LES INSECTES
Les abeilles ont droit au premier rang parmi les insectes utiles , même en Sardaigne, quoiqu’il soit bien vrai , comme on l’a tant dit , qu’elles produisent du miel amer. Ce miel est depuis long-temps diffamé , et plusieurs fois les auteurs anciens en ont parlé. Virgile oppose les plantes amères de la Sardaigne aux douces et odorantes fleurs du mont Hvbla '. Horace dit que rien n’est si haïssable que de la mauvaise musique pendant un bon repas , des essences gâtées * et du miel de Sardaigne 3. Les modernes , sur la parole des classiques , ont été jusqu’à dire que ce miel était un poison 3. Jamais fait naturel n’a été plusmal su , et plus mal rapporté.
Ce miel amer, si décrié, non-seulement n’est point malfaisant, mais il est très sain , très recherché à cause de cette amertume même , qui lui donne quelque chose de singulier au goût , et il passe dans le pays pour un des plus agréables cadeaux qu’on puisse faire. C’est une particularité du
* Imrao ego sardois videur tibi amarior herbis. Eglog. ni , v. 4 » .
• üt grata» inler meiuas svmphonia diseurs ,
Et crasMim miguenluat , et sardo cum mette papa ver OfTeiiduul. Pc Jrle pochai.
1 Cu journal anglais , copié par un des noires , racontait encore dernièrement celle table.
LA S A II DA IG N E
sol de la Sardaigne. On ne le récolte que pendant une saison de l’année , c’est-à-dire dans les mois d’octobre, de novembre et de décembre , lorsque les abeilles vont sucer les fleurs des plantes amères, et surtout celles des arbousiers , dont cette île est couverte , et qu’elles aiment avec passion. Les propriétaires de ruches , qui veulent se procurer du miel amer , ont bien soin d’en retirer , au mois de juin , le miel doux dont elles sont alors pourvues, et de n’en laisser aux abeilles qu’une très petite provision.1 On les force ainsi de se mettre en campagne pour chercher sur les fleurs d’automne oo autre butin , dont elles composent le miel amer, qui se récolte dans le mob de février. Au retour du printemps , les abeilles sardes elles-mêmes , et il y en a une très grande quantité, tant dans le
creux des vieux arbres , que dans les ruches domestiques , font du miel excellent > aussi doux qu’en aucun autre pays du monde , et fort estime en Italie et à Rome , où l’on en consomme beaucoup.
La Sardaigne qui possède déjà , dans le Kermès, un autre insecte utile à l'industrie, en aurait un plus précieux encore , qui parait y exister, si on savait l’élever et en tirer parti : c’est la cochenille. Celle des Indes vit sur le cactus opuntia, qui est * |>eu près de la même espèce que celui dont sont formées les haies vives du cap méridional, et qu on
appelle clans celte île Jigumorisca, nopal ou figuier d'Inde dans les autres pays. On a fait, dit-on, quelques heureux essais , qui ont été abandonnés.
Le compilateur Julius Solinus 1 est le seul auteur de l’antiquitéqui parle d’un insecte très malfaisant, quoique fort petit , de la forme des araignées , appartenant exclusivement à la Sardaigne, nommé par lui solifuga , et dont la piqûre, faite dans les ténèbres, mettait la vie en danger. Solinusàii que cet insecte exerçait surtout ses ravages dans les mines d’argent. On ne le retrouve plus dans aucune partie de l’île, à moins qu’on ne veuille le reconnaître dans une petite araignée noire, qui n’est pas plus venimeuse qu’ailleurs. Sa sympathie pour ce précieux métal l’en aura fait disparaître en meme temps.
' Jul. So/in . Polr histor.
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