CHAPITRE VIIL
Jlheroni , fier du sucrés de l'expédition de Sardaigne, en dirige une autre contre la Sicile, médite des révolutions en France et eu Angleterre, et travaille à mettre l’Europe eu feu. — Les puissances siguent d'abord le traité de la triple alliance, ensuite celui de la quadruple alliance, particulièrement dirigés contre la politique espagnole. — Eu exécution de ces traités, l'Espagne restitue Pile de Sardaigne à l’empereur, qui , eu échange de la Sicile , la remet immédiatement au duc de Savoie , auquel sa nouvelle possession confère le titre de roi. — Philippe V , débarrassé d 'Alberoni, dont les puissances alliées avaient exigé l'expulsion, accède à toutes les dispositions des traités. — Victor- Amcdce prend possession du royaume de Sardaigne. — De 1718a 17x0.
L’heureux succès de l’expédition de Sardaigne servit d’aiguillon au cardinal, pour l’encourager à profiter, comme il disait, du vent favorable de la fortune. Il ne prenait plus conseil de personne; la prudence espagnole était devenue à ses yeux presque ridicule , et l’expérience des hommes , jusque là réputés les plus habiles, n’était payée que du mépris le plus insultant. La vanité d ' Atleront } et la haute idée qu’il avait de lui-même, lui faisaient considérer tous ceux qui l’environnaient comme des êtres d’une nature inférieure.
AJSC1ENXE ET MODEUNE. l8 J
11 s’abandonna tout entier, dès ce moment, à la double pensée de parvenir à la gloire par le rôle qu’il se croyait destiné à jouer en Europe, et d’ajouter encore à l’ancien éclat du nom espagnol.
Sur tous les points de la péninsule, on faisait de vastes préparatifs de guerre ; on levait des recrues dans toute l’Espagne; on amassait en Catalogne une immense quantité de projectiles et de pièces d’artillerie; on mettait dans tous les ports des vaisseaux en armement. Il est certain qu 'Alberoni fit voir jusqu’où pourrait aller la puissance de la monarchie espagnole, si ses finances étaient bien administrées. Aucun roi d’Espagne, avant lui, et cela sans charger les peuples de nouveaux impôts , n’avait pu faire en aussi peu de temps d’aussi fortes dépenses , 'et développer d’aussi grandes forces ; ce qui parut d’autant plus surprenant, que l’Espagne sortait à peine d’une guerre long-temps malheureuse , et qui semblait avoir épuisé toutes ses ressources. Le roi Philippe dut à la direction d ' Albei'oni ces démonstrations sou-
daines de prépondérance politique , qui eussent pu être utiles , si on en eut tiré parti avec plus de prudence ; mais l’heureux cardinal crut que rien ne pouvait plus lui résister, ou peut-être s’imagina-t-il que les puissances, qui n’étaient pas directement intéressées dans la guerre qu’il médi-
tait, ne s’y opposeraient point, tandis qu’il s’occupait, avec une ardeur infatigable, du soin de se mettre en état de la soutenir.
Cependant il s’élevait, de toutes les parties de l’Europe , contre Alberoni, un concert de reproches, d’animadversion et de plaintes. On craignait que la continuation d’une guerre qui paraissait devoir être fort vive, entre l’empereur et le roi d’Espagne , ne rallumât l’incendie récemment éteint, et ne donnât lieu à une conflagration universelle. Le pape, depuis l’entreprise d 'Alberoni sur la Sardaigne , ne prononçait jamais son nom sans y joindre les épithètes les plus injurieuses. Alberoni , de son côté, se moquait ouvertement de la cour de Rome, qu’il avait si habilement dupée, et sa vanité était flattée de se voir en butte à la colère des souverains , et de faire lantdo bruit sur le théâtre du monde. Il persistait d’ailleurs opiniâtrement dans ses idées de guerre, quoiqu’il eyt assuré faussement la France et l’Angleterre que le roi d’Espagne se contenterait de recouvrer la Sardaigne. , , ,
® • J ' . ' ' < I • l'ii. Mil.
Le cabinet de Londres , inquiet des arrqenfep.ts qui se faisaient en Espagne , ne se .fiait pas aispt protestations du cardinal. 11 envoya lord Stanhqpe à Madrid , non-seulement pour tâcher de découvrir quel pouvait être l’objet de tant de préparatif^ . mais encore avec pouvoir de proposer un accom-
ANCIENNE ET MODEIVNE. ] 8f)
modement entre cette cour et celle de Vienne. L’empereur demandait des secours au roi Georges, en vertu de l’alliance qu’ils avaient contractée l’année précédente. La France, qui avait aussi conclu, en 1716, un traité d’alliance défensive avec l’empereur, se donnait les memes soins. Le régent n’élait rien moins que rassuré sur l’esprit turbulent et brouillon d 'Alberoni , qui conduisait des intrigues et ourdissait des complots jusqu'aux portes du Palais -Royal. Les représentations qui furent faites au cardinal par les ministres de France, d’Angleterre et de Sicile, ne firent qu’enfler son orgueil , et attirer de sa part les réponses les plus hautaines.
L’empereur insistait sur l’exécution de ses traités avec la France et la Grande-Bretagne, qui s’étaient rendues garantes de la neutralité en Italie. Il ne lui avait pas été difficile de démontrer à ces deux puissances la nécessité d’opposer une digue à l’arbbitîon d ' Alberoni , et au développement menaçant des forces de l’Espagne. Leurs ministres avaient signé , à La Haye, le 4 janvier 1717, le fameux iraité de là triple alliance, qui avait pour objet' de régler les intérêts respectifs de l’empereur, du roi d’Espagn'é et du duc de "SHvôie , nouveau rbi de Sicile, et de suppléer, dans les intérêts généraux de l’Europe, à ce que le traité d’Utrecht et la paix de Rade avaient laissé d’imparfait.