CHAPITRE XIX
Klal)lisscmMit du cbristianUme on 5>ardaigne. — Pei-sécutions et cniavtés.
État des choses jusqu’à la dissolution de l'Empire.
Si la Sardaigne, durant le cours de tant d’années de servitude et d’opprobre , n’éprouva dans sa situation ' économique , politique et sociale , aucunt; variation notable, elle fut des premières à ressentir^ les effets de la grande révolution morale et religieuse qui vint changer la face du monde, améliorer le sort de l’espèce humaine , et ennoblir ses destinées. L’établissement de la religion chrétienne commence pour elle un nouvel ordre de choses.
Les annalistes ne sont pas d’accord sur le nom des premiers prédicateurs de la foi chrétienne en Sardaigne, et sur l’époque où ils y ont paru. F”ico y fait voyager à plusieurs reprises les apôtres saint Pierre ^ saint Paulel saint Jacques; d’autres attribuent la gloire de la conversion des Sardes k saint Clément et à saint Boniface , qui furent leurs premiers évêques. Quoi qu’il en soit, il est certain que la Sardaigne reçut de bonne heure les lumières de
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la foi , et qu’un grand nombre de ses enfants embrassèrent les nouvelles croyances avec une ferveur qui attira sur eux les plus cruelles persécutions. EUe fut à plusieurs reprises inondée du sang des martyrs , et on trouve encore à chaque pas des monuments qui attestent les maux qu’eut à souffrir dans ce pays l’Eglise naissante. Je parlerai dans un autre lieu do ceux à qui leurs talctits, leur zèle et leur courage ont donné de l’illustration.
Les infatigables propagateurs de la foi , poursuivant lentement leur entreprise , sans reculer jamais devant les obstacles , étaient parvenus, sous le règne de Dioclétien , à ranger sous leurs bannières presque toute la population de l’île. C’est alors qu’éclata une des plus furieuses persécutions dont les chrétiens aient eu "à souffrir. Le gouvernement crut pouvoir éteindre les nouvelles doctrines dans le sang de ceux qui les professaient , et qu’il faisait couler par torrents ; mais il n’avait plus les moyens d’arrêter ce vaste incendie. L’enthousiasme des peuples, accru par les persécutions des tyrans et par le mépris qu’ils inspiraient, était une puissance à qui rien ne pouvait plus résister. On voyait chaque jour les généraux , qui devaient les réprimer , céder eux-mêmes à l’entraînement universel. En l’an 5o3 , Dioclétien envoya en Sardaigne un de ses généraux, nommé EJfisius , avec un nombreux corps de
A'TCIEN:VE et MODERÎfE.
troupes , pour réduire les chrétiens. A peine arrivé dans cette île , ce chef est converti lui-même par ceux qu’il venait combattre, et celui qui, peu de temps auparavant, avait sacrifié à Jupiter, aujourd’hui la croix à la main, marche contre les barbares de l’intérieur , toujours indépendants , et toujours indomptables pour les généraux des empereurs, comme ils l’avaient été pour ceux de la république. EJflsius les battit , et sévit contre eux ; mais il ne put les amener ni à l’obéissance ni au christianisme, et il fut obligé de les laisser avec leurs idoles et leur liberté. La gloire de cette conversion était réservée plus tard aux clForls d’un autre empereur, et surtout à ceux du pape saint Grégoire. Quant à lui, l’ardeur de son prosélytisme le fit bientôt livrer aux bourreaux, et il reçut la mort avec intrépidité. Il est aujourd’hui , sous le nom de saint Fffisio , vénéré par la Sardaigne comme un martyr national , et invoqué comme son protecteur et l’un de ses patrons.
Les chefs de la primitive Eglise et leurs coopérateurs joignaient à une austère piété et à la ferveur du zèle et de la foi , une habileté profonde. Marchant à leur but avec persévérance , ils surent merveilleusement profiter de tous les avantages qui leur étaient offerts, savoir : l’état général des mœurs, la tendance du siècle vers un autre ordre de choses , les excès du despotisme , les consola-
tions d’une religion amie du pauvre^ et soutien de l’opprime , l’amour de la nouveauté , et l’exaltation des peuples sans cesse excitée par une foule de prodiges et d’actions surnaturelles. Ils comprirent que la domination de la société finit toujours , comme l’a dit un écrivain contemporain , par appartenir à ceux qui se chargent d’en diriger la ipirintalitc. lis élevèrent les efforts et les succès de la conversion jusqu’aux maîtres des nations et aux vainqueurs de la terre. Un triomphe complet couronna enfin leurs travaux, et la foi chrétienne devint la religion , non -seulement des chefs de l’empire , mais des conquérants barbares qui venaient envahir ses provinces.
IMalheureuscment , les premiers propagateurs de la foi ne purent inspirer à de pareils néophytes l’uniformité de croyance et l’unité de doctrine , dont eux-inémcs ne donnaient pas l’exemple. Des hérésies multipliées, attaquées et défendues les armes îi la main, produisirent d’affreux déchirements , et ne firent pas répandre moins de sang que la longue lutte du christianisme et de l’idolâtrie. Tous ces barbares , qui n’entendaient certainement pas très bien les beautés de la morale qu’on venait de leur prêcher, se jatant dans les disputes thcologiques et dans les subtilités de la controverse, crurent comprendre les diverses manières dont on expliquait les mystères de la
AISCTEKNE ET MODEHT^E. 7I
Sainte Trinité, et à peine convertis, ils étaient persécuteurs. G)mme leur manière de discuter, dit l’écrivain que j'ai déjà cite ' , se ressentait beaucoup de la violence de leurs habitudes , ils firent un grand nombre de véritables martyrs; et, ayant embrassé le sentiment des Ariens , qui eut, à ce qu'il paraît, beaucoup d’attraits pour eux , ils livraient au supplice tous ceux qui repoussaient cette doctrine , ou qui n’en admiraient même pas assez l’excellence et la clarté.
Les A’andales , Ariens très exaltés , exilèrent de la province d’Afrique, quand ils en furent maîtres , et firent déporter en Sardaigne, à plusieurs reprises , 5oo évêques et une foule de non conformistes, qu’ils trouvaient trop heureux qu’on leur fit grâce de la vie.
Quand cette vaste révolution eut été consommée, la Sardaigne , privée par sa position insulaire, et par l’elfet de la nouvelle direction des affaires générales , du triste avantage d'être le théâtre d’événements importants et décisifs, ne fit plus, dans une existence obscure, queressentir.par intervalles les contre-coups des commotions politiques et religieuses qui agitaient la résidence des souverains. Lorsque les états qui formaient l’immense domination romaine furent partagés en deux empires,
’ .V. Ficrée.
celui d’Occident et celui d’Orient, elle appartint à ce dernier. C’est à l’époque de ce partage qu’elle cessa d’avoir son administration locale , et fut mise dans les attributions du préfet de la province d’Afrique , qui la faisait gouverner par un lieutenant. Cette condition subalterne devait rendi-e moins immédiats et moins suivis les soins de l’administration supérieure. Aussi fut -elle bien souvent oubliée , dédaignée , et livrée au caprice et à l’arbitraire des chefs en sous ordre qu’on lui imposait.
AKCIEi'SSE ET MODERNE.