CHAPITRE XXII
Premières mnirsions des Maures on Sarrasins. — l.es Sardes soulimnent contre eua une lutte opiniâtre. — Ils se donnent , pour s’assurer uu défenseur, à l’empereur Eou«7e-/)eAo/>na/>e , qui ne leur est pas d’un grand secours. — Malheurs toujours rroissaiits. — Émigrations. — I.e pape Aàms !V déploie un grand caractère. — Défaites multipliées dos Maures.
Le rélablissement momentané de la tranquillilc publique et le triomphe paisible de la loi clirétienne ne tardèrent pas à être troublés. Au commencement du huitième siècle , les empereurs d’Orient, qui se renversaient les uns les autres et se succédaient avec une effrajante rapidité, incapables de diriger leur attention sur les provinces éloignées du siège de leur empire , et bien moins encore de donner des secours d’hommes ou chargent à l’Italie et aux îles adjacentes, laissèrent ces belles provinces ouvertes aux incursions des Maures , qui déjà menaçaient d’envahir le reste de l’Europe entière. Ils se présentèrent pour la première fois en Sardaigne dans l’année 720, apès avoir ravagé plusieurs pays riverains de la Méditerranée ; et ayant effectue un déi^arquement , ils s’emparèrent de la ville de Cagliari, et mirent
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tout à feu et à sang. Il paraît néanmoins qu’à cette première époque de leurs expéditions , ils ne purent s’y établir solidement. Les Sardes, aidés des Corses, leurs voisins, et du peu de troupes que les empereurs entretenaient dans l’ile pour les garnisons des places, mirent en usage la vieille lactique , qui leur avait si long-temps réussi avec les Carthaginois, les Romains et les Vandales*, et les harcelant sans relâche , les attaquèrent en ‘ détail , de manière à diminuer tous les jours leurs moyens et leurs forces, qu’ils étaient contraints de tirer de pavs éloignés. ïuitprand , roi des Lombards , et chrétien très zélé , qui avait racheté à grand prix des mains des Sarrasins et fait transporter à Ravie les reliques de saint Augustin, apportées par saint FiJgence , au temps de la persécution des Vandales , envoya aux Sardes , quelques années après, des secours elFectifs contre leurs nouveaux conquérants, secours qui en 759 les aidèrent à les chasser de presque toute l’île.
Ces intrépides aventuriers mettaient dans l’exécution de leurs plans d’invasion une constance infatigable , et à l’épreuve de tous les revers. Les nombreuses défaites essuyées par eux ne lassèrent point l’incroyable persévérance avec laquelle ils poursuivaient le dessein arrêté d’achever et de consolider leur établissement en Sardaig-ne. Trois siècles consécutifs furent témoins des efforts qu’ils
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renouvelaient sans cesse pour y fonder leur domination. Il serait fastidieux d’énumérer toutes leurs expéditions , plus ou moins heureuses , dans le cours du huitième, du neuvième et du dixième siècles. 11 faut se borner à indiquer les faits principaux. Les années 806, 80g, 812 , 8i3 et 81 5 furent marquées pour eux par de grands revers. Tantôt les Sardes les forcent à se rembarquer précipitamment , après en avoir tué un grand nombre et jusqu'à satiété , dit Para '. Une autre fois cent de leurs vaisseaux sont submergés par une affreuse tempête, en vue des côtes de l’île; ce qu’on ne manqua pas d’attribuer à un miracle et à la protection des saints.
Les Sardes , fatigués pourtant d’une lutte si opiniâtre , et craignant de succomber à la fin , malgré leur courageuse résistance , sous les efibrts si souvent renouvelés de ces terribles ennemis, envoyèrent, en 81 3, des ambassadeurs à Louis-le- Déhoimaire , empereur et roi de France, pour le prier de mettre leur pays au nombre des provinces de son empire, et lui demander la protection et les secours qu’ils attendaient vainement de leurs souverains légitimes, les empereurs d’Orient , et
' Dans un de ces combats, dont on ne peut pas bien déterminer l’époque, les Sardes vainqueurs trouvèrent, parmi les cadavres de leurs ennemis, quatre chefs sarrasins. C’est depuis lors que quatre têtes de rois maure.» composent les armoiries de la .Sanlai^ne.
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que réloignement et le manque total de forces maritimes les empècliaient d’obtenir. Cette soumission spontanée fut agréée , et depuis ce moment , sans aucune réclamation sérieuse de la part des empereurs d’Orient , la Sardaigne fut considérée comme étant sous la dépendance de ceux d’Occident.
Louis- le- Débonnaii-e , voulant donner au moins quelques preuves d’intérêt à ses nouveaux sujets, envoya , en 820 , à leur secours Bonifazio , comte de Lucques , et le chargea du commandement d’une 'petite escadre, avec l'ordre de purger les eaux de la Sardaigne des pirates sarrasins qui les infestaient. Il y réussit assez bien , et les défit dans un combat naval à la hauteur de Tunis. C’est là que se bornèrent ses exploits. Dès ce moment , il s’occupa beaucoup moins du devoir qui lui était imposé de défendre la Sardaigne et la Corse, dont l’empereur lui avait donné le gouvernement, que du soin de les ériger pour son compte en une principauté indépendante.
Ce souverain éphémère n’était pas de force à décourager les Sarrasins , qui reparurent bientôt plus audacieux que jamais. Au milieu du neuvième siècle, ils étalent maîtres de la Corse et d’une grande partie de la Sardaigne. Beaucoup d’habitants de la plaine et des villes se déterminèrent à quitter un pays que ses protecteurs naturels abandon-;
naient à lui-mème ; il y eut à cette époque une émigration considérable. Les montagnards surent encore conserver dans les cavernes et les rochers , à l'exemple de leurs aïeux , leur antique indépendance. Les réfugiés furent accueillis avec humanité dans l’Etat romain par le pape Léon IKy qui leur assigna pour asile la ville d’Ostia, qu'il fit environner d’une enceinte de murailles.
Tous les Sardes cependant n’avaient point désespéré de la patrie. Ceux qui, doués d’une ame plus forte n’avaient pas cru devoir chercher leur salut dans la fuite , se liguèrent contre l’ennemi commun , combinèrent leurs moyens de résistance et d’attaque, et se vengèrent souvent, sur leurs farouches vainqueurs , de l’état de souffranee et de misère où ils les avaient réduits.
C’est à celte époque que les Sardes, résolus à chercher leurs ressources en eux-mémes, se donnèrent pour chefs, par la voie de l’élection, les plus forts et les plus braves, ou se soumirent volontairement à ceux qui avaient osé s’emparer de l’autorité.
Le pape Léon IV, qui avait si généreusement accueilli les réfugiés, menacé lui-méme par les Sarrasins , dont les côtes de l’Etat romain étaient infestées, écrivilàun de ces chefs , qu’il ne nomme pas , mais probablement un des plus puissants , pour implorer des secours, et le supplier de lui envoyer
LA SARDAIG5E
tout ce dont sa munificence j>ourrait disposer, des armes , des hommes , des jeunes gens et même des enfants', pourvu qu’ils fussent bien déterminés; ce qui prouve en même temps que le danger était pressant pour le Saint Père , et que la situation de la Sardaigne était un peu meilleure , puisqu’un autre état demandait sa protection.
Les dangers que courait l’Etat Romain ne sc bornaient pas aux insultes des pirates. Une armée, venue de la Sicile , avait mis le siège devant Rome ; les troupes que l’empereur Lothaire avait envoyées à son secours avaient été battues. Le pape Léon IV déploya, dans ce péril imminent, un grand caractère. Il avait élevé des remparts et des tours , et fait tendre des chaînes sur le Tibre. Ce pontife, né à Rome , et vraiment romain , prenant une autorité qu’avaient abandonnée les généraux de l’empereur, se montra digne , dit V ohaire , en défendant Rome, d’y commander en souverain. A la tête des mUices qu’il avait reçues de Naples et de Gaëte , ainsi que de l’île de Sardaigne , il se porta de sa personne à la rencontre des Sarrasins au moment de leur descente. Ces barbares furent reçus avec intrépidité , et la tempête ayant dissipé une partie de leurs vaisseaux , ceux qui écliappèrent au naufrage furent mis à la chaîne. Le pape rendit
Si^-e ftduUos ac jutrenct , me pucros armat».
ANCIENNE ET MODEllNE. 8S
sa victoire utile en faisant travailler aux fortifications de Rome et à ses embellissements les mêmes^ bras qui devaient les détruire. Le courage des premiers âges dp la république , ajoute f^oltaire, qui fait admirer avec raison l’énergie de Zdo« revivait en lui dans un temps de lâcheté et de corruption , tel qu’un des beaux monuments de l’ancienne Rome, qu’on trouve quelquefois dans les ruines de la nouveUe.
Les empereurs , qui voulaient du moins faire acte de suzeraineté , envoyaient de temps à autre en Sardaigne des comtes et des ducs, chargés de combattre les Infidèles, quand ils les rencontreraient , et défaire respecter leur autoritç, quand ils le pourraient. La mission de ces chefs impériaux devait être temporaire j mais plusieurs d’entre eux trouvèrent moyen de se perpétuer dans leur commandement, et quelquefois même de* le rendre héréditaire. Tel fut l’état de la Sardaigne pendant la dernière moitié du neuvième siècle et la presque totalité du dixième. L’île était divisée en un grand nombre de petits états, presque toujours guerroyant entre eux comme les peuplades nègres, dont les uns étaient gouvernés par des chefs, tantôt librement élus, tantôt usurpateurs du pouvoir, et les autres par les envoyés de l’empereur, qui la plupart oubliaient leurs instructions dès qu’ils avaient mis le pied dans l’île , tandis que les Sarrasins en
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occupaient divers points importants, qu’ils conservaient comme des places d’armes , destinées à favoriser l’exécution de leur ancien projet d’envahissement. Ces derniers parurent du reste , sans les abandonner entièrement , les avoir ajournés pendant plus d’un siècle. Ils n’entreprirent, en effet, dans cet espace de temps, qu’une seule expédition remarquable contre la Sardaig-ne, Ce fut en gô5. Leur flotte équipée dans la Ligurie, dont ils venaient de se rendre maîtres , fut détruite au moment où elle allait faire un débarquement.
ANC1^?I^'E ET MOIJEn^’E.