‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 19 sur 97 · II · texte numérisé non relu

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r- A SARDAIGNE

sa sœur, retirée à Barcelone auprès de l’archiduc , à laquelle il révéla le dessein qu’il méditait. Il faisait même travailler si publiquement à Gênes aux préparatifs de l’expédition , que personne ne pouvait ig'norer sa destination véritable. Le marquis de qui avait pénétré sans peine

.les mauvaises intentions du duc , communiqua au cabinet de Madrid l’opinion qu’il en avait ; mais on était tellement aveuglé , qu’on n’en voulut rien croire.

Le duc à'Uzeda ne négligea rien pour faire manquer l’entreprise , surtout lorsqu’il vit arriver à Gênes le marquis de Laconi, désigné vice-roi de l’île , le comte de Montaho , le marquis de Fuenteciüa, et quelques autres gentils-hommes Sardes, à qui leur zèle faisait désirer d’y prendre part. Pour tirer, l’alFaire en longueur , il prétexta qu’il n’y avait pas à Porto-Longone un nombre de trou|>es suffisant pour opérer l’embarquement. Le marquis de Saint-Philippe et le comte del Castiüo furent obligés de lever un régiment à leurs frais.

Le comte de Fuentès , seigneur aragonais , avait succédé au comte de Cifiientès dans la vice-royauté de Sardaigne. C’était un homme sans talents et sans énergie. Les chefs de la faction autrichienne n’étaient pas alors dans le pays. Le marquis de Filla~ snr , le comte de Monlesanto , et don Gaspard Carnicer étaient passés à Barcelone. Il en restait

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AnCIENBE BT MODERNE. l47

bien quelques-uns à Cagliari et dans la Gallura ; mais ils n’étaient pas assez puissants pour opposer une grande résistance. Plusieurs des partisans du roi étaient également absents : les uns avaient émigré en 1708» les autres étaient exilés par le comte de Cijuentès. La plupart s’étaient réfugiés en Espagne pour se soustraire à la persécution. Parmi les présents et les absents , il ne se trouvait personne d’assez riche pour entretenir des troupes en campagne. On aurait bien rassemblé quelques volontaires ; mais on n’en eût tiré aucun parti , jMirce qu’ils eussent été contraints de rentrer chez eux , dès que leurs vivres auraient manqué. Ainsi le succès de l’entreprise dépendait uniquement des troupes que l’Espagne devait envoyer , et des intelligences qu’on pouvait se ménager dans l’ile.

Sainl-PhiUppeei Ca^t///o^rélendaientqu’on pouvait se passer des Sardes, pourvu qu’on débarquât assez de troupes pour faire le siège de Gagliari. G>mme le roi, occupé d’une guerre plus importante, ne pouvait pas les fournir, on convint de faire entrer, par Terranova , lieu affectionné à Phi- . lippe , le comte de Montalvo avec quatre cents hommes. Deux cents autres devaient débarquer sur la côte de Castel-Aragonès. Le reste des troupes au nombre de quinze cents hommes , sous les ordres des marquis de Saint-Philippe, de Lacoui , et de Fuentocüla , devait prendre terre à Porto-

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LÀ SAnUAJONF.

Torre ; âu moyen de quoi, en s’emparant de la partie supérieure de l’îlè , on faisait tomber , par un simple blocus , les places de Castel-Aragonès et d’Alghero. Le roi promettait de nouvelles troupes pour le siège de Cagliari ; car celles qu’amenait le général à' Armendariz n’étaient pas suffisantes. Le comte de Montaho fut fait maréchal de camp, et on donna le commandement de la cavalerie au comte del Caslillo.

Les troupesétaient à bord des bâtiments de transport, que devaient escorter les galères du duc de Tunis , et celles de Sicile , commandées par le Génois don Carlo Grillo. Il ne dépendait que du duc d'Uzeda de donner le signal de l’appareillage ; mais il ne le fit qu'après que les ennemis eurent en voy éen Sardaigne un secou rs de six cen ts hommes qu’ils avaient embarqdés à Finale, et qu’un colonel en eut amené deux cents autres de Barcelone, et que la flotte anglaise fut prête à mettre à la voile, afin qu’elle pût suivre la route des galères et faire échouer l’entreprise. C’était le plan qu’il avait concerté avec les alliés par l’entremise du marqms Ardertij envoyé de l’archiduc près la * république de Gênes, et du ministre d’Angleterre, avec lesquels il avait souvent des conférences secrètes, au faubourg de Saint-Pierre d’Arena, où il venait la nuit et déguisé.

Les galères sortirent enfin du port de Gênes

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Je i5 mai ; mais rien n’élail encore prêt à Livourne et à Tîle d’Elbe, ce qui causa une perle de temps très préjudiciable. On piirlit de PorlO' Longone le 2 juin ; on arriva cinq jours après à Bonifacio, port de l’ile de Corse le plus voisin delà Sardaigne^ là un Jîi les détacbeuients projetés pour Terranova et la plage de Caslel-Aragonès.

Le comte del Castillo débarqua heureusement à Terranova. L’autre commandant , don José Deo, fut obligé de retourner en arrière , à cause du mauvais temps, qui, pendant plusieurs jours, empêcha les (î^nois d’aborder à Porto-Torre , et les força de regagner Bonifacio. La flotte ennemie, commandée par l’amira\ JVorns ^ arriva dans cet intervalle , etdébarqua mille hommes ù Terranova. Ce corps attaqua immédiatement les Espagnols, inférieurs en force , enleva leur position, et leur fit quatre cents prisonniers, qu’on envoya à Barcelone.

L’amiral Noms,, cprès avoir accordé une capitulation au comte del Castillo, quoiqu’on l’eût rencontré en rase campagne, et qu’il n’eût pas eu le temps de se retrancher, remit à la voile pour donner la chasse aux galères et aux barques de transport. Elles étaient parties de Boniiacio, se dirigeant sur nie de l’Asinara , quand un officier , envoyé à Terranova pour voir ce qui s’y passait, leur apprit ces tristes événements, et leur annonça de plus que l’ennemi était à leur poursuite.

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LA SARDATGNK

On tint un conseil de guerre , dans lequel plusieurs officiers supérieurs opinèrent, avec le marquis de Saint'Philippe , qu’il fallait retourner à Bonifacio, pour y attendre le départ de la flotte anglaise , qui , portant des troupes à Barcelone , ne pouvait pas s’arrêter long-temps dans ces mers. D’autres , comme le duc de Tursis, furent d’avis de faire force de rames , et de se retirer à Gênes, parce qu’on était en calme, et que les Anglais ne pourraient atteindre les galères. Cet avis prévalut. On laissa les troupes et les vivres à Ajaccio ; mais les Anglais , sans égard pour la*neutralité de la république de Gênes, à qui la Corse appartenait, prirent, jusque sous le canon de la place, les bâtiments qui s’étaient réfugiés dans la rade. Le duc de 7 «CAM ramena heureasement les galères au port de Gênes, où il débarqua le a 5 juin le peu de troupes qu’il avait à bord. ‘

Ainsi échoua une entreprise, qui, Conçue avec trop peu de maturité, trop précipitée par ceux des Sardes les plus intéressés à son succès , dénuée des moyens d’exécution nécessaires , mal conduite par ses chefs, et trahie par le duc à'üieda, ne pouvait, à moins d’un miracle, avoir une autre issue.

• Cette catastrophe entraîna la Sardaigne dans toutes les calamités qui suivent les tentatives de ce genre , quand elles échouent. L’esprit de vengeance

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et uue froide inhumanité caractérisèrent cette époque , qui a laissé de longues traces dans ce pays. Les prisons s’ouvrirent , et des hommes de la première distinction , des lèrames même, aussi recommandables par leur naissance que par leurs vertus , moururent dans des cachots. Les biens de ceux qui s’étaient expatriés, pour se soustraire à tant de maux , furent confisqués et mis en vente. Plusieurs des familles les plus anciennes de l’ile s’éteignirent dans l’exil et dans la misère. La nation , écrasée sous le poids de la tyrannie , et frappée de terreur , paraissait , dans l’apathie où elle était plongée, insensible à son anéantissement.

La fortune ne favorisait pas plus les armes de Philippe sur le continent que dans les ]k)ssessions insulaires. Ce prince assista en personne à la défaite d’Almenara, quiallait être suivie d’un malheur encore plus grand. La bataille de Saragosse, gagnée par le prince de Staremberg, et où l’armée de Philippe perdit son artillerie et cinq mille pri- * sonniers , outre un grand nombre de déserteurs, livra l’Aragon à l’ennemi, et découvrit entièrement les Castilles, dont la position était d’autant plus critique, que la Navarre venait d’être occupée. La capitale n’était plus tenable. Philippe la quitta pour la seconde fois, et se relira, avec sa maison et les tribunaux, à Yalladolid. Presque toute la noblesse , à peu d’exceptions près, voulut

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cette fois l’accompagner , et comme ce voyage , indépendamment du sentiment patriotique qui le faisait entreprendre , était un objet de mode, la population de cette ville et de ses environs s’accrut en quelques jours de trente mille personnes.

Les Castillans , loin de se laisser abattre par le malheur de leur prince, prodiguaient leurs biens et leur sang pour réparer ses pertes , levaient des troupes à leurs frais , et s’armaient eux-mêmes en volontaires pour la défense de la cause commune. L’arclÿduc , qui s’était décidé à marcher sur Madrid , harcelé par les guérillas , envirpnné de pièges et d’ennemis , ne pouvait faire un pas sans exercer des rigueurs , qui ajoutaient encore à la haine qu’il inspirait. 11 lit enfin son entrée publique. La curiosité n’attira pas même les habitants sur son passage ; la plupart des maisons et des boutiques étaient fermées; une bande d’enfants était payée pour crier : T^ive le roi Charles ; mais le cri Vive le roi Philippe était celui qui frappait le plus souvent les oreilles. Ce triomphateur, si mal fêté, offensé d’une réception si lugubre et de l’air de consternation universelle , sortit avec précipitation par la porte opposée à celle de son entrée, pour ne pas habiter, disait-il, une ville déserte, et déclara que , puisqu’on le haïssait , il emploierait la force pour se faire respecter , et qu’il allait régner par la terreur.

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De tels movens de gouvernement , l’aversion progressive des peuples, le désappointement des grands qui s’étaient mis au service de l’archiduc , et que ce prince lui-même et ses généraux apjielalent des traîtres et des misérables , des fautes pareilles à celles qu’on avait faites lors de l’occupation de 1706, la débauche et l’ivrognerie qui détruisaient insensiblement l’armée, quelques mesures bien dirigées par les généraux <lu roi ; toutes

ces causes réunies Ibrcèrent l’archiduc à évacuer

Madrid, dont le pillage préliminaire fut mis quelque temps en délibération , et rouvrirent les portes au roi Philippe , qu’on y proclama de nouveau avec enthousiasme.

Le conseil et la plupart des grands écrivirent alors à Louis XIV yiuv hii demander le duc de Vendôme, qui s’était fait une *brillante réputation en halle, comme le seul général qu’on pût opposer au comte de Staremberg. Vendôme fut accueilli en Sfepagne , comme l’avait été autrefois Duguesclin : sa présence valut une armée; son nom seul attira sous les drapeaux une foule de volontaires; l’argent qu’il n’avait pas lui fut fourni avec empressement par les monastères, les communautés et les villes. Le duc de Vendôme , profitant de l’ardeur nationale, 'joint à cette armée improvisée les débris de la bataille de Saragosse , poursuit l’ennemi en retraite l’épée dans les reins , fait pri-

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