I.A SARDAIGNE
les deux se regardèrent comme frappés de disgrâce et sacrifiés. Ils en éprouvèrent d’autant plus de ressentiment, qu’ils étaient fort peu prononcés dans le fond du coeur pour la cause des Bourbons. Le roi Philippe y se fit 4ans cette occasion deux ennemis, qui devaient plus tard se déclarer hautement contre lui. Ils formèrent dès ce moment des projets de vengeance , qu’ils eurent soin de dissimuler d’abord , et qui les portèrent par la suite à se charger du rôle odieux qu’on leur verra jouer dans les événements de l’île de Sardaigne. ' .
AISCIEÎI>K ET 5IODEIUVE.
CHAPITIIK III.
OpiTations mnilairt's pn Halle cl en l'j-pagne. — La Sardiii^ne 9’im|>ose ilci sacrifices , cl rerse des subsides el dons graliiils. — Diiisions , éinigralioiu , défeclions. — Ci/iienlis et Honlrsanto , qui doivent jouer les principaux rôles dans les evéDements de la Sardaigne , commencent à trahir la cause du roi. — Rivalité des maisuns de f 'H/asor et de iMconi , et 5011 hifliicnce sur ces événements. — Désastres de la campagne de i ~o',. — Les Anglais , débarqués en Catalogne , s’emparent de 1>arreloue. — le prétendant est installé dans celte provinee , d'uii le feu de la révolte doit s’étendre à plusieurs autres possessions espagnoles , et plus lard à l’ile de Sardaigne. — i ;oa à 1 70Ï.
Le roi Guillaunte fl’Anglelerre , qui deVait, au commencement de l’année 1702 , se mettre à la tête des armées alliées , mourut au mois de mars des suites d’une phthisie dont il était attaqué depuis long-temps , et dont les accidents s’étaient aggravés par une chute de cheval. La princesse Ànnelui succéda, et, quoique brouillée avec lui, non-seulement elle entra dans toutes ses mesures, mais elle voulut y ajouter encore par de nouvelles dispositions. C’était pour elle le meilleur moyen de se populariser ; celte guerre était nationale.
Churchill, qui fut depuis le fameux duc de Marl-
LA SAROAIGÜfE
horougli , fut fait par la reine y^nne général de l’arinée anglaise.
Les opérations militaires se suivaient vivement ' en Italie. Le prince Eugène conserva toujours sa supériorité sur le maréchal de VilhroL Ce dernier fut enlevé dans Crémone , au milieu de son sommeil, par un coup de main hardi, qui n’eut pourtant pas tout le succès que le prince en avait espéré. Ses troupes, presque maîtresses de la ville, où la trahison d’un prêtre les avait secrètement introduites , en furent chassées par la valeur des Français, n’emportant .pour butin que le général ennemi prisonnier. *
Le duc de Verulonie , nommé au commandement de l’armée d’Italie , y rétablit un peu les affaires de la France et de l’Espagne. Philippe E, qui avait laissé la régence à un conseil présidé par la jeune reine , était venu à l’armée , après un court séjour à Naples , où l’on avait tramé un complot contre sa vie. Les deux généraux se firent une longue guerre de poste , et se livrèrent une foule de petits combats partiels , qui ne produisirent aucun résultat : telle fui la bataille de Luzara , où les deux partis s’attribuèrent la victoire.
En Espagne , le système d’administration qu’on avait adopté , et des rigueurs excessives autant qu’impolitiques , détachaient tous les jours un plus grand nombre de personnes de la cause du roi.
Le crédit du cardinal Portocarrero, quoique contre-balancé par la faveur croissante du comte de MonteUano , grand-maître de la maison de la reine, se soutenait toujours, appuyé de la protection des Français. M. Orry., qu’il avait lait nommer inten- Jant-général du trésor royal, poursuivait avec une brutale austérité le cours de scs opérations financières , de ses suppressions et de ses réformes . Il attaquait des abus depuis long-temps enracinés et condamnables , mais qui étaient exploités par les plus grandes maisons et les personnages les plus importants du royaume.
Amirauté de Castille , qui crut avoir à se plaindre d’une humiliation , écrivit à l’archiduc pour le reconnaître : et, annonçant hautement sa déléction , il se relira en Portugal. La cour de Plulippe fil une perte immense. \J A mirante en était le seigneur Je plus considérable par ses richesses , par son esprit délié, par le don de la parole, par le nombre de sa clientèle, et les premières -maisons de la Castille tenaient à la sienne par les liens du sang.
Le comte de Château-Renaud , qui commandait l’escadre combinée de la France et de l’Espagne, fut complètement battu par l’escadre anglaise aux ordres du duc Ormond , à l’entrée du port de Yigo, où il avait conduit les galions du Mexique.