mèrc du grand Hélion, et c'est cette Aggline que la pièce supposée transforme en mère du grand Hélion.Voilà donc encore le testament prétendu qui reçoit un démenti précisément de la seule autorité que Ton ait appelée à son appui.
Un voit maintenant bien dévoilé le système faux dans lequel s'est engagé la Chronique de Bargemont, en soutenant Fallégation de Peiresc qui introduit un degré de plus dans la généalogie des Arcs Trans-Flayosc, en supposant un Géraud de Villeneuve fils d'Arnaud I*' et père d'Arnaud 11. Celle génération, de plus, est déniée par tous les historiens, et ce Géraud intermédiaire entre Arnaud I*' et Arnaud II ne parait dans aucun hommage, dans aucun acte public; un très-grand seigneur, un personnage qui n'aurait pointrendu d'hommage, ou qui ne serait rappelé dans aucun acte public, ne peut avoir aucune existence sérieuse * la personne authentique que l'histoire nous montre, c'est Arnaud IT, que Ton peut appeler Géraud- Arnaud IL II ne parait, entre Arnaud 1*' témoin au testament de Romée, et Arnaud III faisant le dénombrement de ses terres à Draguignan, aucun autre que Arnaud II.
La Chronique de Vence est bien plus authentique, plus digne de confiance que toutes les autres : parce que chaque mutation d'Évèque, diaque changement de seigneur, donnait lieu à un acte public officiellement enregistré, les évoques de Vence étant obligés de prêter hommage au seigneur de Vence. Le registre tenu par les clercs, les seuls hommes lettrés de cette époque, le registre de la succession des évèques devenait ainsi forcément le registre des hommages seigneuriaux et offrait la généalogie authentique des seigneurs. Rien d'aussi solennel ne se passait dans les autres branches de Villeneuve, l'autorité de la Chronique de Vence prime celle de toutes les autres chroniques de la maison de Villeneuve. La Chronique de Bargemont, malgré les soins qu on a pu lui donner plus tard, doit céder le pas aux affirmations de la Chronique de Vence, alors que ces affirmations ne sont pas spéciales à la branche de Bargemont.
Artefeuille, p. 355, l'abbé Robert, p. 252, viennent à l'appui de tout ce qui précède. L*abbé Robert convient qu'il n'entend rien à ce degré de Géraud 111, ni aux enfants qu'on lui attribue. « De toutes façons, dit l'abbé
Robert, il n*est pas moins assure qu'Arnaud de Villeneuve, second du nom. seigneur des Arcs, continua la postérité des anciens seigneurs des Arcs et de Trans, ayant épousé SihiÙe de Sabran, et il est certain, déclare dom Sainte-Marthe, qu'Ebéar de Villeneuve était fils d*Arfmud Second et non de Gérard III, ou de Raymond (fîls de ce Géraud 111), comme on a tocld
LE FRÉTEHDRE.
Remarquezque cette contradiction de dom Sainte-Marthe contre son ami Peiresc, est lancée du vivant même de ce dernier : et Peiresc, éditeur du testament attaqué, ne releva pas le gant qui lui étiit jeté. (Mémoire d« la branche Fiayosc-Trans, par Alexandre Balthazar de Villeneuve, p. 68.)
En dernière analyse, la pièce apocryphe a été connue et réfutée par tous les auteurs qui ont cité la généalogie de la branche Arcs-Trans-Flayosc. Cette contradiction, hautement exprimée du vivant de l'éditeur du faui testament par Tabbé Robert et par dom Sainte-Marthe, est silencieusement acceptée.
D'après les documents historiques, les enfants de Géraud Arnaud n sont :
Filles : Roseline, Sanche, Uranie, Mabile, Béatrix.
Garçons : Arnaud 11, Uélion, Hugues, Elzéar, Reynaud, Raymond.
D'après le testament et la Chronique de Rargemonl, Géraud-Aniaud aurait eu :
Filles : Roseline, Mabile, Asalanie.
Garçons : Arnaud III, Hélion, Amillet, Raymond.
Ce dernier Raymond aurait eu :
Filles : Cécile, Réatrix.
Garçons : Saint Elzéar de Villeneuve, Uugues.
On voit comment la Chronique de Dargement partage en deux générations la grande famille de Géraud-Arnaud H. Mais même avec ce subterfuge, la Chronique de Rargemont ne parvient pas à faire reparaître Reynaud de Villeneuve, ni ses sœurs Réatrix, Dranie et Sanche. Uranie est cependant un personnage assez important, puisqu'elle devient l'épouse de Truand de Villeneuve de Vence, grand sénéchal de Provence en 1327. Nouvelle contradiction à la Chronique de Vence. Il reste donc des suppressions de membres de la famille connus historiquement, et on voit paraître un Amillet qui est partout ignoré.
Après avoir établi ainsi jusqu'à quinze contradictions entre les documents publiquement acceptés, et le prétendu testament adopté par la Chronique de Rargemont, il faut savoir où gît cette pièce si fertile en audacieuses dénégations. Ne serait-il pas curieux d'apprendre que l'on ne peut mettre nulle part la main sur Toriginal d'une pareille pièce?
Ce testament, dit la Chronique de Rargemont (pages 12 et 15), ce testament est aux archives du château des seigneurs de Flayosc qui étaient
anciennement possesseurs de la terre de Trans érigée en marquisat, et est ainsi daté du château de Trans.
Nous sommes donc renvoyés aux archives du château de Flayosc ; soit que Ton consulte Thistoire de sainte Roseline par les Bollandistes, soit que Ton s'en réfère à la Chronique de Villeneuve -Bargemont, c'est, en définitive, toujours aux documents fournis par le châtelain de Flayosc qu'il faut aboutira
Le dernier possesseur du château de Flayosc &st Alexandre Balthazar, marquis de Flayosc. Né dans ce château le A juillet 1745, il y passa son enfance, sa jeunesse et la majeure partie de sa vie.
Après avoir ser\;i quelque temps à Tarroée, il fut rappelé par son père, en 1770, à Tâge de vingt-cinq ans. Il n'avait perdu de vue le manoir paternel que pendant peu d'années. En 1778, le décès de son père le rendit seigneur et maître du château dit des Archives. Ces archives, il avait deux raisons pour les maintenir dans le bel ordre qu'y avait établi sa mère Pauline de Villeneuve -Yence: de nombreux procès à soutenir, et le goût et le besoin de rechercher toutes les origines des titres de famille. — Alexandre de Villeneuve ne quitta le château de Flayosc qu'environ deux ans après la mort de son père, d'après nos inductions. Le 15 septembre 1779, un sieur Borelly prétend être venu copier la fiimeuse pièce dans les archives d'Alexandre Balthazar, au château de Flayosc. Si Alexandre n'eût pas été présent, Borelly n'aurait pas eu la faculté d'entrer dans ces archives.
Ainsi, c'est en présence d'Alexandre Balthazar, marquis de Flayosc, que Borelly copie la pièce et la vient remettre au château de Bargemont avec cette note terminale.
Le présent tesLiment a été copié dans les archives du château de Flayosc sur une ancienne copie qui y existe.
Le 13 septembre 1779.
Par moi soussigné,
Signé : Borelly Bekf.
Mais qu'est-ce donc que cette copie ancienne déposée eu château de Flayosc?
Voici comment la qualifie le possesseur de cette fameuse pièce : « le- • quel (testament) était seulement transcrit sur une copie informe, non t légalisée que les chroniqueurs ont tous regardée comme apocryphe. »
Ainsi s'écroule de fond en comble Tédifice fondé sur Tauthenticité de cette pièce ! A cela se réduit la singulière assertion de la Chronique de Bargemont : Ce testament est archives du château de Flayosc!
Jusqu'en 1792 les archives du château de Flayosc sont demeurées aux mêmes mains, et après treize années de nouvel examen de ses archives,
» 11 /«t», de Rosselina virgine (Bollandistes, chap. i). — Cenealogia Villanovanorum Donimoruni,quam intelligo, jam tum fuisse in plurcs divisam r^mos, quamque aiunt Qpud pranetseum de YUlanora Vlayvsci Baronem dtàuctam serpari.
Alexandre Balthazar de Villeneuve, imprimant en 1800 le mémoire sur sa famille, rejette toujours plus vertement la pièce apocryphe. |
M. le Marquis Henri de Villeneuve Bargemont, mon Irès-obligeaut cousin, en me communiquant la copie du sieur Borelly reiatÎTe au prétendu testament déposé au château de Flayosc écrit, en tète sa copie :
Une cx)pie authentique TRès-ANciBNNE de ce testament est entre les maim de M. Audiffret, avocat à Marseille. Sans doute il l'aura trouvée dam Us papiers des Viu.eneuve Traks. Cette note est de 1861 .
L'auteur de ce travail s'est empressé d'aller vérifier cette indication auprès de M. AudifTret auquel Punissent des liens de parenté par alliance. M. AudifTret a répondu en 1862 quHI n^avait jamais eu ce testament entre les mains.
Des recherches que nous sommes allé faire en août 1861, soit aux archives notariales de Trans, soit dans les papiers de famille transportés de Flayosc mx château de Valbourgès par le marquis Alexandre-François de Villeneuve, ont donné toutes le même résultat négatif.
Nous n'avons pas même trouvé la trace du notaire Jordanus, rédacteur de ce prétendu testament.
La pièce sur laquelle on a bâti un échafaudage de contradictions historiques s'est évanouie en fumée.
Mais l'habile rédacteur de celte mystification, en imitant mervdUeusement les types testamentaires du treizième siècle, Peiresc, en achevant ce testament, comme il complétait par d'ingénieuses hypothèses les inscriptions à demi effacées, Peiresc a commis une erreur qui trahit la date de la falsification.
Le testament est fait au lieu de Trans, mais ce Géraud lU. si traoquille habitant de son manoir qu'il n'a laissé aucune trace de son passage dans la vie publique, pourquoi donc aurait-il quitté les Arcs, son foyer officiel, pour venir dicter son testament solennel à la chambre de Milan, dans le château de Transi
Le château de Trans n'est devenu marquisat et siège principal des seigneurs des Arcs et de Trans que pendant la vie de Louis de Villeneuve, a la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle; c'était le temps de guerres françaises dans le Milanais ; à cette date et à ces événements, se réfère encore le nom de la chambre de Milan, salle où se prononça le prétendu testament.
La mystification écrit donc elle-même sa date, par ces indices; elle est postérieure au quinzième siècle. — Elle nous ramène vers la ^J^ ^ Peiresc après la fin du seizième siècle!
Cette époque était d'ailleurs fertile en affirmations audacieuses et en anachronismes effrontés. N'est-ce pas en 1619 que le P. Bastide insérât dans la châsse de sainte Roseline, un procès-verbal qui indiquait son deces en 1206? Nest-ce pas en 1615 que Mathieu Gaupencourt nous déc/araij sainte Roseline morte en 1299, et religieuse de Beaulieu en Qucrcy? — '' faudra mettre le testament enfanté par Peiresc, avec le procès-verbal du bon père Bastide, avec l'affirmation de Gausscncourl sur la profession de sainte Roseline à Beaulieu en Quercy.
Voilà donc une longue série de dix-huit objections qui s'élèvent de plus en plus énergiquement contre la mystification de Peiresc et contre les replâtrages fâcheux que s'est efTorcé de lui donner la Chronique de Bargemont. Dans quel but ce laborieux enrantement d'erreurs de la part de la Qironique de Bargemont? chronique ordinairement si minutieusement exacte! qu'il suffisait à un Yilleneuve-Bargemont de présenter son extrait baptistaire pour mettre sur la voie de Tauthenticité de sa filiation !
On aura peut*être voulu réparer une première maladresse commise en admettant un peu légèrement une pièce : de là toutes les erreurs enchaînées les unes aux autres ! Toutes les chroniques de la famille, tous les généalogistes, tous les historiens de la Provence, tous les historiens de saint Elzéar de Sabran, tout cela témoigne unanimement contre le prétendu testament dépréciatet\r de sainte Roseline. C'est une gloire nouvelle pour notre sainte qui jaillit de cette discussion; honneur à sainte Roseline dont on n'a pu amoindrir le zèle sans se heurter contre tous les monuments de l'histoire !
Mais les recherches auxquelles nous avons été ainsi conduits, nous ont amené ù découvrir dans la généalogie des Sabran une nouvelle gloire pour les affinités religieuses de notre sainte. — Elle se trouve tante au deuxième degré de l'illustre et saint pape Urbain V, dont la mère Emphélise de Sabran, est cousine germaine de sainte Roseline, et sœur consanguine de saint Elzéar de Sabran. Notre sainte est encore parente avec saint Elzéar de Grimoard, général des chartreux en 1360.
PAREI^TÉ DBS SABRAKS AVEC URBAIN V, PAPE, ET ELZÉAR DE GRUIOARD,