Duboulay, Hist. Univ., t. VI, p
La perte d'un procès que l'Université soutenait au sujet de cette propriété funeste amena une émeute, dans laquelle un écolier fut tué d'un coup de feu 1 . Ce coup était parti de la fenêtre d'un commissaire de police. Les autres écoliers accoururent la torche au poing, incendièrent la maison désignée à leur vengeance, et, une fois en train, en démolirent deux autres à côté de celle-là. La justice, de son côté, fit main basse sur l'un des meneurs, qui fut pendu au lieu même de l'attentat, son corps brûlé et ses cendres jetées au vent.
Cependant ni cette exécution ni un déluge d'arrêts draconiens que le parlement fit pleuvoir sur l'Université et sur la ville n'amenèrent la fin du désordre. Depuis le 13 mai, que le tumulte commença, jusqu'au 30 du même mois, il ne s'écoula pas un jour qui ne fût signalé par les voies de fait les plus graves. La tranquillité ne se serait jamais rétablie, si le roi, qui était à Villers-Cotterets, n'eût donné l'ordre à un corps d'armée de se mettre en marche sur Paris. Alors il y eut une panique qui fit passer les courages d'un extrême à l'autre. Les mutins terrifiés désertèrent la rue, laissant l'Université très-compromise par leurs excès. Celle-ci députa ïurnèbe et Ramus pour implorer la clémence royale. La parole de ces deux hommes éloquents triompha, malgré l'énormité du cas. Ils revinrent avec des lettres de grâce. .
Mais on n'échappe pas aux suites d'une mauvaise affaire, lorsqu'on en est sorti par la miséricorde. Toutes
1. Le récit qui suit e<t tiré de Duhoulay, Hist. w/«V., t. VI, p. 402 et suiv.
* les juridictions rivales de l'Université profitèrent de son abattement pour l'attaquer dans ses privilèges. Il tomba sur elle tant de procès à la fois, qu'après avoir épuisé, pour y faire face, la ressource des taxes extraordinaires, elle fut obligée de recourir à la charité de ses suppôts. Une circulaire, qui fut portée à Sainte- Barbe et dans les autres collèges, montre l'excès de sa détresse. Voici en quels termes cette pièce était
conçue :
« Monsieur le principal, nous vous prions d'exhorter vos professeurs, pédagogues et tous autres maîtres domiciliés en votre collège, à contribuer, dans la mesure de leur générosité, pour la défense de nos droits. Vous dresserez une liste de leurs noms, avec l'indication de ce qu'ils auront donné, afin que la mémoire de leur bonne œuvre se conserve dans nos archives. S'il y a de vos élèves qui veuillent et puissent contribuer, portez sur la même liste leurs noms et le taux de leur offrande 1 ! »
Dugast et Certain eurent à faire honneur à toutes ces demandes d'argent, après tant d'autres ennuis dont ils avaient été obsédés*; car, aussi longtemps que dura la mutinerie, l'autorité ne permit pas aux principaux de prendre haleine. Ce ne furent que convocations chez le recteur, chez le procureur général, à l'hôtel de ville, à la grand'chambre du parlement. Chaque fois ils reçurent des ordres nouveaux, un jour pour tenir leur collège fermé aux martinets; un autre pour ne laisser sortir ni domestique ni maitre, passé