CHAPITRE II
De l’apliliule des Sardes aux seienees, aux lettres et aux arts. — De ceux qui se sont fait un nom dans l’histoire, et dans les sciences et les lettres. — Établissements littéraires.
Le peu de relations de la Sardaigne avec le reste de l’Europe , et l’obscurité dont ce pays a toujours été enveloppé, ont fait croire à beaucoup de personnes que ses habitants n’avaient aucune aptitude pour les sciences , les lettres , et les arts. II est vrai que cette île, avant l’établissement de ses deux universités , qui a été pour elle une sorte de régénération morale , avait fourni un bien petit nombre d’hommes distingués dans ces diverses parties des connaissances humaines ; mais depuis cette époque , on en a compté un assez grand nombre pour assigner maintenant aux Sardes une place parmi les nations instruites et civilisées.
La Sardaigne antique n’a donné le jour à aucun personnage historique , à l’exception d ' Harsicoras , ce héros de la liberté, à qui Tite-Lwe consacre quelques lignes. On ne peut donner cette qualification au musicien sarde Tigellius , immortalisé par
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la haine de Cicéron, el par les satires d 'Horace Le poète Ennius et l’évêque Lucifer firent un long séjour en Sardaigne; mais ils n’y étaient pas nés.
L’église sarde s’est distinguée, au temps des persécutions, par sa fidélité aux doctrines de la foi chrétienne, par son courage, et par ses malheurs. Son martyrologe est peut-être, relativement , le plus nombreux qui existe. La Sardaigne a donné le jour à un grand nombre de saints. Le pape Paul V l’appelait le Jardin des plantes célestes a.
Deux Sardes ont occupé la chaire de Saint- Pierre, savoir : saint Hilaire et Sjrmmaque y l’un et l’autre dans le cinquième siècle. Le premier fixa l’époque des fêtes de Pâques , ôta aux évêques la
’ Horace a fait de lui , dans deux de ses Satires , un portrait peu flatteur. Tans l'une ( Sat. II , lib. I. ) , il représente ce Tigellius , qui était petit fils d’nn certain Phamea , homme fort riche et fort considéré du temps de Julet-César , comme étant, par ses libéralités, la ressource et le soutien des musiciens , ses confrères , des artistes ambulants , et de tous les bouffons et charlatans de Rome :
Ainhubaiarum collegia , pharmaco polie ,
Mendici , mimât , balatrnncs , hoc genus omne Mrrstum ac sollicitum est cantoris morte Tigellî.
Dans l’autre ( Sat III , lib. L ) , il peint à grands traits ses ridicules , ses bizarreries et ses prodigalités. C'est le morceau qui commence par ces sers si connus :
Omnibus hoc s-ilium est cantoribus , inter amicos Ut nuuquara inducant animuin eantare rogati.
* llorlus rreleslitim plantatinnum.
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faculté de nommer leurs successeurs , et défendit l’admission dans les ordres de tout homme qui n’aurait pas reçu une éducation soignée *. Le second, hautement protégé par Théodoric , roi des Goths , dut au crédit dont il jouissait près de lui, de succéder, en 498, au pape Anastase II. Ce fut Sjrmmaque qui ordonna de chanter, les jours de fêtes, le Gloria in excelsis. Avant lui, le clergé vivait d’aumônes ; il fut le fondateur des bénéfices ecclésiastiques.
L’héroïne sarde, Éléonore d' Arborée , moius connue qu’elle ne le mérite, honore, par le souvenir d’un règne heureux et sage , les fastes de sa patrie.
La Sardaigne a produit beaucoup d’hommes qui se sont distingués ou par des talents ou par des services , mais dont la célébrité n’a point passé les bornes de leur pays , et celles de l’Espagne, qui les employait. Le marquis de Saint- Philippe , qui a pris une part active aux événements des guerres de la succession , et en a laissé le récit , n’est pourtant pas indigne d’occuper une place dans l’histoire.
La Sardaigne oppose avec fierté aux étrangers mal informés, qui lui reprochent sa barbarie, les
1 Le nom de famille du pape saint Hilaire était Crispinus. Son ponti~ fieat fut très populaire. Il consacra tous ses revenus à l’embellissement des églises et à des aumônes.
noms de ceux de ces prétendus sauvages qui, avant même l’établissement des deux universités , et surtout depuis cette restauration littéraire , ont cultivé le champ des connaissances humaines.
On est étonné en effet d’entendre les Sardes citer un si grand nombre de leurs compatriotes , qui , à ces deux époques , ont non-seulement professé avec distinction les mathématiques , la physique, la métaphysique, la théologie et la jurisprudence , mais qui ont donné sur ces matières des livres pleins de mérite.
La science médicale a aussi trouvé des auteurs sardes. Outre Farina et Aquenza, qui ont écrit sur l’intempérie, un docteur plus moderne, don Antonio Léo, a publié sur cette matière une savante dissertation , et l’on doit à don Niccolo Giraldi des réflexions anatomiques fort estimées.
La Sardaigne compte quelques orateurs sacrés , et elle a eu , dans ses deux universités , beaucoup d’excellents professeurs d’éloquence et de littérature.
Aux noms des Sardes, auteurs d’ouvrages d’histoire , de droit public , et d’érudition , placés dans la liste qui suit notre Introduction, savoir: Fara , De Area, Bonfant , Canalès de Vega , Vitale , De Arquer, Nurra , Dexart, Olives, Vico , Bacallar de Saint- Philippe , Stefanini , Gcmelli, Cetti ' ,
' GemeUi et Cetti n'étaient pas nés dans le pays ; mais la Sardaigne , à laquelle ils tint rnnsacré leurs talents . était leur patrie littéraire.
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LA SA K DAIGNE
Madao, Cossu , Porm, Mameli, Aztttü, Massala , Nnpolij il faut ajouter Buragna, Camicer, deux Zetrillas , Simon } et le chevalier Baille.
Les poètes out abondé en Sardaigne ; on en ferait une trop longue liste. Quelques-uns , comme Carboni , ont sacrifié aux muses latines; Frasso, Zetrillas, Delilata, sont L'ornement du Parnasse espagnol ; Purcheddu a fait un joli poème, en langue sarde, sur l’éducation des vers à soie; les autres ont écrit en italien avec élégance et avec grâce. On a de V aile, le poème des Thons ; de Simon , celui des Plantes ; de Deltori } le Triomphe de la Sardaigne ; de Marcello et de Sanna, plusieurs compositions dramatiques ; et de monseigneur Navoni, archevêque de Cagliari , et notre contemporain , le Triomphe de Joseph.
Les arts n’ont pas suivi, en Sardaigne, les progrès des sciences et des lettres. Cette île n’a produit ni peintres, ni musiciens; elle n’a eu qu’un sculpteur, nommé Bonis , qui a fait quelques statues assez médiocres.
Les établissements littéraires de la Sardaigne consistent dans ses deux universités, à chacune desquelles est attachée une bibliothèque, un peu en arrière relativement à l’état actuel des sciences , et dans son imprimerie royale , qui se contente aujourd’hui de se soutenir, après avoir produit autrefois de belles éditions.
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La protection que le roi Charles Félix accorde aux sciences physiques et naturelles lui a fait adopter, pendant sa vice-royauté de Sardaigne, le projet, qui lui avait été présenté, de former une collection de minéralogie, de lithologie et d’archéologie sardes. Cette collection, commencée, avec des moyens très bornés, par la réunion de ^ielques pierres et de quelques morceaux de minerai , est devenue , par le zèle de ceux qui l’ont dirigée, tout-à-fait intéressante. Ce cabinet offre les principales productions naturelles de la Sardaigne dans le règne minéral et animal , rangées et classées avec beaucoup d’ordre et de méthode. Les préparations de quadrupèdes , de poissons , et d’oiseaux ont été faites avec un soin extrême. On a joint postérieurement à cette collection des pièces anatomiques en cire, dans le genre de celles de Florence, une belle suite de médailles, dont la plus grande^partie a été trouvée en Sardaigne , et des antiquités, sarcophages , lampes , vases , ornements , figures , produit des fouilles faites aux frais de la reine Marie Thérèse et du roi actuel.
La société agraire , instituée en 1 8o4 , a fait , dans les premières années de son existence, de grands efforts, très bien dirigés par des économistes distingués , pour encourager la culture des terres. Elle n’a malheureusement eu que la ferveur des premiers essais et d’un zèle naissant.