‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 92 sur 108 · LA S A R O A I G N K · texte numérisé non relu

LA S A R O A I G N K

à Aix , qui n’est guère inférieure à la première. En Sardaigne on jette tout après la première pression.

Les Sardes abandonnent presqu’enlièrementaux étrangers le travail , le commerce , et le profit des pêcheries de thon. Ces établissements appartiennent ou au roi ou à un petit nombre de grands seigneurs, qui les afferment à de riches particuliers. Ceux-ci, contents de gagner sur leur bail, dont ils pourraient pourtant tirer un plus grand parti par eux -mêmes, en vendant d’avance le produit à des négociants génois, napolitains et siciliens Les chefs de la pêche, ou mis, sont presque tonjours des étrangers , ordinairement des siciliens qui apportent avec eux le sel tout prêt pour l’opération de la salaison , dans un pays où le sel est si abondant et d’excellente qualité, et cela, parce qu’on manque de meules pour le pulvériser et le rendre propre à la préparation du thon mariné, te n’est pas non plus l’huile du pays qu’on emploie: le peu de thon à l’huile nécessaire pour la consommation du pays vient de Gênes et de Marseille.

Il en est à peu près de même du corail. Ce zoophyte abonde dans les eaux occidentales delile» et particulièrement dans celles d’Alghero presqu’autant qu’à la côte de Barbarie; mais l’insouciance fait livrer presque entièrement aux napoh* tains et aux corses cette pêche intéressante, pour un faible droit de 20,000 francs sur un produite! on

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million. Les marins de Porto Conte et les industrieux habitants de Saint-Pierre commencent pourtant à s’en occuper avec activité. Ces derniers , qui ont déjà prouvé à la Sardaigne que ses côtes n’étaient pas , comme on l’avait si long- temps prétendu , dénuées de sardines et d’anchois, loi enseigneront aussi qu’elle peut, dans ses propres mers , pêcher du corail, en aussi grande quantité peut-être, et d’aussi bonne qualité que sur la côte d’Afrique. Jusqu’à présent, celui qu’on y pêche est envoyé brut à Livourne , à Gênes , et à Marseille : il n’y a personne dans le pays en état de le préparer et de le polir.

Produits commerciaux , — exportations et importations.

Avec une industrie aussi bornée, la Sardaigne ne peut entrer dans les relations commerciales de l’Europe, que pour les produits bruts de son sol, et de la mer qui baigne ses rivages.

Des productions naturelles de cette île, celle qui occupe le premier rang dans le tableau de son commerce extérieur, c’est sans contredit le blé, et subsidiairement les autres céréales et les légumes secs.

L’exportation n’en est pas libre ; elle est au contraire extrêmement restreinte. Toute la législation du commerce des grains réside en une ordonnance

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<le l’année i/54, rendue à la suite d’une disette, dont le douloureux souvenir se trouve empreint dans chacune de ses dispositions, et dans son préambule , qui consacre les principes prohibitifs , et les préventions, depuis si long- temps populaires , contre les spéculateurs en grains et les monopoleurs

Il en résulte que la Sardaigne éprouve le sort de tous les pays soumis à ce régime législatif en matière de grains. A des années de prodigieuse abondance, comme celle de 1782 , où on laissait aux charretiers, pour prix du transport , autant de grains qu’ils en apportaient, et où le plus pnr froment était devenu la nourriture des bestiaux , succèdent des années de disette, comme par exemple celles de 1728 , de 1753, et de i8i5, qui amènent à leur suite la famine, les épidémies et la mort. Il est dans l’ordre physique , que , sans accident extraordinaire, des récoltes au moins médiocres viennent après ces miracles de la nature. En Sardaigne, où l’ordonnance en vigueur empêche qu’il n’y ait ni négociants en grains , ni magasins de cette denrée , l’étranger à qui on s’était hâté de vendre à vil prix , pour éviter l’encombre-

1 11 y a bien long-temps qu’on accable d’injures ces spéculateurs en grains , que nous avons appelés depuis monopoleurs et accapareurs ; ou les nommait , dans le moyen Ige , dardannrii , pentmpolcr , codons , ctr- (juini , mot que nous avons francisé.

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ment de l'abondance , revend à des prix élevés, dans les temps de disette.

Le gouvernement, qui veille avec une paternelle sollicitude à la subsistance publique, ne délivre le permis d’exporter, ou la sacca, comme on l’appelle dans le pays, qu’après s’ôtre bien assuré qu’elle ne peut être compromise. La Sardaigne , dans les meilleures de ces années d’abondance , vendait à l’étranger sept à huit cent mille starelli de blé , qui lui produisaient souvent jusqu’à 4>ooo,ooo de francs '. Elle en exporte vingt à vingt-cinq mille des autres graines alimentaires. Il n’existait autrefois que deux lieux d’embarcation , Cagliari et le golfe de Palmas-, on en a depuis ouvert douze, sur tout le littoral.

La pêche du thon est, après les grains, lorsqu’on accorde la sacca , le plus important produit et la principale branche de revenu de la Sardaigne. Cette récolte est malheureusement bien diminuée. On ne cale plus que six tonnares, porto Sens, porto Paglia, Flumentorgiu , les Salines, l’isola P iana, et cala Vinagra. On y pèche, année commune, dixhuit mille thons, qui rapportent environ 5oo,ooo fr. On a vu des temps où tout était dans une proportion triple.

L’huile n’est pas un produit sans importance.

1 i.« Harrl/o répond à un lier» du seller de Pans.

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On en (ait quelques chargements pour l’Angleterre, pour Malle , pour Trieste ; mais les plus fortes exportations se font toujours pour Marseille, qui est le marché général, el où se trouve le placement de toutes les huiles du monde.

Les fromages salés sont, dans les bonnes années, un objet d’exportation d'à peu près 4oo,ooofr.

L’exportation du sel , commerce que font presque exclusivement les bâtiments suédois, rapporle environ 25o,ooo fr.

Les autres articles du commerce d'exportation sont le biscuit de mer, les pâtes , la soude, le corail, le vin , les eaux-de-vie pour Tunis, la laine, les peaux et cuirs , les salaisons, le suif, les cornes et onglons, les plumes, les chiffons , l’orseille et l’alquifoux

On est maître d’introduire en Sardaigne toute espèce de marchandises; il n’existe sur cette matière aucune loi prohibitive. Les étrangers ne sont pas plus soumis que les nationaux aux exceptions et aux recherches de la provenance. La seule condition qui leur soit imposée est de mettre publiquement en vente , pendant trois jours, le tiers de leurs marchandises , à la taxe établie par le magistrat civique, et qui leur laisse un modique bé-

’ C’est la galène ou minerai de plomb qui sert, après quelques ptepat» rions , à composer le vernis dont on enduit la faïence et 1a poterie.

néfice. C’est ce que l’on appelle à Cagliari les trois /ours du pauvre.

La Sardaigne , dépourvue de fabriques et d’industrie , est obligée de recevoir de l’étranger une foule d’objets , nécessaires aux besoins et à l’agrément de la vie , dont une partie lui est renvoyée manufacturée , après qu’elle en a fourni la matière brute. Elle tire du dehors les draps, les toiles, les soieries, Ja bonneterie, les cuirs, les chapeaux , les petites étoiles et rouenneries , les modes , la mercerie, les meubles, des briques et des ' tuiles , des planches et chevrons , la verrerie , le liège, les cordages, l’acier, le fer, la clouterie, les aiguilles , la quincaillerie , l’armurerie , l’horlogerie , la papeterie , la parfumerie , la morue salée , et toutes les denrées coloniales.

Une longue guerre maritime avait privé la France de ce commerce d’importation en Sardaigne; elle en a ressaisi la meilleure partie, et les produits de son industie y obtiennent de plus en plus la préférence qu’ils méritent.

Balance commerciale. — Droits et revenus publics.

Un calcul approximatif, et qui ne peut être que tel, à cause des variations qu’on ne saurait évaluer, porte le commerce actif de la Sardaigne , ou les exportations, à 6,000,000 de francs, et les importations, ou le commerce passif, à 2,000,000.

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La balance commerciale serait donc en sa faveur de 4»ooo,ooo.

La masse du numéraire en circulation devrait s’augmenter annuellement de cette somme. Il n’en est rien cependant , ou du moins on voit peu de mouvement d’argent. La Sardaigne est un des pays du monde où l’on thésaurise le plus. Les paysans, entre les mains desquels vient le prix de leurs grains et de leurs peaux, craignant d’étre volés, ou faute d’emploi , enfouissent leur argent, que le hasard fait découvrir après leur mort, ou qui pént avec eux.

Les anciennes lois , qui défendaient la sortie du numéraire, sont tombées en désuétude.

Une des causes qui peuvent contribuer à diminuer dans cette île , la masse du numéraire , c’est qu’elle n’a pas de compagnie d’assurances maritimes, ce qui fait verser des sommes considérables à Naples, à Livourne, à Gênes et à Marseille.

Les denrées et marchandises exportées de Cagliari paient divers droits à leur sortie, indépendamment de ceux du trésor royal; la plupart doivent en outre un droit à la caisse de l’administration des tours, à celle de la ville , au patrimoine, et aux secrétaireries.

Chaque millier de mesures de blé paie un droit au vice-roi ; chaque mesure en doit un aussi , mais fort léger, pour les frais d’une fête de l’wi-

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maculée conception de la Sainte Vierge , fondée en 1GÔ2.

La dotation des tours, et les salaires des juges criminels, sont prélevés sur les droits de sortie du fromage.

Les revenus que tire Je roi de Sardaigne de la possession de celte île ont nécessairement varié par l’effet des événements qui ont agité l’Europe pendant tant d’années. On les évaluait autrefois à i ,5oo,ooo fr. de notre monnaie.

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