CHAPITRE II
De* fleuve* el des rivières de la Sardaigne. — Des lacs ou étangs. — r Des eaux minérales et thermales.
Les écrivains étrangers qui, sur des informations inexactes, ont parlé de la Sardaigne, l’ont représentée comme un pays extrêmement aride et manquant lout-à-fait d’eau. Cette assertion , si souvent répétée, ne pourrait avoir de fondement qu’en ce qui concerne la partie basse du département de Cagliari, et quelques autres cantons du cap méridional , où l’eau douce est peu commune , et où les pluies sont plus rares que dans la partie septentriohale, à laquelle l’élévation de ses montagnes et ses collines boisées procurent plus fréquemment cet avantage. A ces exceptions près , l’île de Sardaigne, dans ses autres parties, est suffisamment arrosée , et compte un assez grand nombre de rivières et de ruisseaux d’eaux vives. Il suffit, pour s’en convaincre , de jeter les yeux sur la carte de cette fie, quoique l’on y ait négligé , attendu sa dimension, tous les cours d’eaux qui n’ont point une
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certaine étendue. Indépendamment des rivières et des ruisseaux , il n’est guère de monticule ou de coteau de l’île , qui n’offre une source d’eau limpide et fraîche. On en trouverait davantage encore au moyen de quelques travaux hydrauliques. La plaine qui environne Cagliari, et d’après laquelle on a jugé de l’ile entière, devait naturellement être , sous ce rapport, moins bien partagée à cause de sa situation basse au bord de la mer, et de la présence des eaux saumâtres.
On compte en Sardaigne sept rivières principales, auxquelles- les habitants du pays, attendu le nombre de ruisseaux qui viennent s’y jeter, donnent le nom dé* fleuves, que quelques - uns seulement mériteraient, si on se donnait la peine d’en creuser le lit ou d’en régulariser le cours. Ces rivières sont le Tirso, le Coguinas ou Coghinas, le. Flwnendosa , la rivière de Bosa, le Rio-Calarila ou Baoarena, rivière de Cagliari, celle de San Gavino de Torrès, et enfin celle à'Orosei.
Le Tirso, ou fleuve d’Omto/20, qui est le plus considérable de tous, est formé de différents bras, dont le principal descend des monts de Budusô. Après avoir reçu le Taloro, qui prend sa source dans les montagnes de Corno di Bue, et s’être grossi d’une foule de ruisseaux , dont quelques-uns très forts et très rapides , le Tirso passe sous le pont de Fordongianus , parcourt le Campidano
LA SÂBDAIG1SE
à' Oristano , passe de nouveau sous un pont très élevé , qui prend le nom de cette dernière ville , hors des murs de laquelle il est placé, et va se jeter, à quatre milles de là, dans le golfe, terme de son cours, qui, depuis sa source jusqu’à son embouchure, a été de soixante-cinq milles.
Le second fleuve de l’île , par son importance , est le Coghinas , qui prend sa source* à Cantarosde Uda , dans le Monteaculo. Accf u successivement d’un grand nombre de ruisseaux , venant des montagnes dont le pays est couvert, et principalement de la rivière à^Ozieri, et de celle de Tempio, que produisent les sources de la partie méridionale du Limbarà , il reçoit à son dernier confluent , le nom de Rio Grande , sous lequel il sépare Y A nglona de la Gallura , et ensuite le nom de Coghinas , qui est celui du dernier territoire qu’il baigne, avant d’aller se jeter dans la mer entre Castel-Sardo et V Isola Rossa.
Le troisième rang parmi les rivières de la Sardaigne ne peut être contesté au Flumendosa , qui prend sa source à la partie orientale de Como di Bue , assez près de celle du Taloro , au versant occidental. Déjà fort presqu’à sa naissance, il baigne les vallées placées entre les montagnes de la grande chaîne centrale et celles de X Ogliastra , et après avoir parcouru la plaine de Sarrabus , et reçu à ses deux bords plusieurs torrents et riiis-
seaux, il se jeltedanslamer par trois embouchures.
Le fleuve de Basa est formé de plusieurs ruisseaux et rivières , qui tombent des montagnes du Limbara. Il coule lentement dans un lit profond , entre deux rives d’un aspect agréable , et se joint à la mer , après avoir baigné les murs de la ville dont il porte le nom. Le fleuve de Basa est navigable à son embouchure , et porte des bateaux et des felouques. C’est le seul des fleuves de la Sardaigne qui ait cet avantage.
On met au cinquième rang le Baoarena, ou Bio Calarita , rivière de Cagliari , moins à cause de son importance que de la longueur de son cours. Il prend sa source au Sarcidano, Grossi de plusieurs ruisseaux , de trois petites rivières , et de plusieurs torrents , il traverse l’étang de Gagliari , et se décharge dans la mer au point dit de la Scafa.
Le Tnrrilano, ou fleuve de iÇ. Gavinode Torrès, est formé , outre plusieurs cours d’eaux qui augmentent le volume des siennes, 3e deux principales rivières , le Rio de Mascaris , et \o Bio de Campo Lazzaro. Il passe sous trois ponts , dont l’un , placé près de Torrès, est regardé comme un ouvrage des Romains, et se précipite dans la mer, à une petite distance du port de cette ville antique.
Le fleuve ô.'Orosei , qui n’est d’abord qu’un
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ruisseau . après avoir reçu dans son cours tous ceui qui viennent des montagnes , dont sa roule est bordée , entre paisiblement dans te lac d’où il a pris son nom , et où il se perd.
Outre les sept "principales rivières de la Sardaigne , on en compte encore un certain nombre d’une moindre importance , cinq au sud , cinq au nord , sept à l’est, et douze à l’ouest , parmi lesquelles figurent le Rio de Pointas et celui de Pabilonis , que les géographes de l’antiquité ont honorés d’une mention et d’un nom.
Le chevalier Cossu , jaloux de laver son île du reproche d’aridité , a fait le catalogue des rivières et ruisseaux qui l’arrosent , sans faire grâce du plus mince filet d’eau , et il a pu de cette manière en porter le nombre jusqu’à quatre-vingt-cinq.
Au reste , il n’est pas une seule rivière , grande ou petite^ en Sardaigne, qui n’ait plusieurs noms, parce qu’elles prennent celui de tous les lieux où elles passent , ce qui ne contribue pas peu à mettre de la contusion dans leur nomenclature , et à en faire exagérer le nombre.
Indépendamment des cours d’eau qui traversent un espace plus ou moins étendu , on trouve dans les hauteurs un grand nombre de fontaines d’une eau excellente , et dont les plus célèbres et les plus estimées dans le pays sont celles des monts Limbara , de Como di Rue , de V^iüacidro , ^ Aies ,
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A'Isili y de s, Leonat'do , de Sarcidano , A’OUolai et de Burcei.
Les habitants du littoral , et plus pSirticulièrement ceux du département de Cagliari , qui ne possèdent pas ces avantages , et qui n’ont que des eaux insalubres et amères , recueillent dans des citernes , disposées avec beaucoup de soin, et dont leurs ancêtres leur ont transmis l’usage ' , l’eau du ciel , à laquelle ils donnent le premier rang sous le rapport de la pureté et de la qualité , et qu’ils disent préférer à celle des fontaines et des rivières
Les vieux usages , en ce qui tient du moins à la conservation de la vie , sont presque toujours motivés , et ce n’est pas sans raison que les Sardes du littoral et du campidano montrent tant de répugnance pour les eaux de leurs rivières , et en o-énéral pour toutes celles qui ne sont pas prises immédiatement à la source , et qui ont un long espace à parcourir pour arriver jusqu’à eux. Les
' Hiberna: pluvic in æstiram penurûun reservanlur. Nam homo Sardus opem plurimum de imbrido cuelo habet. Hoc collectaneum dcpascitur , ut suffleiat uaui , ubi defeccrint scaturigines , quse ad victum uaurpari soient. ( Solia., Polyliist. , cap. n. )
• ColumelU ( lib. I, cap. v) recommande les eaux de pluie de préférence à toutes les autres, comme plus dégagées de matières hétérogènes et de particules terreuses, pourvu qu’elles soient rocueilllies dans des citernes eoiivenablcmeut préparées. BojU leur préfère encore l’eau de neige ; ce qui est en up]iosition avec des observations phu modernes.