‹ Histoire de Sainte Roseline de Villeneuve, religieuse chartreuse, et de l'influenceChapitre 38 sur 48 · LETTRE DE V. UOTÀRD, CURÉ DES ARCS, A M. LE COMTE DE VUJ^IREUVE · texte numérisé non relu

LETTRE DE V. UOTÀRD, CURÉ DES ARCS, A M. LE COMTE DE VUJ^IREUVE

FLATOSC.

Les Arcs, 19 mars 1866.

Monsieur le comte.

J'avais connaissance de la prétendue relique ou côte de sainte Roseline. sur laquelle madame la comtesse de Saint-Seine me demanda des explications que je n'ai pu lui fournir. J'ai connu intimement M. Blanc, curé de Trans, et je suis assuré qu'il n'aurait pas dit à M. le marquis de Trans une chose pour l'autre. J'ai interrogé de part et d'autre à ce sujet, et n'ai pu rien savoir de positif » Je suis encore plus surpris que M. Heliou de

Barrème possède une vertèbre authentiquée*. La vérité de ces vols pieux ne peut être connue que par une vérification impossible aujourd'hui, à moins de démonter les pièces de marbre formant la châsse. J'ai vu madame Porre, femme du médecin qui vérifia le corps avec feu mon oncle Liotard et feu H. Raybaud. Elle fut appelée par Mgr Michel, évêque de Fréjus, pour soutenir les jambes de la sainte quand elle fut transférée. Le peuple des Arcs, arrêté par une barrière, menaçait de mort, dit-elle, quiconque enlèverait une portion de la sainte. Elle a étendu sur le corps de la sainte le beau voile blanc, aux armes de Villeneuve, que madame Villeneuve Trans Flayosc, malade en ce moment, lui avait contié. Mgr Févèque surveillait et gardait les reliques pendant l'opération, rien n'aurait pu être enlevé. La sévérité de la garde était telle, que M. Louis Raybaud, maire des Arcs, demanda à Mgr Févêque la permission de toucher du doigt la peau de jambe, qui résista doucement, disait ce monsieur, versant des larmes, comme si on avait touché une chair vivante. L'enlèvement n'a pu être fait alors. M. Maria, curé, put recueillir une poignée des débris du suaire et de la peau de la sainte que les rats avaient faits. — Vers 1825, un soi-disant frère ou hermite, aurait, dit-on, démonté le verre du devant de la châsse, et enlevé des portions de la sainte relique. Ce vol n'est pas aYéré; toutefois, une soustraction quelconque n'aurait pu avoir lieu qu'alors. — Si une vertèbre entière avait manqué au corps de la sainte, on n'aurait pu dire que toutes les parties tenaient si bien, que la sainte serait restée debout si on l'avait appuyée sur les pieds.

Ainsi les trois chirurgiens ont pu dire que le corps était entier et les ossements recouverts de leurs téguments desséchés, quand même par le sternum on eût pu détacher une côte ou partie de vertèbre à l'inlérieur du corps. Je vous fais part de mes réflexions et les laisse à votre sage appréciation. M. Blanc était un homme sérieux, délicat. S'il a tenu ce lan-. Çttge, je suis porté à croire vrai ce qu'il a dit, mais l'a-t-il dit?

Je continuerai, monsieur, de prendre des informations sur cette question, et je me ferai un devoir de vous communiquer ce qu'elles peuvent avoir d'important.

Je trouve votre scrupule très-légitime et louable. Mais je ne crois pas que les médecins aient cru mentir, quand ils attestaient l'intégrité d'un corps qui n'aurait perdu que des parties imperceptibles ou cachées. C'est ainsi qu'ils ont cru pouvoir dire que le corps était entier quand les phalanges de la main droite et les yeux en avaient été détachés.

Je vais écrire à M. Gabriel, curé d'Hyères, qui était secrétaire de Mgr Michel et témoin de cette translation. Si sa réponse peut vous offrir quelque intérêt, je vous la communiquerai aussitôt.

Recevez l'assurance de mon profond respect et de tout mon dévouement.

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