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une rapidité extraordinaire, ét suivant volontiers les vaisseaux, autant pour jouir, selon Commerson, de l’ombre qu’ils projettent , que pour profiter des débris de la "cuisine offerts à leur voracité. Lorsqu’ils sont en ordre de marche, ils forment des bataillons carrés , ou grands parallélogrammes, dont chaque rang se compose d’un nombre exactement uniforme , et ils font leurs évolutions sans confusion et sans désordre , comme ferait la troupe la mieux exercée. Plutarque et Aldravandi , d’après lui j disent que cet ordre est tellement invariable, que le nombre donné d’un seul rang peut faire calculer , par une simple opération arithmétique, celui de la troupe entière. Dans les temps decalme, les thons se reposent, folâtrent, ou font la chasse; ils ne se remettent en marche que quand la mer est grosse , et suivent alors la direction du vent.
A leur entrée dans la Méditerranée, après avoir passé le détroit de Gibraltar , ils se divisent en deux bandes, dont l’une , prenant à droite lescôles d’Âfriqne, et l’autre , à gauche , celles d’Europe , suivent également la même direction vers le Levant. Une partie de celle-ci, en longeantles côtes d’Espagne, de France et de la rivière de Gênes, enfile le canal de Piombino , et marche droit à sa destination. Une autre , qui est en général la plu* grosse espèce, en quittant le continent vers la Provence et la rivière de Gènes, franchit le grand
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canal qui est entre la Toscane et la Corse, et, côtoyant la partie occidentale de cette île, arme , par le détroit de Bonifacio , â la partie septentrionale de la Sardaigne- Une autre troupe de thons plus nombreuse , ayant quitté pins tôt les côtes d Espagne et de France , pour naviguer en haute mer, ou, s’étant séparée de la bande qui longeait l’Afrique, prend également le large, et, arrive de même aux côtes occidentale et méridionale.
Les pêcheries les plus célèbres et les pins productives de l’antiquité, étaient établies ànCâpde Byzance, aujourd’hui Constantinople. Cette branche d’industrie, qu’on disait avoir été indiquée aux habitants de ce pays par un oracle d’ Apollon, avait tellement prospéré , que les richesses qui en furent le produit firent donner à cetie pointe de l’IIellespont , suivant Strabon, Èlien et Pline, le nom de Corne-d’Or ( Crjsùcems )< La Cr'èce perdit tout feu même temps , les sciences , les arts , le commerce et la liberté.
Les Espagnols et les Portugais établirent, avec beaucoup de succès, des pêcheries de thons sur leüCs côtes, et la tonnare de Conil, en Andalousie, qui apppartenait aux ducs de Medirm-Ceti, Int longtemps florissante; mais elles tombèrent eittièreitteftt, Vérifie milieudü siècle dernier, lorsque ces côtes furent tout à coup privées de la vi-
LA SAROAIONE
Gis
sile accoutumée des thons , par 1’eifet du tremblement de terre de Lisbonne *.
Les tonnares de la Sardaigne héritèrent de celles de l’Espagne, et semblèrent profiter de ce qu’une violente crise de la nature avait ôté de richesses à ce dernier pays. Cette circonstance ajouta seulement à la prospérité de ses pêcheries , qui existaient bien auparavant , et dont l’établissement en grand sur le pied actuel remonte au seizième siècle. Elle en eut alors l’obligation à un généreux citoyen, qui, en lui enseignant la méthode actuelle de pécher le thon , toute nouvelle alors, la dota d’un immense revenu. C’était un simple marchand nommé Pierre Porta ; il s’était enrichi dans le commerce, et il consacra sa fortune à l’agrandissement de la pêche du thon et du corail , et à la construction de trois tours sur le rivage , pour la protéger contre les Barbaresques.
Dans le temps de cette haute prospérité , diminuée depuis par des causes qu’on croit analogues à celles dont les côtes d’Espagne éprouvèrent les
' On pourrait en donner la raison physique. Les thons se plaisent dans les parages des côtes dont la mer est profonde : on les aperçoit souvent , au printemps , à une distance de cent pieds en mer. Le tremblement de terre de 1755 versa de l’Afrique sur l’Europe une immense quantité de sable rt d’autres matières, qui firent hausser considérablement le fond des mers d'Espagne. Les thons, trouvant les côtes de ce pays ainsi encombrées , s’en éloignèrent ,et comme il aurait fallu, pour les atteindre, des filets d'une longueur impossible à exécuter, les madragues espagnoles cessèrent d’exister.
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effets , il entrait dans les filets des Sardes , pendant les six semaines qu’ils étaient tendus , àpartir d’uu jour presque invariablement le même et qui semblait un rendez - vous , environ cinquante mille thons. On ne pêche plus guère aujourd’hui que le tiers de ce nombre.
Les thons qui visitent les côtes de Sardaigne sont d’une plus grosse espèce et bien plus gras que ceux des autres pêcheries du golfe de Lyon. On appelle scampirro , ou poisson chétif, le thon qui ne pèse que cent livres et au-dessous, demi- thon celui qui pèse de cent à trois cents livres , et thon celui qui, passant ce dernier poids, en mérite seul le nom. Il n’est pas rare d’en pêcher de six à huit cents livres , et on en voit quelquefois , bien rarement à la vérité , de mille à douze cents. ;
Depuis que la nature, en diminuant ses bienfaits , en a aussi retardé l’époque , et que des eit* constances fâcheuses ont resserré les capitaux , les tonnares , qui étaient autrefois au nombre de seize, sont réduites à six. Elles sont affermées par le roi ouïes propriétaires, à des entrepreneurs; et leur ouverture attire toujours un grand concours de spectateurs, d’ouvriers et de marchands génois et siciliens , auxquels les Sardes , se contentant du matériel des travaux de la pêche 1 , abandonnent
■ Les pin* actif* et les plus habile* pêcheurs de thons ne sont p«s des Sardes proprement dits , mais les industrieux habitants de l'ile Saint-Pieire.
LA SARDAIGRE
les calculs et les bénéfices des spéculations. Le jour
de levée ou nuiltanza ( tuerie ) est , comme on sait , un jour de fête partout où l’on pêche des thons y mais nulle part on ne jouit plus agréablement du plaisir de voir ces animaux énormes , que la nature a fait aussi lourds que timides, et qu’elle n’a doués que faiblement du sens de la vue 1 , passant de la chambre de mort au lieu d’exécutio n , et harponnés par leurs bourreaux armés , rougir de leur sang l’étroite enceinte où on les massacre ; nulle part plus magnifique boucherie n 'offre mieux le spectacle d’un champ de bataille.
Les préparations du thon , qui se font sur place , immédiatement après la pêche, consistent à le saler et à le mariner. Les moyens qu’on emploie pour le saler sont à peu près les mêmes que ceux en usage pour la morue. Le thon salé se vend pour la consommation de l’Italie , de l'Espagne , du Levant et du pays *. La plus grande
* Il paraît corn tant que les thons ont 1a vue bible , et quelques naturalistes ont cru en tniqveT la cause dans la qualité fangeuse des fonds de 1a mer où naissent et vivent ces poissons. Il serait difficile d'appuyer de quelque raison plausible l'opinion des anciens Grecs , partagée par Pline , que les thons ne voient un peu que de l'œil droit seulement, et qu'ils sont borgnes de l’œil gauche.
• Quelques tonnares sont dans l’obligation d'envoyer, comme redevance , à chaque juge de la royale audience un baril de thon salé pour le carême. Le vice - roi reçoit de toutes l’hommage d’un thon frais tout entier.
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