‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 22 sur 97 · II · texte numérisé non relu

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leminis, le bar0nd’O«, le marquis de et quelques autres qui , ayant confie te secret a un traître , furent découverts. Quelques-uns se sauvèrent, d’autres furent pris et envoyés prisonniers à Alghero. Benilès n’osa pas tenter la fortune avec le peu de troupes qui lui restait , et la ville fut livrée au désordre et à J anarchie.

Le marquis de Monte-Negro se mit en campagne à la tête d’un nombre considérable de milices du pays, et se déclara ouvertement en fayeur du roi d’Espagne , PlüUppe V. Pour soutenir ce soulèvement , on envoya les galères à Porto- Torrte , et le i6, le mafquis de Montalegro arriva avec trois cents chevaux et un régiment d’infaulerie. .Qn poussa en même temps le blocus de Cagliari jusqu’au village de Masi et à la ScalFa , afin d’empêcher les barques qui pouvaient venir d’Assemini et d’Uta, de traverser l’étang, pour porter des vivres dans la ville.

L’intendant de la marine ne cessait d’envoyer des vivres et des provisions de Barcelone avec la plus grande activité; et d’ailleurs l’abondance régnait dans le camp. La retraite du marquis de Ruhi, vice- roi de l’île , qui abandonna la place pour se retirer à Alghero, avait répandu la consternation dans les environs. Le i8, on reçut au camp la nouvelle de la fuite du vice-roi , et le comte de Pe'SLvela, colonel des»dragons, eut

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ordre de le poursuivre. Il le joignit à un village du Campidano d’Oristauo , appelé Siamanna , où le vice-roi fugitif se défendit avec bravoure , à la tête d’un petit parti de cavalerie, jusqu’au moment où, blessé au bras, îl fut aidé dans sa fuite par les gens du pays , et parvint à gagner , par des chemins détournés , la ville d’Alghero. On fit seulement prisonniers don Pietro Branciforte , comte de San€ Antonio, général des galères , et plusieurs gentilshommes de sa suite.

Le commandement de Cagliari était demeuré à Don Jago Carreras. On battit la place avec trente canons et vingt mortiers ; et déjà on avait ouvert une brèche considérable au faubourg de la Marine, lorsque les Allemands l’abandonnèrent, sans attendre l’assaut. On avait aussi fait une autre brèche ailleurs; mais ni l’une ni l’autre n’étaient encore praticables. D’ailleurs, en s’y logeafit , on n’aurait pas gagné l’enceinte de la plac^, où la troupe s’était retirée, après avoir garni tous les bastions.

Les assiégeants , au pied de la première courtine du château , pratiquèrent une coupure depuis la tour de l’Eléphant jusqu’à celle du Lion. Il leur restait encore beaucoup à faire , lorsque , le soir du 3o , la place battit la chamade. Le t*' octobre , on convint que la garnison sortirait sans armes , et qu’on lui fournirait des barques pour être transportée à Gênes. Le 2 , on occupa la porte

la SAADA KÏN E

de Sainl-Pancrazio ; le lendemain les tronpes du roi entrèrent dans la ville , et le marquis de Sainty incent resta dans la place , parce que Armendariz était malade. On y laissa pour garnison les régiments de Bustamente et de Basilicata , avec cent dragons.

Le G , le comte de Montemar fut détaché avec mille grenadiers , pour aller se saisir des postes importants qui devaient faciliter le siège d’Alghero. Trois jours après , le reste de l’armée partit avec le marquis de Leide , et Amiendariz resta en qualité de commandant de la partie méridionale de l’île. Cette marche de quarante lieues était P érilleuse , par la nécessité de traverser des lieux malsains. Le marquis de Saint- Philippe , qui connaissait le pays , fut chargé de la conduite des troupes et de leur subsistance pendant la marche; et, pouréviterle mauvais air des étangs d’Oristano, qui en été sont fort dangereux , l’armée prit la route par Gbilazza , et elle arriva devant Alghero le 2 O octobre. ,

. Le 1 1 , un corps de quatre cent quarante-six Allemands du régiment de fVallis , avait débarqué àTerranova, venant de Naples sur les galères de ce royaume , dont le comte de Foncalada était le général. Celui-ci se contenta de les déposer à terre , et sur-le-champ il remit à la voile , sachant qu’il y avait dans ces mers plusieurs vaisseaux et frégates d’Espagne. Les habitants du lieu où ces troupes

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débarquèrent étaient Tort partisans du roi Philippe y, pour lequel ils avaient beaucoup souffert dans le temps de la malheureuse expédition de 1710 , où les Autrichiens en avaient (ait pendre un assez grand nombre.

Quoique cette plage ne fût pas du département de la Gallura , elle était cependant alors commandée , sous les ordres du marquis de Saint- Philippe , par UD certain Sardo , de Tempio. Celui-ci avait pris les armes pour le roi , s’était assuré de la Gallifra , et veillait à la garde des cotes les plus voisines de Tempio , oïi se trouvaient soixante hthnnies^ lorsque les Allemands débarquèrent.

Ces Sardes feignirent d’abord d’étre de leurs amis , et, pour mieux les tromper , ayant mis à leur tête un prêtre que le hasard (It rencontrer dans cet endroit, ils crièrent : yive F Empereur. Sur ces apparences, les Allemands, persuadés qu’ils pouvaient se fier à eux , leur montrèrent les ordres qu’ils avaient de secourir la ville d’Alghero , ou de soulever la Gallura contre les Espagnols , sous la direction des auteurs delà première révolte. Ces derniers s’étaient retirés à Bonifacio , aussitôt après la prise de Cagliari , et n’avaient aucunes troupes en campagne. Toute la province s’était déclarée pour le roi. Les soixante Sardes, trompant les Al lemands , les conduisirent parles goçges des mon tagnes , et lorsqu’ils les eurent amenés dans uk

LA SAHDAIUNE

défilé fort étroit , qui n’avait point d’issue par les flancs , ils tournèrent leurs armes contre eux. Les Allemands , quoique armés , ne s’attendant point à celle attaque imprévue , et se voyant enfermés au milieu d’un défilé inconnu , se rendirent au prêtre qui conduisait les Sardes. Peu de temps après, Sardo ayant appris cette nouvelle , se rendit sur les lieux , et régla la capitulation , par laquelle il leur accorda la liberté de retourner à Naples ; mais le marquis de Leide ne se crut pas obligé d’observer celle convention , accordée , disait-il , par un officier qui n’en avait pas le pouvoir. Les troupes impériales furent conduites , prisonnières de guerre , à Sassari.

Cet accident découragea fort la garnison d’Alghero. De six cents hommes qu’on lui avait envoyés de Milan , elle n’en avait reçu que cent quatrevingts , du régiment à' Hamilton, qui , dans la nuit du loà celle du 12 , s’étaient introduits dans la place à l’aide de quelques felouques et d’une galiote ; le reste ne put y entrer à cause de quelques bâtiments espagnols qui croisaient sur les côtes , vers Porto-Conte. Les saïques et autres embarcations qui les avaient transportés , demeurèrent dans les ports de Corse les plus voisins de la Sardaigne , d’où l’on fit passer cent quarante hommes du même régiment à Castel- Aragonès , avant l’arrivée des galères d’Espagne au port d’Alghero j

car depuis il ne fut plus possible de jeter aucun secours dans la place , et les troupes qu’on y destinait retournèrent à Gênes.

Malgré ce renfort, la garnison d’Algbero n’élait pas encore assez forte ; ce qui détermina le marquis de Rubik en sortir dans la nuit du 2 1 octobre , sur une galiote , qui le conduisit à Castel-Aragonès. Delà il se retira en Corse , abandonnant le royaumç qu’il ne pouvait plus défendre, et le commandement de la place resta entre les mains de don Alonso de Cespedès , qui en était gouverneur. C’est un ouvrage couronné et régulier , mais peu étendu , et garni d’nn fossé sans chemin couvert. On ne peut l’attaquer que d’un côté , parce que la mer qptoure la pioitié de la ville.

Le a 5 octobre , le marquis de Leide somma le gouverneur de se rendre. H demanda trois jours pour délibérer. On lui accorda six heures , et dans cet intervalle , il envoya le major de la place , pour capituler. Le même jour on détacha huit cents grenadiers , aux ordres du marquis de Saint- Vincent, pour aller investir Castel-Aragonès. On permit à la garnison d’Alghero de sortir avec ses armes , à condition qu’elle les quitterait en s’embarquant ; car elle avait obtenir d’étre conduite à Gènes. Le 29, on se mit en possession de la place. Cette nouvelle détermina la garnison de Castel- Aragonès à capituler le 3o , et on lui accorda les

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mêmes conditions. Castel -Aragonës, aujonrd’hui Castel-Sardo , est une petite place-forte , environnée de bastions et bâtie sur une hauteur, de sorte qu’on ne saurait j faire brèche. Cette montagne n’étant qu’un rocher , la ville ne peut être prise que par famine ou par disette d’eau ; car il y a très peu de citernes , et la fontaine dont le peuple se sert est hors de l’enceinte de la place , ce qui fait que les assiégeants peuvent s’en rendre maitre#. La reddition de Castel-Aragonès mit le roi d’Espagne , dans l’espace de deux mois et quelques jours, en possession de toute l’île. Il accorda un pardon général , et la permission , à qui le voudrait , de sortir du royaume. Tous ceux qui, en 1708 , s’étaient déclarés pour la maison d’Autriche , qp profitèrent , ainsi que quelques autres Sardes , soit par mécontentement, «soit par reconnaissance pour l’empereur. L’archevêque de Sassati aima mieux quitter l’île , que de faire chanter le Te Deum dans sa cathédrale , en action de grâces de ce succès. On saisit son temporel et tous ses revenus privés , et il se retira à Bonifacio. Le coadjuteur de Cagliari sortit aussi volontairement de l’ile.

Le marquis de Leide laissa trois mille hommes pour la garde de l’île , sous les ordres de don José A'Armendariz J auquel il donna la qualité de gouverneur-général. Le roi perdit à cette expédition six cents hommes, qui périrent plutôt des mala-

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dies causées par le mauvais air^ que par la main des ennemis, puisqu’on n’avait fait la guerre que quinze jours devant Cagliari. Le marquis de Saint- Philippe retourna à son ambassade de Gênes , avec le reste des troupes ; les galères et autres bâtiments rentrèrent dans leurs ports.

C’est ainsi que, par une opération bien combinée et mieux conduite , sous tous les rapports, que laprécédenle, dont un traître avait fait manquer l’effet , l’Espagne se remit en possession de l’île de Sardaigne , qui lui avait été si long-temps soumise. Cette conquête n’ofifrait point cependant des avantages proportionnés aux dépenses qu’on avaient faites pour l’obtenir, et aux conséquences que. pouvait entraîner une levée de boucliers si hardie , dans la situation politique où l’Europe était alors.

L’empereur ne perdit rien en perdant la Sardaigne, et le vainqueur n'y gagna pas davantage.

Le pays était désarmé , la noblesse détrompée des illusions qu’elle s’était faites en se soumettant à la domination autrichienne , et le peuple malbeu- * reux et mécontent. Toutes ces circonstances facilitèrent tellement la conquête d’un pays prêt à se donner, que les troupes ne trouvèrent, dans cette courte campagne, aucune occasion de signaler leur courage.

LA SARDATOIfE

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