‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 3 sur 108 · I.A SARDAIGNE · texte numérisé non relu

I.A SARDAIGNE

gantes de l’ambassadeur cou tri huaient d’au tant plus à concilier l’opinion publique à la France , que la comparaison qu’on était à portée de faire , tous les jours , avec celles des Autrichiens , de leurs généraux et de leurs princes , lui était extrêmement favorable.

On se flattait que si le roi de France donnait à l’Espagne un de ses enfants pour régner sur elle, il maintiendrait l’intégrité de la monarchie espagnole , que toutes les semences de guerre seraient à jamais étouffées , et qu’on serait enfin délivré de l’influence de la reine , et de la présence des Allemands , qui , par son autorité, étaient restés maîtres de la Catalogne.

Le marquis à' Harcourt , s’étant aperçu que le désordre était partout , dans la direction du cabinet, dans l’administration des finances , et dans la fortune des plus grandes familles de l’Etat , offrit au roi de distribuer de l’argent à propos , pour donner plus de poids et de consistance au parti français. Les écrivains étrangers contemporains ont bien parlé de cet avis ouvert par M. à' Harcourt ; mais ils n’ont pas, dit , ou n’ont pas voulu dire , ou peut-être n’ont pas su que Louis XJ H avait toujours rejeté cette proposition.

C’est par de moins ignobles moyens que l’on s’était gagné des fauteurs et des amis. Une persuasion sincère , l’amour bien entendu de la patrie.

l’espoir d’un meilleur avenir, et surtout peut-être les calculs de l’ambition , avaient formé , en laveur de la France, un parti dont l’ascendant, habilement ménagé , finit par amener les résolutions les plus décisives. Le marquis A' Harcourt suivit fidèlement les instructions par lesquelles il lui était ordonné de cultiver soigneusement l’amitié des personnages les plus importants qui figuraient dans ce parti.

Celui de tous qu’on mettait en première ligne était le cardinal Portocarrero , archevêque de Tolède , et primat d’Espagne. Ce chef du parti français ne manquait ni de mérite ni d’ambition . Il était secondé , dans ses opinions et dans sa conduite politique, par trois autres personnes influentes, qui étaient , comme lui , l’objet des assiduités de l’ambassadeur de France , savoir don Sébastien de Toledo, marquis de Mancem, le grand inquisiteur Rocaberti, et le père Frojlan - Dias, confesseur du roi.

Le cabinet de Versailles et le marquis d'Harcourt comptaient moins encore sur l’amour des chefs de ce parti pour la France , que sur la haine qu’ils portaient au comte dOropesa, président du conseil de Castille, dont la faveur les offusquait , et qu’ils brûlaient de renverser. La reine, son confident l’amirante de Castille , et l’ambassadeur de l’empereur ne désiraient pas moins la ruine

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du comte, dont les dispositions ne paraissaient rien moins que favorables aux prétentions de la maison d’Autriche.

Ce ministre fit voir en effet qu’on avait eu raison des deux côtés de se défier de lui , et il trompa toutes les ambitions. S’étant dperçu que le roi avait une répugnance à peu près égale pour Versailles et pour Vienne , et qu’il montrait un penchant décidé pour la maison de Bavière , il agit en courtisan habile, qui sait, en ménageant le présent, travailler pour l’avenir, et fit soumettre au roi , comme le résultat d’un conseil privé , où l’on avait discuté librement tous les droits et toutes les convenances , la proposition de renouveler son testament en faveur du prince électoral. Oropesa, en flattant le roi régnant , croyait en même temps s’assurer pour l’avenir les bonnes grâces de celui à qui son zèle aurait procuré cet immense héritage. Aussi eut-il soin , dans le second testament qu’il fit signer au faible Charles II, de faire ordonner qu’il aurait la direction des affaires pendant la minorité.

Le nouvel acte, qu’on tint d’abord très secret, et dont la connnaissance fut dérobée à la reine elle-même, finit par n’être plus un mystère, et toute l’Europe en fut instruite. L’empereur en fut indigné. Louis XIV feignit de tout ignorer , ou n’en montra du moins aucun ressentiment, connue s’il eut été sûr que l’avenir était à lui.

AXCIENNE ET .UOOKIIXE. IJ

Les chefs du parti français , qui étaient le cardinal Poiiocarneno, archevêque de Tolède, le grandinquisiteur Rocaberti , et le père Frojlan-dias , confesseur du roi , imaginèrent , pour contrebalancer l’ascendant du président de Castille, une intrigue ridicule , tou t-à- fait indigne de la cause qu'ils servaient. Ils firent répandre le bruit que le roi était ensorcelé , et que c’était la véritable cause de la facilité avec laquelle il se laissait gouverner. On attribuait celte œuvre diabolique à la reine , à l’Amiranle et au comte d ' O ropesa. Le confesseur, loin de réfuter ces bruits indécents, parut les appuyer de son témoignage et de son aveu , quand on vit qu’il se mettait en devoir d’em> ployer les exorcismes et tous les autres moyens que prescrit l’Église pour expulser le malin esprit.

L’archevêque de Tolède et le grand-inquisiteur approuvèrent hautementce manège du confesseur, afin que l’usage du remède donnât au mal de la publicité , et que le peuple détestât davantage et le gouvernement et la reine. Cette princesse était irritée de cette intrigue ; mais elle n’osait s’y opposer , dans la crainte d’être accusée de ne pas vouloir le soulagement des maux du roi , et d’accréditer par cette résistance des bruits qui n’avaient déjà fait que trop de progrès.

Le roi , que sa faiblesse mettait hors d’état de raisonner et de penser , permit les conjurations ou 11. 2

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