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jouirait qu’au cas où l’empereur, son père, souscrirait formellement au traité , et qu’à cet effet on lui donnait trois mois pour délibérer; que s’il n’avait pas accepté le partage à l’expiration de ce terme, les alliés conviendraient entre eux du prince à substituer à l’archiduc. Cet article était d’autant plus important, dit le marquis de Torcj, qu’on prévoyait que la cour de Vienne, lente à se déterminer, prolongerait sa décision, s’il y avait lieu d’espérer quelque avantage de ses délais ou des événements imprévus.
On forma une alliance qui garantissait l’exécution du traité. Le roi de France devait rester armé, comme plus à portée d’envahir l’Espagne , quand il en serait temps. Ce prince avait alors une armée formidable , accoutumée à la discipline et à la victoire, et qui se montait à troiscent mille hommes. Il envoya d’abord des troupes dans la Basse-Navarre , sous le commandement du même marquis à’ Harcourt, qui avait quitté Madrid, d’antres en Roussillon, et un plus grand nombre aux frontières d’Italie, sous les ordres du maréchal de Catinatj le reste fut cantonné en Flandre et en Alsace. On équipa des escadres à Toulon età Brest. Un manifeste fut publié , dans lequel étaient exposés les motifs du partage : chacune des parties contractantes déclarait avoir sacrifié ses intérêts au désir de donner à l’Europe une paix éternelle.
ANCIENNE ET MODERNE. 5i
Oq obtint du Grand-Seigneur la promesse d’attaquer la Hongrie, si l’empereur voulait s’opposer à l’exécution du traité; résolution qui fut fort agréable aux puissances du Nord, aux états de l’empire, et surtout à l’électeur de Bavière, à cause de la haine qu’il portait à la maison d’Autriche.
L’einpereur , comme on s’y attendait , refusa sa signature; il avait accédé au traité de partage de 1698, qui ne donnait à son second fils que le duché de Milan, et il rejetait celui de 1700 , qui lui assurait les trois quarts de la vaste monarchie espagnole. La mort du premier héritier avait en effet singulièrement changé sa situation ; il croyait pouvoir compter désormais sur les dispositions testamentaires du roi régnant, et voulait la succession tout entière.
Quand le traité fut connu , les plaintes , les invectives , les menaces de l’Autriche n'eurent plus de bornes, et cette puissance commença dès ce moment à prendre une attitude hostile envers la France. I/empereur mit tout en œuvre pour faire tourner à son profit la colère que Charles II fil éclater, à la réception de cette nouvelle , et qui ne fut surpassée que par celle que la reine, beaucoup plus vive, avait manifestée aux dépens des meubles de son appartement.
Aux menaces de l’empereur Léopold , aux ré-
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clamations de son parti , et aux vaines démonstrations d’armementque faisait l’Espagne , Louis XI F opposait du calme , une profonde sécurité et une apparente indifférence. L’infortuné Charles II , dont la force morale était au-dessous d’une pareille situation, s’adressait à tout le monde pour obtenir un conseil qu’il ne pouvait trouver en luimême, aux théologiens, aux évêques, aux jurisconsultes, aux publicistes , aux hommes d état , qu’il estimait le plus. Leurs avis, appuyés sur l’évidence du droit, sur l’utilité publique, sur la politique et sur l’empire des circonstances, finissaient toujours par conclure en faveur de la Çrance; leurs arguments étaient si puissants, qu’ils résistaient.à l’autorité delà reine, qui décroissait, à la vérité, et même à celle du confesseur, qui augmentait tous les jours. Tant et de si bonnes raisons produisaient l’effet désiré sur l’esprit du roi, qui , pour achever sa conviction , voulut avoir recours à un dernier moyen et à une consultation décisive. Il écrivit de sa main au pape Innocent XII, et lui fit remettre sa dépêche, dans le plus grand secret, par son ambassadeur le duc d ’Uzeda. Ce secret fut pourtant trahi, et Louis XI F fut informé de tout par son chargé d'affaires à Rome, le cardinal Janson. Une congrégation, formée des cardinaux Spina , Jlbam et Spada , eut, au sujet de cette grande affaire, de longues conférences,
à la suite. desquelles le saint Père, répondant au roi d’Espagne , donna les louanges dues à sa piété, à son zèle pour la religion et pour le bien de ses royaumes , et conclut quil devait ne pas s’écarter de l’avis de son conseil d’état } fondé sur le principe de la nécessité de l’union et de la conservation de la monarchie.
Le roi d’Espagne éprouva une nouvelle crise de sa maladie, et fut réduit à l'extrémité.' Le chef du parti français, le cardinal Portocarrero , qui avait travaillé avec tant de constance et d’habileté pour la maison de Bourbon, vit que le moment était venu de lui faire recueillir le prix de ses travaux. Il avait à lutter contre tout l’entourage du mourant et contre ses affections privées. Pour contrebalancer le pouvoir du confesseur et du grandinquisiteur Mendoza, qui ne le perdaient pas de vue un moment, il convint avec don Manuel Atias et le duc de Medina-Sidonia , de faire approcher de sa personne quelques savants théologiens , sous prétexte de l’aider à ranimer les pieux sentiments qu’il avait toujours professés , et de le disposer à mourir avec résignation. L’éloquence de ces ecclésiastiques ne l’entretint pas moins du salut de son ^empire que de celui de son ame. Ils reproduisirent , sons une forme appropriée à sa position , tous les arguments dont on s’était déjà servi « pour » l’eugager à écarter, par une déclaration libre de
» sa volonté , les dangers et les malheurs d’une » guerre devenue inévitable , si la succession au » trône demeurait incertaine , et à faire taire la » voix trompeuse des affections de la nature 1 , » pour adhérer , dans ses dernières et souveraines » dispositions , aux avis et conseils du plus grand » nombre , l’opinion la plus générale étant ordi- » nairement la plus sûre».
Cette allocution produisit la plus grande impression sur le roi , qui , après avoir renvoyé tous les assistants , excepté le cardinal et Arias , et fait appeler le secrétaire des dépêches universelles , don Antonio de Ubilla , lui dicta le testament devenu si fameux , par lequel Philippe de France , duc A’ Anjou , second fils du Dauphin , fut nommé unique héritier de toute la monarchie espagnole.
Il serait hors de propos d’entrer ici dans les détails des diverses dispositions , d’ailleurs très connues, de ce grand acte, qui, conçu dans l’intérêt de la tranquillité générale qu’il avait poùr objet, embrasa l’Europe , et fut la source de longues et sanglantes calamités. « Châties //, dit le marquis » de Saint- Philippe, s’y détermina librement, mal- » grêles répugnances de sa volonté qu’il soumit® »• sa raison ; il n’y trouvait pas sa satisfaction , mais » il y trouvait la justice. » Ce prince mourut le
' B eut ar da s vocet de naturelles afectos.
1" novembre 1700 , un mois après avoir signé son testament. Ses dernières paroles peignent assez bien son caractère et son règne : Ya nada somos j V oilii qi& je ne suis rien.
Le testament, dont la condition fondamentale, et sine qua non , était la -séparation des deux couronnes , ordonnait que jusqu’à l’arrivée du jeune roi à Madrid , l’administration des affaires fût confiée à une junte, composée du cardinal Portocarrero , des quatre présidents des conseils , de deux représentants des grands et de la noblesse , du grand-inquisiteur et de la reine. Cette princesse n’avait que son droit de suffrage, et les décisions étaient rendues à la pluralité des voix. Son douaire était fixé à 100,000 pis tôles ( 1 ,600,000 fr. de notre monnaie. ) #
Le roi , dans une inspiration de sa clémence , exigea le rappel des exilés , entre autres du comte de Monterei, du duc de Montalto , de l’Amirante et du comte d’ Oropesa. On obéit sur-le-champ ; mais le cardinal en excepta ce dernier , dont la conduite politique l’avait offusqué , et dont il craignait la rivalité.
Immédiatement après la mort de Charles II , la junte écrivit au roi de France pour lui faire part de cet événement , et le marquis de Casteldosrios fut chafgé de lui remettre la lettre signée de ses membres et de la reipe , ainsi que le testament ,
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qui avait été tenu si secret , que le jour où l’on en fit l’ouverture , le comte de Harrach ne doutait pas qu’il n’allât, entendre prononcer le nom de l’archiduc. . * •
Dans l’inoertitude où l’on était à Madrid que le roi de France acceptât le testament 1 , la junte ordonnait à l’ambassadeur, en cas de refus , de faire passer immédiatement à Vienne le même courier qui en était porteur , l’intention du feu roi ayant été de déférer la succession entière à l’archiduc } si ses dispositions n’étaient pas agréées en Frauce.
La question de l’acceptation ou du refus de la succession fut agitée dans un conseil extraordinaire , tenu à Fontainebleau , où il est faux qu’ait assisté madame de Maintenon , qui du reste manifestait une opinion (yntraire à la résolution qui fut prise. Elle pensait comme le duc de Beauvilliers , gouverneur des enfants de France, chef du conseil des finances , et l’un des membres de ce conseil privé, qu’il y avait bien plus d’avantage à s’en tenir au traité de partage, qu’à se décider pour l’acceptation du testament , qui susciterait à la France de nouvelles guerres et l’entraînerait à sa ruine. Le chancelier M. de Pontcfuirtrain s’en remit à la sagesse du roi. Le marquis de Torcj , le
■ On craignait tant un refus de la part de Louis XIF, qu’on fit à Madrid de» prières publiques pour détourner ce malheu-.
dauphin et le roi se prononcèrent pour l’affirmative On sait de quelle manière la résolution du conseil fut notifiée, quelles circonstances l’accompagnèrent , et quelle sensation fille produisit en Europe.
Le nouveau roi Philippe V fut proclamé à Madrid et dans toutes les provinces d’Espagne , avec la plus grande magnificence.
En Sardaigne , aussitôt que le vice-roi et les autorités supérieures du royaume eurent reçu la lettre de la reine et de la junte , qui leur annonçait l’avénement du nouveau souverain , ils s’empressèrent de lui jurer foi et hommage , et de lui prêter serment de fidélité. La tranquillité et la joie publiques ne furent pas un instant troûblées. Le moment n’en était pas encore venu.
' Le dauphin , qui ne se mêlait de rien, et qui n’ouvrait presque jamais h-bouche au conseil, paria dans cette occasion avec beaucoup de chaleur. Pvltaire et i'ahbé de Saint-Pierre se trompent enttisant que M. de Pontchartrain opina pour le refus du testament. Les seuls opposants furent le duc de BeauviUiers et le marqift de Torcy. Ce dernier , qui assistait au conseil comme secrétaire d’état des affaires étrangères, rapporte dans ses mémoires le vote prudent de M. le chancelier, qui assurément ne pouvait pas le compromettre.
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