II
r,A SARDAIGNE
Philippe V, consterné de ces nourelles, quitta l'Italie où sa présence était devenue inutile, et revint à Madrid par Gènes et Barcelone.
1705. La campagne de 1708 fut plus heureuse pour la France et l’Espagne , que ne l’avait été la précédente. Les marédiaux de Viüars et de Tallard en Allemagne , et le duc de mdôme en Italie , battirent constamment l’ennemi, dont les flottes ne furent pas mieux traitées. Le vieux Brisak se rendit au- doc de Bourgogne ; Taüard gagna une bataille près de Spire sur le prince de Hesse^ Casael, devenu depuis roi de Suède.
Une flotte anglaise formidable mit en mer sous les ordres de l’amiral Schowel, et se montra successivement devant tous les ports et toutes les possessionb maritimes de l’Espagne dans la Méditertailée, pour tenter la fidélité chancelante, et offrir un appât à la trahison. Ces démonstrations ne produisirent' cette (bis aucun résultat. Les conimandants militaires des places du midi de l’Espagne, et ceux qui gouvernaient Na^des et la Sicile, étaient sur leurs gardes. Le comte de Lemos, viceroi de Sardaigne, avait mis cette île dans un état de défense aussi respeètable que les circonstances le permettaient. ;
Le royaume de Sardaigne vint au secours de la métropole d’une manisère plus 'efficace et plus p<isilive ; il fit verser au trésor le montant du don
gratuit qui revenait au roi pour son avènement au trône, et qu’on n’avait pas encore requis.
maison de Bourbon eut le chagrin , dans le courant de l’année de 1703, de se voir abandonnée par deux de ses pluyimportants alliés, le roi de Portugal et le duc de Savoie. Le premier fut en traîné à cette défection par le prince da Darmstadt , ministre de l’archiduc, et A mirante de Castille.
Ce perfide Espagnol , auquel il avait donné asile , devait recevoir , pour prix de l’acte politique par lequel il reconnaissait le prétendant à la couronne d’Espagne, plusieurs places que ce dernier, qui n’y en possédait pas une seule, consentait à en séparer en faveur de son nouvel ami. Le duc de Savoie, dont la défection surprenait d’autant plus qu’il appartenait par des nœuds plus étroits aux maisons de Françe et d’Espagne , dans lesquelles il avait marié ses deux filles , alléguait des motifs plus élevés et au-dessus de la portée de cette opinion vulgaire , qui veut que les rois aient , comme les autres hommes , quelque considération pour les liens du sang. 11 disait dans son manifeste « que » son intérêt politique exigeait qu’ü se rangeât » du côté le plus faible; qu’il préférait l’honneur » de mourir les armes à la main à la honte de »• se laisser opprimer sans s’y opposer; qu’il ne »> faisait qu’achever de rompre une alliance qu’on avait commencé de violer ; qu’on ne devait pas
» le regarder comme un père qui fait la guerre » à ses enfants, mais comme un prince qui en » attaque un autre dont il a à se plaindre; qu’il » était obligé de tout sacrifier à la tranquillité de » ses fieuples ; que Dieu l’en avait chargé , et qu’il » les préférait à lui -même, à sa maison et à sa » postérité; que, si par des événements malheu - » reux la fortune la persécutait ou l’éteignait , ses » peuples, lui venant toujours de Dieu , lui tien- « draient lieu de tout le reste ; qu'enfin il met- » trait les armes bas dès que les affaires seraient » si bien ajustées et balancées , que la faiblesse » n’eùt plus rien à craindre , et l’ambition plus » rien à espérer ».
La défection du duc de Savoie , qui , malgré son prétendu désintéressement, devait être fort bien traité dans le partage, fil une grande sensation à Versailles et à Madrid. Elle fut le signal de celles qu’on méditait partout , et des trahisons éclatantes de la haute noblesse, auxquelles la mauvaise administration intérieure, le mécontentement toujours croissant, et les intrigues étrangères, semblaient travailler comme de concert, et avec autant d’ardeur que de succès.
Dans la capitale , dans le palais, autour de la personne même du roi, la discorde ne laissait pas deux personnes du même avis sur les affaires et les intérêts du jour, ni, pour ainsi dire, de la
même religion politique. Les courtisans se faisaient entre eux une guerre de délations pour établir leur crédit aux dépens les uns des autres. Toutes ces intrigues se compliquaient de celles que conduisaient les Français employés près de la cour de Madrid. L’abbé A'Estrées , qui avait suivi son oncle le cardinal, ambassadeur de conspirait contre lui avec la princesse des Ursi/is , dans Tespoir de le faire rappeler et de lui succéder. Le cardinal, de son coté, travaillait à éloigner du gouvernement Portocarrero, ainsi Arias, à qui déjà il avait fait ôter la présidence de Castille , que le roi avait donnée au comte de Montellario , en le créant duc et grand d’Espagne. Le parti français obtint dans cette même occasion la suppression du conseil de Flandre , ce qui rendait Louis XIV mailre absolu dans les Pays-Bas.
Les Espagnols voyaient de mauvais œil Tempire successif que prenaient les Français dans Tadministration de leur pays. Les mécontents, qui se multipliaient avec rapidité , disaient hautement que le cardinal ^Estrées était plutôt le premier ministre du roi d’Espagne que le représentant du roi de France. Telle était alors la disposition des esprits, qne-dès qu’on n’obtenait pas du roi tout ce qu’on croyait devoir en attendre, on devenait ennemi du gouvernement, et on embrassait la cause delà maison d’Autriche.
LA SAHDAIG!NK
Un motif de plainte de ce genre jeta dans le parti de la révolte, et en fît un des chefs les plus dangereux , le comte de C^uentès ( don Ferrumd Ménezès de Sjlva'), qui devait jouer un des principaux rôles dans les événements postérieurs de la Sardaigne.
Le comte de Cifuentès, homme d’une haute naissance , insinuant , plein d’ambition , d’éloquence et d’esprit , agissait par des menées sourdes contre l’ordre établi , semait des bruits calomnieux , qui ne respectaient pas même la personne sacrée du roi, et disposait tous les éléments du vaste incendie qu’il allmt allumer. Il peignait , en les exagérant, la tyrannie de la France , la clémence de l’Autriche , la puissance des alliés , et déplorait le triste et misérable état où l’Espagne était réduite. Le duc de MonteUano, informé de ces manœuvres criminelles, donna ordre d’arrêter le comte Cifuentès ; mais le gouvernement était si mal servi , '' et trouvait si peu d’obéissance, qu’on favorisa son évasion.
La cour était alarmée de voir que la trahison gagnait la plus haute noblesse. Les mesures de rigueur redoublèrent; mais on n’en tira aucun fruit, parce que les ministres étaient divisés entre eux , et que leur désunion arrêtait même le cours de la justice. L’intérieur du palais était livré aux intrigues de la princesse des Ursins , qui venait de
ANCIEMME BT MODBllME. 7!
réussir à faire rappeler en France le cardinal d’Æ!vtrees. Aussitôt que l’abbé à'Estrées , ligué avec la princesse , eut remporté cette victoire sur son oncle l’ambassitdeur , qui voulait le faire chasser luiméme , il se déclara contre elle , et fît-si bien , que Ijouis XIV , qui était d’ailleurs fort prévenu contre cet esprit remuant et inquiet , lui ordonna de revenir en France, sans en donner d’autre raison , sinon que cette mesure convenait au repos des deux couronnes. Le roi d’Elspagne , à qui la princesse des C/rf/z» avait communiqué des lettres peu respectueuses de l’abbé à^Estrées, interceptées par elle , demanda et obtint à son tour le rappel de cet abbé. Ainsi, dans l’espace dé peu de temps , le cardinal , son neveu et la princesse sortirent d’Espagne , chassés les uns par les autres.
Les opérations de la guerre, qui terminèrent l’année 1704 d’une manière si désastreuse pour la France et pour l’Espagne, avaient soutenu, pendant les premiers mois de cette année, les. espérances qu’avait lait concevoir la campagne de 1 7o3. Les troupes espagnoles eurent d’abord , contre les Portugais , quelques succès de peu d’importance , dont elles ne surent point tirer parti. L’électeur de Bavière prit Passau le 9 janvier. Le duc z/c Vendôme se rendit maître des états du duc de Modem , qui s’était joint à l’empereur. Les impériaux s’emfwrèrent des états du duc do la Miran-
dole , qui traitait avec la France. Le grand prieur de Vendôme prit Rovere le 10 avril. Le duc de Ui Feuillade , qui, sur la fin de l’année précédente , avait conquis toute la Savoie, excepté Monlmélian , prit le 12 juin le château de Suze. Les Français prirent encore en Italie, pendant le mois de juillet, les villes de Verceil et d’Ivrée; mais là finirent leurs succès dans la campagne de 1704, et, ainsi que l’Espagne, ils ne comptèrent plus, depuis ce moment , que désastres et calamités.
Le duc de Marlborough , au combat de Donawert , le 2 juillet, renverse les Bavarois et les Français , prend la ville de ce nom , passe le Danube , et met la Bavière à contribution.
Un plus grand malheur attendait Louis XIV et la France. Le i3 août 1704, fut donnée la trop célèbre bataille d’Hochstet. « L’armée française y » fut presque entièrement détruite. De soixante » mille hommes , si long-temps victorieux , on » n’en rassembla pas plus de vingt mille elTectifs. » Environ douze mille morts , quatorze mille pri- M sonniers, tout le canon , un nombre prodigieux » d’étendards et de drapeaux , les tentes , les équi- » pages, le général de l’armée et douze cents of- » ciers de marque au pouvoir du vainqueur , » signalèrent cette journée. Les fuyards se dis- » persèrent; près de cent lieues de pays furent » perdues en moins d’un mois. Les alliés, ayant
ANCIENNE ET MODERNE. Jô
a une carrière ouverte du Danube au Rhin , pas- » sèrent ce dernier fleuve , entrèrent en Alsace, » et reprirent Landau »
Les Anglais, qui déployaient toute leur puissance dans la poursuite de cette guerre , et à qui nul sacrifice ne coûtait, fournirent à l’archiduc Charles , qui s’était déjà rendu de sa personne en Portugal avec une de leurs divisions., une flotte de trente vaisseaux de guerre fhinls à dix vaisseaux hollandais, deux cents bâtiments de transport et neuf mille thommes , pour conquérir la couronne à laquelle il prétendait.
Cet immense armement n’avait pas seulement pour but de servir un allié : les Anglais songeaient aussi aux intérêts de leur puissance maritime , et convoitaient Gibraltar, qui devait les rendre maîtres du détroit. L’amiral Bing , après une attaque insignifiante contre Cadix, se dirigea tout à coup sur cette place, qui n’était alors défendue que par quatre-vingts hommes de garnison , et , après y avoir jeté des bombes, il débarqua quatre mille hommes , qui s’en emparèrent sans résistance. Le prince Darmstadt, descendu dans l’isthme, au nord de la ville , avec dix-huit cents hommes, fit arborer l’étendard autrichien au nom de l’arcliiduc Charles; mais les Anglais, qui avaient de
' Voltaire. , Siècle dÿ Louis XIV.
LA SAKDAIGNK
tout aulres vues , y substituèrent le ]>aviUon britannique , et prirent possession, au nom de la reine Anne , de cette place importante, qu’ils ont conservée , et contre laquelle sont venus échouer tous les efforts qu’on a faits depuis pour la leur enlever.
Pendant ce temps , le duc de Beivick , à la tête de quinze mille Français , défendait l’Ëstramadoure contre un#armée alliée , composée de quarante mille hommes de troupes impériales , portugaises et anglaises , commandées par l’archiduc, le roi don Pèdre , et lord Gallowaj, Les divisions des alliés donnèrent au duc de Bcrvick les moyens d’en délivrer les Gastilles qu’il pouvait envahir , et de les forcer à la retraite.
On a remarque , comme une des particularités les plus singulières de cette guerre , que c’était un Français réfugié , le comte de Ruvigny , devenu pair d’Angleterre , sous le nom de lord GaJlowajr , qui commandait l’armée anglaise , tandis que l’armée de France et d’Elspagne était commandée par le duc de Betvick , anglais , et neveu de Marlborough. La guerre d’Italie offrait une circonstance qui n’était pas moins bizarre ; le prince de f^aucombattait avec les Autrichiens contre son ])ère, qui était resté fidèle à Philippe V , et qu’il manqua plusieurs fois de faire prisonnier.
Une révolution de cabinet s’opérait en méinr
temps à Madrid. Le duc de Montellano était devenu le maître absolu ; il venait de faire renvoyer don Manuel Arias à son archevêché de Séville , et le roi avait "prié secrètement le pape de ne plus lui accorder de bref pour s’en absenter. Le cardinal Portocarrero J voyant son crédit décliner tous les jours , sentit qu’il n’avait rien de mieux à faire que.'de s’éloigner de la cour , et de choisir son archevêché de Tolède pour lieu de retraite.
M. Orrjr , réformateur français des finances espagnoles , continuait ses opérations. Décidé à donner aux gardes du roi une organisation plus économique , il supprima les plus anciens , qu’avait établis et qu’on désignait sous
’ Je nom de compagnie de Bourgogne ou gardes de la Cuchüla *. Le marquis de Laconi^, seigneur sarde, en était alors le capitaine. Quoique cet emploi appartînt de droit à la noblesse bourguignonne , Charles H , qui l’afiectionnait , l’en avait pourvu. Pour le dédommager de la perle d’une si belle charge , on le fit, en la lui ôtant , grand d’Espagne. Comme c’était pour la noblesse de Sardaigne une éclatante distinction , le marquis de F'illasor ■’ , seigneur de la plus haute naissance , et le
' La compagoM du Couteau.
• Dott Francisco de Caslelvi.
’ non ^nàl d’ Alogon.
LA 8ARDA1GWE
plus ancien titre de ce royanme, se crut offensé de n’avoir pas élé élevé à la même dignité. Du reste la maison de Castelvi, dont le marquis de Laconi était le chef, figurait au rang des plVis illustres de l’île
Quoi qu’il en soit , une ancienne rivalité divisait ces deux maisons , dont les démêlés avaient quelquefois causé des combats sanglants *. La principale noblesse du pays ne prenait, il est vrai, aucune part à ces querelles héréditaires ; mais le parti des Laconi était puissant par sa nombreuse parenté , par ses alliances et par la faveur du prince. Lorsqu’on éle.* va la maison d"e Castelvi à la grandesse , celle de L'illasor en conçut une profonde jalousie , que ne fit qu’aigrir et animer don José de Sylva , comte de Montesanto J frère du comte de Cifucntès , et mari delà fille unique du marquis de Viüasor.
‘ On en jugera par le protocole des noms et titres de cette famille , lequel est ainsi conçu ; • Moi , N Aymerich , Castelvi et Sanguisto ,
Branciforte et Bottera , Genovese et CervigUoni , comte et marquis de » Laconi , de Genoni , Nuragus c\ Nurallao ; seigneur de Stano , Leonesn » et Crasto , comte de Villamar, vicomte de San-Luri , Imron de Ploaghe , ■■ Florinas , Codrongiamis et Salvenero ; seigneur de Riutortn cl iîontis de > Ledda ; fondateur, seigneur et propriétaire de plusieurs églises ; fonda- ■" teur et seigneur de plusieurs abbayes et couvents, première voix de l’ordre » militaire du royaume de Sardaigne , grand'-croix , gentilhomme de l.v » chambre , etc. , etc. »
* L’inimitié réciproque de ces deux maisons troubla , par des rixes violentes , dans lesquelles intervint le vice-roi, la session des cortès de 16CC. Ces événements amcuèreut les assassinats qui signalèrent l’annèç iCfiS.
( l'. tomcl"', page 49a. )
AIïCIENirE ET MODERNE. 77
Leroi, par une grâce spéciale, avait déclaré les femmes habiles à succéder aux fiefs de celte famille, et le comte de Monlesanlo devint héritier de tous les biens de son beau-père. Celte faveur lui avait été accordée sur la recommandation directe de Louis XIV , à qui les protecteurs du comte avaient fait entendre que la maison de Villasor pouvait seule défendre la Sardaigne contre les entreprises des ennemis. Ainsi , ce fut pour s’attacher cette famille , qu’on la combla de bienfaits, qu’elle paya de la plus noire ingratitude. Le comte de Montesanlo , dévoré d’envie comme son beau-pcré , et irrité de la disgrâce que son frère , le comte de Gfuentès, s’était attirée par sa trahison notoire, cachait avec art ses sinistres projets , et en réservait l’exécution pour le moment où leur développement enleva la Sardaigne à Philippe V , ei la livra aux ennemis.
Il était nécessaire, pour rendre plus intelligible la suite de la narration ) de faire connaître les faits particuliers qui furent la cause première de la perle de ce royaume. Ce n’est pas que Monlesanlo , Villasor et Gfuenles aient eu seuls le pouvoir d’accomplir un tel dessein ; mais ils eurent l’habileté de profiter des dispositions qu’ils trouvèrent dans un assez grand nombre de personnes qui étaient restées secrètement attachées à la maison d’Autriche.
Au milieu de ces. intrigues et de ces perfidies , la Sardaigne contribuait, par tous les moyens et par tous les sacrifices , aux subsides dont la métropole avait de jdus en plus besoin. On fil, en 1704 , une retenue de cinq pour cent sur tous les traitements et salaires ; mesure qui fut prorogée les années suivantes.
Les désastres de la guerre et la mauvaise tournure des affaires, publiques , en donnant des prétextes au mécontentement et à la trahison , éclaircissaient .tous les jours les rangs des sujets fidèles , et fomentaient des séditions. La méfiance du roi
augmentait dans la même proportion, et il en était presque venu au point d’avoir à se garden de la plupart de ceux mêmes qui l’entouraient. Le nouvel.ambassadeur de Lrance, le doc de ürammont, homme ardent et emporté, murmurait hautemént contre la modération du roi , et s’était mis à la tête du parti qui voulait que ce prince usât impitoyablement de rigueur, et traitât les «oupçons comme des réalités.
Le duc de Monleüam , qui , malgré les insinuations du duc de , contre sa- tiédeur et son
manque de zèle., avait su , ,par ses services et sa <lroiture , conserver les bonnes grâces du roi , avait renouvelé le ministère dont il était chef, sans que ce changement de visages en apportât dans la situation du cabinet. Bientôt ce ministre lui-même
fut entraîné à sa ruine par une circonstance qu’il jne put- éviter , tnal^^ le soin qu’il mit à la combattre. La reine qui, au moment de l’expolsion de la princesse des Ursins , avait montré une douleur, dont Fexpressidh passait de beaucoup, dit le marquis de Saint-Philippe , les bornes permises à une personne de son rang , avait déclaré que le retour de son amie était nécessaire à son bonheur. De son côté , madame des Ursins , soutenue par les pressantes sollicitations de la reine , fît joner tant de ressorts, qu’elle parvint à gagner la faveur de madame de Maintenon , qui détermina Louis XIV à lui permettre de retourner en Espagne , ce qu’elle fît sans perte de temps.
Le roi et la reine reçurent leur favorite avec des démonstrations de joie inexprimables. On la rétablit dans sa charge ; elle redevint plus puissante qoe jamais, et disposa de tous les emplois du palais , dont elle éloigna tous ceux qui lui avaient été contraires. Monlellano , qui était particulièrement dans ce cas , prit le parti de donner sa démission de la présidence' de Castille. Elle fit rappeler le duc de Grammnnt, qui l’avaitdesservie à V ersailles , et dont l’exaltation déplaisait au roi. On lui donna pour successeur M. Amekyt, marquis de Gournay, présidentau parlement de Paris. C’était un bomme st^ et instruit; mais neuf dans les alFaires de politique et d’administration , et par
LA SAHDAIGKE
conséquent peu propre.à remplir les vues que la princesse avait sur lui , qui étaient de mettre entre ses mains tout le pouvoir des ministres espagnols. Elle s’y était engagée avant son départ de France, pour se justifie^ldu reproche qu’on lui faisait de chercher à exclure les Français du gouvernement.
Les événements suivaient leur cours dans les autres parties de l’Europe. Les Bavarois, accablés sous le joug des Autrichiens, se révoltèrent sans succès. L’empereur Léopold , cet ardent ennemi de Louis XIV, mourut , et laissa le trône à son fils aîné Joseph, qui ne montra ni moins d’activité, ni moins de vigueur.
Vendôme soutenait en Italie l’antique honneur des armées françaises. 11 livra bataille au prince Eugène à Gassano , près de l’Âdda. L’affaire fut aussi brillante que meurtrière. On regarda la victoire comme indécise , parceque aucun des deux partis n’en tira d’avantages réels. Le champ de bataille resta cependant à l’armée française.
L’Espagne devint le tliéâlre d’un événement de la plus haute imjx)rtance, et dont les suites furent incalculables. La flotte combinée des Anglais et des Hollandais , ayant à bord l’archiduc , et composée d’un grand nombre de voiles et de bâtiments de transport, jeta l’ancre le 22 août sur la côte de Barcelone , et en vue de la ville , où l’ennemi s’était ménagé des intelligences , et où tous les es-
ANCIENNE ET MODEIINE. 8l
prits étaient portés à la haine du gouvernement établi.
Les ennemis avaient été bien informés , et il en était de même dans presque toute la Catalogne. La plaine de Vich était déjà soulevée; le reste de la province n’attendait , pour efi faire autant , que le moment où le nouveau roi paraîtrait avec des forces suffisantes. Les principaux habitants des villes et les premières maisons de la noblesse, les CenlellaSy les Clariana, les Paz, les P inos s’apprêtaient à donner le signal de la révolte. Le comte de Cifnentès j jfréparait , par ses manoeuvres souterraines, les royaumes de Valence et d’Aragon. Les prêtres et les ordres religieux , à l’exception pourtant des Jésuites , se montraient partisans déclarés de l’Autriche, et on voyait des confesseurs refuser l’absolution à ceux de leurs pénitents qui ne détestaient pas assez la maison de Bourbon.
L’archiduc, à son débarquement, qui eut lieu au bruit de l’artillerie de toute la flotte , fut solennellement reconnu et proclamé roi d’Espagne.
Les envoyés de l’Autriche , de la Grande-Bretagne et du Portugal, formèrent auprès de lui un petit corps diplomatique.
Figuères et Girone ouvrirent leurs portes avec empressement. Le pays entier fut livré à toutes les horreurs des réactions , des discordes civiles et des passions vindicatives. Ceux t|«’on soup-