LA S A R O A I G S E
Le cardinal , lorsqu’on lui eut donné communication de ce traité, fut extrêmement irrité de ce que l’on avait prescrit, sans le consulter, une règle de conduite politique au roi d’Espagne, auquel il fit partager son indignation, et poursuivit imperturbablement l’exécution de ses vastes projets. Il n’en fut que plus ardent à l’accomplissement du dessein qu’il avait formé de bouleverser l’Europe. Il ne pensait à rien moins qu’à renverser la constitution de l’Angleterre , pour l’empêcher de s’y opposer. Dans le même temps qu’il travaillait à exciter la guerre civile en France, il proposait des subsidesà la Porte Ottomane, pour l’armer contre l’empereur; il s’alliait , dans les mêmes vues, avec le czar Pierre /" , et traitait avec le roi de Suède, Charles XII, pour rétablir par ses mains le prétendant, fils du roi Jacques , sur le trône de la Grande-Bretagne.
Les puissances alliées , effrayées avec raison des prétentions du cabinet de Philippe V, et de la politique turbulente de son ministre, s’accordèrent sur les bases d’un nouveau traité plus explicite que les précédents, et qui, négocié à Londres entre lord Stanhnpe, les ministres de l’empereur et du duc de Savoie , roi de Sicile , et l’abbé Dubois , depuis cardinal , envoyé par le régent de France , y fut signé le 2 août 1718; et prit le nom de traité de la quadruple alliance.
ANCIENNE ET MODERNE. îqi
Ce Traité portait :
« Que , pour terminer tous les différends , et » pour établir les conditions de la paix définitive » entre leurs majestés impériale et catholique , le » roi d’Espagne restituerait l’île de Sardaigne à
« l’empereur j ,
» Que le roi d’Espagne , dérogeant à cet égard » aux dispositions de la paix d’Utrecbt , consenli- » rait que la Sicile retournât à l’empereur , qui » céderait en échange au duc de Savoie le royaume » de Sardaigne j , t
» Que la Sardaigne retournerait , au défaut d’hé- » ritiers mâles de la maison de Savoie , à la cou- » ronne d’Espagne , laquelle renoncerait au droit » de réversion de la Sicile , qui lui avait été pré- » cédemraent assuré. » ■ i . '
Quant au traité de paix particulier entre l’empereur et le duc de Savoie } il fut convenu qu’on proposerait les mêmes conditions , c'est-à-dire l’échange de la Sicile contre la Sardaigne , et qu’on y renouvellerait les autres dispositions du traité d'Utrechl , qui regardaient ce dernier souverain.
Outre quelques autres articles du traité de Londres , qui assuraient la succession éventuelle de la Toscane à l'Infant don Carlos , fils de la première reine d’Espagne , Elisabeth Famèsc , il fut arrête qu’il serait fait un traité particulier, pour le règlement des intérêts de détail , entre l’empereur