‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 13 sur 108 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Le nouveau virc roi de Sardaigne cherche à s’attacher les principaux partisans de l’arrhiduc. — Les mécontents excitent une révolte dans le nord de Tilc. — Les alliés exécutent le projet formé d'une expédition en Sardaigne. — Une flotte anglaise met terre des troupes de débarquement. — La ville de Cagliari, bombardée, est sommée de se rendre. — Elle est livrée avant la signature de la capitulation. — L’ile entière se soumet sans résistance. — Divisions toujours croissantes en Espagne. — Découverte d’une conspiration du duc d’Orléans contre son parent le roi Philippe. — État des affaires du continent. — 1708 — 1709.

170®- L'Espagne , qui s’affaiblisssait et se démembrait tous les jours , ne possédait plus au-delà du continent européen, divisé par la guerre civile, que les îles de Sicile et de Sardaigne. Le marquis de Los Balbazès, vice-roi de Sicile, y découvrit une conspiration , dont les ministres de France et d’Espagne à Rome lui avaient signalé les auteurs , et il l’étoufFa dans le sang des principaux conjurés. Cependant un plus vaste incendie s’allumait en Sardaigne. Don Pedro de Portugal j- Colomb, marquis de La Jamaïca , venait de succéder dans le gouvernement de ce royaume au marquis de Valero. Le

ANCIENNE ET MODERNE. lig

nouveau vice-roi était un homme plein de talents, fort adroit, très délié, qui aimait l’argent, et savait extrêmement, bien faire ses affaires. Il ne tarda pas à pénétrer le génie et les plus secrètes inclinations des Sardes. On eut tort de croire qu’il avait été joué et dupé par le comte de Montesanto et le marquis de Villasor. Il ne se dissimula jamais qu’ils étaient des ennemis cachés, qui n’attendaient que le moment de lever le masque; il ne jugea point à propos de le témoigner, parce qu’il manquait de forces suffisantes pour faire respecter son autorité. Il demanda plusieurs fois des renforts; mais l’ambassadeur de France à Madrid, M. Amelot , qui , par son influence dans le cabinet, dirigeait les affaires de la guerre, méprisa d’autant plus le danger, qu’il ne faisait aucun cas de la Sardaigne, prétendant qu’elle était inutile à la monarchie, et qu’elle lui serait à charge, si l’on était obligé d’y entretenir des troupes. Les ministres espagnols étaient d’un avis contraire ; mais comme on n’avait d’autres soldats à y envoyer que ceux que la France fournirait , M. Amelot était en ce point l’arbitre des décisions. Au reste, ce dernier manda au marquis de La Jamaïca, qui, prévoyant le danger dont l’ile était menacée, protestait qu’il était hors d’état de la défendre , que, s’il la perdait faute de troupes suffisantes, le wi recevrait ses excuses.

LA S A K DA IGNE

Le vice-roi, désespérant de se soutenir par la force au cas d’une attaque des ennemis contre la Sardaigne, se flatta de pouvoir, par son adresse et son habileté , la conserver du moins pendant la durée de son administration. Il essaya de gagner le comte de Montesanto et de se l’attacher; le comte, qui ne lui cédait en rien dans l’art de la dissimulation , évitait de se compromettre ou de trop s’avancer , et ménageait les deux partis, en attendant que l’occasion s’offrît de manifester ses véritables sentiments. Il inôntra plusieurs fois au vice-roi des lettres de son frère, le comte de Cifuentès, qui l’excitaient il la révolte; mais il cachait soigneusement les plus importantes, et celles qui répondaient aux siennes. Il sacrifiait quelques émissaires insignifiants, et protégeait les plus actifs. Il passait à Paris, à Madrid et à Cagliari , pour un sujetfidèle, tandis qu’à Barcelone on le regardait comme un des serviteurs les plus dévoués de l’archiduc.

Montesanto connaissait parfaitement tous ceux qui étaient de son parti en Sardaigne, et n’accordait sa confiance qu’avec une extrême circonspection. Par un raffinement de ruse, il travaillait, attendu qu’il avait l’oreille du vice-roi , à ruiner dans son esprit, par des insinuations perfides, les

• Don Joiè d e&yiva, frère du comte de Cifuentès , et gendre du marquis de ViUasor.

amis les plus éprouvés de la cause du roi. 11 lui représentait sa maison comme seule capable de défendre le royaume, qui était, disait-il, au moment d’échapper au prince légitime, par l’effet de l’indifférence de la plus grande partie de la noblesse pour des intérêts aussi sacrés, et de l’épouvante qui, à la première apparence d’une invasion étrangère, frapperait un peuple accoutumé à vivre , depuis quatre siècles , dans une paix profonde.

Cependant le comte de Cifuentès, qui avait depuis si long-temps conçu le projet d’enlever la Sardaigne à Philippe V, présentait aux alliés un plan, dans lequel il exposait l’utilité de l’occupation de cette île, à cause de sa situation, de ses ports et de sa fertilité. Il fut très applaudi à Vienne et à Barcelone, et ne fut pas désapprouvé à Londres. Les Anglais voulaient seulement ne pa> s’engager à fournir des troupes de débarquenv ut , et à employer, au-delà d’un terme prescrit, leurs forces navales à cette expédition. Ils avaient en vue une opération plus lucrative , la capture des galbons d’Amérique. En attendant leur arrivée dans la Méditerranée, l’archiduc ordonna au comte de Cifuentès de cultiver les intelligences qu’il avait ménagées en Sardaigne , où il faisait d’ailleurs espérer qu’il serait si bien servi par son frère , le comte de Montesanto.

LA SARDAIGSE

Les premières étincelles de la révolte parurent dans la Gallura, où Cifuentès avait envoyé quelques moines sardes , qui se trouvaient à Barcelone, et auxquels il avait remis des lettres. Cinquante hommes, qui passèrent en Corse sous la conduite de deux agents affidés, jetèrent les semences de la rébellion à Tempio, capitale de la Gallura. Quelques nobles et plusieurs des principaux habitants de Tempio se mirent à la tête des insurgés, et résolurent de proclamer l’archiduc , après qu’ils auraient surpris la tour de Lougosardo, et le fort de Castel-Aragonès , aujourd’hui Castel-Sardo, qu’un traître, acheté à prix d’argent , avait promis de leur livrer.

Le vice-roi, ayant su ce complot de la bouche même de l’un des conspirateurs , envoya sur les lieux, pour l’étouffer, le comte de Montesanto , qui le connaissait aussi bien que lui , mais qui l’avait appris par une autre voie; car il venait de recevoir des lettres qui le mettaient au courant de tout, ef qu’il se garda bien de montrer cette fois. Le comte se rendit à Tempio avec le titre de lieutenant du vice-roi , ce qui ne laissa pas de surprendre ceux qui le considéraient comme un ennemi du gouvernement espagnol. Le vice-roi avait cru achever de le gagner par celte éclatante marque de confiance ; mais l’événement prouva qu’on ne pouvait pas se tromper plus complète-

ment. Le comte, se voyant maître de donner à cette importante affaire la direction qui lui plairait , trouva moyen de retenir dans l’île les plus séditieux, qu’il ménageait pour une autre occasion, et se contenta de les faire comparaître juridiquement devant le vice-roi, duquel on avait obtenu lapromesse de ne pas les inquiéter , et qui leur donna la ville de Cagliari pour prison. Ceux qui ne voulurent pas se fier à la parole du comte se sauvèrent à Barcelone ; il s’en vengea en détruisant leurs maisons et en confisquant leurs biens , pour les punir, plutôt de leur manque de confiance que de leur crime , et pour donner, à leurs dépens , une nouvelle preuve de dévouement et de fidélité.

Ce châtiment, qui ne frappait point les vrais coupables , apaisa pour le moment les troubles delà Gallura;-mais il servit d’avertissement, pour les conjurés restés dans l’île , de remettre à une circonstance plus favorable l’exécution de leurs mauvais desseins. Lorsqu’ils crurent qu’elle était arrivée, ils s’évadèrent de Cagliari, où ils n’étaient pas même gardés à vue.

Le roi , informé de ce qui se passait en Sardaigne , envoya dans la Gallura, en qualité de lieutenant-général, don Picente Bacaüar, créé depuis marquis de Saint-Philippe , qui sut gagner l’affection do la province, et força les séditieux de se

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réfugier en Corse ; ceux qui restèrent n’étaient pas en état de donner la moindre inquiétude.

Ce complot n’était pas de nature à enlever la Sardaigne à la couronne d’Espagne, parce* que, avant tout, pour y réussir, il fallait s’emparer de Cagliari, où étaient réunies toutes les autorités civiles et militaires, et que, bien que les conjurés eussent des inlelligencesdans plusieurs villes, la capitale étant éloignée de cinquante lieues de la Gallura, dont les habitants étaient sans crédit, sans moyens, sans communications établies, il leur était impossible de traverser une si grande étendue de pays, sans être partout repoussés parles partisans, plus forts et plus nombreux, du roi Philippe.

En instruisant le procès des coupables , don Vicenle Bacallar découvrit la source de la révolte de Terupio , qui avait pris naissance dans des conciliabules tenus à Cagliari. Il écrivit en conséquence au vice-roi qu’il était important pour la sûreté publique, de faire sortir sur-le-champ du royaume, et d’envoyer en France le marquis de VÜlasor, le comte de Montesanlo , le marquis de la Guardia , le marquis de Las Conquistas , et don Gaspard Carnicer, intendant do domaine royal, afin que la flotte ennemie, qui menaçait Me, n^y trouvât plus les conjurés sur lesquels elle comptait; que , quoiqu’il en restât d’autres encore, ils étaient moins

puissants, et seraient intimidés par le châtiment des premiers ; que , de son côté , il ferait, en même temps et à la même heure , arrêter et embarquer, sur les bâtiments les plus tôt prêts, quelques nobles de Sassari, d’Alghero, de Castel- Aragonès , et de Tempio , afin que l’île , ainsi purgée des partisans de l’Autriche, n’eùt plus rien à craindre de l’apparition de la flotte des^alliés.'à moins qu’elle ne portât de nombreuses troupes de débarquement.

Le marquis de La Jamaïca perdit en cette occasion la réputation d’homme de tête, qu’il s’était injustement acquise ; il n’eut pas le courage d’exécuter ce qu’on lui proposait , ou il pensa peut-être que ce coup d’autorité ne ferait qu’avancer le dénouement, qui n’était déjà que trop prévu. Il négligea cet avis , et voyant que la cour persistait à lui refuser des troupes, il résolut de livrer Cagliari , aussitôt que la flotte alliée paraîtrait , et de capituler, pour obtenir au moins sa liberté. Cette détermination l’attacha encore davantage au comte de Montesanto , et, dans la chaleur de l’amitié, il écrivit si fortement au roi en sa faveur , que son beau-père, le marquis de Villasor , fut fait grand d’Espagne. Cet honneur , qu’il souhaitait avec passion , ne le gagna pourtant point au roi : l’archiduc lui en promettait autant, si , par la coopération de sa famille et de ses amis, il lui livrait la Sardaigne; et, dans cette hypothèse, qui par elle-

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même plaisait davantage, on aimait mieux recevoir des grâces de la main du prétendant que de celle du roi légitime.

Tel était l’état intérieur de la Sardaigne , quand l’escadre anglaise, commandée par l’amiral Lake , parut sur les côtes. Elle consistait en quarante bâtiments de guerre, mais elle n’avait d’autres troupes espagnoles de debarquement qu’un régiment nouvellement levé à Barcelone. Le comte de Cifiientès , nommé par l’archiduc, vice-roi de Sardaigne, était à bord. Lake avait ordre de ne mettre à terre que le régiment, et de tâcher, avec ce seul moyen, de se rendre maître de Cagliari. Il lui était enjoint, dans le cas où Cifiientès aurait fait des promesses qu’il ne pourrait réaliser , de se borner à bombarder la ville, et de retourner à Barcelone, après avoir envoyé le comte prisonnier à Finale, ainsi que les deux principaux auteurs de la révolte de la Gallura, qui l’accompagnaient , et qui avaient assuré que deux mille de leurs partisans se présenteraient bien armés , pour protéger le débarquement.

Sur la nouvelle de l’apparition de la flotte anglaise , don Vicenle Baccalar posta ses troupes de manière que, non-seulement les paysans insurgés ne pouvaient sortir de la province , mais qu’il leur était même impossible de s’éloigner du mont Limbara , où ils s’étaient réfugiés. Il assura donc le

vice-roi que les rebelles ne pourraient rien entreprendre contre la capitale, et que, lors même qu’on serait oblige de l’évacuer et de se retirer à Sassari , on pourrait encore espérer de conserver l’île, attendu qu’il était sur de la place d’Alghero et de la forteresse de Castel-Àragonès.

La flotte anglaise entra le 12 août dans la baie de Cagliari , faisant ses efforts pour gagner le port , quoiqu’elle eût le vent contraire. Le plus grand désordre se manifesta aussitôt dans la ville , et personne ne parut s’occuper des moyens de défense. Le commandant de l’artillerie se disposait cependant à s’acquitter des devoirs de sa place ; mais il ne trouva pas un seul de ses canonniers sur le rempart. Ceux de ses hommes, qui travaillaient en assez grand nombre dans les ateliers de la monnaie, que dirigeait don Gaspard Carnicer , l’un des principaux chefs de la conspiration, avaient reçu des instructions sur ce qu’ils devaient faire; les autres avaient été facilement gagnés par l’argent du marquis de la Guardia et du comte de Montesanto. Ainsi, au moment où la flotte ennemie fut à portée de canon , il ne se trouva pas UDe seule pièce qui fût en état de répondre à son feu.

Le vice-roi fut consterné, et sa crédulité céda cette fois à la preuve manifeste de l’existence d’une conspiration. On vit accourir au palais les personnes

les plus distinguées de la noblesse, entre autres et à la tète , le marquis de F'illasor , le comte de Montesanto , le marquis de la Guardia , et les chefs du complot , qui n’étant rien moins que disposés à seconder le vice-roi dans la défense de la ville, lui en exagéraient l’impossibilité, et le pressaient de se rendre.

Quelques serviteurs fidèles du roi , se flattant qu’il y avait encore des moyens de sauver la place , sollicitaient vivement le vice-roi de prendre un parti , et de donner ses ordres ; mais Je marquis de La Jamaïca, qui n’était pas homme de guerre, et qui peut-être était préoccupé du soin de conserver ses trésors , prescrivait des mesures incohérentes , contradictoires , et paraissait avoir perdu complètement la tête. Les quatre compagnies d’infanterie qui composaient la garnison , ne lui obéissaient déjà plus. On envoya du palais l’ordre à la cavalerie milicienne de marcher; mais son chef, le comte de Montesanto , donna des ordres contraires , qui furent plus ponctuellement exécutés, parce qu’on vit bien que c’était son parà qui allait l’emporter. Les conjurés eurent soin d’ailleurs d’exciter un de ces mouvements populaires, décisifs en pareille circonstance , et la basse classe ameutée demanda à grands cris qu’on ouvrît les portes de la ville.

L’amiral Lake adressa par un parlementaire une

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lettre au vice-roi. Le contenu en était injurieux pour la maison de Bourbon. Il demandait avec menaces la reddition de Cagliari , promettant à cette condition la confirmation, par l’archiduc, des privilèges accordés jusqu’au règne de Cliades II inclusivement. Le conseil de la ville , auquel le viceroi communiqua cette sommation, offrit d’exécuter avec énergie et dévouement les mesures qui seraient prescrites pour la défense de la place, eide rassembler un assez grand nombre de volontaires patriotes ; mais le marquis de La Jamaïca faisait déjà , de concert avec le comte de Montesanto et l’archevêque de Cagliari, des dispositions pour capituler. Ce prélat , don Bernard de Carignena , ne s’était pas jusque là déclaré ouvertement pour la maison d’Autriche; mais il était bien aise qu’on le crût à Barcelone partisan de l’archiduc, pendant qu’il se ménageait à Madrid la bienveillance du roi. La vérité est qu’il ne tenait pas beaucoup plus à l’un qu’à l’autre; il tenait surtout à l’archevêché deCa-

glian.

Ix* marquis de La Jamaïca ne demandait pour lui personnellement que la liberté de se retirer en Espagne avec ses équipages; il abandonnait au magistrat le soin de régler avec les ennemis ce qui concernait les intérêts de la ville. Il se contenta de demander que personne ne fût inquiété pour ses opinions politiques , et que ceux qui voudraient if. 9

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sortir du royaume en eussent la liberté. Ce fut le comte de Montesanto qu’il chargea d’obtenir ces conditions de l’amiral anglais. Le comte ne s’oublia pas dans cette circonstance , et, pour vendre plus chèrement ses services à l’archiduc, il n’eut garde de faire envisager à l’amiral la reddition de l’ile entière comme une chose si prochaine et si aisée. Le vice-roi avait demandé vingt-quatre heures pour répondre à la sommation ; Montesanto cacha le pouvoir qu’il avait de lui pour conclure , et afin de présenter l’entreprise comme plus hasardeuse qu’elle ne l’était en effet , il conseilla à l’amiral de bombarder la ville, sans attendre la réponse du * vice-roi, et d’opérer un débarquement sur un point très rapproché du port. La ville demandait seulement la conservation de ses privilèges, et un délai de six mois pour ceux qui voudraient quitter le pays, avec la clause de la confiscation de leurs biens , s’ils se retiraient dans les provinces possédées par le roi Philippe.

On choisit, pour porter ces propositions à l’amiral Ltake , un gentilhomme qui avait des liaisons d’intimité avec la maison de Viüasor, et par l’organe duquel Montesanto fit instruire en secret le comte de Cifuentès , qui était à bord , des offres véritables du vice-roi ; car il voulait garder jusqu’au dernier moment le masque de la fidélité.

Les habitants croyaient que la capitulation était

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déjà convenue, etdormaient tranquillement, quand , vers la fin de la nuit , ils furent éveillés par le bruit de l’explosion des bombes que Lake fit jeter sur la ville , et qui ne laissèrent pas d’y faire des dégâts. Jls n’avaient jamais rien vu de pareil; aussi le désordre l’effroi furent universels. La noblesse , abandonnant ses maisons , quoique placées dans le quartier le moins accessible, sortit en foule par une des portes du château. Le vice- roi se trouva resté , lui troisième , dans un des bastions extérieurs. Un régiment anglais débarqua sans obstacle au lieu désigné; on ouvrit les portes de ce côté,, et celles du môle ayant aussi été ouvertes, le fort qui le défendait fut occupé sans résistance. Cet événement eut lieu le i3 août , avant le jour. Le viceroi n’avait pas encore capitulé dans les formes, que la ville et la citadelle étaient déjà au pouvoir de l’ennemi. Les soldats qui gardaient la dernière enceinte s’étaient hâtés d’en livrer l’entrée.

L’amiral Lake promit d’accorder les conditions qu’on avait proposées, quoique la capitulation n’eût pas été signée. Les rebelles arrêtèrent cependant le vice-roi dans le palais même , parce que le bruit couraitqu’il voulait s’évader pour aller joindre, dans le nord de l’Ile, don F'icente Bacallar. Lake le fit immédiatement embarquer pour Alicante. Il traita de même le très petit nombre de personnes qui voulurent sortir de l’ile. Un seul homme de

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