CHAPITRE XVm
Continuation de la notirc des faits historiques. — Époque des guerres
civiles. — Harius et Sylla. — César et Pompée. — Antoine et Octave.
Incorporée complètement à la république romaine , organisée et administrée comme elle , la Sardaigne suivit désormais toutes les phases de sa fortune. Elle eut, pendant les troubles des guerres civiles , le sort de ses autres provinces , et fut divisée entre les partis qui la déchiraient , selon les circonstances et les hasards de la guerre. Dans les sanglantes querelles de Marius et de Sjrlla, Luciiis Philijjpiis fut envoyé en Sardaigne par ce dernier pour remplacer Quintus jintonius , qui y commandait au nom de Marius, et qui, voulant s’y opposer, périt les armes à la main. Plus tard, Eniilius vint pour chas.ser le préteur Quin-
tus Lutantius, nommé par Sjlla , et ne put y parvenir, quoiqu’il eût donné des preuves de valeur en divers combats. Il eut le meme sort l’année suivante. Le parti de Sjüa domina presque toujours en Sardaigne, et celui de Marius n’y fut jamais bien établi , et ne put y prendre d’ascendant.-
ANCIENNE ET MODEHKE. G5
11 en fut de même dans les guerres de César et de Pompée. La Sardaigne eut le bonheur d'être soumise dès le principe à celyi qui devait finir par triompher. Jules César, tyai, ainsi qu’on l’a vu plus haut , avait jugé tout le parti qu’il pouvait tirer de la position de cette île pour l’intérêt de sa cause , envoya Marcus Valerius pour la gouverner en son, nom. A cette nouvelle, les habitants de Giralis , séduits par l’éclat de sa gloire , se déclarèrent pour lui avec transport, et chassèrent leur préteur Marcus Cotta, qui s’enfuit épouvanté. César, informé que l’armée navale de Pompée, commandée par y arron et Caton , infestait la mer d’Afrique , se rendit de sa personne dans cette province , d’où il demanda à la Sardaigne des secours d’hommes, d’armes , de vivres et d’argent, qui lui furent envoyés immédiatement, bien que dans le même moment elle fût obligée de fournir aùx besoins des divisions de l’armée de Pompée, qui occupaient une partie de l’île. César, après avoir mis fin à son expédition d’Egypte , s’arrêta près d’un mois à Caralis, où il fut reçu en triomphe. C’est de là qu’irrité de la conduite des habitants de la ville de Sulci, qui avaient donné asile à la flotte ennemie , commandée par Nasé dius , et lui avaient fourni des secours , il fulmina contre eux des peines rigoureuses. Il les fraj>pa d’une contribution extraordinaire de 100,000 ses-
. LA SARDAIGKE
lerces*, exigea le versement delà huitième partie déjà récolte, au lieu de la dime, et fît confisquer et mettre en vente l^s biens de ceux dont il avait eu le plus à se plaindre.
Après la mort de César, son neveu Octave, qui n’attachait pas moins d’importance que lui à la possession de la Sardaigne , sc la fit adjuger dans le partage qu’il. fit de l’empire avec Marc Antoine. Quoiqu’il ne pût la défendre complètement contre les incursions des corsaires du parti adverse , qui ne cessèrent d’insulter et de ravager ses côtes, il en resta pourtant le seul maître , et la conserva. Ce fut pour la Sardaigne, au milieu de tant de désordres et de déchirements , une véritable faveur du sort , que d’avoir toujours , et presqu’exclusivement , appartenu au parti vietorieux.
Après que l’établissement de l’autorité à'Aiiguste eut rendu la paix au monde , sous la domination de ses successeurs, et jusqu’à l’époque de la dissolution de l’empire, la destinée de la Sardaigne fut la même que celle des autres membres de ce grand corps politique. Livrée aux dila- > pidations les plus révoltantes , aux passions les plus féroces , à l’anarchie , à tous les genres de vices et de crimes, respirant quelquefois sous le
' Cette amende, qui indique dans ceux qui en furent l'objet un état d'opulenre asst^ remarquable peut âtre évaluée à environ i,5oo,ooo francs de notre monnaie.
règne de princes humains et sages, qui ne firent que se montrer un instant à la terre, elle fut, la plupart du temps, accablée sous le joug des plus cruels et des plus lâches tyrans qui aient souillé l’histoire des hommes.
On ne distingue dans celte longue série d’événements aucun fait digne de remarque, qui touche particulièrement à la Sardaigne , si ce n’est peutêtre une expédition qui est une nouvelle preuve (lu mépris qu’avaient les gouvernements d’alors pour la vie des hommes. Après tant de guerres et de pillages, les montagnes de l’ile , où l’autorité romaine n’avait jamais pu entièrement s’établir , devaient être , et furent en effet , l’asile d’une foule de malfaiteurs. Sous le règne de Tibère, le mal était arrivé à un tel point , q«’il devint nécessaire d’y envoyer des renforts de troupes pour réprimer le brigandage. Un sénatus -consulte y fit transporter à cet effet quatre ■mille Juifs. Gîtte expédition, outre son but apparent, en avait un autre qu’on n’avouait pas tout haut. Le gouvernement voulait se débarrasser du plus grand nombre possible des hommes infestés de la superstition hébraïque^. Ceux qu’on envoya en Sardaigne étaient des affranchis dans la force de l’âge. On pensa que si , employés à un service très rude, ils étaient vic-
’ (Jiutuor milia libcrtini gracris cA siiperstitionc infesta.
Tacit, , Annal. , lib 3.
limes de l’insaliibrité tlu climat, une telle perte n’ins pirerait pas beaucoup tic regrels ' . C’est encore un exemple de haute politique ofTerl aux â"es suivants par la vénérable antiquité , de laquelle il a été imité plus d’une fois.
La Sardaigne n’eut qu’à se louer de Tibère. Quoique ce prince ne fût ni très reconnaissant ni très sensible de sa nature , il fut si content de sa soumission et si touché de ses malheurs, qu’il l’exempta pendant cinq ans de toute espèce d’impôts.
' si ob gmviutcm cæli îutcriLscnt , vile damiium.
Taut., Aimai. , lib. a.