‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 4 sur 108 · I.A SA RUAIC NE · texte numérisé non relu

I.A SA RUAIC NE

exorcismes; et les expressions terribles qui furent prononcées, suivant le formulaire , ne le laissèrent pas douter un instant qu’il ne fût possédé du démon. La frayeur dont il fut frappé augmenta encore sa mélancolie , et le réduisit à un état si déplorable , que la majesté royale ne pouvait qu’en être avilie.

Les meneurs de cette basse intrigue, voulant la conduire jusqu’au bout , eurent recours à un nouveau moyen pour mettre au grand jour la prétendue vérité de l’ensorcellement du roi , dans l’espoir que la perte de leurs rivaux en serait Iç résultat. On disait alors qu’il y avait une femme possédée du démon , à Cangas , ville des Asturies. Il fut convenu que le confesseur Fmylan-dias enverrait demander au démon la véritable cause des souffrances du roi. On fit avouer sans peine à l’ange des ténèbres que le roi était ensorcelé ; mais quand il s’agit de répondre aux questions qu’on lui faisait pour connaître les auteurs du mal, l’esprit malin , à qui on avait soufflé les noms de tous ceux qu’on voulait perdre , eut la maladresse de donner une liste de dénonciations qui compromettait un trop grand nombre de personnes considérables : la nature de celte intrigue parut trop audacieuse, et la ruse trop grossière. La reine obtint de son mari qu’il chasserait un confesseur qui correspondait trop bien avec le démon , et elle le fit remplacer

ANCIENNE BT MODERNE. ig

par le père Torrez , dominicain comme lui , que lui avait procuré Y Amirauté de Castille , son favori.

L’exil du confesseur n’empêcha point le parti de poursuivre sa route, et de marcher à son but. Ce parti fit même en ce moment deux acquisitions précieuses. Don Manuel Arias , ancien président du conseil de Castille , et don Francisco RonquiUo, qui venait de remplir la charge de corrégidor de Madrid, et s’était fait chérir du peuple', se joignirent au cardinal et au grand-inquisiteur. Le principal objet de cette association n’était encore en ce moment que de renverser Y Amirauté et le comte d’ O râpes a , qu’on regardait comme des obstacles placés sur le chemin de l’ambition.

RonquiUo ne tarda point à se faire de sa popularité un instrument de succès. Il faisait circuler à dessein les nouvelles les plus alarmantes r les bruits les plus fâcheux. Il affectait de paraître vivement touché des maux du peuple , et la douleur qu’il en ressentait lui arrachait fréquemment des larmes. La disette qui affligea l’Espagne , celle année (1699) , favorisa merveilleusement ses projets. Le prix de la farine et de l’huile élait fort aug-1 mérité ; le peuple murmurait. On attribuait cette cherté à la permission donnée par le comte A' Oropesa , allié de la maison régnante de Portugal , d’exporter des grains dans ce pays, et on donnait

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