RÈGNE VÉGÉTAL
La richesse des produits du règne végétal ei\ Sardaigne lui a valu la réputation de fertilité , dont elle a joui, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours. La nature lui a prodigué ses largesses, et ce n’est point à elle qu’il faut s’en prendre ni des événements humains , ni de l’ignorance , qui ont privé ce pays d’une partie de ses dons , ou l’ont empêché d’en user comme l’eût fait une industrie plus éclairée.
Les céréales et les plantes alimentaires constituent encore la principale richesse végétale de la Sardaigne, comme au temps où elle était un des greniers de la capitale du monde, avec la dilFérence qu’a dû nécessairement apporter dans les résultats celle de la population et des procédés agricoles.
Dans les bonnes années, celles où il n’a pas manqué totalement d’eau, car celles où il en tombe trop sont presque inconnues, la Sardaigne fait une récolte extrêmement abondante en blé , d’une qualité parfaite, et supérieur peut-être à celui de tout autre pays du monde.
Les antres grains et plantes alimentaires, que
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cette île récolle, sont l’or^c , les Jêves , les pois chi~ ches, les haricots, et les lentilles. Quand il n’y a pas de disette, on' en fait, outre la consommation intérieure , une exportation considérable.
On cultive depuis quelques années le blé de tui^ fjutëj pour la table des personnes aisées dans les villes, et dans les campagnes pour engraisser la volaille.
Aucune des plantes potagères et domestiques n’est inconnue en. Sardaigne. Elles y viennent parfaitement, et en grande abondance. Les jardins potagers de Cagliari, de Sassari, et d’Oristano, sont remarquables par la beauté des scorsonères, des choux-Jleurs , des artichaïux , eV àciS cardes. Les melons, les pastèques, et tous les genres de cucurbilacées, y sont excellents.
Les arbres à fruit , ce présent de la nature si précieux pour les pays chauds, semblent avoir été multipliés par elle dans cette île, en proportion de leur utilité. Les environs de Sassari et d’Oristano sont couverts d’o/wrtgers, limoniers , èi&citroniers, ctde cédrats. Us forment un bois de plusieurs lieues d’étendue dans la vallée de Milis.- Les croissent dans tous les terrains del’île , et donnent des fruits d’une grosseur énorme. On cueUle une quantité prodigieuse de figues délicieuses, pendant six mois del’année.LesflWaw^f/ery, lespr«mé/’s, les cerisiers , les jujubiers, les m^iers nzeroliers ,
ornent presque tous les vergers et les jardins. Les coignassiers , qui se trouvent partout, portent des fruits de la plus grosse espèce et pèsent deux • ou trois livres. Ceux du pêcher j sans être fort gros , sop,t d’un excellent goût.
On cultive plusieurs variétés de Y abricotier ; la plus estimée est celle qu’on appelle, à Gagliari, alhercocche lucenti (abricots luisants). On a au cap septentrional un assez grand nombre d’espèces de pommes f dont quelques-unes , particulièrement les pommes gelées , ainsi nommées , à cause de leur transparence, sont parfaitement bonnes. Lespo/>vf de Sassari et d’Iglesias ont de la réputation. Le' noyer est naturaMsé en Sardaigne, où il réussit très bien ; il y est encore beaucoup trop rare.
Il n’en est pas de même des oliviers , qui tapissent ' toutes les hauteuw et tous les coteaux de l’île. La ‘ plus grande partie reste dans l’état sauvage ; cnais on les cultive , avec autant de soin que dosuccès , dans les départements du cap septentrional. On tire de l’olivier , par incision , une gomme qui est
très recherchée.
Le mûrier blanc j qui nourrit les vers à soie , a été acclimaté sans peine ; et ce n’est pas la qualité du sol , si favorable à cette culture , qui l’a empêchée de rivaliser avec celle de l’Italie , comme elle l’aurait pu , si les efforts du gouvernement et des économistes avaient été mieux secondés.
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Le pnlmier - dattier, transplanté de la côte de Barbarie , a été naturalisé au cap méridional , et surtout autour de Cagliari. Son fruit vient à ma< turité; mais il conserve toujours on goût âpre, parce qu’on ignore ou qu’on néglige les préparations usitées en Afrique.
Le plus précieux de tous les féuits pour la Sardaigne est celui que la vigne lui donne en si grande abondance, et d’une qualité si parfaite. C’est le genre de culture et de propriété le plus général ; il n’est pas un Sarde , possédant quelque chose , qui n’ait sa vigne. Peu de pajs au monde produisent une plus grande variété de vins exquis.
Le Jiguier d* Inde , nopal ou raxpietle, qui forme les haies du cap méridional , doit être rangé parmi les arbustes à fruits, puisque ceux qu’il donne fournissent un aliment dont il se fait une consommation prodigieuse * .
Outre ces arbres dont les fruits sont destinés à la nourriture de l’homme , et que cultive son industrie, la nature a semé sur la surface de nie tous ceux qui croissent spontanément pour servir à celle des animaux , ^et pour embellir et orner les campagnes. Elle y a déployé toute sa richesse, et rien n’égale la force de leur végétation.
' Le jus de ce fruit sert pour l’office et la cuisiiie , et on eu extrait un sirop. L’enveloppe et les résidus nouirissent les eochous.
LA SARDAIOHE
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On voit des bois entiers d’oliviers sauvages ; mais en général les forêts se composent d’espèces variées , que le hasard entremêle , et dont les hautes futaies couvrent Les flancs des montagnes , ou en couronnent la cime. On y trouve presque tous les chênes, le rouvre, le Ué^e, \ yeuse ou chêne vert, le chêne épineux ( quercus cocc^era, Lin.^, Y érable, \e peuplier, hêtre, \o frêne, Y orme, Y if, le sapin, le pin sauvage, le pin à pi^on, le saule, le caroubier, le et le frmnier sauvages , Yaulnp, le
houx, le laurier, la viorne -launer-tin, le sureau, le genévrier commun, le genévrier rouge, le genévriersabine, le nûcocouUer, Yagnus castus ou gatilUer, la philaria, Valateme, le pistachier, le lentisque, le àiste, \é fusain, le laurier-rose, le sorbier, Y aubépine, Yarbousi&r, le cyprès, le cytise, le lyciet, le cornouiller, Ya^agmt, le genêt, le miHüle, etc.
On- a vu s’accroître , depuis quelques années., le nombre' des Sardes qui , soignant leurs habitations rurales , ont )oint aux arbres indigènes des arbres exotiques remarquable par la beauté de leur port ou de leurs fleurs. On a planté dans les campagnes des environs de Gagliari , de Sassari , d’Alghero , et d’Orislano , le swmc amaranthe, le robirûa, le mûrier de la Chine, Yaloës , le fdatane oriental,
Y arbre de Judée, la cassie, Yazedarach, et le bignonia catalpa.
La nature du climat et la fécondité du sol ont
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fait faire' des essais plus importants de naturalisation sur d’autres plantes indigènes , dont la Culture a enrichi des contrées moins arriérées en matière d’industrie. La canne à sucre, V indigo, le colon ont donné les résultats les plus satisfaisants; mais ces essais , d’abord si heureux , ont été abandonnés faute de moyens, de constance, et d’encouragement. " •
Le tahac, au contitüre, est l’objet d’une culture toul-à-fait nationale ; c’est un des prindpaux produits du cap septentrional.
On cultive aussi, mais avec assez peu d’activité maintenant , le safran, et la sonuîe , dont l’incinération produit la substance de ce nom. On néglig<; le lin et le chanvre , qui pourtant viennent à merveille , et l’on ne fait aucun cas du sénevé ou graine de moutarde. On traite à peu près de même le spart, qui pousse dans les terrains sabloneux au croît de la mer.
Une autre plante , qui croît aussi dans le sable et dans les terrain» arides , et qui , loin d’êlCe dédaignée , est un objet de prédilection marquée pour plusieurs contrées de la Sardaigne^ c’est le palmier-nain, qu’on nomme à Sorso, à Saint-Antioche, à Sassari, palmizzu, et margaüon à Alghero. Elle ne s’élève guère à plus de trois pieds. Ses feuilles, plus petites que celles du palmier, sont disposées de même. On en fait des balais. La ra-
LA AAnDATGNB
cLne , et la moelle , qui est blanche et compacte comme la tête des cardes , se mangent crues. C’est une substance assez nutritive , dont le goût , malgré un peu d’amertume , est agréable et appétissant. On a calculé que, dans une année de disette, on en avait mangé 600,000 àSassari. Cette plante ligneuse est vivace ; elle se reproduit toujours , quelque près de terre qu’on l’ait coupée , pourvu qu’on laisse un peu de racine.
La vraie racine de disette, la pomme de terre , loin d’être popularisée en Sardaigne , comme l’ont essayé plusieurs aunis de l’humanité, y est dans un discrédit complet. (Quelques amateurs , qui la cultivent par curiosité , y joignent par fois la patate et le topinambour.
On trouve dans l’Ogliastra, et au cap méridional, des truffes blanches , dont le goût et l’odeur rappellent assez bien celles du Piémont.
La Sardaigne abonde en plantes propres à la teinture, comnae la garance, le carthame, Vorseille, et en plantes médicinales , parmi lesquelles on distingue la salsepareiUe. Il s’en fait chaque année une récolte considérable , non - seulement aux monts Limbara, qui sont le jardin botanique de la Sardaigne , mais sur toutes les montagnes de nie , où croissent naturellement les plus belles plantes d’ornement, que la culture embellit encore.
A.NCIENNB ET MODEREE.
Une (les plantes qu’elle produit , et que long-
temps on a cru lui appartenir exclusivement , a été çélèbre dans l’antiquité par ses ftinesles effets sur ceux qui en faisaient usage. Les anciens l’appelaient \' herbe de Sardaigne, ou Vherbe scélérate * . Ils prétendaient qqeceux qui en avaient mangé étaient s^is d’afireuses convulsions , et que , comme les * muscles de la face étaient alors ejctrémement contractés , ces malheureux paraissaient mourir en riant; ce qui a fait donner le nom de rire sardoni^ que à ce genr# de mort , et en général à tout rire contraint et affecté. Les auteurs anciens qui en parlent en font une espèce âiache, poussant sur le bord des fontaines, dont elle empoisonne les eaux. Cette désignation suffît pour faire reconnaître la berie à larges feuilles, plante vivace qui n’appartient pas seulement à la Sardaigne, mais qui se trouve partout dans les fossés pleins d’eau , sur le bord des étangs , et dont le suc passe pour être mortel , surtout pendant les grandes chsJeurs et dans les pays çhauds. Les vaches l’aiment avec fureur, et en mangent sans inconvénient. • On détruit tant qu’on peut en Sardaigne cette herbe dangereuse. - . • ,
Phénomènes et particularités naturelles.
Une des particularités les plus remarquables de
' Pausmias ia Phocic. — Plinê. Hist. nat. — Jid. Soün. , PolybiO-
rUe de Sardaifjne , el dont elle est peut-être exefnjJe, c’est l’absence de toute bêle fén tout animal venimeux, et l’immunité dont el à cet égard. Les vieux historiens sardes prêt que leur pays en a l’obligation aux prières c Jaïuuirius et de ^ini P ivtus ^ déportés, vt • 3oo, dans l’ileide l’Âsinara. Ils n’ont pas fai tion que Pausanias et Silhis Italicus en parlé' plusieurs siècles avant la naissance martyrs de la foi chrétienne. C’est un biei la Providence, dont on ne peut espé^r de la cause physique.
fl est lacile au contraire d’assigner celle polissement àes espèces quadrupèdes : elle v lièrernent'de la température habituelle du | de la nature du climat. C’est l’effet succc transmis de génération en génération |,de I resse cbntinue de l’atmosphère sur INjrgai animale. Elle brûle l’herbe des champs , d terre, tarit les fontaines. Les privations et h qui en résultent frappent, dans leurs besoin; tifs , les animaux carnivores aussi bien que bivores , et les espèces sauvages et les espi inesliques , à moins que par des soins parti comme ceux qu’on prenait de ces derniè: l’antiquité, et qu’on en prend encore dai «|ues parties de l’île, ou par quèlqiies circoi particulières de leur conibrmafion , ainsi
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en a un petit nombre d’exemples , ils n’en soient préservés et garantis. Presque nul être vivant en Sardaigne n’est à l’abri des effets de la sécheresse de l’atmc^phëre , qui absorbe les humeurs , qui res-^ serre, rapetisse et rétrécit. L’homme lui 'même en est la preuve; les Sardes sont généralement exempts de difformités corporelles , mais secs , pe» tits et maigres ; il n’y a rien de si rare chez eux qu’une haute taille et de l’embonpoint.
Une autre singularité remarquable Sardai*
gne ,• c’est que les chiens , malgré la chaleur et la sécheresse du climat , n’y* sont pas sujets à la rage. Dans un pays brûlant , et où les chiens mnt extrêmement multipliés, il n’y a presque pas, de mémoire d’homme, d’accidents de ce genre à citer. Quelques personnes attribuent cette immunité des ^iens sardes à la précaution usitée dans le pays de détruire la première portée des mères , laquelle passe pour avoir plus de prédisposition à cette affreuse maladie. D’autres personnes pensent qu’elle vient de ce qu’ils ont le poil court, et qu’ils sont moins susceptibles de la contagion que ceux à long poil , qui ne sont pas naturalisés dans l’île. Une des raisons plausibles qu’on pourrait en donner, c’est que la Sardaigne n’a pas de loups , et que dans les autres pays il arrive assez souvent que ce sont ces aninàaux qui communiquent aux chiens la maladie de là rage. ^ .
LA SAnUAIGNE
La Sardaigne, qui jouit dç tant d’autre tages , naturels , est aujourd’hui dépossét magnifiques merveilles dont l’avait dotée 1 nation de Julius Solinusy et qui depuis chantées en vers latins modernes *. Les : sardes , qui avaient deux prunelles à chaq n’oht pas eu , à ce qu’il parait , de postéi n’a retrouvé dans aucune partie de l’île 1 taines miraculeuses , qui rendent la vue pk aux innocents traduits en justice , et qui f d’aveuglement subit les voleurs coupables sermènt.iLa justice emploie aujourd’hui , répression du crime , des moyens plus si l’épreuve de l’eau de, fontaine.
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' Caiiu Julùu Soùnus était un grammairien Ulin , qui doni nom de Poljhistor , un recueil de notices historiques et géograj diverses contrées du monde. C’est une compilation sans crilic godl,sur laquelle Saumaise a fait de savants commentaires. On a Sotinuj le singe de Pline. Il fut son contemporain.
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AHCIRMNE ET MODEnNE.' 633
TROISIÈHE PARTIE.