‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 15 sur 97 · II · texte numérisé non relu

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heureux habitants s’exhortaient réciproquement à mourir , plutôt que de vivre sous le joug.d’un pareil monstre , et ils couraient au-devant du fer ensanglanté dont plusieurs dirigeaient eux-mêmes la pointe contre leur poitrine. D’autres profitaient des derniers instants de la vie pour aider les assiégeants à mettre le feu à leurs maisons; on aurait eu peine à discerner qui des soldats ennemis ou des habitants étaient les plus acharnés à réduire en cendres cette ville infortunée. On n’épargna pas même les églises. A l’exception d’un très petit nombre de prêtres , pas un seul homme n’échappa au carnage. Ce fut un grand jour pour le chevalier ^Asfeld : il aimait le sang; il en vit couler beaucoup. On démolit Xativa jusqu’aux fondements , et il ne resta rien de cette ville , pas même son nom ; car, lorsque plus tard P^iilippe la fît rebâtir , il lui donna celui qu’il portait luimême * .

Les alliés firent les plus grands efforts pour se venger en Italie des revers qu’ils éprouvaient en Espagne. 11 n’y eut aucune action remarquable sur le Rhin et sur la Meuse. Viâars réparait en Allemagne les malheurs de la bataille d’Hochstet; il avait forcé les lignes de Stolhoffen, occupé le

• c’est aujourd’hui la petite ville de San-Felippo. Xati\’a'étail Vaneiemir

Satabit .

ANCIEMtE ET MODERNE. Il5

Wirlemberg , et porté’ des contributions jusqu’audelà du Danube. Vendôme soutenait dans les Pays- Bas une glorieuse défensive. Il n’en était pas de même de l’autre côté des Alpes ; les affaires y étaient dans un état désespéré. L’empereur, qui déjà jouissait tranquillement de ses nouvelles conquêtes , quoiqu’il les accablât de son joug de fer, résolut d’étendre sa domination dans ce pays , et d’attaquer le royaume de Naples , où l’appelait un parti puissant. Les princes de Montesarcho , ÔlAvellino P de Cariali, le duc de Montelcotie , et les principaux chefs de la noblesse , qui étaient à la tête de ce parti, firent soulever le peuple contre le vice-roi. La trahison livra sans combat un vaste rovaume à une armée de dix mille Autrichiens.

Gaële , qui fit un peu de résistance , fut traitée avec une extrême rigueur. Toutes leS autres places s’empressèrent d’ouvrir leurs portes.

A peine les Autrichiens étaient-ils maîtres delà ville de Naples, qu’une affreuse éruption du Vésuve la couvrit de cendres. Leur général , le comte de Martinitz , s’évanouit de frayeur au pied des reliques de saint Janvier, et il fallut que l’archevêque, pour l’empêcher de fuir en toute hâte, lui apprit que l’éruption du volcan était un phénomène naturel qui se renouvelait quelquefois, sans être précisément une punition du Ciel.

Louis XIV n’était pas plus heureux que son

petit-fils. Le duc de Savoie et le prince Eu^nê faisaient une irruption par le col de Tende, «dans le dessein de lui enlever la Provence et le Dauphiné. Déjà Toulon, bombardé par une escadre anglaise, était assiégé et vivement pressé. L’état de l’armée de ViUars permit heureusement d’en détacher une division qui accourut au lieu du danger. L’armée ennemie était désolée par des maladies , dans un pays sec , stérile , hérissé de montagnes. On fit lever le siège de Toulon , et deux grandes provinces furent sauvées.

Ces événements et la perle du royaume de Naples ne firent point à Madrid une aussi profonde impression qu’on aurait pu le croire. On venait d’échapper à un si grand danger , qu’on ne prenait plus un vif intérêt qu’aux affaires du continent. On éprouva moins de chagrin à se voir enlever un royaume en Italie , que de plaisir à apprendre quelques faibles avantages obtenus sur les Portugais dans les provinces voisines de la capitale.

La cour et les serviteurs et partisans de Philippe /^eurent d’ailleurs un nouveau sujet de joie, venu fort à propos, et le public s'occupa d’un événement qui lui procura quelques instants de distraction. Le reine mit au monde un fils. I.es Espagnols fidèles accueillirent avec transport ce prince né au milieu d’eux, et dans lequel ils se flattaient

gu’on reconnaîtrait enfin l’héritier légitime de la monarchie. Les malveillants et les ennemis avaient répandu le bruit, qui ne s’était que trop accrédité, que la reine n’était réellement pas enceinte, et qu’on l’avait engagée à feindre une grossesse , pour réveiller l’intérêt et l’amour des peuples, et affermir la succession. Au moment des premières douleurs , on fit entrer dans la chambre de la reine les cardinaux présents, h; nonce du pape, les ministres et présidents des conseils , et les membres du corps diplomatique , afin qu’ils fussent, autant qu’ il serait possible , et dans la forme la plus décente , dit Saint-Philippe, témoins oculaires de la vérité de V accouchement.

La naissance du prince des Asturies fut le sujet de grandes réjouissances , et donna lieu enfin à une véritable amnistie. On mit en liberté les prisonniers, et on rappela les exilés. On pardonna même à ceux qui, ajant eu le malheur de parler au marquis de Las Minas , ou de lui demander des sauvegardes, ne s’étaient pas suffisamment purifiés. Quelques-uns des plu s compromis, comme le duc de V Infantado, qui avait manqué de respect à don Francisco Ronquillo , n’eurent pas encore celte fois la permission de reparaître à la cour. Le président du conseil n’était pas si indulgent que le roi.

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