‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 82 sur 108 · LES POISSONS · texte numérisé non relu

LES POISSONS

La Sardaigne , environnée de tous côtés par la

’ Sueton. inViteUio.

* F.pigrammat. lib. III.

’ Sityr. IX.

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LA SAHDAIHNE

mer, et arrosée par des rivières , qui, avant de s’y jeter , forment à leur embouchure des lacs et des étangs , passait dans l’antiquité pour un des pays les plus poissonneux du monde ( pisculentissima ). La mer qui la baigne , et ses nombreux étangs , justifient bien encore celte antique réputation ; mais ses rivières , n’ayant ni long cours ni profondeur , sont dépourvues de la plupart des espèces qui enrichissent les rivières continentales.

Poissons de rivières.

On ne pêche guère que des truites et des anguilles dans le cours des rivières , et des aloses un peu au-dessus de leur embouchure.

Les truites sont très abondantes , et d'un goût excellent , surtout celles de la rivière d’Ozieri. Elles pèsent depuis une livre jusqu’à quatre ; on encontre quelquefois des truites saumonées. w Les anguilles sont le produit le plus ordinaire de la pêche en eau douce ; elles sont délicates, et généralement fort grasses. Leur poids commun est d’une à deux livres , mais on en prend par fois de six , dix , douze , quinze et même vingt livres.

Les aloses remontent les rivières , où elles vien-* nent frayer et passent environ quatre mois. Elles voyagent en troupes , en nageant à fleur d’eau , et grognant à peu près comme les cochons.

ANCIENNE ET MODERNE. 6oi

On ne prend , outre ces trois espèces de poissons , qu’une très petite quantité d’écrevisses.

Poissons d’étangs.

Les poissons des étangs viennent de la mer, avec laquelle ces étangs communiquent , pour s’y fixer et s’y engraisser dans les délices d’une vie plus tranquille. Ils sont livrés aussi avec plus de facilité aux pêcheurs , qui les prennent sans peine et à peu de frais, au moyen des écluses pratiquées dans le canal de communication.

On pêche dans l’étang de la Scaffa , près Cagliari , une grande quantité d’ anguilles , d 'aloses etde spares ; dans celui de Calago , sous AJghero , beaucoup de brochets et de dorades de la plus grande taille ; dans celui de Plalamona, entre Sorso et Torrès , beaucoup de muges , et dans ceux de Sassu et de Santa Giusta , près d’Oristano , des muges , mais surtout des anguilles d’une grosseur prodigieuse. L’étang de Cabras , dont les riches pêcheries sont affermées environ 3o,ooo francs par an, est celui de tous qui fournit des muges de b plus élonpante grosseur. On en trouve qui pèsent jusqu’à vingt-cinq livres. C’est avec les œufs de ces poissons qu’on fait ces boutargues si renommées , dont il a déjà été question plusieurs fois.

LA SAKDA1GNE

Poissons de mer.

Les eaux de la Sardaigne nourrissent toutes les espèces de poissons de la Méditerranée , dont quelq ties-unes alFectionnen t particulièrement ses côtes ; elles donnent des congres , des turbots , des torpilles , des murènes , diverses espèces de muges , de raies et de squales , des loups , des vives et des soles 1 .

On y trouve en abondance , et comme dans leur patrie naturelle , tous ces beaux poissons qui , suivant les expressions d’un savant naturaliste a , » préfèrent le soleil du midi , dont l’éternelle lu- » mière les colore plus vivement , les chétodons » rayés de banderolles brillantes , les zees, cou- » verts d’un riche vêtement d’or , les corjphènes » étincelants du feu des pierreries , les labres et « les spares aux couleurs éclatantes , et tous ces » peuples de la mer , qui , dans la saison des » amours , portent les livrées du plaisir enrichies -» d’émeraudes , de topazes , de saphirs et de » rubis » .

On remarque , dans le genre des labres , à cause de la délicatesse de sa chair et de sa beauté , la

* Les vives sont fort estimées pour le goût exquis de leur chair. Ou ne fait pas moins de cas des sole s , qui pèsent quelquefois , dans les golfes de Psimas et d'Oristaon , jusqu’à quatre livres.

* M. ttosc.

ANCIENNE ET MODERNE. Go3

girelle, que Linnée déclare le plus admirable poisson de l’Europe pour la variété de couleurs *.

Les espèces appartenant au genre des spares , qu’on pêelie le plus ordinairement, sont le pagel, le detileæ , le pagre , le smaris, le picarely la s argue , la bogue et la dorade.

On prend par milliers, dans des filets faits exprès, des poissons d’un goût parfait, que les Sardes appellent segreto, et dont la description répond absolument à celle de Yatherina kepselus de Linnée. C’est un petit poisson transparent, de la longueur de ‘trois ou quatre pouces, dont le ventre et les côtes paraissent avoir été artistement couverts d’une feuille d’argent ; ce qui l’a fait regarder par plusieurs personnes comme Y argentine sphyrène.

On pêche sur les côtes de l’ouest et du sud , et dans les golfes , une très grande quantité de langoustes , de homards, de crabes , de scorpions de mer, de coquillages de toutes les espèces , d 'oursins, et de pinnes-marines 2.

Un poisson , qu’on croit généralement avoir pris son nom de l’ile de Sardaigne , où il abondait autrefois, la sardine , est devenu presque nul dans le produit de la pêche actuelle. Il en est de même des anchois. Les naturalistes du pays se sont occupés

' Formosissimus piscis Europæorum ob colores varies. Linn.

* la rôle occidentale donne du corail d’une très lionne qualité; mais relie pèche rentre dans les considérations sur l'industrie nationale.

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