‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I.e nouveau vice-roi de Sardaigne cherche à s’attacher les principaux partisans de l’archiduc. ■ — Les mécontents excitent une révolte dans le nord de l’ile. — Les alliés exécutent le projet formé d'une expédition en Sardaigne. — Une flotte anglaise met i terre des troupes de débarquement. — La ville de Cagliari , bombardée , est sommée de se rendre. — Elle est livrée avant la signature de la capitulation. — L’ile entière se sonmet sans résistance. — Divisions toujours croissantes en Espagne. — Découverte d’une conspiration du duc d'OrUans contre son parent le roi Philippe. — État des affaires du continent. — 1708 — 1709.

1708. L’Espag^ne, qui s’alTaiblisssait et se démembrait tous les jours , ne possédait plus au-delà du continent européen, divisé par la guerre civile, que les îles de Sicile et de Sardaigne. Le marquis de Los Balbazès, vice-roi de Sicile, y découvrit une conspiration , dont les ministres de France et d’Espagne à Rome lui avaient signalé les auteurs , et il réloulTa dans le sang des principaux conjurés. Cependant un plus vaste incendie s’allumait en Sardaigne. Don Pedro de Portugal Y Colomb, marquis de La Jamaica, venait de succéder dans le gouvernement de ce rovauine au marquis de T^aloro. Le

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nouveau vice-roi était un homme plein de talents, fort adroit, très délié, qui aimait l’argent, et savait extrêmement bien faire ses affaires. Il ne tarda pas à pénétrer le génie et les plus secrètes inclinations des Sardes. On eut tort de croire qu’il avait été joué et dupé par le comte de Montesanto et le marquis de J^ülasor. Il ne se dissimula jamais qu’ils étaient des ennemis cachés , qui n’allendaient queÜb moment de lever le masque; il ne jugea point à propos de le témoigner, parce qu’il manquait de forces sulBsantes pour faire respecter son autorité. 11 demanda plusieurs fois des renforts; mais l’ambassadeur de France à Madrid, M. Amelot , qni , par son influence dans le cabinet, dirigeait les affaires de la guerre, méprisa d’autant plus le danger, qu’il ne faisait aucun cas de la Sardaigne, prétendant qu’elle était inutile à la monarchie, et qu’elle lui serait à charge, si l’on était obligé d’j entretenir des troupes. Les ministres espagnols étaient d’un avis contraire ; mais comme on n’avait d’autres soldats à y envoyer que ceux que la Frar»ce fournirait , M. Amelot était en ce point l’arbitre des décisions. Au reste, ce dernier manda au marquis de La Jamaïca, qui, prévoyant le danger dont l’île était menacée, protestait qu’il était hors d’état de la défendre , que, s’il la perdait faute de troupes suffisantes, le toi recevrait ses ejccuses.

LA SAKDAIONE

Le vice-roi, désespérant de se soutenir par la force ' au cas d’une attaque des ennemis contre la Sardaigne, se flatta de pouvoir, par son adresse et son habileté , la conserver du moins pendant la durée de son administration. Il essaya de gagner le comte de Montesanto et de se l’attacher; le comte, qui ne lui cédait en rien dans l’art de la dissimulation , évitait de se compromettre ou de trop s’avancer, et ménageait les deux partis ,’^en attendant que l’occasion s’offrît de manifester ses véritables sentiments. H montra plusieurs fois au vice-roi des lettres de son frère, le comte de Cifuenles , qui Texcilaient à la révolte ; mais il cachait soigneusement les plus importantes, et celles qui répondaient aux siennes. Il sacrifiait quelques émissaires insignifiants, et protégeait les plus actifs. Il passait à Paris, à Madrid et à Cagliari , pour un sujetfidèle, tandis qu’à Barcelone on le regardait comme un des serviteurs les plus dévoués de l’archiduc.

Montesanto connaissait parfaitement tous ceux qui étaient de son parti en Sardaigne, et n’accordait sa confiance qu’avec une extrême circonspection. Par un raffinement de ruse, il travaillait, attendu qu’il avait l’oreille du vice-roi, à ruiner dans son esprit, par des insinuations perfides, les

' Don José de Sylva, IVcre du rouile de Cifuentès, et gendre du mar- (jiiis de f illasor.

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amis les plus éprouvés de la cause du roi. 11 lui représentait sa maison comme seule capable de défendre le royauine, qui était, disait-il, au moment d’échapper au prince légitime, par l’effet de l’indifférence de la plus grande partie de la noblesse pour des intérêts aussi sacrés, et de l’épouvante qui, à la première apparence d’une invasion étrangère, frapperait un peuple accoutumé à vivre , depuis quatre siècles , dans une paix profonde.

Cependant le comte de Cifuentès, qui avait depuis si long-temps conçu le projet d’enlever la Sardaigne à Philippe P', présentait aux alliés un plan, dans lequel il exposait l’ulilité de l’occupation de cette île, à cause de sa situation , de ses ports et de sa fertilité. Il fut très applaudi à Vienne et à Barcelone, et ne fut pas désapprouvé à Londres. Les Anglais voulaient seulement ne pas s’engager à fournir des troupes de débarquement , et à employer, au-delà d’un terme prescrit, leurs forces navales à cette expédition. Ils avaient en vue une opération plus lucrative , la capture des galbons d’Amérique. En attendant leur arrivée dans la Méditerranée, l’archiduc ordonna au comte de Cifuentès de cultiver les intelligences qu’il avait ménagées en Sardaigne , où il faisait d’ailleurs espérer qu’il serait si bien servi par son frère , le comte de Montesanlo.

Les premières étincelles de la révolte parurent dans la Gallura , où Cifuentès avait envoyé quelques moines sardes , qui se trouvaient à Barcelone, et auxquels il avait remis des lettres. Cinquante hommes, qui passèrent en Corse sous la conduite de deux agents aflidés, jetèrent les semences de la rébellion à Tempio , capitale de la Gallura. Quelques nobles et plusieurs des principaux habitants de Tempio se mirent à la tête des insurgés, et résolurent de proclamer l’archiduc , après qu’ils auraient surpris la tour de Longosardo, et le fort de Castel- Aragonès , aujourd’hui Castel-Sardo , qu’un traître, acheté à prix d’argent, avait promis de leur livrer.

Le vice-roi , ayant su ce complot de la bouche même de l’un des conspirateurs , envoya sur les lieux, pour l’étoulFer, le comte de JMontesanto , qui le connaissait aussi bien que lui, mais qui l’avait appris par une autre voie; car il venait de recevoir des lettres qui le mettaient au courant de tout, et qu’il se garda bien de montrer cette fois. Le comte se rendit à Tempio avec le titre de lieutenant du vice-roi , ce qui ne laissa pas de surprendre ceux qui le considéraient comme un ennemi du gouvernement espagnol. Le vice-roi avait cru achever de le gagner par cette éclatante marque de confiance ; mais l’événement prouva qu’on ne pouvait pas se tromper plus complète-

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ineot. Le comte, se voyant maître de donner à cette importante affaire la direction qui lui plairait , trouva moyen de retenir dans l’Ile les plus séditieux, qu’il ménageait pour une autre occasion, et se contenta de les faire comparaître juridiquement devant le vice-roi , duquel on avait obtenu la promesse de ne pas les inquiéter , et qui leur donna la ville de Cagliari pour prison. Ceux qui ne voulurent pas se fier à la parole du comte se sauvèrent à Barcelone ; il s’en vengea en détruisant leurs maisons et en confisquant leurs biens, pour les punir, plutôt de leur manque de confiance que de leur crinie , et pour donner, à leurs dépens , une nouvelle preuve de dévouement et de fidélité.

Ce cliâtiment , qui ne frappait point les vrais coupables , apaisa pour le moment les troubles de la Gallura ; mais il servit d’avertissement , pour les conjurés restés dans l’île , de remettre à une circonstance plus favorable l’exécution de leurs mauvais desseins. Lorsqu’ils crurent qu’elle était arrivée, ils s’évadèrent de Cagliari, où ils n’étaient pas même gardés à vue.

Le roi, informé de ce qui se passait en Sardaigne , envoya dans la Gallura , en qualité de lieutenant-général, don P icoutc Bacallar, créé depuis marquis de Saint- Philipjte , (|ui sut gagner l’afFei-- (ion de la province, et força les séditieux de se

LA SAllUA I CT4 I>

réfugier en Corse ; ceux qui restèrent n’étaient pas en état de donner la moindre inquiétude.

Ce complot n’était pas de nature à enlever la Sardaigne à la couronne d’Espagne, parce que, avant tout, pour y réussir, il fallait s’emparer de Cagliari, où étaient réunies toutes les autorités civiles et militaires, et que, bien que les conjurés eussent des intelligences dans plusieurs villes, la capitale étant éloignée de cinquante lieues de la Gallura, dont les habitants étaient sans crédit, sans moyens, sans communications établies, il leur était impossible de traverser une si grande étendue de pays, sans être partout repoussés par les partisans, plus forts et plus nombreux, du roi Philippe.

En instruisant le procès des coupables , don V^icente Bacaüar découvrit la source de la révolte de Tempio, qui avait pris naissance dans des conciliabules tenus à Cagliari. Il écrivit en conséquence au vice-roi qu’il était imjx»rtant pour la sûreté publique, de faire sortir sur-le-champ du royaume, et d’envoyer en France le marquis de Vdlnsor, le comte de Montesanto , le marquis de la Guardia , le marquis de Las Conqidstas , et don Gaspard Carnicer, intendant du domaine royal, afin que la flotte ennemie, qui menaçait l’île, n’y trouvât plus les conjurés sur lesquels elle comptait; que , quoiqu’il en restât d’autres encore, ils étaient moins

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puissants» et seraient intimidés par le châtiment des premiers ; que , de son coté , il ferait, en même temps et à la même heure , arrêter et embarquer, sur les bâtiments les plus tôt prêts, quelques nobles de Sassari, d’Alghero, de Castel - Aragonès , et de Tempio , afin que l’ile , ainsi purgée des partisans de l’Autriche, n’eût plus rien à craindre de l’apparition de la flotte des alliés, à moins qu’elle ne portât de nombreuses troupes de débarquement.

Le marquis de La Jamaïca perdit en cette occasion la réputation d’homme de tête, qu’il s’était injustement acquise ; il n’eut pas le courage d’exécuter ce qu’on lui proposait , ou il pensa peut-être que ce coup d’autorité ne ferait qu’avancer le dénouement, qui n’était déjà que trop prévu. Il négligea cet avis , et voyant que la cour persistait à lui refuser des troupes, il résolut de livrer Cagliari, aussitôt que la flotte alliée paraîtrait , et de capituler, pour obtenir au moins sa liberté. Cette détermination l’attacha encore davantage au comte de Montesanto , et, dans la chaleur de l’amitié, il écrivit si fortement au roi en sa faveur , que son beau-père, le marquis de Villasor , fut fait grand d’Espagne. Cet honneur , qu’il souhaitait avec passion , ne le gagna pourtant point au roi : l’archiduc lui en promettait autant , si , par la coopération de sa famille et de ses amis, il lui livrait la Sardaigne ; et , dans cette hypothèse , qui par elle-

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même plaisait davantage , on aimait mieux recevoir des grâces de la main du prétendant que de celle du roi légitime.

Tel était l’état intérieur de la Sardaigne , quand l’escadre anglaise , commandée par l’amiral Lake , parut sur les côtes. Elle consistait en quarante bâtiments de guerre, mais elle n’avait d’autres troupes espagnoles de débarquement qu’un régiment nouvellement levé à Barcelone. Le comte de Cifuontès, nommé par l’archiduc, vice-roi de Sardaigne, était à bord. Lake avait ordre de ne mettre à terre que le régiment , et de tâcher, avec ce seul moyen, de se rendre maître de Cagliari. Il lui était enjoint, dans le cas où Cijuentès aurait fait des promesses qu’il ne pourrait réaliser , de se borner à bombarder la ville , et de retourner à Barcelone , après avoir envoyé le comte prisonnier à Finale, ainsi que les deux principaux auteurs de la révolte de la Gallurâ, qui l’accompagnaient, et qui avaient assuré que deux mille de leurs partisans se présenteraient bien armés , pour protéger le débarquement.

Sur la nouvelle de l’apparition de la flotte anglaise , don Ficente Baccalar posta ses troupes de manière que , non-seulement les paysans insuigés ne pouvaient sortir de la province , mais qu’il leur était même impossible de s’éloigner du mont Limbara , où ils s’étaient réfugiés. Il assura donc le

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vice-roi que les rebelles ne pourraient rien entreprendre contre la capitale, et que, lors même qu’on serait obligé de l’évacuer et de se retirer à Sassari , on pourrait encore espérer de conserver l’île, attendu qu’il était sûr de la place d’Alghero et de la forteresse de Castel-Aragonès.

La flotte anglaise entra le 1 2 août dans la baie de Cagliari , faisant ses efforts pour gagner le port , quoiqu’elle eût le vent contraire. Le plus grand désordre se manifesta aussitôt dans la ville , et personne ne parut s’occuper des moyens de défense. Le commandant de l’artillerie se disposait cependant à s’acquitter des devoirs de sa place; mais il ne trouva pas un seul de ses canonniers sur le rempart. Ceux de ses hommes qui travaillaient en assez grand nombre dans les ateliers de la monnaie, que dirigeait don Gaspard Camicer , l’un des principaux chefe de la conspiration, avaient reçu des instructions sur ce qu’ils devaient faire; les autres avaient été facilement gagnés par l’argent du marquis de la Guardia et du comte de MonlesanW, Ainsi , au moment où la flotte ennemie fut à portée de canon , il ne se trouva pas une seule pièce qui fût en état de répondre à son fen.

Le vice-roi fut consterné, et sa crédulité céda cette fois à la preuve manifeste de l’existence d’une conspiration. On vitaccourirau palais les personnes

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les plus distinguées de la noblesse , entre autres et à la tête , le marquis de Villasor , le comte de Montesanto , le marquis dé la Guardia y et les chefs du complot , qui n’étant rien moins que disposés à seconder le vice-roi dans la défense de la ville , lui en exagéraient l’impossibilité , et le pressaient de se rendre.

Quelques serviteurs fidèles du roi , se flattant qu’il y avait encore des moyens de sauver* la place , sollicitaient vivement le vice-roi de prendre un parti , et de donner ses ordres ; mais le marquis de La Jamaîca, qui n’était pas homme de guerre, et qui peut-être était préoccupé du soin de conserver ses trésors , prescrivait des mesures incohérentes , contradictoires , et paraissait avoir perdu complètement la tête. Les quatre compagnies d’infanterie qui composaient la garnison , ne lui obéissaient déjà plus. On envoya du palais l’ordre à la cavalerie milicien ne de marcher ; mais son chef , le comte de Montesanto , donna des ordres contraires , qui furent plus ponctuellement exécutés, parce qu’on vit bien que c’était son par.'i qui allait l’emporter. Les conjurés eurent soin d’ailleurs d’exciter un de ces mouvements populaires, décisifs en pareille circonstance , et la basse classe ameutée demanda à grands cris qu on ouvrît les portes de la ville.

L’amiral Lake adressa par un parlementaire une

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lellre au vice-roi. Le contenu en était injurieux pour la maison de Bourbon. Il demandait avec menaces la reddition de Cagliari , promettant à cette condition la confirmation, par l’archiduc, des privilèges accordés jusqu’au règne de Charles II inclusivement. Le conseil de la ville , auquel le vicèroi communiqua cette sommation, ofTril d’exécuter avec énergie et dévouement les mesures qui seraient prescrites pour la défense de la place , et de rassembler un assez grand nombre de volontaires patriotes; mais le marquis de La Jamaïca hiisait déjà, de concert avec le comte de Montesanto et rarchevêque de Cagliari, des dispositions pour capituler. Ce prélat, don Bernard de Carignena , ne s’était pas jusque là déclaré ouvertement pour la maison d’Autriche; mais il était bien aise qu’on le crût à Barcelone partisan de l’archiduc, pendant qu’il .se ménageait à Madrid la bienveillance du roi.

vérité est qu’il ne tenait pas beaucoup plus à l’un qu’à l’autre ; il tenait surtout à l’archevêché de Cagliari.

Le marquis de La Jamaïca ne demandait pour lui personnellement que la liberté de se retirer en Espagne avec ses équipages; il abandonnait au magistrat le soin de régler avec les ennemis ce qui roncernait les intérêts de la ville. Il se contenta de demander que personne ne fût inquiété pour ses opinions politiques , et que ceux qui voudraient IT. f)

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J. A. S A UDX lOA' B

sortir du royaume en eussent la liberté. Ce fut le comte de Montesanto qu’il chargea d’obtenir ces conditions de l’amiral anglais. Le comte ne s’oublia pas dans celte circonstance , et, pour vendre plus chèrement ses services à l’archiduc , il n’eut garde de faire envisager à l’amiral la reddition de l’île entière comme une chose si prochaine et si aisée. Le vice-roi avait demandé vingt-quatre heures pour répondre à la sommation ; Montesanto cacha le pouvoir qu’il avait de lui pour conclure , et afin de présenter l’entreprise comme plus hasardeuse qu’elle ne l’était en effet , il conseilla à l’amiral de bombarder la ville, sans attendre la réponse du vice-roi, et d’opérer un débarquement sur un point très rapproché du port. La ville demandait seulement la conservation de ses privilèges, et un délai de six mois pour ceux qui voudraient quitter le pays, avec la clause de la confiscation de leurs . biens, s’ils se reliraient dans les provinces possédées par le roi Philippe.

On choisit, pour porter ces propositions à l’amiralun gentilhomme qui avait des liaisons d’intimité avec la maison de Viüasor, et par l’organe duquel Montesanto fit instruire en secret le comte de Cifuentès, qui était à' bord , des offres véritables du vice-roi; car il voulait garder jusqu’au dernier moment le masque de la fidélité.

Les habitants croyaient que la capitulation était

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(lé)àconvenue,et(loru)aienl tranquillement, quand, vers la fin de la nuit , ils furent éveillés par le bruit de l’explosion des bombes que Lahe lit jeter sur la ville , et qui ne laissèrent pas d’y faire des dégâts. Ils n’avaient jamais rien vu de pareil; aussi le désordre et l’elTroi furent universels. La noblesse , abandonnant ses maisons , quoique placées dans le quartier le moins accessible, sortit en foule par une des portes du château. Le*\'ice-roi se trouva resté, lui troisième, dans un des bastions extérieurs. Un régiment anglais débarqua sans obstacle au lieu désigné; on ouvrit les portes de ce côté, et celles du mole ayant aussi été ouvertes, le fort qui le défendait fut occupé sans résistance. Cet événement eut lieu le i3 août , avant le jour. Le viceroi n’avait pas encore capitulé dans les formes, que la ville et la citadelle étalent déjà au pouvoir de l’ennemi. Les soldats qui gardaient la dernière enceinte s’éUaient hâtés d’en livrer l’entrée.

L’amiral Lake promit d’accorder les conditions qu’on avait proposées, quoique la capitulation n’eût pas été signée. Les rebelles arrêtèrent cependant le vice-roi dans le palais même , parce que le bruit cou raitqu’il voulait s’évader pour aller joindre, dans le nord de l’île, don Kicente Bacallav. Lake le fit immédiatement embarquer pour Alicante. II traita de même le très petit nombre de personnes qui voulurent sortir de l’ile. Un seul homme de

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robe prit ce parti. Tous les autres exercèrent leur emploi sous le comte de Cifuentès , nouveau viceroi , qui venait de prêter serment en cette qualité , comme sous son prédécesseur.

On jugea , par la nature et l’étendue des récompenses qui furent solennellement distribuées , de la part plus ou moins grande que ceux qui en étaient l’objet avaient eue dans la trahison. Le marquis de f^/ïlasor(ut fait grand d’Espagne, et le marquis de la Guardia obtint le gouvernement des deux caps. Les autres reçurent des promotions oii des grâces proportionnées à leurs services dans la conduite du complot, que venait de couronner un si facile et si brillant succès.

Toute l'île se soumit sans résistance, sur une simple circulaire du nouveau vice-roi. Deux olfîciers, qui protestèrent contre la reddition de la place d’Alghero, furent envoyés chargés de chaînes à Cagliari. Le gouverneur de Castel-Aragonès fut obligé de se sauver par mer, et d’abandonner le fort aux révoltés. Don J^icente B acallar Ayani appris cette nouvelle, et voyant que tout le royaume, excepté le lieu où il se trouvait , obéissait à l’archiduc, quitta la Gallura, et s’embarqua pour retourner en Espagne , où le roi, à son arrivée, l’honora, en récompense de sa fidélité, du litre de marquis de Saint- Philippe.

Ce fui ainsi que, sans avoir lire l’épée cl au

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moyen d’une circulaire, l’amiral Lake conquit pour la maison d’Autriche le royaume de Sardaigne, qu’on aurait pu conserver, en se donnant seulemejit la peine de fermer les portes de Cagliari ; mais, comme il n’y avait pas de troupes de ligne, le peuple, très volage de sa nature, put se livrer impunément aux suggestions de ceux qui, par des vues particulières, ou poussés soit par l’ambition , soit parla cupidité , désiraient substituer une nouvelle domination à celle de l’Espagne.

La flotte anglaise, après avoir laissé en Sardaigne le régiment de Clariana, fit voile vers la Sicile, pour voir si elle aurait de cette île aussi bon marché que de la première. Le marquis de Los Balbazès était un homme -plus énergique ou plus habile que le marquis de La Jamaïca, eiLake, cette fois, éprouva un désappointement complet. Il prit la route d’Espagne, et, passant devant Minorque , il fit une tentative plus heureuse sur la citadelle de Mahon , dont il s’empara par capitulation, au moment même du débarquement. Le commandant Davila , honteux de sa lâcheté, eut le courage de s’en punir lui- même, et, se précipitant du 'haut d’une terrasse, il se mit en pièces.

Pendant que l’Angleterre couvrait la Méditerranée de ses nombreux vaisseaux , Louis XIV armait quelques-uns à üutikerque , pour essayer , au moyen d’une descente, de rétablir Jacques II

sur le trône. Celle petite escadre , commandée par le chevalier de Forhin , portait six mille hommes de troupes de débarquement, aux ordres du comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon. Elle ne fit que se présenter sur les côtes de l’Ecosse , et n’ayant vu aucun des signaux convenus , parce qu’à force de mauvaises combinaisons et de lenteurs , tout avait été prévu ou prévenu , elle revint au port d’où elle était partie , heureuse d’échapper aux forces supérieures de l’ennemi. Le fruit de l’entreprise fut entièrement perdu.

Il n’y eut dans le cours de cette année aucune affaire importante sur le continent espagnol , à l’exception de la prise de Tortose , qui fut enlevée d’une manière brillante par le corps d’armée immédiatement aux ordres du duc d’O/'léans. Ce prince avait réussi à éloigner Bervick , et il était devenu en Espagne l’arbitre de la guerre. Il avait pourtant à lutter contre un parti formidable , qui lui suscitait toutes sortes d’embarras , et lui faisait une guerre obstinée. C’était celui de l’ambassadeur de France M. Ameloi , de la princesse des Ursins , liée avec lui d’intérêts et d’intrigues , et par conséquent de la reine , dont celle dernière était l’inséparable amie.

Cette ligue avait pour objet de forcer le duc à' Orléans , qui voulait influencer l’action du gouvernement et se mêler de tout , à se renfermer

tlaiis les affaires de la guerre. On le traversait dans toutes ses o[)érations , et il ne pouvait rien obtenir de ce qui lui était nécessaire pour les suivre avec succès , attendu que l’administration des vivres et des munitions de tout genre était dans l’entière dépendance de la princesse et de l’ambassadeur. Il prit Tortose , contre toutes les règles de la prudence et de la guerre , par le seul effet d^une bravoure entraînante, et, pour ainsi dire, malgré les efforts de ces deux brouillons , qui ne voulaient que lui susciter des embarras , lui préparer des rq^ vers , et lui faire retirer le commandement de l’armée d’Espagne.

H semble que ce soit le hasard ou plutôt la Providence qui ait alors conservé ce royaume ; car tous semblaient à l’envi travailler à sa perte. La plus affreuse discorde régnait au palais , et les esprits étaient plus que jamais divisés. Le duc d’Or- /eans , mécontent de la camarilla , et du parti qui lui faisait une guerre si obstinée , chercha à s’en {aire un pour le lui opposer. 11 avait mis dans ses intérêts plusieurs hommes d’état qui , soit par haine de l’influence étrangère , soit par le ressentiment de l’ambition trompée, désiraient un changement politique , sans être obligés de se jeter dans les bras de l’Autriche. A la tète de ce parti figuraien t plusieurs grands d’Espagne de la plus haute naissance , qui avaient occupé des charges éini-

LA S A RDA IGNE

nentes, entre autres, les marquis de Mance ni et de Fuente-Hermosa , le comte de Frigiliana et les ducs de Monlallo et de Monlellano. Des convenances réciproques attachaient les uns aux autres l’illustre chef de ce parti et ceux qui en étaient les principaux agents. Ces derniers se flattaient avec raison que les Espagnols s’empresseraient tous de se ranger sous les drapeaux d’un prince qui savait combattre. Le duc ^Orléans crut , de son côté , qu’il pouvait gagner pour lui le pays qu’il était venu défendre, et, voyant Philippe V chancelant sur son trône , il se ressouvint qu’il avait à cette couronne des droits que le testament du feu roi d’Espagne avait négligés , et que son père avait maintenus par une protestation.

Ce qui ternit un peu le caractère du. duc ^Orléans dans cette circonstance , c’est qu’il entra sur ce sujet en négociation avec les Anglais , et qu’il consentit, pour obtenir l’exclusion de son cousin, à un partage de la monarchie espagnole. Celte espèce de conspiration ne fut découverte qu’au coni;mencement de l’année suivante ' , quand le duc ,

' On saisit sur son secrétaire et sur un de scs aidcs-de^-amp, qu’il avait laissés en Espagne pour suivre l’exécution du plan, et qui furent arrêtes sa correspondance avec loixl Stanho/je. Louis XIV , indigné contre le duc d'Orléans, fut sur le point d’ordonner une instruction juridique, qu’avait it'-clauiée en plein conseil M. le dauphin, jière du roi d’Espagne; niais il céda au» prières de Madame, mère du duc, et de la duchesse d'Orléans, sa

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rappelé en France, avait déjà quitté depuis quelque temps le commandement d’une armée que ces divisions et ces complots avaient mise dans un état de désorganisation complète. Philippe V ne pardonna point à son parent d’avoir eu la pensée de lui succéder , et il chercha plus tard à s’en venger.

On avait mis l’armée française en Flandre , que par des efforts prodigieux on avait portée à cent mille hommes , sous le commandement du duc de Bourgogne , et on lui avait donné pour aide et pour conseil le duc de f^endùme. Le prince n’en profita point , et leur division , en présence de deux hommes comme Eugène et Marlborough , qui ne cessèrent jamais d’agir dans un parfait accord , fit faire des fautes graves et entraîna de grands malheurs. Lille fut prise sous les yeux du duc de Bourgogne ^ sans qu’il lit rien pour s’y opfxiser , apres une défense de quatre mois qui couvrit de gloire le maréchal de Boujlers Les Hollandais prirent

fille naturelle, aimant mieux, dit roüaire , ensevelir dans le silenre un projet informe et excusable , que de punir son neveu dans le temps qu’il voyait son petit-fils toucher à sa mine.

' Les libellistes du temps , et quelques-uns de ceux qui leur ont suerrde, ont pris occasion de la malheureuse issue de cette campagne de Flandre , pour renouveler les calomnies contre le duc de Bourgogne. On a été jusqu’à dire qu’il avait trahi le roi son grand-père, soit pour le forcer à faire la paix , soit pour l’empéeher de déclarer madame de Maiulrnon reiue de France. On ne peut reprocher à cel>ou et sage prince, qui d’ailleurs u’ilail

LA SARUAIGNK

|K>ssession de la place, et ne laissèrent à rarcliiduc que le titre de comte de Flandre. L’empereur Joseph son frère , l’en dédommagea , en le faisant reconnaître comme roi d’Espagne par le pape C7èment XI , auquel il avait confisqué des fiefs ecclésiastiques , pour l’amener , par ce moyen de persuasion , à ne plus douter un instant de la légitimité autrichienne.

La fin de cette campagne fut une suite de désastres pour la cause de la maison de Bourbon, tant dans les Pays-Bas qu’en Espagne.

1709. L’année 1 709 ne commença pas sous de plus heureux auspices. Un long et cruel hiver fut suivi de lafamine, qui en était l’efTet nécessaire. A ce double fléau se joignit le désordre des finances , qui , en France comme en Espagne, mit Louis XIV et son petit-fils dans l’impossibilité de rien tenter avec succès pour réparer des revers si multipliés. Il fut trop bien constaté qu’il n’y avait de ressources d’aucun genre. On implorait de tous côtés la paix à grands cris et à tout prix. Le roi de France , qui avait donné dans sa personne l’exemple des sacrifices et des privations, n’hésita pas, dans ces funestes conjonctures, à demander la paix à ces mêmes Hollandais qu’il avait autrefois traités avec tant de

pas bonime lie Riierre, qiic de s’t ire. lmp ah.liidmmé aux prcvcnlionx que lui inspiraient scs flatteurs roiilie un grand c.xpilaine, dont ils étaient bassement nnieiix.

ANCIENNB et MODEHKE. 1Ô9

hauteur, et qui lui faisaient payer chèrement sa prospérité passée.

L’histoire a recueilli toutes les circonstances de CCS tristes négociations, où 1 on vit, dans sa dec.idence et dans son humiliation, la puissance jadis colossale du grand roi prosternée aux pieds du pensionnaire Heinsius, et prête à recevoir la loi du vainqueur et les conditions les plus dures.

Celles au prix desquelles on voulait bien lui accorder la paix , augmentèrent de rigueur à proportion de l’importance des plénipotentiaires qu’il envoyait, et à mesure qu’on s’apercevait de l’accroissement de sa détresse, et du besoin qu il en avait. On ne lui demandait d’abord , après l’avoir joué assez long- temps , que d abandonner le roi d’Espagne-, on exigea de lui ensuite, pour condition , non pas même de la paix , mais d’une trêve, qu’il se joignît à ses ennemis, pour détrôner son petit-fi/s dans l’espace de deux mois, et que, pour sûreté, il cédât à jamais dix villes en Flandre et toute l’Alsace.

C’est alors que Louis XIV dit ces belles paroles : Puisqu'il faut faire la guerre , faime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants. 11 se prépara donc à tenter encore une fois la fortune en Flandre. Il fit une sorte de proclamation dans laquelle, en annon^nt à ses peuples le nouveau fardeau qu’il était contraint de leur imposer , il

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