‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 15 sur 78 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Arrivée d’une colonie troyeonc.

Après la prise de Troie , vers l’an du monde a8oO; quelques navires chargés d’une partie de ses habitants , qui se dirigeaient vers le Latium , assaillis par une tempête dans la mer Tyrrhénienne ' , furent jetés sur la côte orientale de la Sardaigne. Ces malheureux fugitifs s’établirent dans les montagnes escarpées qui occu}îent le centre de la partie méridionale de l’île, et qu’on appelle maintenant les Barbargie. Ces réfugiés , sous le nom à’IUenses , enfants à’IUon, formèrent une peuplade, qui , ne pouvant vivre que de rapines et de pirateries, se rendit la terreur de ses voisins, et sut, pendant plusieurs siècles, défendre avec énergie sa fîère indépendance contre la puissance des CarthaginoLs et même contre celle des Romains. Ces anciens sujets de Pricun et à’ Hector, à qui leurs antécédents historiques ont valu le nom

' Ttrrhcnum navigat œquor.

VlRG.

AKCIENNE ET MODERNE. 17

de Barbaricini , qu’ils portent aujourd’hui , et qui conservent , malgré le mélange des races et le cours des âges , beaucoup de traits de leurs mœurs et de leur physionomie primitives , ont joué un rôle remarquable dans les annales de la Sardaigne, et nous les verrons plusieurs fois reparaître sur la scène.

Nous arrivons au moment où , dégagé de la nuit des temps , l’horizon de la Sardaigne va s’éclaircir , et où , quittant le domaine de l’imagination et de la fable , nous entrerons dans celui de l’histoire.

CIIAPllRK Y.

Lei Carlbaginois en SarJaigoe.

La Sardaigne, située tou t-à- fait en face et à peu de distance de la côte d’Afrique , où une colonie de Phéniciens avait fondé Carthage , ne pouvait manquer d’attirer l’attention 'de ce peuple marchand et guerrier. Les Carthaginois devaient ardemment convoiter un pays si voisin , si fertile , et si favorablement situé pour leur commerce. Aussi, dès que le rapide accroissement de leur puissance leur donna les moyens de porter leurs armes au dehors , une de leurs premières entreprises fut-elle de s’établir en Sardaigne. Il est même assez vraisemblable que c’est d’abord de ce côté qu’ils dirigèrent leurs efforts , avant d’avoir rien tenté sur la Sicile et sur les îles Baléares. Il est du moins certain que lors de l’expulsion des Tarquins , les Carthaginois possédaient déjà quelques parties de la Sardaigne, probablement les meilleures , et que, maîtres du golfe de Cagliari, ils rebâtirent , s’ils ne la fondèrent pas , comme le

Jit Claudien ’ , la ville qui s’appela depuis Ca~ valis, Caralisoxx Cala ris. Us bâtirent encore •S’i/Zci.

Les avantages que les Carthaginois avaient tirés de la possession des plus belles parties de l’île , leur inspirèrent le dessein d’en faire la conquête entière. Tel était le but de l’expédition qu’ils lirent partir de la Sicile, dont ils étaient déjà maîtres, sous le commandement de Macheos , mais que les Sardes, réunis à leurs voisins les Corses, repoussèrent, battirent, et forcèrent à la retraite.

Quelques années après, Carthage envoya contre la Sardaigne une flotte plus nombreuse, sous les ordres à! Asdrubal. Cette tentative ne fut pas plus heureuse. Les insulaires, couvrant le rivage de leurs innombrables embarcations , se défendirent avec tant de vigueur et de succès, ([w' Asdrubal , ayant perdu beaucoup de monde , et blessé luimême, prit la fuite et se réfugia en Afrique.

La glorieuse résistance des Sardes leur valut plusieurs années de repos; mais Asdnibal, impatient d’accomplir les vues de son gouvernement sur ce pays et de venger son honneur, après s’être rendu maître de l’Espagne , vint se présenter inopinément devant la Sardaigne avec une flotte formidable, et opéra des débarquements sur divers

’ Urijs Lyhiam rentra Tyrio fuiidata potrnti Tenditur in longum Carclis.

Clacd. De bello GiUlunicu.

LA SARDAIGHE

points. Les insulaires, surpris, furent obligés cette fois de céder à la force et au nombre , et abandonnèrent à leurs ennemis le littoral et les plaines. Les plus braves d’entre eux , et tous ceux qui avaient horreur du joug étranger, se retirèrent dans les plus hautes montagnes du centre de l’île , où les conquérants n’osèrent point les inquiéter.

A >' r I E ^ X E RT M O D E R 7! E .

Page 1