I.A SARDAIGNE
excitait leur indignation et leur pitié. La famine recruta pour la guerre ; les terres restèrent en friche , mais on eut une armée.
Cependant Philippe avait à La Haye un agent non reconnu, qui traitait en secret avec quelques Hollandais influents : c’était le comte de Be/gheich J intendant des Pays-Bas. Il négocia pour obtenir en faveur de son maître, au moment où il descendrait du trône d’Espagne, et par forme de considération pour l’honneur de la royauté , la souveraineté de Naples et de la Sicile. Cette concession déplaisait fort aux Anglais, qui affectaient de craindre qu’un prince de la maison de Bourbon , en possédant ces deux étals , ne fût maître de gêner leur commerce du Levant et de la Méditerranée. Les Hollandais paraissaient moins y répugner. On profita de celle disposition de leurs esprits, pour demander que l’île de Sardaigne fût ajoutée aux royaumes de Naples et de Sicile , avec les places que l’Espagne possédait sur les côtes de Toscane. On voulait qu’au moins le prince dépossédé fût assez puissant pour se maintenir dans sa nouvelle domination, etpourrésisteraux desseins ambitieux de la maison d’Autriche , qui s’était fait un grand nombre de partisans en Italie, et notamment dans le royaume de Naplej.
On faisait remarquer que rarchlduc, devenu roi d’Espagne, aurait entretenu facilement des inlel-
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licences secrètes à Naples el en Sicile, et qu’il aurait pu toujours y faire passer des secours de troupes, s’il fût demeuré maître de la Sardaigne.
Le besoin de la paix était si pressant qu’on fut obligé d’abandonner toutes ces propositions l’une après l’autre, et qu’on finit même par n’en plus parler.
Ces tristes nouvelles se répandirent promptement en Espagne. La malveillance ne manqua pas de les exagérer, en ajoutant que la France avait lâchement trahi la cause sacrée de l’honneur et du .sang. Les Espagnols retrouvèrent dans le fond de leurs cœurs une vieille animosité mal éteinte contre leurs voisins. Le duc de demanda for-
mellement, au nom de toute la grandesse, d’exclure les Français du gouvernement, et promit au roi la paix avec les puissances maritimes, s’il consentait à se joindre à elles-mêmes contre la France , comme l’exigeait de lui le soin de sa sûreté, dans un moment où celle-ci songeait à tourner ses armes contre lui. Philippe répondit avec dignité qu'il ne crojaiL pas que son aïeul l’abandonnât jamais ; qu’en tout cas il ne tirerait jamais l'épée contre la France, et contre une nation, qui, après Dieu, l'avait placé sur le troue.
Quoi qu’il en soit, Philippe, qui n’ignorait rien de ce qui se passait, se détacha entièrement de la France et de l’ambassadeur Amelot, dont il crai-
gnait que les conseils ne perdissent l’Espagne. Le roi s’étant rendu à l’armée de Catalogne, ce dernier prit la roule de France , dans la crainte d’étre exposé à la colère du peuple pendant l’absence de la cour , et emportant avec lui de grands biens , acquis non par des dilapidations ouvertes de la fortune publique, mais par les immenses profits que lui avaient donnés les privilèges qu’on lui avait accordés dans le commerce des Indes. La princesse des Ursins ^ qui craignait que la chute des Français n’entraînât la sienne, fil tous ses efforts pour se nationaliser par l’expression de ses sentiments patriotiques.
De son côté, Louis XI V , irrité |de l’aversion qu’on montrait en Espagne pour ses sujets , et pour l’influence qu’il y avait jusqu’alors exercée, déclara l’intention où il était de livrer ce pays à luiméme, et d’en retirer toutes ses troupes. Le dauphin obtint cependant, à force de prières, qu’on y laissât douze mille hommes à la solde de S. M»calholique.
Le cabinet de Versailles , indépendamment de la punition qu’il voulait infliger à celui de Madrid, avait besoin de toutes ses troupes dans les Pays-Bas, où le danger devenait de plus en plus imminent. Les alliés venaient de prendre Tournay, et ils entrèrent triomphants dans Mons, après avoir remporté à Malplaquet une victoire qui ne leur
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valut que cet avantage , et leur coûta plus de vingt mille hommes , tant tués que blessés.
Les émigrés sardes, désolés de voir la domination autrichienne se consolider dans leur pays , pressaient le roi de faire quelques eflbrts pour le reconquérir. Les plus habiles d’entre eux , le niar- (juis de Saint-Philippe , le comte del Castillo et le comte de Montalvo, s’occupaient sans cesse des moyens de rendre cette entreprise exécutable. Ils présentèrent à cet elTet des mémoires et un plan, quifurentapprouvésà Paris et à Madrid. Louis XI f' promit quelques vaisseaux et deux mille hommes pour l’expédition. Le marquis de Saint-Philippe fut envoyé en France pour entretenir ce prince dans'de si favorables dispositions ; le comte del Castillo passa en Corse , afin d’être plus à portée de cultiver les intelligences qu'il avait en Sardaigne. Tout se préparait en silence pour assurer le succès de l’entreprise, dont les moyens d’exécution ne purent être rassemblés que dans le courant de l’année suivante.
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