‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 37 sur 108 · II · texte numérisé non relu

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raient bientôt persuadé qu’on n’en tue pas et qu’on n’en laisse pas pourrir un assez grand nombre pour corrompre l’air du pays, et ils se fussent épargné, tous deux, une énorme bévue.

Parmi les auteurs anciens , qui ont fait mention des maladies périodiques de la Sardaigne , Siiius Italiens et Pausanias sont ceux qui ont le mieux signalé la cause du mal. « Cette terre , dit le chan- » Ire de la guerre punique , est pure de reptiles et » de venin , mais l’air qu’on y respire est altéré » par les exhalaisons de ses nombreux marais. Hé- » rissée de rochers où les vagues se brisent , ses » champs desséchés sont dévorés parie souffle brû- » lant des autans enflammés *. »

Pausanias indique avec assez de précision l’origine de ce fléau, sur lequel il admet aussi l’influence des montagnes et des vents , lorsqu’il dit « Que » dans les vallées de l’intérieur est renfermé un air » corrompu , produit par les vapeurs salines qui s’y » amassent , et par l’accablante chaleur des vents » du midi , tandis que l’élévation des montagnes » empêche ceux du nord de dissiper les exhalaisons » de la terre et de rafraîchir la température . »

1 Serpent ii m tellus pura , ac viduata veneuo ;

Scd tristis cœlo , ac limita vitiata palude....

Exercet scopulis latè fréta , pallidaque intùs Arva coquit, nimiiim Can*ro fumantibus Austris.

* Iutcr montes plertimqtic turbidos ac pestilen* inr'.uditur aor. In faussa

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La cause première et principale de l’intempérie sarde vient des miasmes délétères qui s’exhalent des salines , des étangs , des amas d’eaux stagnantes, et des terrains marécageux '. Ces exhalaisons , élevées par l’action du soleil dans l’atmosphère qui en est imprégnée , ôtent à l’air son élasticité > le vicient, l’altèrent et portent dans le corps humain, par la voie de la respiration , des affections pernicieuses , des fièvres intermittentes et putrides , ordinairement violentes , toujours dangereuses , et souvent mortelles.

L’intensité de l’effet est entièrement dépendante de la puissance des causes primitives ; de sorte que le nombre et la gravité des maladies de chaque année sont en proportion avec les circonstances naturelles et accidentelles qui les engendrent.

L’intenjpérie règne pendant tout le temps que durent les émanations de la terre , c’est-à-dire tout

sont sales, qui ibi coguntur, et prægravis ac violenter inrumbens Àuster. Obstaut pra*tereâ pnealli montes quominus a septentrionibus Hautes venti cœli et terne va porcin tempes tivo frigore leniaut. ( Patisan. in Phocid . )

1 C’est l’effet naturel de la configuration du sol. L’ile est partagée , dans ses régions inférieures , en vallées inégales , dans lesquelles descendent et se précipitent les eaux de pluie et les torrents des collines et des montagnes d’alentour. Quand ces eaux ne trouvent pas un chemin pour aller grossir les ruisseaux d’eaux courantes , elles s'amassent dans les bas-fonds, dans les vallées et dans ces espaces plus étcudus , auxquels on a donné le uom de Campidano ; et là elles forment, par l’effet de l’uiégalité et du mouvement onduleux du terrain , de petits lacs , des étangs , des marais, que pompe un soleil ardent , et qu’il réduit en vapeurs malfaisantes.

le temps que l’action du soleil les aspire , les élève , les extrait des lieux marécageux , et que la vaporisation s’opère par la chaleur. Plus le terrain est humide et gras, comme on dit vulgairement, plus le pays est sujet à l’intempérie. Les contrées les plus fertiles , comme le campidano d’Orislano , les cantons de Flumini-maïor , de Pula , etc. en sont particulièrement infectés. C’est une observation qui n’avait pointéchappéài&raÆort. Les exhalaisons de ces sortes de terre sont plus abondantes , et elles enveloppent constamment leur atmosphère.

Dans les pays chauds et humidesen même-temps , la nature , créant sans cesse , favorise la propagation des êtres , hâte la naissance et l’accroissement d’une multitude infinie de végétaux et d’animaux ; mais aussi elle les conduit à leur fin avec une rapidité proportionnée à celle de leur génération. Les lacs sans écoulement , les marais , les rivières immobiles se remplissent promptement de débris de tout genre. Les eaux stagnantes , auxquelles sont mêlés des végétaux morts , sont celles d’où il se dégage le plus d’émanations morbifiques , à mesure que le calorique opère la décomposition de ces êtres organiques. Cette cause devient plus active et plus pernicieuse quand , avec les végétaux , se trouvent des animaux morts, et que ces deux principes sont combinés entre eux ; circonstance qui ne peut manquer de se rencontrer

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souvent , par la réunion d’une grande quantité d’herbes et d’insectes, au milieu de ce luxe de végétation et de vitalité.

C’est par la même raison que les terrains sans eau , secs , pierreux , improductifs , sont généralement exempts de l’intempérie. Leurs émanations peu abondantes ne séjournent pas , et le moindre souffle de vent les dissipe. Cet effet est surtout sensible dans les lieux élevés, à l’exposition du nord-ouest et de l’ouest , qui sont constamment sains et salubres , tandis que souvent les vallées et les plaines qu’ils dominent , et dont ils ne sont séparés gue par une petite distance, sont enveloppées de vapeurs malfaisantes. 11 arrive bien des fois qu’on ne peut aller d’une ville à une autre , et communiquer entre deux villages , parce que , sur un chemin d’ailleurs sans danger , il faut descendre dans un vallon , ou passer un ruisseau.

Il ne faut pourtant pas regarder comme étant sans exception cette immunité des lieux secs , surtout dans les pays de culture. Au moment du labourage, quand la charrue entr’ouvre la terre , ou lorsque les premières pluies d’automne viennent la détremper , après plusieurs mois d’aridité, il en sort des exhalaisons pernicieuses , qui rendent dangereux les cantons les plus innocents peuriant le reste de l’année. Cela est surtout vrai des

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lieux bas , à quelque distance qu’ils soient placés des eaux stagnantes ; d’où il suit qu’elles sont bien la-principale , mais non pas l’unique cause de la corruption de l’air. C’est un de ces mystères de la nature , que les recherches de la science n'ont pas encore pu pénétrer.

On pourrait croire , au premier coup d’œil , que les maladies devraient cesser avec la saison qui les engendre, et s’étonner qu’elles se prolongent jusqu’au commencement de l’hiver. Mais l’air ne se dépouille pas de ses principes nuisibles au moment précis où cessent les chaleurs ; il reste encore imprégné des miasmes putrides dont il a été si longtemps chargé. Ce n’est que quand les grandes pluies ont tombé en abondance, qu’il se dégage de ses vapeurs impures , et que les eaux croupissantes sont entraînées dans la mer. Comme la saison des pluies vient presque toujours en Sardaigne dans les mois de novembre et de décembre , c’est à cette époque aussi qu’arrive ordinairement le terme des maladies ; ternie plus ou moins rapproché, suivant que l’année est plus ou moins pluvieuse.

On a vu par ce qui vient d’être dit que l’intempérie sarde est localp et temporaire. Il faut ajouter , pour répondre à ceux qui en exagèrent les effets par opposition à ceux qui les nient , que les maladies endémiques dans certains lieux de la

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Sardaigne n'ont pas un caractère particulier qui les distingue de celles des autres lieux analogues par le sol et le climat , et qui puisse faire penser qu’elles y exercent , dans la proportion donnée de la population , plus de ravages qu’ailieurs. Les exhalaisons des parties malsaines de celte île ne produisent pas d’autres résultats ni d’autres affections , que celles des maremmes de Sienne , des rizières du Piémont , des marais du Languedoc , et que Varia cattiva de la Campagne de Rome. L’homogénéité des miasmes pernicieux , qui engendrent les fièvres communes à ces contrées diverses , est maintenant démontrée ; leur nature est partout la même comme la composition chimique de l’air Ils existent et se retrouvent dans toutes les parties du monde , où le soleil agit avec force sur des eaux corrompues ; car , ces deux conditions, nécessaires l’une à l’autre, n’opèrent

* L’existence et l’homogénéité des miasmes qui sont les produits gazeux des substances végétales et animales , en état de décomposition , sont deux faits constants ; mais ces miasmes , d'un effet si universel , quels sout-ils , quelle est leur nature ? Voilà ce qui a échappé à toutes les recherches physiologiques , et à toutes les analyses des chimistes. Un savant médecin espagnol , le docteur Arejula , établit que les miasmes paludiques ou maréca gcux forment un geure qui se divise en espèces variées seulement par leur degré d’activité , ou peut-être par leur quantité dans un espace donné. Il prétend que ces miasmes sont les gaz hydrogène et carbonique , leî mêmes , suivant lui , qni sont excrétés par le poumon dans l’acte de la res piralion ; et il part de cette théorie pour démontrer l’action de ces substances un iformes sur notre machine.

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pas séparément; mais réunies elles donnent naissance aux plus affreuses maladies. Le professeur Baumes , de Montpellier, va jusqu’à dire, dans son traité des effluves marécageujc , que l’action des émanations virulentes des marais peut produire la fièvre intermittente la moins putride jusqu’à la fièvre pestilentielle la plus développée. L’analogie et le raisonnement ont même conduit quelques observateurs à y trouver la véritable origine de plusieurs de ces épidémies de fièvre jaune , qu’on avait cru importées d’Amérique , et qui n’étaient, suivant eux , que des fièvres intermittentes , devenues pernicieuses jusqu’au dernier degré d’exalta- ' tion , par l’effet énergique des causes atmosphériques et occasionelles 1 .

’ L’auteur a fait l'application de cette idée à un pays qu’il a été à portée d’observer sous ce point de vue , dans un écrit publié par lui sons ce titre : Mémoire sur la nature des maladies endémiques à Carthagine et dans le midi de l'Espagne , et particulièrement sur celle de la fièvre jaune. ( Buisa, «819. ) Il y rend compte de ses doutes et de ses recherches sur ces deux propositions : i° Les fièvres intermittentes, dans les contrées en même temps marécageuses et très chaudes , offrent une analogie frappante avec la fièvre jaune , qui pourrait bien n'en être que le degré le [dus exalté, i" Le germe de la fièvre janue existe dans les provinces méridionales maritimes de l’Espagne , et, sans la condition nécessaire de l'importation , il peut s’y développer par le seul effet de la réunion de certaines circonstances atmosphériques.

Cet essai d’un homme qui exposait franchement ses idées, en se déclarant étranger à la pratique de l’art de guérir, fut diversement jugé par les feuilles périodiques , qui traitent de ces matières. M. le docteur Kostan . dans un

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On doit au savant professeur Gemelli , dans son livre de la restauration de la Sardaigne ( Ri/ton -

article du Nouveau journal de médecine , rédigé conjointement avec lui par MM. Chomel , C loque t , Orjila f et par l’illustre B é dard , faisait précéder le compte favorable qu’il rendait , et les citations qu’il tirait de cet opuscule , par ces sages réflexions: « Que doit faire l’homme sensé , lorsqu’il s’agit de » donner un avis sur des faits dont il n’a jamais été témoin ? Suspendre son

- jugement , se bien garder de prononcer , douter en un mot. Nous disons , « douter et non pas nier ; car si croire sur parole , sans examen , est le par-

- tage d’un sot , nier sans preuve est quelque chose de pis eucorc ; c’est le

- propre d’un sot présomptueux ».

O conseil ou cet avertissement de M. Rostan n’a pas empêché un de ses confrères f rédacteur d’un autre journal de sciences médicales , de rejeter avec dédain et avec ironie , sans examen des faits , les raisonnements de l’an tetir du mémoire , parce qu’ils n’étaient pas d'un homme du métier . On avouera que c’est vouloir exercer bien exclusivement le monopole de la science.

Quoi qu’il en soit de la tyrannie de ce docteur gazetier , il n’en est pas moins vrai que les deux propositions ci-dessus énoncées ne sont pas indignes de l’attention des hommes de bonne foi et non prévenus , qui aiment à juger en connaissance de cause , sur des observations désintéressées, et qui se mettent en dehors des préjugés d’école, de l’esprit de parti , et des opinions systématiques.

La première , bien qu’appuyée d’un grand nombre de suffrages respectables, ainsi que de faits importants et d’analogies curieuses , est une de ces questions livrées, pour bien des anuées peut -être, aux disputes des hommes , comme l’ont été tant d’autres , dont le temps seul a amené la solution, et comme l’est encore en ce moment celle de la contagion de la fièvre jaune ; question qui pourrait bien n’en être une que faute d’avoir déterminé le sens précis des mots.

La seconde , plus avancée dans la démonstration , repose sur une série de faits , d'observations et de preuves irrécusables ; et le moment n’est pas loin |>eiit-ètre où éclatera la vérité, qu’on s’étonnera d’avoir si long-temps méconnue.

mento délia Sardeg/ia ) , la solution d'une question bien important pour ce pays , et qui entrait naturellement dans le plan d’un ouvrage dont l’objet est d’améliorer les produits du sol et la condition de l’homme. Il se demande s’il est vrai , comme on en fait la fausse supposition , que l’intempérie nuise à l’agriculture, et que, par un effet réciproque, l’agriculture augmente l’intempérie. 11 répond d’une manière satisfaisante au premier point de la question , et réfute le second victorieusement.

L’intempérie ne pourrait nuire, en effet, à l’agriculture qu’en altérant et détériorant la qualité des produits , ou en éloignant les cultivateurs de leurs travaux par la crainte du danger , et en dépleuplant les campagnes. Or, il est démontré, par l’expérience de bien des siècles et par celle de tous les jours , que les grains et autres fruits de la terre de la Sardaigne ne sont rien moins qu’inférieurs à ceux des autres pays. Personne n’ignore que les Romains , sous la domination desquels l’agriculture de ce pays était extrêmement florissante , et sa population triple de ce qu’elle est de nos jours, faisaient , sans peur et sans danger, une immense consommation de ses produits de tous genres , quoiqu’ils connussent très bien son insalubrité , que même ils exagéraient, et contre laquelle ils déclamaient , au lieu’d’y remédier. Aujourd'hui , comme dans l’antiquité , ou consomme , en Sar-

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daigne et ailleurs , les grains et autres productions de cette île , sans qu’il en soit jamais résulté le moindre inconvénient pour la santé publique. Il en est de même des fruits ; bien qu’il existe à cet égard quelques préjugés populaires , ceux qui viennent dans les cantons les plus frappés d’intempérie ne sont pas les moins délicieux On a déjà vu que ce sont précisément ces cantons qui rapportent le plus , et les grains qu’on y récolte , plus durs et plus blancs , obtiennent , et dans le pays et dans l’étranger , une préférence marquée.

Quant aux paysans qui cultivent la terre , dans les lieux où règne l’intempérie , ils en souffrent bien moins qu’on pourrait le croire , par la parfaite connaissance qu’ils ont, et que leurs pères leur ont transmise , des heures du jour où l’on peut vaquer aux travaux des champs , et de celles où il faut s’en abstenir. Il paraît d’ailleurs que l’habitude , pour ceux qui sont nés dans les parties de l’île sujettes à l’intempérie , de respirer cet air épais et insalubre , les rend moins susceptibles de contracter les maladies qu’il engendre , et les y acclimate dès leur enfance. Le fait est que les habitants de ces lieux malsains , sans jouir d’une

' On craint à Cagliari les fruit» et particulièrement les figues du cap Pnla, Si ce» fruits sont réellement malsains , c’est par uue antre raison que celle de leur provenance, puisque ceux des autres raillons qui sont dans le même cas ne sont pas sujets au même inconvénient.

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santé robuste ni des avantages d’une grande longévité, supportent assez bien l’influence de l’intempérie , si fatale à ceux qui l'affrontent pour la première fois, et qu’on n’en voit qu’un petit nombre on être victimes. Ce fléau exerce surtout ses ravages sur ceux qui seraient tentés de quitter un air pur et sain , pour venir sur son théâtre ; mais on est si bien prévenu, que fort peu s’y hasardent. L’intempérie ne nuit donc point à l’agriculture, et la dépopulation de la Sardaigne , à laquelle on ne peut nier pourtant qu’elle n’ait contribué pour sa part, a eu plusieurs autres causes non moins puissantes.

La supposition faite que la culture de la terre augmentait l’intempérie s’appuyait sur une double observation , savoir que les terrains les plus productifs de toute l’ilc sonl’ceux qui en sont plus infectés , et que la raison qu’on peut en donner , c’est que plus on ouvre et tourmente le sol , plus il s’en exhale d’émanations malfaisantes. Il n’a pas été difficile au professeur Gemelli de répondre à cet argument mal fondé , et qui suppose une ignorance complète des procédés de la nature. Il y oppose avec raison les expériences et les découvertes de la physique moderne sur l’alimentation des végétaux par les sucs de la terre , et sur la circulation jJc la sève. Il démontre que , bien loin que la culture augmente les causes de l’intensité

de l’intempérie , elle en diminue au contraire l’action et les effets , en faisant servir à la nourriture des plantes ce qui deviendrait un des éléments naturels des émanations délétères, et en faisant absorber le mauvais air par la végétation , qui possède au plus haut degré la faculté de l’assainissement.

On ne doit pas croire que les Sardes , attaqués tous les ans , depuis un temps immémorial, par un ennemi si redoutable, n’aient pas cherché les moyen s de le combattre. Le feu a été regardé jusqu’à présent comme un des plus puissants, et, en effet , il est éminemment propre , quand il agit en grand , A dissiper les malfaisantes exhalaisons de la terre dans les lieux infectés. C’est pour cette raison qu’au commencement de septembre on brûle tous les chaumes, et qu’on voit de longues lignes de feu s’étendre à de grandes distances '. L’usage du feu pour les besoins de la vie dans les lieux habités atténue l’effet de l’intempérie. On dit en Sardaigne que si une circonstance quelconque forçait la' ville d 'Oristanoà se passer de feu , elle serait immanquablement détruite au bout d’un petit nombre d’années. Il est de tradition que les anciens juges

1 11 n’est permis de faire paître les troupeaux dans les chaumes qu’au s 5 août, et de les brûler qu’au 8 septembre , parce qu’on regarde leur conservation comme utile pour défendre la surface du sol contre les ardeurs du soleil.

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à' Arborée et les marquis d ' Orislano faisaient tous les jours allumer de grands feux autour de la ville, pendant toute la saison de l'intempérie.

Un moyen plus efficace sans doute que ces palliatifs insuffisants , pour rétablir la salubrité dans un pays d’eaux stagnantes, c’est de les faire écouler ou de les tarir. On s’étonnerait avec raison que les Romains , s’ils avaient aussi bien connu et aussi souvent pratiqué que les modernes l’art de la canalisation et du dessèchement des marais , n 'eussent pas appliqué ces procédés d’assainissement à un pays auquel ils attachaient tant d’importance , et dont ils tiraient de si grands avantages. Le gouvernement sarde , toujours animé des meilleures intentions, a commencé quelques travaux, qu’on n’a pu malheureusement pousser bien loin , pour la régularisation du cours de la rivière d’0rislano. Le succès d’une aussi vaste entreprise , que celle d’assainir la Sardaigne, exigerait un plus grand développement de moyens , et plus de ressourtes d’industrie et d’activité que le pays n’en présente. Les grands ducs Corne I" , Ferdinand II , Léopold , en Toscane , et Charles Emmanuel , en Piémont , ont bien pu , en desséchant ou faisant écouler les eaux stagnantes du territoire de Pise , des maremmes de Sienne, et des fossés de Novare , rendre à la salubrité et à la culture , des lieux auparavant malsains ; mais ils ordonnaient

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ces travaux , imités depuis et surpassés ailleurs , dans un pays où l’on pouvait disposer de beaucoup de bras , et où l’industrie et la civilisation étaient avancées. La position n’est pas à beaucoup près la même en Sardaigne. Outre l’impossibilité de soumettre aux méthodes d’assainissement un très grand espace de pays, il serait aussi extrêmement difficile de dessécher des lacs étendus et profonds , et , à cause du peu de déclivité du terrain , de donner de l’écoulement à des rivières dormantes , dont les eaux sont quelquefois tellement réduites dans l’été , qu’on les passe à gué , sans excepter le Tirso , qui est la plus considérable de toutes.

S’il n’est pas permis de songer à de si grands résultats dans un pays pauvre , et dénué de mouvement et d’activité , l’intérêt de l’humanité doit faire au moins désirer qu’on s’occupe des améliorations locales , dont quelques essais ont montré la possibilité.

En attendant un avenir probablement bien éloigné , où des circonstances favorables , et une volonté plus forte que ne l’a été la puissance romaine elle-même , parviendront à dompter la nature , les Sardes reçoivent du moins de l’administration publique , des conseils de santé, et des enseignements de l'art médical et de l’expérience , les avis et directions nécessaires pour combattre le mieux possible un ennemi avec lequel il faut s’accoutumer

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à vivre. On publie tous les ans des prescriptions diététiques , qui sont une espèce de tableau d’hygiène locale , appropriée au mal et aux individus. Tout le monde sait en Sardaigne qu’il faut s’abstenir de la chair des animaux provenant des lieux accusés ou soupçonnés d’être sujets à l’intempérie , et surtout de celle des poissons pêchés dans les eaux qui y dorment ou qui même y coulent ; vivre avec une extrême sobriété , ce qui dans ce pays n’est .point un sacrifice ; se bien couvrir la tête et la poitrine , quelque temps qu’il fasse , et partout, tant que dure la saison du danger , se renfermer dans les maisons , allumer des feux de bois résineux , et prodiguer les fumigations de vinaigre , de genièvre , et de romarin '. Ce que l’on recommande pardessus tout , c’est d’éviter de voyager dans les lieux suspects , quand on n’y est pas né , particulièrement à l’ardeur du soleil , et surtout d’y passer la nuit , imprudence dont on est presque toujours puni par une mort certaine ; car l’intempérie de nuit ( intempérie di sereno) est regardée comme la plus dangereuse. Telle est souvent aussi la triste destinée de l’étranger mal avisé , Çui fait la folie de vouloir respirer , après une journée chaude.

■ L* mélbodc Je désinfecter l’air, iuvcnlée en France , et perfectionné); encore dan» ces derniers temps , commençait à s’introduire , il y a quelques années en Sardaigne, où l’on est si souvent dans le cas de l’employer . et où elle rendra les plus grands services.

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l’air du soir , dont une délicieuse fraîcheur l’empêche de se défier. Les gens du pays suivent fidèlement de père en fils les mêmes conseils et le même régime. Il en résulte que l’intempérie fait parmi eux beaucoup moins de ravages qu’on ne le croit vulgairement , parce que ceux qui sont nés dans son foyer s’y accoutument , et que ceux qui ne le sont pas ne s’v exposent guère.

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