CHAPITRE
Du climat et de la température de la Sardaigne. — De l’affection périodique connue sont le nom d’intempérie.
La Sardaigne jouit généralement du climat tempéré , qui est la condition de sa situation géographique , et la partie septentrionale de l’île rappelle même assez habituellement celui des plus belles contrées delTtalie. Il est malheureusement altéré et dénaturé par des vices de localité, ou par des circonstances propres à la constitution physique du pays.
Le Cap méridional , découvert , aride , pauvre de végétation, si ce n’est dans la partie montueuse , est , pendant les mois d’été , dévoré par l’ardeur du soleil. Quand souffle le vent du sud, la chaleur acquiert un degré d’intensité qui la rend insupportable. Les vents d’ouest et le sirocco, qui régnent fréquemment dans cette saison , chauds et humides en même temps , énervent les forces et causent un affaiblissement qu’on ne saurait vaincre.
Ce qui caractérise particulièrement le climat de la Sardaigne , c’est son extrême inconstance. Nulle
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pari peut-être on ne voit des variations de température aussi fréquentes et aussi complètes. Il semblerait qu’une île située entre le trente-neuvième et le quarante-deuxième degrés de latitude, et qui n’a pas de hautes montagnes , dût jouir d’une température modérée et uniforme. Il en serait ainsi , à la vérité, si les vents n’altéraient pas continuellement sa constitution météorologique; mais ils y produisent subitement des variations si grandes , qu’ils confondent souvent les saisons et font sentir un froid aigu au milieu de l’été, et réciproquement, pendant l’hiver, une chaleur intempestive. Il arrive quelquefois, et les gens du pays prétendent en avoir fait plus souvent l’observation depuis un demi-siècle , que pendant une journée douce le vent du nord s’élève tout à coup avec fureur, et en un instant couvre de neige toute la surface de la plaine , et successivement les collines et les montagnes. Le froid ne cesse pas au moment où cette neige imprévue vient à se fondre ; il persiste ordinairement , et s’il est un peu moins vif qu’en Lombardie et en Piémont, il ne laisse pas d’être fort sensible et ne dure pas moins ; car si l’hiver commence plus tard en Sardaigne, il finit plus tard aussi.
Ce lir<jid subit est souvent apporté , dans les plus Jurandes chaleurs de l’été, par des vents violents , et il n’est pas rare que, pendant cette saison, aux
L& SARDAIGNE
rayons d’un soleil brûlant succède une nuit froide et humide.
Ces brusques transitions dans la température sont une des causes principales des maladies du pays , et rien de si commun que de voir ceux qui ont l’imprudence de ne pas prendre des précautions contre elles en devenir les victimes.
Le froid paraît plus vif en Sardaigne que dans quelques pays plus septentrionaux, par la raison qu’il y a plus de distance relative entre le plus haut degré de froid et le plus haut degré de chaleur. Tous les ans, pendant l’hiver, il tombe de la neige dans l’intérieur de l’île , quelquefois en grande quantité, et il vient alors de la montagne des vents glacés. D’un autre côté , quand l’hiver est fini dans la plaine , l’action du soleil y est si vive et si dévorante, qu’elle brûle et pulvérise le sol, que presque jamais la pluie ne vient rafraîchir.
La pluie est en effet prodigieusement rare. Il semble , dit Gemelli, que l’auteur de la nature , en accordant à ce pays le don de la fécondité, ait voulu , pour ainsi dire , compenser ses bienfaits en le privant de l’eau du ciel qui lui serait si nécessaire. Cet écrivain déclare qu’il ne lui est jamais arrivé, durant un laps de plusieurs années , de voir la pluie tomber pendant deux heures de suite. Il est persuadé que la quantité moyenne de celle qui tombe dans l’espace d’une année ne s’élève pas à
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seize pouces. Il n’est pas extraordinaire de passer cinq ou six mois , et quelquefois plus , sans q»i’on en voie une seule goutte.
Par une autre compensation , il a voulu épargner à la Sardaigne les ouragans et la grêle , qui font ailleurs tant de ravages. La grêle y tombe ordinairement à la fin de l’hiver et dans les premiers jours du printemps : elle est en général de la nature du grésil. Il est presque sans exemple d’en voir dans le cours de l’été , et c’est par conséquent un ennemi de moins à craindre pour les récoltes.
L’inconstance du climat de la Sardaigne est sans doute un de ses inconvénients, puisqu’elle influe d’une nianière aussi grave sur la santé publique; mais son véritable fléau est la maladie endémique annuelle, qu’on apf>elle V intempérie .
De tous ceux qui ont écrit sur la Sardaigne, deux seulement ont osé passer sous silence ou même nier l’existence de ce fléau périodique. L’un est l’auteur de la Sardaigne paranjuiphe de la paix , qui , chargé de faire des dupes aux conférences de Gertrujdenberg , représente cette île comme le paradis terrestre; l’autre est l’historien f^ico , qui, dans le délire du patriotisme, fait un crime de ne point partager les extases de son admiration. Tous les autres auteurs, sans exception, anciens et modernes, étrangers et nationaux , qui ont parlé de cette île, se sout accordés sur son