‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 42 sur 108 · I. A SA11DA1(Ï!SE · texte numérisé non relu

I. A SA11DA1(Ï!SE

avec un vaste port , et que celle à' Iglesias est éloignée de plus de huit milles des bords de la mer.

Les autres , et Clavier avec eux , placent Su Ici sur la rive orientale du golfe , dans un lieu désert , et sans aucune trace d’habitation , près de PalmadiSols , peut-être à cause d’une de ces analogies de nom , dont on est si souvent dupe en géographie. En passant sur l’autre rive , c’est-à-dire , dans l’Ile d z Saint-Aiilioclie , ils auraient trouvé, au fond du golfe , dans la situation la plus favorable pour un port , les restes d’un môle , beaucoup de ruines de constructions romaines , des tracés de rues , et des fondations, à quelques pouces au-dessous du sol , où l’on recueille tous les jours , en le remuant , des pièces de monnaie ' , et les restes d’un fort , qui s’élève encore de douze à quinze pieds au-dessus de terre3. 11 nous semble qu’on ne saurait , sans obstination et sans aveuglement , récuser de pareils témoignages; et si on voulait y méconnaître les ruines de la ville de Sulci , qui avait un port sur le golfe de P aimas , nous demanderons qu’on nous les représente ailleurs , et qu’on donne un nom à celles-ci.

' L’auliur de cet ouvrage possède plusieurs médailles d'argent et de braise , déterrées à Saint-Antioche , et qu’il s’est procurées sur les lieu* mêmes. Les habitants en ont trouvé autrefois, et en trouvent encore tous les jours beaucoup. Quelques-uns d'entre eux s’en sont fait faire des boucles.

* On le nomme en sarde Craitu , ce qui peut être une corruption du mot latin cattrum.

Don Martin Cardia , et l’archevêque de Cagliari , d 'Esquivel , qui ont visité ces ruines , à une époque où leur destruction était moins avancée , ont exprimé cette opinion , que partage le père JVapoli , dans leurs relations de la Sardaigne , envoyées par l’un , en 1612 , au roi Philippe III , par l’autre, en 1617 , au pape Paul V.

Nous croyons donc pouvoir affirmer que l’ancienne ville de Sulci était située dans l’ile qu’on appelle aujourd’hui de Saint- Antioche , au nord du pont et de l’isthme , qui la joignent à la grande île.

On s’est avisé de chercher Bioea à Iglesias , comme on l’avait fait pour Sulci. 'C’est du temps perdu , pour la même raison. Bioea , port de mer, se trouvait où est maintenant Porto Pino , à l’entrée du Sulcitanus sinus , ou golfe de P aimas.

Herculis portus qui vient après est évidemment Chia, non loin du cap Spartivento.

L’Itinéraire indique , sur la route de Sulci à Caralis par Nora , une ville de Tegula , qui n’est p>as citée dans Ptolèmée. Elle devait se trouver où est le village dfr Teulada , près de la mer et du cap de ce nom , qui s’appelait en latin Capul tegulare.

Cunium charium est un mot altéré par les copistes. On le rétablit pour en faire Cunicularium , et ce promontoire des lapins nous est représenté par le cap Pula.

C’est là même qu’était la célèbre ville de Nora, dont on voit encore les ruines imposantes ' , et que Clavier a fait la faute grave de rejeter parmi les villes du centre de File , parce qu’une ville de ce nom , ainsi désignée en effet , mais dont il ne reste aucune trace, se trouve dans l’Itinéraire d’ Anlonin.

Voici du moins une ville de la Sardaigne antique , sur la situation de laquelle se trouvent unanimement d’accord les géographes et les érudits. C’est la cité d ’lolas , la Caralis , ou Calaris des Romains.

Ptolêmêe , avec tous les auteurs anciens qui en ont parlé , la place au milieu et dans le fond de son golfe , Caraliantus sinus } duquel , ainsi que Pline , il recule la limite jusqu’au cap Carbonaro., nommée par ce dernier Caràlilanam pro± montoriurn.

Caralis avait une autre forme , et occupait une' plus grande place que la ville d’aujourd’hui. Elle s’étendait le long du rivage , à en juger par quelques vers de C/audien, qui décrivent avec exactitude la configuration de son port collines peu élevées , par lesquelles est rompue V impétuosité des

■ M. de ta Uarmora dit avoir vu , dans «a visite aux ruines de Noru , un conglomérat calcaire , qui forme comme une espèce de jetée , près d'un vieux môle , et qu'il crut au premier abord un ouvrage des hommes. Il est a souhaiter que , dans un second examen , ce savant observateur vérifie si sa première opinion n’est pas fondée.

vents, et ce vaste étang , où l’on est en suivie , à V abri de tous les orages ; ce qui fait supposer que c'était dans l’antiquitc un immense bassin , ou comme un port intérieur

La ville antique se prolongeait beaucoup plus à l’ouest , et le faubourg de Starnpace en était probablement le centre. Les restes de temples et d’édifices de divers genres qu’on y a trouvés , autorisent cette conjecture.

La colline que couvre aujourd’hui le quartier du château , et qui était l 'Acropolis de 1a colonie grecque , ne paraît pâS avoir été habitée par les Romains.

De ce que Caralis avait plus d’importance et d’étendue que Cagliari, il n’en faut pas conclure, avec Clavier , que c’était , comme il le dit , une ville immense. Ce savant a été trompé par un passage de Florus , qui dit que Gracchus punit sévèrement les villes du pays , et Caralis , la ville des villes 2. Il est évident que l’auteur latin ne voulait dire autre chose , si ce n’est qu’elle en était la capitale.

1 Tenditur in longum Caralis , temiernque per undas Obvia dimittit fracturum flamina collera.

Efficitur portus medium mare ; tutaque ventis Omnibus ingenli mansuescunt stagna recessu.

( Claudia**, de Bello Gildon. )

* Sardiuiam ( îracchus arriptiit , we\ilum in urbes , urbcmque tirhium ptralim. ( Flob. , liv. i , chap. vi. )

Ptolémée décrit ainsi la côte orientale :

Susaleus vicus , Sœpri Jluv. ostium , Suipictus porttis , Cedris Jhtv. ostium , Feronia civitas , Olbia civitas , Olbianus portus , Columbarium promontorium, U rsi promontorium .

La première commune de la côte de l’est , en venant du sud , avait le nom de Susaleus vicus, qui pourrait bien avoir été altéré. Placée avant l’embouchure du Sœprus , elle se trouvait vraisemblablement près d’un petit lac, dans lequel se jette le Rio de San Priamo.

L’Itinéraire d 'Antonin marque dans cette région deux autres villes, celle de Ferraria, dont on ne saurait déterminer la position , et celle de Sarcopos ou Sarcobos > dont on a peut-être fait le nom du canton actuel de Satmbus , et que nous croyons avoir été située vers les bouches du F/umendosa, qui est l’ancien Sœprus.

Il serait bien extraordinaire qu’il n’y eût eu sur le vaste golfe de Tortoli aucun établissement des anciens ; ils étaient trop habiles pour négliger une si belle position maritime. C’est en effet sur ce golfe , sans qu’on puisse en fixer le point avec précision, qu’était Sidpicius portus ’.

C’est aussi dans ce même golfe , que les Troyens

’ Telle est la leçon du Vatican, et celle qu'on doit préférer. D'autres manuscrits portent Supicius.

Co

chassés de leur ville , et poussés par La tempête', vinrent aborder, et de là se répandirent dans les montagnes voisines, où ils s’établirent et furent loog-temps connus sous le nom d'Jlienses. Il y a même une tradition des érudits du pays ,, qui fait dériver de cette circonstance le nom moderne de Torloli. Ce serait la corruption des mots latins Portus Ilii y port à' Ilium. Nous livrons cette conjecture pour ce qu'elle vaut.

Un port de cette côte, omis par Ptolémée. > se trouve désigné dans l’Itinéraire d’ Anlanin sous le nom de Portas Luquidonis , et de façon à faire supposer qu’il était situé où est maintenant Oroseiy près du lac et à l’embouchure de la rivière de ce nom , que les anciens appelaient Ccdris. Ptolémée indique seulement cette embouchure du Cedris. C’était le débouché, l’établissement maritime d’une peuplade qui se nommait Luquidoncnses , et dont la ville ou le chef-lieu était Luquido. Il est naturel de chercher ce Luquido à une distance vraisemblable du port auquel il donnait son nom , vers la source des cours d’eaux qui allaient s’y jeter, par conséquent dans le site à peu près où est aujourd’hui Nuoro, et non pas loin de là, comme l’a fait Cluvier , qui pourtant avait saisi 1a première partie du raisonnement.

Remis en voyage avec Ptolémée, nous arrivons . en suivant toujours la côte de l’Est, à la ville do

Femnia. La ville antique est devenue de nos jours le village maritime de Sinisco/a.

La seconde ville de l’ancienne province romaine, Olbia , vient immédiatement après, sans qu’on puisse un instant se tromper sur son emplacement, qui était précisément celui de Terranova, dont la rade est Y Olbianus portus, de Ptolémée.

L’antiquité d 'Olbia passait pour remonter aussi haut que celle de Caralis elle-même , et Paiisanias prétend qu’elle fut fondée par les Thespiades , compagnons d ’lolas. C’est là qu’aborda Scipion, lorsqu’il vint châtier si rigoureusement la Sardaigne, qui était alors une province carthaginoise Quintus, frère de Gcéron, était à Olbia, quand il en recevait ces lettres où le pays et le climat étaient traités avec si peu de ménagement a. Cette ville était considérée comme la clé du nord de l’île ; elle était devenue la résidence habituelle du questeur, et quelquefois le préleur allait s’y établir, suivant les circonstances.

Olbia, plusieurs fois détruite dans l’antiquité , reparaît au moyen âge , sous le nom de Fausania ou Fausina. Tant de ravages , de démolitions et d’incendies , ont empêché qu’on ne retrouvât des restes bien importants ni de la ville A' Olbia, ni

* llorus. llist. Rom. epitom. — Johan. Zonara aimai.

• K le posl illam Olbieuscoi cpistolatn nullas litleras accepi. ( Ad Frat. Quint. Epist. , lil>. a , cpisl. ni. )

même de celle de Fausania , bien qu’un peu plus moderne.

Le cap Figari qui termine au nord le golfe de Terranova, autrefois d'Olbia, s’appelait chez les anciens Columbarium promontorium , et le cap Libano, promontorium flrsi.

On lit dans Ptolémée la description suivante de la côte septentrionale :

Erebantium promontorium , Plubiiun civitas , Jidiola civitas, Tibula civitas, Turris Lybisonis civitas.

Mattéi, Baudrand , et quelques autres ont eu l’inexplicable idée de placer Plubium à Ploaghe, sans autre raison apparente que celle de la ressemblance des deux premières lettres du nom. Cela ne pouvait être ; Ploaghe est fort loin dans l’intérieur des terres, et quoique Ptolémée n’ait pas vu par lui-même, et qu’il s’en soit rapporté aux récits des autres, on ne saurait croire que les navigateurs, qui l’instruisaient à Alexandrie, lui aient parlé d’une ville de l’intérieur, comme d’un port de mer. Or c’est ainsi qu’il désigne Plubium, sur la côte septentrionale. Il est très vraisemblable que cette ville maritime était dans le golfe de Santa Reparata , sous le cap Longo Satdo , que Ptolémée appelle Erebantium promontorium .

I*a Corse faisant partie de la province romaine de Sardaigne , les communications étaient néces-

LA SA U DAIGNE

saireuieut très fréquentes entre les deux îles, et elles étaient entretenues au moyen d’un grand nombre de ports établis dans tous les lieux abordables de la côte de Sardaigne, en regard de celle de la Corse. Le service de la navigation se faisait plus particulièrement par^/Vu^/um , Juliola, et Tibula.

Juliola était située à la gauche du fleuve appelé Themius dans l’antiquité , et qu’on nomme aujourd’hui Coghinas, là même où fut au moyen âge une •ville d 'Arnpurias , autrefois siège épiscopal, dont il ne reste plus qu’une église, presque au bord de la mer.

Quant à la ville de Tibula , qui était le principal lieu de débarquement des passagers de la Corse, elle était évidemment où est maintenant la place de Castel Sardo. *

L’Itinéraire à' Antonin indique dans cette région , sur la route qui menait à Turris Ljrbisonis , une }>opulation sous ce nom : ad Herculem. Il y a quelque probabilité que ce pouvait être Sorso.

L’aspect des lieux et quelques ruines éparses prouvent qu’il y avait sur toute cette côte , à peu de distance de la mer , et dans la province d ’Olbia , plusieurs villes antiques , dont il est impossible de déterminer aujourd’hui la position , après les vicissitudes et les calamités de tout genre dont le nord de la Sardaigne a été particulièrement le théâtre

pendant une longue suite de siècles. Il faut mettre au nombre de ces villes incertaines quelques-unes de celles que l’Itinéraire à'Antonin place dans cette partie de l’île , comme Turubliis Minor , Elephan- Uiria , Longones, Cochlearia , et Virveolfe.

Il en est une dont on ne peut révoquer en doute l’existence , ni même l’importance , sous la domination romaine , quoique Slrabon et Pomponius Mêla , qui ont du moins cité les principales villes de la Sardaigne , n’en aient pas même fait mention ; c’est la ville et colonie romaine de Turris Lybisonis 1 , qui est plusieurs fois nommée dans l’Itinéraire ééAntonin, dans Ptolémée , dans Pline, et dont il reste d’ailleurs des ruines imposantes qui prouvent que celait un établissement considérable.

Une des singularités géographiques de la Sardaigne , c’est qu’aucun des auteurs anciens n’ait désigné la rivière , dite aujourd’hui de San Gavino y qui est assez considérable , et qui baignait les murs d’une cité célèbre et florissante , tandis qu’ils n’ont pas oublié le ruisseau du Debotes ou Rio de Pabilonis , et que le nom antique du fleuve de Turris ne se rencontre nulle part.

Ptolémée trouve' en Sardaigne treize villes médilerranées, ou de l’intérieur , qu’il nomme :

* On lit dans quelques manuscrits de PtoUmée, Turris fiissnnu ; mais le véritable nom est Turris Lybisonis.

Ericenum , Erceum , Gurulis vêtus , Bosa , Macopsisa , Gurulis nova, Saralapis, Cornus, Aquœ Hjpsitanæ, Aquœ Lcsitanœ, Lésa, Acjuœ Neapolitanœ , V alerta civitas.

La situation du village actuel d 'Osilo, situé dans un canton fertile , à la proximité du lieu où était une ville importante , convient assez bien à Y Ericenum de Ptolémée , qui pouvait être Y Erucium de l’Itinéraire. La tradition du pays est qu ' Osilo a été autrefois une ville.

Il en est de même du village de Ploaghe , ou l’on est autorisé à croire qu’était la ville nommée par Ptolémée , Gurulis velus.

L’ancien géographe établit dans cette région une peuplade qu’il appelle OEsaronenses . Le chef-lieu «le cette peuplade , OEsaro, peut bien avoir précédé Ozieri , dans la situation où il est , sur le bord d’une rivière , à l’entrée d’une plaine très productive , position que les anciens n’étaient pas hommes à négliger. Celte conjecture ne répugne ni à l’analogie , ni à la vraisemblance.

On a déjà dit que Ptolémée avait commis une erreur en enfonçant Bosa dans les terres. C’était

une ville maritime, à l’embouchure du fleuve Temus , près du lieu où est la moderne Bosa.

Les Sardes ont beaucoup disputé sur remplacement de la ville de Cornus , chef-lieu des états de leur antique héros Harsicoras. Il parait , d’après le

récitque fait Tite-Live de la guerre où périt ce guerrier , et où sa ville fut détruite , que cette dernière était située dans une position avantageuse , et comme au centre des montagnes où le défenseur de la liberté , après sa première défaite , alla recruter des compagnons d’armes parmi les barbares qui les habitaient, et que Tite-Live représente vêtus de peaux d’animaux ( Sardi pelliti. ) C’est sur les ruines de Cornus qu’est bâti le village de Padria , dans une position militaire telle que l’a décrite l’auteur latin , et qui la mettait en communication avec les montagnes , dont les habitants portent aujourd’hui des vêtements de la même étoffe et de la même forme. On voyait encore à Padria , vers la fin du 16” siècle des aqueducs, des fragments de colonnes, et diverses ruines qui attestaient l’existence d’une ancienne ville.

On voit , de nos jours même , des ruinés qui rendent le même témoignage dans le village de Maconier , au pied des montagnes du Marghine. Ce sont des tas de briques antiques , et des pierres énormes, provenant d’anciens édifices , des débris assez imposants , et surtout deux colonnes de marbre gris , sur lesquelles sont gravées des lettres maintenant effacées, dont quelques-unes , qu’on peut déchiffrer , forment le nom de Vespasien. C’était là qu’était Macopsisa.

Aquæ Hjpsila.no: était le nom qu’on donnait ,

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