‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 8 sur 97 · II · texte numérisé non relu

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coopérer les puissances alliées à nne immense entreprise , dont son agrandissement était le principal objet , et pour le succès de laquelle elle comptait moins encore sur la force des armes , que sur le mécontentement des peuples qu’il lui était donné de pouvoir entretenir, sur les division’s qu’elle se promettait de (aire naître , et sur les trahisons qu’elle était prête à payer.

Lotus XI , accoutumé à vaincre , fier des faveurs constantes de la fortune , et comptant sur la fidélité de ses alliés , dont plus d’un se disposait à l’abandonner, portait jusqu’au dédain le mépris de ses ennemis. Il ne fit que trop voir dans scs premières dispositions militaires en Italie, où la guerre commença , le peu de cas qu’il en faisait , et le peu de crainte quelui inspiraient leurs eCTorts.

Quant à l’Espagne , elle n’avait pour opposer à une ligue si formidable , qu’une apathie profonde et une complète nullité. On ne prit aucun soin de fortifier les places et d’y tenir des garnisons. Les murs de toutes les forteresses tombaient en ruines ; il n’y en avait pas une , qui non-seulement eût des soldats pour la défendre, mais dont l’artillerie fût montée. Les derniers rois de la dynastie autrichienne avaient tout laissé déchoir et périr. Les ports militaires étaient abandonnés; les arsenaux et les chantiers étaient vides. On avait oublié l’art de construire les vaisseaux; l’Espagne n’avait que

ANCIENNE ET HODERNE. 5l

ceux qui (aisaieut le commerce de l’Inde , el quelques galions ; six galères délabrées pourrissaient dans le port de Carthagène.

Les étals que la mer séparait du continent n’étaient pas dans un meilleur ordre. Le royaume de IVaples entier n’avait pour sa défense que six compagnies inexercées et sans discipline. La Sicile avait une garnison de cinq cents hommes. Les îles Baléares , les Canaries el les Indes étaient à peu près abandonnées à elles-mêmes. On comptait à peine deux cents hommes dansl’ile de vSardaigne. "On se flattait , il est vrai, que les milices du pays feraient un service actif en cas de besoin ; mais l’organisation militaire de ces milices ne consistait guère alors que dans l’inscription sur un registre des cultivateurs et des pâtres qui les composaient, et dans l’obligation & laquelle ils étaient soumis d’avoir un fusil chez eux. v

On avait un peu mieux pourvu à la sûreté de la Lombardie et de la Flandre. On comptait dans celte dernière province huit raille hommes , el siik mille à Milan. La totalité des troupes à la solde d’une si vaste monarchie ne passait pas , au commencement de l’année 1701 , vingt mille hommes , et ses forces maritimes consistaient en treize galères , dont sept étaient entretenues à Gênes , et commandées par deux Doria.

La grande ame de Loitia Xiy ne lut pas plus

découragée par l’élat déplorable où se trouvait le nouveau royaume de son petit-fils , qu’elle n’était effravée des menaces de la redoutable alliance for-

niée contre l’un et l’autre. Son armée et sa marine étaient heureusement capables de faire face à tout , et animées alors de celte confiance qui double la force. Il commença par faire entrer ses troupes dans les Pays-Bas espagnols , et fournit tous les secours nécessaires à l’électeur de Bavière , son allié , qui commandait dans ce pays |X)ur le roi catholique.

La première campagne , ouverte en Italie par les Autrichiens, descendus sur les terres de Venise avec trente mille hommes, avait commencé sous de malheureux auspices pour la France et l’Espagne. Catinat , enchaîné par les ordres de Versailles , avait éprouvé des échecs, et pour comble de disgrâce, après le combat de Chiari, livré malgré lui, et où il fut blessé, le commandement de l’armée fut laissé en entier au maréchal de yiüeroi, dont les fanfaronnades et l’incapacité devaient faire présager les événements de l’année suivante.

Pendant ce temps , l’Espagne et ses possessions insulaires d’Europe, la Sicile, la Sardaigne, luttaientle mieux qu’elles pouvaient contre la misère. Les Français, à quion avait exclusivement abandonné les soins et la direction de la guerre, vou-

jaient qu’on imposât de nouvelles contributions pour faire face aux dépenses qu’elle exigeait. Le trésor était vide, et les finances de l’état dans le plus grand délabrement. Le cardinal Portocarrero, ne trouvant point apparemment un homme digne (le sa confiance en Espagne ’ en demanda un en France , qui fût capable de débrouiller ce chaos. On lui envoya M. Orrj, homme habile et d’un jugement droit et solide, mais tranchant et d’une impatience extrême. Le parti que prit le cardinal fut blâmé comme injurieux pour les nationaux , et ce nouvel empiètement des Français sur l’administration intérieure aliéna encore les esprits.

Ceux des grands d’Espagne qui avaient le plus de patriotisme et de lumières, pensèrent qu’une des mesures politiques les plus convenables , dans ces circonstances, serait la convocation de l’assemblée des Cortès de Castille, qui, après avoir confirmé en des formes solennelles le -serment de

fidélité prêté au roi , s’occuperait de la suppression des abus et de la restauration des finances , fournirait au pouvoir des ressources qu’il ne trouverait pas en lui tout seul, et obtiendrait de là nation , satisfaite de la conservation de ses privilèges , tous les sacrifices et tout le dévouement rpi’on pouvait espérer. Un excellent citoyen , le marquis t/e Villena, qui avait ouvert cet avis, fut chargé d’en faire la proposition au nom de la.saine

l^A. SAnDAlG!(E

partie de la grandesse. Après avoir pris les ordres de Louis XIV , qui eut la sagesse de se récuser, comme ignorant l’opinion des peuples et les besoins du pays , la proposition d’assembler les Cortès de Castille fut mise en délibération dans les deux conseils réunis , et rejetée.

Cet avis était plus conforme au goût parliculier du roi et de ses conseillers intimes. On rendit un décret portant qu’il ne convenait pas d’assembler en ce moment les Cortès, et que leur convocation était ajournée. Cette nouvelle excita des murmures , et un grand nombre de grands et de dé putés des villes marquèrent leur mécontentement de ce qu’on refusait à la nation la jouissance d’un droit sacré.

Ils avaient d’autant plus de raisons de se plaindre, que peu de temps après on accorda sans difficulté aux Catalans et aux Aragonais la convocation de leurs Cortès. Ces peuples étaient fiers, hautains, plus dangereux que les Castillans ; on les craignait, on avait besoin d’eux, et on les ménageait. La suite prouva que c’était de la flatterie perdue.

Dans l’île de Sardaigne, les mesures financières se bornèrent à des emprunts nouveaux, qui, joints aux anciens , pour lesquels on payait des intérêts énormes, augmentèrent considérablement la dette publique et les charges de l’état.

Vers la fin de cette année (1701), Philippe V se

ANCIEWÎfB ET MODEniHE.

rendit en Catalogne, «pour aller à la rencontre de la jeune reine, princesse de Savoie, qu’il avait épousée par procuration. Le cardinal avait fait nommer grand-maître de la maison de la reine le comte de Montellano , qui sortait de la viceroyauté de Sardaigne, homme d’un esprit sage et pacifique, que le ministre tout-puissant regardait comme étant sans ambition , et comme incapable de songer jamais à lui disputer l’autorité, unique objet de ses soins et de ses craintes. Comme il n’entrait pas dans les vues politiques de cet homme d’état de laisser prendre la moindre influence par les dames espagnoles sur l’esprit de la nouvelle reine, il lui fit donner une étrangère pour ca~ marera-maîor, ou surintendante de sa maison. C’était une Française, Marianne de la Trintouille , princesse des Ursins, dont l’éclatante faveur et la non moins célèbre disgrâce sont sulBsamment

connues.

La noblesse espagnol^ fut profondément blessée du choix fait d’une dame étrangère pour remplir une charge à laquelle l’usage et la possession lui donnaient des droits. Le cardinal , quoiqu’il fût , seul avec Arias, l’auteur de cette intrigue, s’efforcait d'en jeter tout l’odieux, sur la politique des Français.

Le parti autrichien, qui grandissait tous les jours, tirait habilement parti de toutes ces circon-

LA SAllUAlGME

stances, et savait exploiter les fautes du gouvernement , pour désaffèctionner les peuples de la nouvelle dynastie, et pour préparer les déchirements et les révolutions qu’il méditait. Nous avons dit qu’il entrait dans notre plan de rechercher les causes secrètes et peu connues de tant de défections qu’essuya successivement Philippe des malheurs de l’Espagne , et de la ,perte qu’elle fit de nie de Sardaigne. La conspiration tramée à Najdes par le parti de l’Autriche , en fut un des premiers effets. Elle fut comme le prélude et l’essai de l’entreprise que les alliés exécutèrent quelques années après sur la Sardaigne avec plus d’adresse et de succès, et dont le résultat fut de séparer pendant huit ans cette province insulaire du reste de la monarchie espagnole.

Les principaux auteurs de la conspiration de Naples étaient le cardinal Grimani, ministre autrichien , le marquis dç Pesquera et le prince de Caseria. Leur agent , qu’^ avaient expressément envoyé de Rome, sous un déguisement, était un certain baron de Sassinet, gentilhomme de Franche-Comté, qui avait vendu son talent d’intrigue à l’Autriche. L’amour du changement, l’ambition et la haine du vice-roi grossirent promptement la liste des conjurés , à la tête desquels figuraient le prince de Laricka , le prince de Macia , le prince de Monte-Sarcho ^ le duc de Telesia, deux Ca-s

A^CIENÎiE ET MODERNE. 5j

raffa-f don Caiio SangrOj don Giuseppe Capecia, el une foule d’aulres de toutes les classes.

Outre le but politique qu’on se proposait, chacun saisi^it -avec ardeur un moyen de se débarrasser d’un odieux tyran. Le vice- roi, le duc de Médina- Celi, était un despote sans morale et sans frein , que son orgueil et sa vanité portaient à traiter tout le monde avec hauteur et mépris. Il avait amené de Rome , et logeait dans son propre palais, sous le nom de camariste de la dqchesse sa femme , une certaine ydngelina Giorgina , qui avait été chanteuse de la reine Christine de Suède, et à qui ses talents et ses charmes avaient procuré des aventures et de la célébrité. Elle abusait scandaleusement de la faveur du vice-roi , qui s’était fait l’esclave de ses volontés et de ses- caprices. Rien ne se faisait que par elle dans l’administration des affaires publiques ; elle disposait de toutes les grâces , de toutes les places , et même des charges de judicatore. Le duc, entraîné par sa folle passion , ne refusait aucun acte d’injustice ou d’arbitraire à la Giorgina, qui ne songeait qu’à s’enrichir aux dépens de l’état , et qui , aussi vaine qu’elle était avide , poussa l’impentinence jusqu’à vouloir occuper le même rang que les dames des plus illustres maisons de Naples. Il n’en fallait pas tant pour rendre le. vice-roi l’objet de la haine unL verselle.

LA SAUOA ION L

Les conjurés gagnèrent à force d’argent le cocher et le maître d’armes des pages du vice-roi. Orr devait le poignarder, à l’entrée de la nuit , au moment où il reviendrait en carosse* de j|a promenade accoutumée. A un signal donné , on s’em parerait d’un des châteaux et de l’arsenal, dont on s’était assuré les commandants et la garnison. Les conjurés se flattaient qu’en proclamant l’archiduc Charles , les principaux postes de-Ia ville étanli occupés par la cavalerie aux ordres du prince de Caserta , le vice-roi égorgé , et le pillage permis au peuple , un crime entraînerait l’autre , et que chacun , pour ses propres intérêts , appuierait la révolte.

Le baron de Sassinel se disait autorisé à promettre de la part du prince Eugène , général en chef de l’armée autrichienne en Italie, des secours de troupes pour soutenir l’entreprise , et d’autres encore qui seraient envoyés de Trieste par les galères de Raguse.

Un étudiant, parent de l’un des conjurés , fut instruit du complot , et s’empressa d’aller le découvrir , avec toutes ses circonstances, au duc de Medina-Ccli, qui fit mettre sur-le-champ à la question les deux conjurés logés dans son palais , et leur arracha l’aveu de leur crime , ainsi que la déclaration des noms de leurs complices , excepté ceux des grands-seigneurs , dont Sassinet et les chefs

jiNClENNE ET MOüER.MÎ.

du complot s’étaient réservé le secret. Le vice- Toiât arrêter tous ceux des conspirateurs, dont on put se saisir, changea sur-le-champ la garnison du château, qui s’était vendue, et appela auprès de lui les ministres , le» olhciers et les grands auxquels il avait le plus de confiance , ou qui exerçaient quelques en^lois. Il fut convenu que la première mesure à prendre était de mettre en sûreté la personne du vice-roi , qui , suivi de la noblesse , se rendit au château neuf par un chemin secret , conduisant du palais à ce fort.

Les séditieux, se voyant découverts, jugèrent qu’il n’y a^t pas dê temps à perdre pour commencer le désordre , dans la [supposition que le gouvernement n’avait pas oncore pris de mesures de défense. Ils proclamèrent roi l’archiduc Charles, et se portèrent vers le château neuf , dont ils ne savaient pas que le vice-roi avait changé la garm'son. Au signal des coups de silflet, les sentinelles répondirent des remparts à coups de fusil. Les insurgés déconcertés allèrent , en poussant des cris de rage, et en faisant retentir plus que jamais le nom de l’archiduc , ouvrir les portes des prisons , et en firent sortir les prisonniers , dont les plus criminels se joignirent à eux , tandis que les autres se réfugiaient dans les églises. Le baron de Sassinet , qui s’était établi dans un cloître , où il avait arboré l’étendard de l’Autriche , avait fait

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