‹ Histoire de Sainte Roseline de Villeneuve, religieuse chartreuse, et de l'influenceChapitre 8 sur 48 · TROISIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE

Pcmr assnrer la sécurité de son administration et l'unité de l'empire, Constantin cherche à faire régner l'unité religieuse chrétienne, en absorbant progressivement l'élément païen. Dans ce but, il fonde ^ Byzance une cour et une capitale exclusivement chrétiennes. — La fondation de la capitale impériale entraîne pro- Tîdentiellement la conséquence d'une séparation tranchée entre le pouvoir spirituel et le pouvoir politique. ~ Co^istaiitih, vers la fin Se sa vie, persécute saint Athanase. Les persécutions hérétiques sont portées jusqu'aux dernières violences par Tempe» reur Coivstaiick. Explosion de, la liberté chrétienne. — L'empire romain d'Occident s« dissout et fait place à un empire religieux librement consenti. Prestige exercé sur les envahisseurs par les saints, par les évèques et par les papes. — Le pape confère snoeessivement aux souverains, d'abord des titres honorifiques, puis les clefs de saint Pierre, signe de haute protection sur le domaine de l'Église, puis, enfin, les titres de BOIS et d'EMPiasuRs. — Définition chrétienne de la légitimité du titre royal. Parallèle de l'institution de la souveraineté d'origine césarienne avec celle d'origine chrétienne. La première est le produit de la force armée, la seconde est le résultat du suffrage universel à plusieurs degrés. Dans le système païen, c'est le triomphe de la corruption et de VinoîME; dans le système chrétien, c'est le triomphe du mérite et l'obligation du SACninci. Contraste de l'idéal du taint-empire chrétien avec l'idéal de Yeu^ire païen. — La défense universelle par la féodalité se constitue à l'image du saint-empire. — Institution de la féodalité par l'élection des serfs et avec l'obligation de la défense des intérêts chrétiens et la conservation de la juridiction épiscopale. — L'armement du chevalier féodal par l'évèque reproduit les formules du sacre de Fempereur par le pape, et l'abus du droit féodal est balancé par les effets de l'excommunication. — L'hérédité féodale devient un progrés dont l'Église balance les déviations par l'opposition plus générale du célibat monacal.... Le chflteau et le monastère s'équilibrent mutuellement. — L'Église d'Orient, asservie par les empereurs byzantins, subit le joug de l'invasion. L'Eglise d'Occident convertit les envahisleors barbares en défenseurs intrépides et dévoués.... Conclusion : égolsme et sacrifice.

Le paganisme, vaincu sur les champs de bataille par Con» siantin, devenu méprisable et antipathique aux soldats, ré* pondait encore à de vieilles pratiques qui lui ont même survécu en se transformant ; il s'alliait surtout à des intérêts,

à des influences de famille, à de solennelles cérémonies, à des traditions respectées, dont le foyer principal était, soit dans le patriciat romain, soit dans cette plèbe de la capitale, accoutumée a Toisiveté du lazzarone et aux émotions des spectacles immoraux ou cruels. Chaque famille patricienne romaine avait en partage le culte de quelque divinité olympique, ou le privilège de quelque fonction religieuse païenne. Constantin était préoccupé de la pensée de ramener à Vunité de la foi tout ce qui vivait sous Vunité de sa domination; frappé des inconvénients produits par les précédentes rivalités impériales, il voulait détruire le germe de celles-ci par lunité de la foi. Cherchant partout les moyens de consolider Tédifice laborieusement élevé par lui, il vit bien, dans un séjour fait à Rome, qu'i ne pouvait pas amener à ses croyances et à ses pratiques chrétiennes, tout ce public païen. Pour exercer l'entraînement vers le christianisme par une ville impériale et par une cour exclusivement chrétiennes, il s'arrêta à ] pensée de fonder une capitale. L'heureuse position de Byzance fixa son choix. Les mœurs orientales, obséquieuses jusqu'à la servilité, exercèrent constamment une dangereuse séduction sur les souverains; en contact avec TAsie, et, dans la nouvelle capitale, Constantin éprouva la fascination de ce dangereux appât. Tout prit immédiatement Tallure extérieure d'une capitale formée sur le type de la foi religieuse impériale; le paganisme n'y apparaissait que comme un trophée de victoire, et la basiliquje constantine, inaugurée sous le patronage de sainte Sophie et de sainte Irène, rappelait les types de la Paix et de la Sagesse^ que l'empereur, victorieux^ voulait faire régner sur le monde.

Toutes les institutions de Rome païenne furent reproduites à Byzance, en y ajoutant le sceau de la foi nouvelle. Byzance eut son Forum, son sénat, ses consuls, ses préteurs ; Auguste avait donné son nom à un mois, Constantin le donna à sa capitale ; Auguste avait fermé le temple de Janus et élevé un temple à la Fortune^ les monuments élevés à Byzance au Dieu chrétien et aux saintes patronnes de la Paix et de la

Sagesse, avaient une signification bien plus élevée que les oeuvres d'Auguste.

Constantin avait d*ailleurs laissé à Rome le suprême vicaire du Christ entouré d'honneurs et de biens; il Pavait nonseulement remis en possession de tous les domaines ravis à Tévéché de Rome par les empereurs païens, mais il y avait encore ajouté de grands patrimoines, dispersés dans la Sicile et ritalie. Ces patrimoines lointains indiquaient aussi l'universalité de la juridiction religieuse romaine.

Ne songeant donc d'abord qu'à fonder Tunité religieuse par la persuasion, Constantin respecta Tindépendance religieuse, accrut même l'influence matérielle du chef de l'Église par la séparation des deux sièges de la souveraineté politique et de la s ouverainelé religieuse ; il prépara la liberlë du développement de l'Église catholique autour de la chaire de saint Pierre.

Le prestige de l'autorité apostolique romaine, celte œuvre providentielle, se forma, du reste, si bien, sans que Constantin eût d'autre pensée que celle de sa propre influence exercée en faveur de l'unité chrétienne et de l'unité administrative, unité qui était dans l'intérêt du souverain appuyé sur le parti chrétien, qu'il ne voulut pas même placer à Rome un fonctionnaire impérial Chargé de pouvoirs étendus. La crainte du souverain de voir un rival politique partir de Rome eut pour effet immédiat l'accroissement de Tinfluence pontificale établie sans obstacle.

De sorte que rétablissement de l'unité de foi chrétienne a Byzance eut pour agent le puissant empereur, tandis que l'unité de la foi chrétienne de Rome fut le résultat lentement progressif de l'influence douce et paciiique de l'humble évêque de la Ville éternelle. L'ouvrage rapide, fait par la puissance matérielle, fut bien moins sérieux que le libre produit de la conviction morale.

A la fin de sa vie, Constantin, appliqué à l'établissement de l'unité de la foi religieuse chrétienne, et se laissant aller aux enivrements de la puissance impériale, se constitua juge des choses de la foi. Lorsqu'on lui eut fait accroire

qu*Arius avait souscrit à rentière formule de la foi de Nicéc, Constantin s'irrita contre la noble indépendance de saint Athanase, qui montrait toujours Terreur arienne cachée sous des paroles captieuses. L'empereur devint persécuteur de la foi religieuse, et condamna à Texil le vaillant champion qui avait si bien combattu pour la vérité dans le grand concile. L'illustre patriarche d'Alexandrie, exilé en Occident, fut accueilli comme une victime par Tévéque de Rome, et reçu comme un triomphateur par les évéques des Gaules.

L'entraînement vers le plein exercice de Tautorilé religieuse est si naturel de la part des dépositaires du pouvoir politique, qu'il faut à peine être surpris que Constance, successeur de Constantin, ait élargi et augmenté le système des suprêmes faiblesses de son père. Constance fut bien autrement aveuglé que son prédécesseur. 11 persécuta simultanément et les partisans du paganisme et les fidèles représentants de la foi catholique; le souverain pontife lui-même fut chargé des entraves impériales.

Mais alors on vit combien était énergique le sentiment de liberté que le christianisme avait réveillé dans les âmes des peuples et des évéques. La population de Milan, et celle de Rome, n'hésitèrent pas à braver le souverain hérétique, et révoque de Poitiers, saint Hilaire, le frappa des foudres de sa mâle éloquence.

En face des fréquentes chutes du clergé de Byzance, de ses honteuses complaisances, trop souvent répétées envers l'empereur présent, se pose désormais la fière attitude du clergé d'Occident, ne recevant que les inspirations de l'évoque de Rome.

On connaît la noble hardiesse de saint Ambroise, tantôt ramenant l'empereur Théodose hors du chœur de la cathédrale, où le laissaient placer les évéques de Byzance ; tantôt lui imposant, pour un abus d'autorité, une éclatante pénitence publique destinée à sauvegarder les droits de l'humanité contre les effervescences de la colère du souverain.

Bientôt l'empire d'Occident fut lâchement abandonné par les souverains byzantins. Ces princes n'avaient d'énergie que

pour les discussions théologiques, parce qu'elles leur offraient le prétexte de s'arroger le droit de dominer sur les âmes, comme ils dominaient sur les corps.

Alors rOccident fut gouverné seulement par les évêques. Ceux-ci resserrèrent les liens qui les unissaient au foyer romain de la foi religieuse. L'empire, fondé par la force, tomba en dissolution, pour être remplacé par l'unité des volontés libres.

Toujours dévoués aux intérêts des peuples qui les avaient âus, devenus les arbitres légaux de leurs litiges, les défenseurs des intérêts des pauvres contribuables contre les exigences fiscales, les distributeurs des secours aux indigents, les évéques d'Occident forcèrent les barbares envahisseurs à se convertir au christianisme, pour ne pas perdre le fruit de leur invasion et pour être obéis toujours par les populations conquises.

Délaissée par ses empereurs, TÉglise d'Occident défendit le peuple contre les hordes barbares, par ses saints, par ses évéques et par ses vénérables pontifes.

La lâcheté impériale ne conservait une ombre de souveraineté, au fond de ses palais, qu'en payant des tributs aux envahisseurs ; et pour éviter même les embarras de la levée de l'impôt, elle abandonnait aux chefs barbares la faculté de frapper de contributions telle ou telle province, plus spécialement placée sur le chemin de l'invasion. Ce fut dans une occurrence de ce genre que saint Germain se dévoua au salut matériel des Auxerrois. Soutenu seulement par son clergé, il opposa un dévouement intrépide et désarmé au chef des

barbares.

Sous le fer ennemi, le saint brava la mort; subjugué par une telle intrépidité, le barbare renonça aux dépouilles que lui avait livrées le souverain. Saint Germain mourut plus tard, succombant aux fatigues d'un autre voyage entrepris pour sauver Auxerre d'une intolérable fiscalité impériale.

Attila respecta, à son tour, Lutèce, protégée par le virginal dévouement de sainte Geneviève ; Troyes, que le manteau

épiscopal de saint Loup couvrit comme un bouclier. Il s'arrêta aux bords du Mincio, fasciné par la grandeur d'âme do pontife saint Léon. La puissance de la sainteté triomphait de ceux qui bravaient les épées.

Les peuples gouvernés, nourris, sauvés par les dignitaires de rÉglise catholique ne pouvaient plus saluer que les princes que cette Église avait lavés avec son eau purifiante, et ornés de ses onctions vénérées.

Ainsi le prince barbare Clovis ne régnera sans obstacle sur les Gaulois que lorsqu'il aura embrassé leur foi catholique. C'est parce qu'à TolbiaCj il fait vœu de demander le baptême, que des miliciens convertis lui assurent la victoire.

Il deviendra un souverain puissant, universellement obéi et respecté, non point parce qu'il aura reçu de la part de l'empereur d'Orient le titre d'Auguste, mais surtout parce qu'il aura mérité de la part du pontife de Rome une qualification bien plus appréciée aux yeux des populations, celle de

PRINCE TRÈS-GHRÉTIEN.

Mais la corruption des princes mérovingiens, devenus imitateurs des vices des Césars païens, leurs violences contre les évéques, leurs exactions fiscales sur le pauvre peuple, causent la chute de leur dynastie franque ; tandis que Thérésie iconoclaste de Tempereur byzantin Léon lui fait perdre l'exarchat de Ravenne, dernière possession italienne de l'empire d'Orient. Toutes les atteintes portées à la liberté de la foi catholique entraînaient quelque perte de l'État.

Au milieu de ces décadences des souverainetés politiques en Occident, la souveraineté des papes sur Rome, préparée par leurs bienfaits, est sanctionnée par les libres suffrages •populaires.

Alors les souverains pontifes vont choisir le guerrier qui les protégera et ils envoient à l'héroïque Charles Martel, défenseur de la chrétienté contre l'islamisme, les clefs du tombeau de Saint-Pierre, marques de l'empire sur Rome.

L'impuissance et les vices de la dynastie mérovingienne sont proclamés par les évoques de la France, ils demandent

au pontife de Rome la sanction de leurs suffrages portés sur Pépin.

Devenu l'arbitre des litiges entre les rois et les peuples, comme les évêques étaient les arbitres amiables des litiges diocésains, le pontife de Rome proclame ce grand principe que le titre de roi ne peut être donné qu'à ceux qui en remplissent les charges. L'utilité de tous et le sacrifice pour tous, Yoilà le véritable titre aux honneurs politiques chrétiens. C'est toujours la sublime idée du sacrifice substituée aux prétentions de Tégoîsme.

Le sacre de Pépin devient la première consécration solennelle du caractère religieux chrétien de la souveraineté politique moderne.

Faisons le parallèle entre institution de la souveraineté d'origine césarienne et celle de la souveraineté chrétienne. D'abord, les gardes prétoriennes ; puis les armées diverses ; foutes, au nom seul du droit de la force, mettaient en œuvre le plus brutal de tous les systèmes d'élection à la souverai* neté. Maintenant le droit électif est directement exercé par le peuple sur les évêques; ceux-ci proposent l'élection du souverain, et le pontife de Rome, autre produit plus élevé des libres suffrages, sanctionne l'élection faite par Tépisco^ pal. — Ne voit-on pas là un suffrage universel à plusieurs degrés, et un droit électoral exercé au nom de ce qu'il y a de plus respectable sur la terre ?

Dans le système de la civilisation païenne, l'avènement à la souveraineté est le triomphe de la corruption, de la vénalité de l'armée, c'est l'application brutale de rÉcoïsME; dans le système chrétien, dès le temps que nous appelons barbare, l'accession au trône est fondée sur le mérite apprécié par le suffrage universel : c'est Tapplicalion du principe du SAciuncE.

Un nouveau pas dans la distribution des dignités sou* veraines doit être franchi. — Il ne suffit pas qu'un souverain élu soit protégé par l'onction sainte exigeant pour lui Tobéissance, sous la condition qu'il remplira lui-même les obligations imposées par son titre; il faut qu'il y ait,

entre les divers princes, une plus haute souveraineté représentant le plus grand intérêt matériel de la chrétienté, celui de la défense extérieure de toute la société religieuse.

Telle est la dignité chrétienne que le souverain pontife de Rome DÉCERNE en faveur du glorieux conquérant, de Tardent civilisateur religieux connu sous le nom de Charle* magne.

Ce chevalier de l'Église, ce fondateur du saint-empire édicté lui-même la définition des devoirs attachés au sacre impérial. Entre le sdnt-empire chrétien et Tempire païen, le contraste est complet ; ici l'idéal du devoir armé de la force, ailleurs Tidéal delà tyrannie brutale et de l'exploitation illimitée.

Charlemagne a eu Tunique privilège, parmi tous les conquérants glorieux, de ne jamais confondre la puissance de son épée avec Tautorité du droit divin. Souverain toujours heureux et jamais enivré, il a résisté aux entraînements de la gloire et du pouvoir, mieux que Conslantin, mieux que Louis XIV et Napoléon, avec plus d'abnégation même que saint Louis. Saint Louis revendiquait les droits à la souveraineté par sa race ; Charlemagne n'a jamais oublié que son titre n'exprimait rien qui lui fût absolument et primitivement dû, mais il savait que ce titre imposait l'obligation de civiliser, d'améliorer, de se dévouer au travail pour ses sujets, et que son administration devait être un service et un sàcbi-

Page 1