RELATION DE V. DBSC088E, DU 22 MABS 1866, ENVOTÉE PAR LE CURA DES ARC
LE U MABS.
Mon cher M. le curé,
L'abbé Gabriel me renvoie la lettre que vous lui avez adressée le 19 dernier. Je veux croire que votre mémoire seule, et non votre cœur, est ea défaut, car ce n*est qu'en fin 1841 que Tabbé Gabriel m'a remplacé à révèché, où j'étais depuis la fin juin 1834. C'est donc moi qui me trouvais à la translation des reliques de sainte Kossoline, le 11 juin 1855.
Voici les renseignements sûrs que je puis donner, ayant été moi-ménie un des témoins les plus assidus de Topération, en ma qualité de secré— taire de Vévêque.
Je dois dire, pourtant, que je ne puis répondre de la rédaction entière du procès-verbal, attendu que, l'ayant commencé, je dus céder la plume au pauvre M. Toumel, curé du Huy, m'étant trouvé mal, par la foule qui me pressait et me suffoquait (sic); mais alors la translation avait eu Ika et les sceaux avaient été apposés.
Les reliques soustraites avant cette époque, par, dit-on, un gardien infidèle, ïC enlèvent rien à la valeur des termes du procès-verbal, surtout à la rédaction de la légende du propre diocésain : Cum prius à pluribus artis medicae professoribus, ad id specialiter adscilis, nuUa in eo {car" pore) corruptionis vel lerissima signa reperla fuissent. Oui, que fallait~ii constater, qu'importait-il de constater? Non Vinlégrité proprement dite du corps de la sainte, mais bien, au contraire, son incorruplion; car voflà le miracle principal. Or, c'est cela qui a été constaté, après vérification.
Le corps de la sainte a été vérifié , autant que le respect dû à un corps si pur Va permis.
Moi-même j'étais là lorsque les médecins soulevèrent secrètement 2e suaire ; et tout ce qu'une stricte pudeur permit de voir a été reconnu parfaitement conservé, quant à la partie antérieure du corps. Je Vai vue meimême cette merveille de Dieu en faveur de sa sainte.
Quant aux épaules et à toutes les parties postérieures du corps, je dois dire qu'elles n'ont pas été vérifiées. La conservation de la face antérieure du corps fut jugée suffisante pour donner une garantie de la conservation du restant.
Au reste, c'est surtout par une mesure de prudence que le corps ne fut pas retourné; on tenait à conserver au corps sa position actuelle ; et pour ne pas s'exposer à quelque dislocation ou à tout autre accident, une plaque eu tôle fut doucement glissée sous le corps entier, afin qu'on pût ainsi le placer sans difiiculté et sans accident aucun dans la nouvelle cbâsse.
Monsei^ur Michel voulut aussi, pour sa garantie personnelle, s'assurer de la céhservation du corps et certifier Vincarruplion, Que fit-il? Il fit déco^rir un gras de jambe (le mollet), appuya son doigt, et constata que la c'''^ dessédiée avait fléchi sous la pression, et bbpris, aussitôt lapreS" sioiyjmtef sa tournure première. Le saint prélat aimait beaucoup à raconter cette circonstance lorsqu'on parlait de sainte Rossoline.
Quelqu'un voulut sonder le corps de la sainte par la brèche sacrilège (cette brèche était cachée par le voile; elle a une largeur correspondante à celle d'une main) que Terniite avait faite au côté gauche, en avant du corps, près de Tépaule (je ne me souviens pas si c'était un médecin ou toute autre personne); on tenait surtout à s'assurer si le coeur existait encore à sa place, mais hélas ! il fut démontré que le cœur avait disparu ; on ne retira que des débris desséchés. J'entendis alors une on plusieurs Toix murmurer autour de moi, disant que l'ermite avait enlevé le cœur pour le remettre k un des membres de la famille de Villeneuve. Ce membre, on ne le nomma pas ^.
J'ai quelque idée que l'absence d'une côte fut remarquée; mais je ne crois pas, autant que mes souvenirs me le permettent, je ne crois pas, dis-je, qu'on ait vérifié l'absence de vertèbres ; la raison en serait qu'on n'osa pas vérifier la face postérieure du corps. Les yeux manquaient aussi, si je ne me trompe, mais cette soustraction malheureuse aurait été faite bien antérieurement, pour en garnir un reliquaire qui existait dans le trésor de la paroisse des Arcs.
Monseigneur Michel a seulement fait enlever par les médecins un os d'une des mains de la sainte. Cet os a été partagé ensuite par moi ; une portion a été donnée à la Grande-Chartreuse, et l'autre portion à un des principaux couvents de l'ordre. Aiûourd*hui, presque tous les couvents de chartreux doivent posséder des reliques de sainte Rossoline. Le révérend père abbé de Montrieux, sachant que j'avais quelques parcelles de cette chair sanc* tifiée, ou des débris trouvés à l'intérieur, m'en demanda pour les diverses maisons de l'ordre, alors qu'il y a peu d'années le culte de la sainte fut autorisé pour les chartreux.
Dqà antérieurement j'avais donné au couvent de Montrieux une dent de Li sainte; elle avait été retirée par le domestique de l'évèque, en ma présence, et il me l'a donnée avec d'autres parcelles de reliques (J'ai encore une certaine quantité de ces débris, ou d'autres parcelles que je pris moinnème). Je dois dire pourtant qu'elle ne fut pas prise à la mâchoire elle-même; elle était tombée et fut trouvée dans la châsse; de fait, plusieurs dents manquent, et il était probable que l'ermite infidèle aura pareillement porté sa main sacrilège sur les dents de la sainte.
Une remarque intéressante doit être faite, et fut faite en effet; c'est que, quoique la châsse en dois but iri brisée, et qu'il fût facile à des rats ou à des souris de s'y introduire, il n'y a pas été trouvé la moindre trace de ces fâcheux rongeurs ; seule, la main sacrilège de Termite infidèle a osé déranger la parfaite harmonie du précieux corps, que la pourriture et la corruption avaient respecté *,
* Ancun des membres connus de moi dans ta famille de Villeneuve ne possède le oœur de sainte Hoseline. (H. ne Villejikovk.)
* M. l'abbé I>escosse ignore sans doute qu'en 1661 a eu liea la perforation da corps saint et l'enlèvement d'une côte : la profanalio» de la relique est donc bien antérieure au s^our de l'ermite de 1830. — Les attentats commis depuis deux cents ant sur la relique rendent l'absence de décomposition du saint corps encore plus merveilleuse. (H. DB Y.)
504 PIÈGES JOSTIFICÂTIVES.
Sauf donc rouverture faite au corps sur riin des côtés (le o6té gauche, s'il m'en souvient bien),
Sauf renlèvement d'une côte à l'endroit même de l'ouYerture,
Sauf encore; ce qui est possible, l'enlèvement d'une ou deux vertèbres (ce qui ne fut pas vérifié, par les motifs que j'ai dits plus haut).
On a très4)ien pu dire dans le procès-verbal que le corps était entier.
Au reste, il est heureux que la partie postérieure n'ait pas été vérifiée,
car, vu l'absence d'une ou deux vertèbres, le corps entier aurait pu subir
un fôcheux dérangement, et M. le maire des Arcs fut bien inspiré d'avoir
fait préparer une feuille de tôle, qui, doucement et prudemment passée
sous le corps, le maintint dans une position sûre et régulière.
Ce fut, en effet, le maire des Arcs, je crois m'en souvenir parfaitement, qui eut Theureuse idée de cette feuille de tôle, idée qui fut pleinement approuvée par monseigneur Michel, et dont la pose réussit parfaitement Car, par ce moyen, le corps fut très-facilement et sans secousse dangereuse, posé de l'ancienne châsse dans la nouvelle, par les prêtres chaigés de cette intéressante opération.
Voilà, Monsieur le curé et ami, les renseignements que je suis heureux de vous donner; ils sont authentiques, puisqu'à cette époque j'étais secrétaire général de l'évéché et membre du corps épiscopal. G^ renseignements, vous pouvez les transmettre à M. Hippolyte de Villeneuve ; je pense qu'ils seront de nature à dissiper ses doutes.
Lorsque la Vie de sainte Roseline sera terminée, je serai heureux de h posséder, et vous pouvez lui dire que d'avance j'y souscris.
Car je regarde mon assistance à la translation des reliques de cette sainte comme une des plus belles circonstances de ma vie.
Si vous le jugez à propos, vous pouvez transmettre ma lettre même à M. de Villeneuve.
Recevez, mon confrère et ami, l'assurance de mon sincère attachement.
Signé : Dbsoosse, Chan. curé doyen, anc. secret, gén. de VévéchédtFf^*
Ittflcriptioa sar !• tombMia ém aalato ltos«llB«.
Monseigneur Michel, évoque de Fréjus, a transféré ces saintes reliqaes d'une châsse dégradée par la vétusté, dans ce tombeau en marbre, éteré par les soins et le zèle de Messieurs les paroissiens des Arcs, le il jutn
saihtb rossolikb v^ villerbdvs, hblmieusb cbaatreuse.
XYIII IteUqpM émm ymnc ém ■•lato llMéliae. — AllMtalioo.
Les habitants soussignés de cette paroissse attestent que le reliquaire posé devant le piédestal de la statue de sainte Roseline contient les deux ^eux de la patronne des Arcs, d'après la tradition et les témoignages les plus incontestables. Il n'est pas moins avéré que ce reliquaire en argent a été sauvé de la rapacité et de Timpiété révolutionnaires, par M. Tabbé Lyons, prêtre des Arcs, et restitué lors du rétablissement du culte, par ce prêtre, qui a vécu parmi ses concitoyens jusqu'en 1844. Quoiqu'il n'existe aucun procès-verbal de cette restitution, il ne s'est jamais élevé de doutes, ni parmi les membres du clergé, ni parmi les habitants, sur l'intégrité de cette relique. Et ont signé les habitants soussignés et choisis comme dignes de foi par moi curé soussigné.
Retnier fils. Sires Alexandre, Pascal, PoRRB née LiEUTAuo, Lagbt Joseph, J. Arbaud.