‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 23 sur 97 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jlheroni , (1er du succès de l’expcdilion de Sardaigne • en dirige une autre contre la Sicile , médite des révolutions en France et en Angleterre , et travaille à mettre l’Europe eu feu. — Les puissances signent d’abord le traité de la triple alliance, ensuite celui de la quadruple alliance, particulièrement dirigés contre la politique espagnole. — En exécution de ces traités, l’Espagne restitue l’ile de Sardaigne i l’empereur, qui; en échange de la Sicile , la remet immédiatement au duc de Savoie, auquel sa nouvelle possession confère le titre de roi. — Philippe y , débarrassé âl Alheroni , dont les puissances alliées avaient exigé l’expulsion , accède

à toutes les dispositions des traités. yictor-Amédêe prend possession

du royaume de Sardaigne. — Dei7i8ài7so.. , r

L’heureux succès de l’expédition de Sardaigne servit d’aïguillon au cardinal, pour l’encourager à profiter, coinine il disait , du vent favorable de la fortune. Il ne prenait plus conseil de personne; la prudence espagnole était devenue à ses. yeux presque ridicule , et l’expérience des hommes , jusque là réputés les plus habiles , n’était payée que du mépris le plus insultant. La vanité à'Alberoni , et la haute idée qu’il avait de lui-même, lui faisaient considérer tous qeux qui l’environnaient comme des êtres d'une nature inférieure.

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11 s’abandonna tout entier, dès ce moment, à la double pensée de parvenir à la gloire par le rôle qu’il se croyait destiné à jouer en Europe, et d’ajouter encore à l’ancien éclat du nom espagnol.

Sur tous les points de la péninsule, on faisait de vastes préparatifs de guerre ; on levait des recrues dans toute l’Espagne ; on amassait en Catalogne une immense quantité de projectiles et de pièces d’artillerie; on mettait dans tous les ports des vaisseaux en armement. Il est certain qu’y^/beroni fit voir jusqu’où pourrait aller la puissance de la monarchie espagnole, si ses finances étaient bien administrées. Aucun roi d’Espagne, avant lui, et cela sans cbat'ger les peuples de nouveaux impôts , n’avait pu faire en aussi peu de temps d’aussi fortes dépenses , et développer 'd’aussi grandes forces; ce qui parut d’autant plus surprenant, que l’Espagne sortait à peine d’une guerre long-temps malheureuse , et qui semblait avoir épuisé toutes ses ressources. Le roi Philippe dut à la direction ài Alberoni ces démonstrations soudaines de prépondérance politique , qui eussent pu être utiles , si on en eut tiré parti avec plus de prudence ; mais l’heureux cardinal crut que rien ne pouvait plus lui résister, ou peut-être s’imagina-t-il que les puissances, qui n’étaient pas directement intéressées dans la guerre qu’il médi-

tait, ne s’y opposeraient point, tandis qu’il s’occu» pait, avec une ardeur infatigable, du soin de se inctlie en état de la soutenir.

Cependant il s’élevait, de toutes les parties de l’Europe , contre Alberoniy un concert de reproches, d’animadversion et de plaintes. On craignait que la continuation d’une guerre qui paraissait devoir être fort vive , entre l’empereur et le roi d’Espagne , ne rallumât l’incendie récemment éteint, et ne donnât lieu à une conflagration universelle. Le pape , depuis l’entreprise à'Alberoni sur la Sardaigne , ne prononçait jamais son nom sans y joindre les épithètes les plus injurieuses. Alberoni, de son coté, se moquait ouvertement de la cour de Rome, qu’il avait si habilement dupée, et sa vanité était flattée de se voir en butte à la colère des souverains , et de faire tant de bruit sur le théâtre du monde. Il persistait d’ailleurs opiniâ.trement dans ses idées de,»gueiTe , quoiqu’il eût assuré faussement la France et l’Angleterre que le roi d’Espagne se contenterait de recouvrer la Sardaigne.

Le cabinet de Londres , inquiet des armements qui se faisaient en Espagne, ne se fiait pas aux protestations du cardinal. -Il envoya lord Stanhope à Madrid , non-seulement pour tâcher de découvrir quel pouvait être l’objet de tant de préparatifs, mais encore avec pouvoir de proposer un aocom-

modemenl entre cette cour et celle de Vienne. L’empereur demandait des secours au roi Georges, en vertu de l’alliance qu’ils avaient contractée l’année précédente. La France, qui avait aussi conclu, en 1716, un traité d’alliance défensive avec l’emjiereur, se donnait les mêmes soins. Le régent n’était rien moins que rassuré sur l’esprit turbulent et brouillon A'Jlberoni, qui conduisait des intrigues et ourdissait des complots jusqu’aux portes du Palais -Royal. Les représentations qui furent faites au cardinal par les ministres de France, d’Angleterre et de Sicile, ne firent qu’enfler son orgueil, et attirer de sa part les réponses les plus kautaines.

L’empereur insistait sur l’exécution de ses traités avec la France et la Grande-Bretagne , <Jui s’étaient rendues garantes de la neutralité en Italie. Il ne lui avait pas été difficile de démontrer à ces deux puissances la nécessité d’opposer une digue à l’ambition à'Jlberoni, et au dc'veloppenient menaçant des forces de l’Espagne. Leurs ministres avaient signé, à La Haye, le 4 janvier 1717, le fameux traité de la triple alliance, qui avait pqur objet de régler les intérêts respectifs de l’emjjereur, du roi d’Espagne et du duc de Savoie , nouveau roi de Sicile, et de suppléer, dans les intérêts généraux de l’Europe , à ce que le traité d’ütrecht et la paix de Bade avaient laissé d’imparfait.

LA. SARDAIGItE

Le cardinal, lorsqu’on lui eut donné conmiunication de ce traité , lut extrêmement irrité de ce que l’on avait prescrit, sans le consulter, une règle de conduite politique au roi d’Espagne, auquel il fit partager son indignation , et poursuivit imperturbablement l’exécution de ses vastes projets. Il n’en fut que plus ardent à l’accomplissement du dessein qu^l avait formé de bouleverser l’Europe. Il ne pensait à rien moins qu’à renverser la constitution de l’Angleterre , pour l’empêcher de s’y opposer. Dans le même temps qu’il travaillait à exciter la guerre civile en France, il proposait des subsides à la Porte Ottomane, pour l’armer contre l’empereur; il s’alliait , dans les mêmes vues^ avec \e czAv Pierre. P' J et traitait avec Je roi de Suède „ Cliaries XII, pour rétablir par ses mains le. prétendant, fils du roi Jacques, sur le trône de la Grande-Bretagne.

Les puissances alliées , effrayées avec raison des prétentions du cabinet de Philippe V, et de 'la politiquë turbulente de son ministre , s’accordèrent sur les bases d’un nouveau.traité plus explicite que les précédents , et qui , négocié à Londres entre lord Stanhope, les ministres de l’empereur et du duc de Savoie , roi de Sicile , et l’abbé Dubois , depuis cardinal, envoyé par le régent de France, y fut signé le 2 août 1.718 , et prit le nom de traité de la quadruple alliance.

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Ce Traité portait : •

« Que , pour terminer tous les différends , et » pour établir les conciliions de la paix définitive » entre leurs majestés impérial^ et catholique , le » roi d’Espagne restituerait l’île de Sardaigne à » l’empereur j

» Que le roi d’Elspagne , dérogeant à cet égard » aux dispositions de la paix d’Utrecht , consenli- » rait que la Sicile retournât à l’empereur , qui M céderait en échange au duc de Savoie le royaume « de Sardaigne ;

» Que la Sardaigne retournerait , au défaut d’hé- »> riliers mâles de la maison de Savoie , à la cou- » ronne d’Espagne , laquelle renoncerait au droit » de réversion de la Sicile, qui lui avait été pré- M cédemment assuré. »

Quant au traité de paix particulier entre l’empereur et le duc de Savoie , il fut convenu qu’en proposerait les mêmes conditions , c’est-à-dire l’échange de la Sicile contre la Sardaigne , et qu’on y renouvellerait les autres dispositions du traité d’Utrecht , qui regardaient ce dernier souverain.

Outre quelques autres articles du traité de Londres , qui assuraient la succession éventuelle de la Toscane à l’Infant don Carlos , fils de la première reine d’Espagne ^Élisabeth Famèse , il fut arrête qu’il serait fait un traité particulier, pour le règlement des intérêts de détail , entre l’empereur

^ le roi d’Espagne , lequel serait suivi d’un pardon général accordé à tous ceux qui avaient suivi l’un ou l’autre parti , et à qui on promettait la restitution de leurs biens , titres et dignités.

Les puissances alliées se flattèrent en vain de faire goûter au cabinet de Madrid cette œuvre de médiation , qu’elles regardaient comme appropriées aux circonstances , et nécessaire pour le repos de l’Europe. Alberoni , sans s’inquiéter le moins du monde des obstacles qu’on voulait lui opposer , fît presser avec plus d’activité que jamais l’expédition , qu’il préparait depuis longtemps , pour l’invasion de la Sicile. En effet , une flotte considérable , sous les ordres de don Antonio Castagneta, s’empara de Palerme, et de quelques autres places.

Le cardinal ne se borna point à cette entreprise. Il alla jusqu’à vouloir renverser le gouvernement établi en France , pour ôter la régence au duc d’Orléans , et la donner, s’il le pouvait , au roi Philippe V. Il travaillait , pour y réussir , à soulever la Bretagne. Déjà il faisait fîler secrètement en France des hommes armés, déguisés en contrebandiers , qui devaient se joindre aux révoltés. La conspiration , où était impliquée la duchesse du Maine , et quelques-uns des premiers personnages de l’état , était au moment d’éclater. La fortune ou le hasard fit évanouir tous ces vastes projets. Le

ANCIE?ïNE F.T MODERAT. Ifj.)

jeune Portocari’em , secrétaire de l’ambassade du prince de Cellarjiare , ayant laissé surprendre par une courtisanne , dans l’ivresse de la débauche et du vin , les papiers qui contenaient le secret de ce complot , le cardinal-ministre , dont tous les efforts avaient échoué dans ses tentatives pour empêcher la conclusion du traité de Passarowitz entre l’Autriche et la Porte , et pour exciter la guerre civile' en Angleterre et en France, vit tout à la fois l’empereur , la France et la Grande-Bretagne se réunir et se liguer contre lui.

Ces trois puissances déclarèrent la guerre à l’pspagne en 1719. Le régent fît attaquer la Catalogne par une armée de quarante ‘mille hommes. Une flotte anglaise , sous les ordres de l’amiral Bing , battit complètement celle d’Espagne , à la hauteur de Messine , et jeta des troupes autrichiennes en Sicile.

Tous Jes'projets du cardinal furent déconcertés, et ce ministre , qui , six mois auparâvant , était regardé comme le plus grand homme d’état , ne passa plus désormais que pour un téméraire et un brouillon. Le régent ne voulut accorder la paix à Philippe. V J qu’à condition qu’il renverrait son ambitieux ministre. Comme Àlheroni avait cessé d’être heureux , on devait croire qu’il serait aisément abandonné : la reine elle- même n’eut pas de peine à s’en détacher. Il fut livré par le roi

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