‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 81 sur 97 · LES INSECTES · texte numérisé non relu

LES INSECTES

Les abeilles ont droit au premier rang parmi les insectes utiles , même en Sardaigne, quoiqu’il soit bien vrai , comme on l’a tant dit , qu’elles produisent du miel amer. Ce miel est depuis long-temps diffamé , et plusieurs fois les auteurs ancieos en ont parlé. Virgile oppose les plantes amères de la .Sardaigne aux douces et odorantes fleurs du mont Hybla Horace dit que rien n’est si haïssable que de la mauvaise musique pendant un bon repas , des essences gâtées , et du miel de Sardaigne Les modernes , sur la parole des classiques , ont été jusqu’à dire que ce miel était un poison Jamais lait naturel n’a été plusmal su , et plus mal rapporté.

Ce miel amer, si décrié, non-seulement n’est point malfaisant, mais il est très sain , très recherché à cause de cette amertume même , qui lui donne quelque chose de singiriier au goût , et il passe dans le pays pour un des plus agréables cadeaux qu’on puisse faire. C’est une particularité du

’ Immo ego urduis videar tibiamarinr herhis. Eglog. vu , \. 41 .

• Ut gratas inter mensas s)inphonia disoor* , •

Et crassum miguentitio , et sardo ciini nielle papaver Offendunl. De jtrte poelica.

’ l II journal anglais , copié par un des iiûircs , racontait ciicure demierrnieiit cette fable.

620 LA SAJIDAIGM3

sol de la Sardaig'ne. On ne le récolle que pendant une saison de l’année , c’est-à-dire dans les mois d’octobre, de novembre et de décembre , lorsque les abeilles vont sucer les fleurs des plantes amèrès, et surtout celles des arbousiers , dont cette île est couverte , et qu’elles aiment avec passion. Les propriétaires de ruches , qui veulent se procurer du miel amer , o*nt bien soin d’en retirer , au mois de juin , le miel doux dont elles sont alors pourvues, et de n’en laisser aux abeilles qu’une très petite provision. On les force ainsi de se mettre en campagne pour chercher sur les fleurs d’automne un autre butin , dont elles composent le miel amer , qui se récolte dans le mois de février. Au retour du printemps , les abeilles sardes elles-mêmes , et il y en a une trës grande quantité , tant dans le "creux des vieux arbres , que dans les ruches domestiques , font du miel excellent , aussi doux qu’en aucun autre pays du monde , et fort estimé en Italie et à Rome, où l’on en consomme beaucoup.

La Sardaigne qui possède déjà , dans le Kermès, un autre insecte utile à l’industrie , en aurait un plus précieux encore , qui paraît y exister, si on savait l’élever et en tirer parti : c’est la cochenille. Celle des Indes vit sur le cactus opuntia, qui est à |>eu près de la même espèce que celui dont sont formées les liaies vives du cap méridional , et qu’on

ANCIENNE ET MODEENE. 62 1

appelle dans celte île Jigumorisca, nopal ou figuier d'Inde dans les autres pays. On a fait, dit-on, quelques heureux essais , qui ont été abandonnés.

Le compilateur Solinus ' est le seul auteur de l’antiquité qui parle d’un insecte très malfaisaut, quoique fort petit , de la forme jd^s araignées , appartenamt exclusivement à la Sardaigne, nommé par lui soli^ga J et dont la piqûre, faite dans les ténèbres , mettait la vie en danger. Solinus dit que cet insecte exerçait surtout ses ravages dans les mines d’argent. On ne le retrouve plus dans aucune partie de l’Ue, à moins qu’on ne veuille le reconnaître dans une petite araignée noire, qui n’est pas plus venimeuse qu’ailleurs. Sa sympathie pour ce précieux métal l’eri aura fait disparaître en même temps.

■ yu/. £o/i/i. Polj biitor. '

Page 1