‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 13 sur 97 · V ■* ’ ^ '-CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

V ■* ’ ^ '-CHAPITRE IV

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Le ett mis devant Barcelone. — Il est levé avec une perte considérable, rrr Phii^pt y est forcé de quitter Madrid, qu’occupe «ne division de r^rti)ée etmemie. — Retraite de raisiée alliée. — - Reatrée du roi à Madrid. — Purifications, destitutions, persécutions. — Bataille d’Almanza. — L’esprit de révolte gagne la Sardaigue. — Agitation sourde et complots tramés dans cette île. — Le vice-roi ordonne des déportations.

— Les cruautés commises par des officiers supérieurs de l’armée combinée de la France et de l’Espagne ajoutent à l’exaltation des rebelles., et préparent de notivelles explosions. — Perte du royaume de Naples. — 1 706.

Le Conseil du roi catholique , résolu de ne pas laisser les alliés former un établissement solide en Catalogne , parce qu’il en prévoyait bien les conséquences , ordonna le siège de Barcelone. Le roi Philippe voulut le diriger en personne. On avait rassemblé en Aragon un corps d’armée composé des troupes espagnoles , qui faisaient la guerre dans le royaume de Valence , de quelques nobles volontaires, et de dix mille Français sous les ordres du maréchal de Tessé. Louis XIV avait fait à Collioure d’immenses préparatifs pour ce siège. Le

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eomt« <le Toulouse avait ordre de les embarquer sur sa flotte de trente-six bâtiments de guerre , qui devait se rendre devant Barcelone, ainsi que les vivres necessaires pour l’expédition , que le peu de sûreté des communications en Espagne empêchait de jK>uvoir s’y procurer.

L’armée passa l’Ebre à Fraga. Avant l’arrivée du roi , on avait pendu les commandants de quelques places qui avaient fait résistance. Quand Philippe parut au camp, il publia une amnistie générale dont personne ne fut excepté j mais l’exaltation était trop grande pour que cet acte de clémence pût produire le moindre effet. La haine contre la maison de Bourbon était arrivée. au dernier degré , et pour la satisfaire les Catalans étaient prêts à tout immoler , leurs biens et leur vie. Les paysans brûlèrent toutes les provisions et le fourrage qui pouvaient servir à l’armée, et apres avoir retiré leurs troupeaux dans des rochers inaccessibles, ils empoisonnèrent les fontaines. Les femmes et les enfants se cachèrent dans les bois, et ceux qui étaient en état de porter lés armes se rassemblcrent.sous la conduite du comte de Cifuentès , vêtu lui-même en montagnard.

Lea habitants de Barcelone ne montraient pas moins de résolution et d’ardeur. Ils jurèrent de tléfendre la place jusqu’à la dernière extrémité , et de s’ensevelir sous ses ruines. Les femmes dou-

liaient l’exemple de l’enthousiasme. Les prêtres et les religieux de tous les ordres avaient pris les armes. A la tête de ces milices monacales se distinguaient surtout les capucins , qui nouaient leur barbe avec des rubans.

Tous les ouvrages qui environnaient la place furent enlevés’, et le roi établit son quartier général à Saria. La forteresse du Mont-Joui fut prise d’assaut. Là s’arrêtèrent les succès de l’armée destinée à réprimer la rébellion , et déjà réduite d’un tiers. Un corps de dix mille Catalans , dont une partie était commandée par le comte de Cifuentès , bloquait le camp du roi. On ouvrit l’avis d’un assaut général j niais le maréchal de Tessé, qui faisait cette guerre sans ardeur et san.s. résolution , différa d’en donner l’ordre. Pendant ces hésitations , une escadre anglaise , commandée par l’amiral Lake , amena quelques faibles renforts à la place , réduite aux dernières extrémités. LeS"alarmistes répandirent dans l’armée du roi la nouvelle de l’arrivée de ces secours , qu’ils ne manquèrent pas d’exagérer. En quelques heures , la terreur l’avait entièrement démoralisée. Dans la crainte tie se trouver entre les sorties de la place et le corps d’insurgés de Cifuentès , qui manœuvrait sur les derrières , au lieu de donner l’assaut , on leva inimédiatemeut le siège. Les chemins étaient tellement infestés par les rebelles , que la retraite se

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fit avec peu d’ordre. Les assiégés trouvèrent dans le camp un énorme approvisionnement d’armes , de munitions et de vivres , que le comte de Toulouse avait débarqué peu de jours auparavant , et cent cinquante pièces d’artillerie de campagne et de siège.

Le roi , après bien des fatigues et des dangers , traversa les Pyrénées , et se rendit à Perpignan , d’où il partit avec une suite peu nombreuse , et repassa en Espagne à grandes journées. Le maréchal de Tessé pressa le jeune roi de profiter de l’occasion qui l’amenait en France , pour aller à Versailles voir le roi son aïeul.., dans la persuasion où il était que la Cour de Versailles , que des revers multipliés dégoûtaient de cette guerre , le déterminerait à consentir au traité de paix que les alliés proposaient.

Ils offraient de laisser à Philippe /^les |)ossessions espagnoles en Italie, avec les îles de Sicile et de Sardaigne , et de donner à l’archiduc l’Espagne et les Indes , se réservant de statuer plus tard sur le sort des Pays-Bas. Louis XIV eX le Dauphin goûtaient peu ce projet , qui répugnait à leur fierté ; mais on prétendit que le duc de Bouravait un parti très puissant , à qui la malheureuse situation des affaires donnait plus de force encore , et qui , professant des opinions toutes diflérentes , voulait la paix à tout prix , et ne trouvait

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aucune raison de rejeter les offres d’accomtnode-< nient. On crut alors que le maréchal de Tessé , en faisant ces insinuations au roi d'Espagne, voulait plaire au duc de BourgogtSe , dont il connaissait les dispositions , et à la maison duquel il était personnellement attaché , en qualité de premier écuyer de la duchesse *. Philippe , doué d’une fermeté d’ame peu commune , resta inébranlable aux instances du maréchal, et répondit qu’il ne reverrait jamais Versailles , et quHl était résolu de mourir en Espagne.

Les armes de la France n’étaient pas plus heureuses sur les autres poÿits du théâtre de la guerre , et la fortune parut avoir entièrement abandonné Louis XIV et sa famille pendant tout le cours de

' On 8 dit que la duchesse de Bourgogne, qui n’avait pas oublié qu'elle était fille du duc de Savoie , avait constamment trahi la France et le roi de' puis.la défection de son père, et qu’après sa mort ses papiers en avaient offert la preuve. Quant au duc de Bourgogne , ce sage et vertueux prince désirait sans doute de voir la fin des malheurs de la France ; mais .il n’est |>as vraisemblable que son opposition ait eu des motifs «ussi intéressés que ceux que lui prêtent quelques mémoires du temps , et qu’elle ail etc poussée au |K)int d’exciter de vives dissciisious entre son aïeul et lui. I.es écrivaûis de l'alliaiiccne scfrefiisaicnt aucune calomnie contre la famille de AouiV yiV ; mais ils ne feront croire à personne que l’illustre «lève de Fénelon et de Montausier , dévoré d’une basse jalousie eoutic son fréie, ait déclaré qu’// ne croyait pas decoir risquer son propre bien pour sauver celui d'autrui , ni qu’on ail asser. p»‘ii roiinii la grandeur d'ime de l-ouis X/F |vour es|»ércr de l'ameHcr |iar des intrigues de cotii et des pro{HA de femmes é sacrifier son jH'lii bl> au malheur de, temps. C'est uv <|ue la suite a bien (u'ouvé.

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cette làtale année 1706. Les fautes multipliées du juaréclial de Viüeroy firent perdre , le a3 mai , la bataille de Ramillies , qui fut plus funeste encore par ses conséquences que ne l’avait été celle d'iiocbstct. Tonte la Flandre espagnole passa au pouvoir des vainqueurs. Les afiaires n’avaient pas pris une meilleure tournure en Italie.. Après le succès équivoque du combat de Calcinato , l’armée française , sous les ordres du duc de La Feiuüade , avait formé le si^[e de Turin. Pendant que Je général en chef et le maréclial de Marsin qui avait des ordres secrets du roi , se disputaient sur la direction à donner aux opérations du siège , le prince Eugène avait passé la Dora à la, tête de huit colonnes , et forcé les retranchements. Le» lignes et les tranchées sont abandonnées , les ennemis sont maîtres du camp , l’année est dispersée , la déroule est générale : les bagages, les munitions , les approvisionnements , la caisse militaire, tombent entre les mains du vainqueur. Louù et Philqype avaient perdu toute la Flandre espagnole après la bataille de Ramillies ; après la déroute de Turin , ils perdirent en peu de temps le Milanais , le Piémont , le Modénais , le Mantoiian , et le royaume de Naples, Les malheurs de la maison de Bourbon-, et l’échec que la cause du roi Philippe venait d’éprouver devant Barcelone , augmentèrent l’audace

LA SAKI>AIGîyE

des Espagnols qui s’étaient déclarés partisans de l’archiduc. L’Aragon se soumit à lui sans résistance. Déjà le prince Charles possédait sur le continent de l’Espagne trois de ses plus grandes et de ses meilleures provinces, la Catalogne, l’ Aragon, et le royaume de Valence. Cet état de choses mettait dans le plus grand danger la Castille ellemême, déjà fort exposée du côté de l’Estramadoure où les Portugais avaient fait entrer, sous les ordres du marquis de Las Minas, une armée de trente mille hommes, soutenue par un corps auxiliaire de douze mille Anglais et Hollandais, que commandait lord Gaüoway. Le maréchal de Bervick , n’ayant pas assez d’infanterie pour s’opposer à une armée si nombreuse, parce qu’il avait été obligé de la distribuer dans les places , se retira aux environs de Madrid avec sa seule cavalerie.

L’armée anglo - portugaise occupa , sans la moindre opposition , toute la Castille , qu’elle pilla et accabla de contributions. Cette conduite ajouta encore à la haine que le peuple castillan portoit aux Portugais, qu’il regardait comme ses ennemis natu- ^ rels, et à son attachement pour le roi Philippe , dont les malheurs lui inspiraient le plus vif intérêt. Les habitants des provinces occupées lui donnèrent eu effet des marques constantes de fidélité. Ils interceptaient tous les couricrs , et coupaient toutes les communications de l’armée portugaise

avec Lisbonne. Ils s’emparèrent d’un convoi d’argent considérable que don Pèdre envoyait à ses troupes ; et , quand l’ennemi eut évacué Salamanque, ils proclamèrent de nouveau le roi Philippe, et formèrent des corps de volontaires pour le défendre et pour fermer les passages.

Le duc de Bejvick j forcé d’évacuer la Vieille- Castille , prit la position de Quadarama , et vint avertir le roi qu’il n’y avait pas un moment à perdre pour effectuer sa retraite de la capitale , menacée de tomber au pouvoir de l’ennemi. Philippe résolut d’abandonner Madrid , et attendit néanmoins, pour en sortir, que les troupes alliées parussent sur les hauteurs. Une partie de son conseil voulant qu’il prît la route de l’Andalousie; une autre , celle de Pampelune , pour être plus à portée de la France et des secours qu’on en atten dait. Il se détermina à joindre Bervick , qui campait à Sopetran avec huit mille homme». On ferma les tribunaux, et ils furent, par une ordonnance, transférés à Burgos avec la reine. On laissa la liberté, à tous ceux qui n’avaient pas d’emploi du gouvernement, de se retirer où bon leur semblerait.

. Cet événement mit à découvert les cœurs des courtisans et des seigneurs qui environnaient le roi. Ceux qui lui étaient fidèles n’hésitèrent pas à l’accompagner au camp , ou à suivre la reine à

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Burgos. Les mécontents , qui ne voulaient pas encore éclater, furent embarrassés de leur contenance. Quelques-uns, en petit nombre, restèrent à Madrid; beaucoup d’autres , prétextant leur santé ou leurs aifaires privées , allèrent habiter les campagnes voisines; le reste prit bien lentement le chemin du camp. La plupart v'oulaienl attendre que la fortune proclamât le parti vainqueur , pour déclarer en temps et lieu que c’était celui qu’ils avaient toujours préféré. Presque tous désiraient, sans se compromettre et sans rien risquer, de changer de maître , plus dégoûtés de l’influence française et des intrigues de la princesse des Ursins, qu’indisposés contre la personne du roi. Les plus prudents évitèrent de se prononcer trop tôt pour l’archiduc.

Le roi fut suivi de ses ministres , de ses capitaines des gardes, et de la plupart de ses gentilshommes de la chambres Le marquis de Laconi fut le seul seigneur sarde qui l’accompagna. A peine ce prince avait -il mis les pieds hors de sa capitale, que ceux des grands qui appelaient les ennemis de tous leurs vœux , et les nommaient dans leur société des libérateurs , écrivirent au général portugais , le marquis de Las Minas, pour l’inviter à venir s’em.parer de la capitale , dont ils lui promettaient qu’on ne défendrait pas l’entrée , en l’assurant que le reste du royaume suivrait son exemple. Las Minas ,

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cédaot à un mouvement de vanité qui lui faisait désirer d’entrer en vainqueur à Madrid , négligea ce que les règles de la guerre lui prescrivaient, c’est-à-dire de poursuivre Philippe , au moins jusqu’à ce .qu’il etit évacué la Castille. 11 envoya d’aliord. le marquis de ViUaverde }x>ur occuper la ville avec deux mille chevaux ; deux jours après , il y fit lui-méme son entrée avec le comte de Galltnvaj et les Anglais , et fit proclamer roi d’Elspagne l’archiduc Charles d'Autriche '.

La présence des alliés ne fut agréable qu’à celte partie de la noblesse mécontente qui les avait appelés ; le peuple, au contraire, donna les marques les moins équivoques d’une profonde consternation , et ne laissa échapper aucune occasion, pendant leur séjour , de manifester sa haine. Dans l’int^euT de la ville, il fallait bien céder à la force; mais hors, de son enceinte, les ordres des généraux ennemis étaient méprisés et restaient sans exécution ; pour la moindre mesure , il fallait envoyer des troupes.

Au milieu de la stupide oisiveté où vivaient les alliés , qui se croyaient maîtres de l’Kspagne , parce qu’ils en avaient occupé la capitale , il n’est pas

' c'est par erreur que M. félix Bodin dit dans son Résumé de l'Hisloin' de France qile l’archiduc fut cotironné é Madrid. Il n’y était point , et il fallut se borner à une proclamation, qui fat sifflie.

étonilant que, dans les délices d’une grande ville , lous les vices se soient introduits parmi leurs troupes ; aussi s’abandonnèrent-elles à la débauche et à l’ivrognerie. Les généraux eux-mêmes , au lieu de poursuivre leurs premie'rs succès, étaient enchaînés dans la capitale par l’attrait.des plaisirs ; Madrid était devenue pour toute cette armée , chefs et soldats , une véritable Capoue. Le marquis de Saint-Philippe rapporte à ce sujet un trait de patriotisme , dont il appartenait à l’Espagne de fournir l’unique exemple qui soit dans l’histoire. I^e royalisme inspira , dit-il , aux courtisanes du dernier ordre, aux femmes les plus perdues, le dessein de ruiner l’armée alliée par les moyens de destruction que leur fournissait la dépravation de leurs mœurs. Elle se rendaient, la nuit, par troupes, dans les lentes des Allemands et des Anglais, devenues le théâtre dcsplusdégoùtanlesorgies.Celles de ces femmes, chez qui le funeste poison apporté du Nouveau-Monde avait fait le plus de ravage , se fiaraient avec un soin particulier , et se couvraient de parfums et de fleurs , pour séduire plus aisément leurs victimes, cachant ainsi, sous les formes de la volupté, la perfidie d’une haine implacable. Cette campagne , d’un nouveau genre , ne réussit que trop bien : l’armée anglo-portugaise ne tarda pas à voir entrer dans les hôpitaux plus de six mille malades , qui moururent presque lous. On ne vit

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jamais nulle part, dit Saint-Philippe , un autre exemple d’une fidélité si impie ' .

Les alliés rencontraient partout, chez le peuple et chez les paysans, les mêmes dispositions pour eux. Tous les soldats qui s’écartaient ou marchaient isolés , étaient assassinés , et chaque matin , dans la ville même , on trouvait des factionnaires égorgés. Lfis malheurs qui accablaient un roi vraiment digne d’ampur et d’estime , et une reine que sa bonté , sa constance et un courage au-dessus de son sexe, rendaient extrêmement populaire, avaient porté l’enthousiasme des classes moyennes de la société au dernier degré d’exaltation. Il n’en était pas tout-à-fait de même parmi la noblesse et le clergé , dont beaucoup de membres éminents , voyant péricliter le pouvoir de droit , se montrèrent moins difficiles sur la reconnaissance du pouvoir de fait. Le bruit s’étant répandu que l’archiduc allait arriver à Madrid , les plus pressés de soumission se préparèrent à le recevoir ; d’autres sortirent pour aller au-devant de lui ; mais tous ceux qui s’avancèrent jusqu’au port de Viveras furent pris par la cavalerie du roi , qui occupait encore ce poste , et qui avait fermé tous les passages. On arrêta ainsi dans leur carrosse , le comte et la comtesse de Lemos , sœur du duc de Vln-

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