L.A SARDATGI^E
sonnier le comte de Stanhope avec cinq mille Anglais, et remporte sur Slaremberg, à Yillaviciosa, nne victoire complète et décisive, qui rétablit tout , après que tout avait été désespéré, et affermit pour jamais la couronne sur la tête de Philippe.
Cette éclatante victoire consterna autant les alliés qu’elle releva le courage des Espagnols. Déjà Louis XIV se prêtait avec moins de déférence aux propositions qu ’on lui faisait, et les Hollandais eux-'
mêmes commençaient à rabattre de l’insolence des
conditions qu’ils avaient d’abord imposées. Un événement non moins important vint changer entièrement la face des affaires. Des intrigues de cour, des brouilleries intérieures, la disgrâce du duc de Matiborough , portèrent la reine d’Angleterre à recevoir des ouvertures f et une négociation secrète fut entamée avec lé comte A'ÜJcfoixi et lord liugbroke.
Une circonstance imprévue facilita le succès de cette négociation, que taptd’engagemfpts pris avec les alliés rendaient extrêmement difficile. L’empereur Joseph mourut, et laissa les états de la maison d’Autriche, l’empire d’Allemagne, et les prétentions sur l’Espagne .et sur ses dépendances à son frère l’archiduc Charles. •
La mort de l’empereur changea en un instant la situation politique des puissances engagées dans la guerre. L’Europe s’était armée pour empêcher que
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Louis XIV , SOUS le nom de son petit-fils, negou> vernàt en même temps l’Espagne , les Amériques , la lA)mbardie, et les royaumes de Naples, de Sicile et de Sardaigne. I>a nation anglaise, accoutumée à réfléchir mûrement sur ses vrais intérêts, vit qu’il J aurait de la folie à épuiser ses trésors pour accumuler tant de couronnes sur la tête de Ciiarles VI, à se ruiner pour une cause qui lui devenait étrangère , et pour donner une partie de la France aux Provinces-Unies, rivales de son commerce. Ces réflexions ouvrirent les yeux aux Anglais, et mirent en bon chemin l’œuvre de la pacification.
L’archiduc , après avoir accordé de nouveaux privilèges à la Catalogne, quitta Barcelone, et s’embarqua sur la flotte de l’amiral Norris , pour aller prendre possession de ses états héréditaires , et assurer son élection à l’empire , laquelle eut lieu en effet sans difficulté. Il ne fit que traverser l’état de Gênes et la Lombardie; ce qui ne l’empêcha pas d’exiger des républiques et des princes d’Italie, qu’il voulait humilier, de le reconnaître de nouveau comme roi d’Espagne.
Pendant que ce prince était à Vado , le duc d’f^^zeda, resté à Gênes , malgré les ordres de la cour de Madrid, qui l’avaient rappelé, se rendit près de lui pour lui prêter serment de fidélité. II lui remit les papiers secreW de sa chaîne, depuis le
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LA SAKDAIGNE
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• temps qu’il servait le roi Phiüppe, et lui dccoub- , vrit les intelligences qu’on avait en Sardaigne. Fier de sa lâche trahison , il se déshonora pour se venger.
Le président du conseil , don Francisco Ron^ <pûllo , se vengeait, de son coté , de ceux qui , dans les derniers événements, avaient abandonné la cause du roi. A peine de retour à Madrid , il exila tous les grands et nobles qui n’avaient pas entrepris le voyage deValladolid, et qui avaient été présentés à l’archiduc, sans en excepter même les femmes. Le marquis de Leganez mourut prisonnier en France, et le duc de Medina-Celi, au château de Pampelu ne. Le conseil de Castille fil accorder cependant une amnistie aux personnes de la bourgeoisie et des classes inférieures qui s’étaient compromises par imitation , par faiblesse , ou par nécessité.
Marlborough, pendant qu’il était en pleine disgrâce à Londres , faisait des progrès en Flandre , et se disposait à marcher sur Paris. Le parti qui s’était déclaré contre lui parvint enfin à.le faire rappeler ; Eugène resta seul chargé des opérations de la guerre, qu’il poursuivait avec une grande activité.
1712. Les plénipotentiaires de la France et de l'Angleterre se réunirent cependant , et ouvrirent leurs conférences à Utrecht, le 29 janvier 1712; mais
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les succès du prince pouvaient les rendre
infructueuses. L’empereur, qui voulait empêcher ses anciens allies de l’abandonner , mettait tout en œuvre pour faire rompre les négociations et ranimer le feu de la guerre. Les malheurs privés qui vinrent accabler la famille de /A’ four-
nirent à Charles AT un prétexte et des moyens de lui susciter de nouveaux embarras et de nouveaux chagrins.
Le dauphin , fils unique du roi ' , était mort l’année précédente, presquelemême jour que l’empereur yo.sc/74. Le second dauphin , duc de Bourgogne, prince plein de lumières et de vertus, la duchesse de Bourgogne , le duc Ag Bretagne , leur fils aîné , furent ènlevés dans l’espace de quelques jours , el portés dans le même tombeau. L’héritier présomptif de la couronne était un enfant de deux
‘ La mort de ce prince, /î/j de roi, père de roi et jamais roi , fit peu de leiualion, parce qu’il n’élait point consullc et ne prenait aucune part dans les affaires publiques. Il ne se mêlait de rien, quoiqu'il eût cinquante ans quand il mourut. Doux , patient, d’une humeur égale, respectueux pour le roi, soumis à tes moindres volontés, grand Chasseur, inappliqué, pariant peu, c'était le meilleur des hommes et le plus médiocre des princes. Il avait, dit l’alibé de Saint- Pierre , tout le bon et tout le mauvais de la paresse. L’état de nnllilé absolue, où son père le tint toute sa vie, la lui fit passer dans l’oisiveté. Il en avait à tel point l’habitude, suivant le rapport de Duclos , qu’il restait des journées entières appuyé sur ses coudes , se bouchant les oreilles, ou assis sur une chaise, fmppantses pieds du bout d’unefanne, pendant toute une aprés-dince.
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an6, d’une faible santé. La fin d’un règne, signalé par tant de grandeur et de gloire , paraissait voué à toutes les calamités. Dans l’hypothèse de la mort probable de cet enfant , l’ordre de succession appelait Philippe au trône de France ; mais la renonciation qu’il avait faite , lors de sou avènement à la couronne d’Espagne , substituait a ses droits le duc de Berri, son frère. Les impériaux exagéraient fort les dangers de cette succession : ils lâchaient de faire voir la possibilité de la réunion des deux couronnes sur la même tête , et prétendaient que cette possibilité seule devait empêcher qu’on laissât celle d’Espagne à un prince de la maison de Bourbon.
Ces observations , qui devinrent en Angleterre l’objet d’une polémique politique entre le parti des Wighs et celui des Torys , ne laissèrent pas de produire quelque impression sur les esprits ; mais l’influence des hommes d’état anglais qui voulaient la paix, et le désir qu’en avait la reine , l’ayant emporté, ces difficultés tombèrent devant une seconde renonciation solennelle que fit le roi d’Espagne; les négociations d’Ulrecht firent un nouveau pas , et on fit aux préliminaires , déjà signés en 1709, des modifications dans un sens plus favorable , en vertu desquelles Philippe V était re* con»u pour la seconde fois en qualité de roi d’Espagne.
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Les impériaux s’opposaient à tout; ils protestaient surtout contre le projet de donner les Pays- Bas à l’électeur de Bavière. Ils étaient appuyés par les Hollandais , qui ne sé souciaient guère d’avoir pour voisin un^prince pauvre et incapable de les protéger ni contre la France, ni contreTempereur. Les Anglais, qui dans ces négociations exerçaient la prépondérance, tenaient non-seulement à faire rétablir ce prince dans tous ses droits , mais à lui faire obtenir la cession de l’île de Sardaigne, pour le dédommager des perles que la guerre lui avait occasionées.
Pendant qu’on traitait à U trecht, .fi’ugène poursuivait avec chaleur le cours de ses succès. Des détachements de son armée avaient ravagé la Champagne , et s’étaient montrés aux portes de Reims. L’alarme était à \ ersailles , et la consternation dans toute la France. Dans ce temps même, le duc de mourut à Vignaros, en Catalogne *. L’esprit de découragement , généralement répandu , fil craindre que la perte du sauveur de l’Espagne n’entraînât celle de ce pays.
C est à cette époque qu’un historien de nos jours, écrivain aussi distingué par une saine critique que par l’éiégance de son style ^ , rapporte une propo-
' 1.4*1 cau5»c peu hci'Oicjuc de .sa mort fut une indigestion de poisson.
• M. Lemonfey t de rAcadémio fraiiraUe,
iGo LA. SAlinAKJNB
sition qu’il affirine, sans citer pourtant ses autorités, avoir été faite à Louis XIV par les puissances ennemies. Les souverains alliés déclarèrent qu’ils ne faisaient pas la guerre à la nation , niais à son chef, dont l’ambition et le despotisme étaient incompatibles avec le repos de l’Europe, et ils demandèrent", comme une des conditions delà paix, la convocation périodique des états-généraux.
Une victoire éclatante, qui mit fin à tant de désastres, recula d’un siècle, si ce fait est vrai, l’établissement en France du système représentatif. Villars sut profiter d’une faute du prince Eugène, le bal lit complètement à Denain, et sauva la France. On recueillit avec habileté tous les fruits de cette victoire décisive, dont les résultats fixèrent enfin Jes destinées de l'Europe , et assurèrent à la cause de la France un triomphe d’autant plus doux , qu’il avait été long- temps inespéré.
Les divers traités qui réglaient les droits respectifs et les possessions des puissances belligérantes, ainsi que les indemnités et compensations , furent signés pendant le cours de l’année lyiS.
L’Angleterre , qui était en position de dicter la loi , prit un égal soin de sa gloire et de ses intérêts ; elle fit combler le port de Dunkerque , et, outre les avantages assurés à son commerce d’Amérique , elle resta en possession de Minorque et de Gibraltar.
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Savoie, qu’elle avait pris sous sa protection immédiate , obtint quelques agrandissements. et l’île de Sicile, avec le titre de roi. Il s’embarqua pour Palerme , où il fit , après y avoir été couronné, un séjour d’un an.
On accordait au Portugal des arrangements à sa convenance.
Les Hollandais eurent dans les Pays-Bas une barrière considérable , qu’ils avaient toujours désirée.
Les électeurs de Bavière et de Cologne furent équitablement dédommagés.
La France ne conservait que quatre des places conquises par ses armes dans les Pays-Bas ; mais elle maintenait Philippe sur le troue d’Espagne , ce qui avait été le grand but de cette longue guerre. ,
On assurait à l’empereur, outre*ce qu’il possédait en Lombardie, et quatre ports sur les côtes de Toscane, la souveraineté de la Flandre espagnole , le royaume de Naples et la Sardaigne.
Le cabinet de Vienne , qui se croyait trop lésé par ces conditions , ne consentit que plus tard à signer sa paix particulière avec la France.
Quant à l’Espagne , l’Autriche ne voulut entendre à aucun accommodement avec elle, ni signer aucun acte de reconnaissance. Ainsi, après la paci fication générale , ces deux pui-ssances restèrent en guerre.
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^7^4* La distance où elles étaient Tune de l’autre empêchait que les operations militaires eussent une grande activité, ou de bien importants résultats. La Catalogne, qui persistait avec acharnement dans sa résistance à l’autorité du roi Philippe, était le seul champ de bataille qui restât à une guerre dont les fureurs avaient ravagé le monde.
Charles VI fut pourtant obligé , sur les instances réitérées de l’Angleterre, de retirer de cette province sa femme et ses troupes, qu’il y avait laissées ; mais décidé à ne point accepter la paix d’Utrecht, ni à céder ses droits, il fit fournir secrètement aux révoltés des armes qui venaient de Naples , et des vivres en abondance qu’on tirait de
' nie de Sardaigne.
f Les Catalans , qui ne prenaient conseil que de leur intrépidité naturelle et de la violence de leur haine pour le roi , crurent pouvoir se soutenir par leurs propres moyens , et déployèrent dans cette campagne une grande énergie de caractère. Abandonnés de l’Autriche, ils se flattèrent de l’espoir d’ériger leur pays en république , sous une protection étrangère. Cette opiniâtreté, que des efforts vraiment héroïques rendaient digne d’une meilleure cause , devait pourtant avoir une fin. Le maréchal de Ben>ich fut chargé de réduire et de châtier Barcelone. La ville fut prise d’assaut, après que les assiégés eurent épuisé tout ce que la fu-
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reur la plus exaltée |^ut fournir de moyens de défense , et fait des prodiges de valeur. On se battit encore dans les rues pendant onze heures, et il fallut attaquer chaque rue , chaque maison,, l'une après l’autre , au milieu des torrents de sang et de flammes. On entendit une voix répéter ces mots terribles , qui animaient la rage du soldat : Mata jr quema (lue et brûle). Dans cet assaut , qui coûta six inille.hommes de part et d’autre , plus de cinq cents piètres ou moines se firent tuer les armes à la main. Soixante, qu’on fit prisonniers, furent, par respect pour leur état , envoyés aux galères.
La guerre civile de la Gitalogne , que termina 1716. cette catastrophe , fut la dernière étincelle du vaste 1716. incendie qui , pendant quatorze ans , avait embrasé l’Europe. Les deux années suivantes furent employées à l’exécution des divers traités successivement signés à Utrecht , et au réglement des arrangements politiquesquienétaient les conséquences.
L’année 1 7 1 5 ne fut remarquable. que pîfr lamort de Louis XIV, qui ne survécut que peu de temps à la reine Anne d’Angleterre.
C’est dans la même année que Philippe V, qui , dans le cours de l’année précédente, avait perdu sa première femme, épousa en secondes noces ^hsabeth Famèse, princesse de Parme , ce qui donna lieu au renvoi aussi imprévu qu’ignominieux de la
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princesse des Ursins , el à l’élévation prodigieuse de cet Alberoni, dont l’administration tint une si grande place dans les affaires et dans les destinées de l’Espagne.
Les ‘seigneurs Sardes , qui , restés fidèles au roi Philippe , avaient refusé leur soumission à l’Autriche , n’attendaient plus que des combinaisons de la politique , ou de la fortune , le changement qu’ils désiraient avec ardeur , et que la volonté d’un seul homme accéléra j)eut-être plus qu’ils n’avaient osé l’espérer eux-mêmes.